C’est à Bagdad …

C’EST A BAGDAD


L’envolée …

"Borgne" Laurent Askienazy




La valse des nuages, ballet insensé.
La valse des enfants sages, chaussures délacées…
Cela se passe dans une rue de Bagdad,
Je ne te l’avais pas dit c’est ça?

La populace m’accueille dans un bourdonnement rauque mêlé de sang.
Le rire est absent.
Il n’y a plus de rire devant les morts vivants là.
Là bas, c’est à Bagdad, je ne te l’avais pas dit déjà?

La joie est absente.
Seule règne la divagation, les sens s’aiguisent, il faut trouver un vivant …

Des vivants dans les morts, tu le savais ça?
L’écho c’est le cri, il n’y a plus de paroles, il n’y a plus de mots, il n’y a plus de voix.
C’est à Bagdad, un matin rose, et jaune, et sang.

Ici le chagrin est absent, il n’y a ni larmes, ni regrets, ni deuil.
Réponds à ma demande, tu te souviens, je te disais, un beau matin, c’était à Bagdad…

Divine Bagdad.
Ma tête explose en spirales dans la frénésie des outrages

Comme s’est explosée en spirales la tête de l’homme au coin de la rue.

Il était le premier à l’avoir aperçue, la voiture.

Elle était piégée.
Arrête de me questionner.
Il reste un peu de cervelle, quelques fragments de boite crânienne,

Un oeil crevé est resté posé juste au seuil de la mosquée.
Ma tête, ma tête, je vais hurler.
Je le sens bien à l’approche d’une mélopée de femmes allant voilées

Et noires

Et groupées

Et les mains levées

Et criant,

Et hurlant…
Il n’y a ici pas de larmes, ni de pleurs, ni de deuils.
Ce sont les cris, ils répondent aux cris, et aux cris, et aux cris.
C’est à Bagdad, je te l’ai dit!

La vie me happe dans une ronde jamais ressentie.

J’ai honte d’être ici devant le drame, le drame d’aujourd’hui, le même que celui d’hier,

Le même que celui de la semaine dernière, le même que demain.

Je flotte dans l’irréel des choses.

C’est à Bagdad, la foule m’entoure avec éclat et bravoure.

Au loin une cadence qu’entonne un tambour, les sirènes hurlantes et ma mémoire remplie de démences.

C’est à Bagdad, tu m’entends, c’est à Bagdad!
Des êtres désarticulés commencent une danse folle et désordonnée.

La folie s’empare des cerveaux.
Gens. Enfants. Incroyants, mécréants, croyants…

Gens, gens, gens de la terre, gens de ce monde, dites moi.

Ici il n’y a plus de pureté.

Le chaos m’accueille dans un tumulte complet.

Il n’y a plus ni beauté, ni bonté.

La vie frôle des jours indisciplinés.

Je ricane.

Tant il n’y a plus rien de réel en ce monde meurtri.

Le voilage sombres des femmes atténue leurs regards,

Elles ne peuvent dire, ils ne peuvent dire,

Je ne suis pas ici pour dire,

Je n’ai plus rien à dire,

Pour mieux apprécier les trésors de la vie, il faut fuir, fuir, fuir, fuir devant l’humain.

Il se détruit.

Tu le vois bien …


Ici il n’y a pas de bienfaisance.

Il y a le silence, le silence, tous les silences, chaque fois, après…

Le livre de guerre continue subit et futur.
Ciel bleu dans un faste de sang, de violence, de haine, de mépris de l’autre,

Où l’imaginaire puise sa source dans une rancune vieille comme le monde,

Alimentée par ceux qui en tireront profit.
C’est à Bagdad, c’est à Bagdad, je te l’ai dit…

La nuit transfuse tous les chagrins.

D’antan.
C’est à Bagdad, à Bagdad, c’est là-bas,

Où il y tant de femmes, tant de vieillards, tant d’enfants.

C’est à Bagdad, pour aujourd’hui.

Demain, ce sera où ?  Ce sera qui?

Me voilà devant le ciel toujours aussi orange, et rose, et devenu bleu.

Les minarets dressés sur la ville, et le muezzin qui s’époumone,

Sa voix emplit les rues et les venelles d’un charme exquis.
Une volte-face du morbide.

C’est la fête d’une chair froissée par les événements derniers.
De chaleur, de douleur, de chagrin, de colère et de rage,

Ma peau ruisselle de sueur rance, les battements de mon cœur,

Les palpitations, les cris non proférés …

Tu m’entends dis?…

Les jours se suivent.
Les matins roses aussi.

Un nouveau chapitre s’ouvre d’un article sensationnel et remarqué dans le monde entier.

Voltige aliénante, voltige de la vie…
En gros caractère, en première page, sur tous les mails du globe, ils l’ont dit:
« C’est à Bagdad! C’est à Bagdad! C’est à Bagdad!
Toutes les télévisions en boucle l’ont repris!

Transition d’une mémoire où la ville me salue de son ciel bienfaiteur.
Là-bas, je te le dis, l’impuissance est d’agir.
Là-haut, je te le dis, l’hypocrisie mensongère.
Les états, les pouvoirs, les alliés, les désespoirs.
A Bagdad, à Bagdad vient le soir…
Les étoiles s’allument, je marche dans le noir.
Près de la mosquée, sous mon pied, un éclat d’os écrasé.
Et je hurle dans l’oreille de ma mémoire.
Il se fait tard.

Je marche…
A Bagdad ce soir, je marche.
Dans ma mémoire les cris,

Dans mes regards la stupeur,

Sous mes pieds le chemin.
Enfin …

Le bonheur d’un chemin !

MandraGaur’En Individu’Elle


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