« Si Bleue !… » -II-

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L’étoile …

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"Si Bleue !...  L'étoile ..."

"Si Bleue !... L'étoile ..."

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(Suite Partie 1)

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… De retour dans la maison elle gravit, leste, les marches de l’escalier sur la pointe des pieds …  Et se hâtait vers son lit pour s’y héberger …

Juste à temps !…  Le réveil dans la chambre d’à côté se mit à sonner …

Flo allait reprendre le bât de sa vie blessée pour une nouvelle journée …

Mais elle n’était plus seule à présent!…  Elle avait un ami !… Et il reviendrait !…  Et elle le verrait !…

Il le lui avait promit …

Aussi sautait-elle du lit sans aucune fatigue ni lassitude …  Et c’est sans peur qu’elle enfilait ses chaussons, allait à la salle de bains se laver, s’habiller et descendait pour préparer les déjeuners …

Les autres allaient se lever …

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Durant sept longs jours et sept longues nuits sans repos ni répit Flo ne put aller rejoindre la cabane pour y rêver … Elle était harcelée jusqu’au soir et même tard très très tard de travaux et de pénitences et pas un moment ne lui était laissé pour souffler …

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Pire même …

Flo venait à nouveau d’être renvoyée !!!

Aussi fût-il décidé de la changer une fois de plus d’école mais cette fois ils résolurent de la placer dans une institution où elle serait « dressée » …  Le cœur anxieux et lourd elle posait des questions mais ne recevait qu’une seule réponse :

« Là bas tu verras, tu apprendras à obéir et à marcher droit !… Durant plusieurs années tu auras à travailler  et à filer doux … »

Flo ne comprenait pas …  Elle ne comprenait rien …  Elle marchait droit lui semblait elle, et elle filait doux …  Et travailler ?…  Mais …   Elle travaillait !…  …Et tout ce qui lui était demandé elle le faisait …

Mais elle rêvait aussi c’est vrai des fois les mains dans l’eau de vaisselle ou de lessive, ou sur le manche du balai, elle rêvait …  Elle rêvait à en oublier de balayer … Elle rêvait sur les longues pages de punitions écrites dont sa main droite tant souffrait …  Elle rêvassait …  A en oublier de remplir les lignes du cahier de son écriture penchée …  Appliquée …

Alors les autres se fâchaient, la houspillaient, l’injuriaient, la bourraient de coups pour qu’elle avance …

« Il n’y a plus de chemin avec elle disait-on à la table, il faudra nous en séparer, la placer … »

Et Flo eut peur …  Peur de ne jamais plus revoir l’étoile si bleue, ni le jeune garçon si aimable aux yeux de miel et d’océan …  Celui qui lui parlait avec bonté … Et lui souriait …

Elle se maitrisait …  Tenait bouche cousue …  Ne répondait pas …  Ne montrait pas sa peur …  Elle jouait à merveille l’enfant docile, courbée, soumise et bornée, comme ils la voulaient, elle jouait même les stupides dans l’espoir que l’on ne veuille pas d’elle dans l’institution …  Qu’on la trouve trop bête pour y aller …

Pourtant malgré ses efforts à leur plaire, un soir où les autres étaient en colère contre Flo, elle fut battue à coups de ceinturon sur les fesses, les mollets, dans le dos  … Et tant elle en souffrait …

Que c’est cette nuit là qu’elle se décidait …  Que c’est cette nuit là qu’elle s’en allait …

*

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Son petit corps meurtri et douloureux, au creux de l’obscurité, dans les toilettes, elle se hissait avec peine vers la petite fenêtre  … Et cette fois Flo ne la laissait pas entrebâillée …  Elle la fermait !…  Avec le loquet par l’interstice aménagé dans le montant …  Dans la prairie elle se trainait plus qu’elle ne marchait jusqu’à la cabane abandonnée, décidée à ne plus revenir chez les autres jamais …  Plus jamais !…  Et jamais ils ne la retrouveraient …  Elle resterait dans l’appentis, elle y dormirait, elle y mourrait s’il le fallait elle s’en fichait, mais elle n’avait plus le goût d’y revenir du tout, elle leur tournerait le dos pour toujours, son dos douloureux zébré de coups de ceinturon dont la peau brûlait à se frotter contre le tissu de sa robe de nuit tandis qu’elle se hâtait à traverser la prairie …  Ses yeux étaient de braises, ses larmes de plomb fondu …  Les joues cuisantes de honte, de souffrance et de colère aussi, et les dents serrées, et les poings brandis, elle se jurait que jamais non, jamais plus elle n’y retournerait !…

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« Jamais plus … »

Elle murmurait …

Ses pieds nus foulaient l’herbe encore chaude du soleil de la journée …  La lune décroissait …  Les arbres étaient tranquilles …  Une grenouille coassait …  Le silence lui répondait …

Arrivée près de l’entrée de l’appentis le vent se leva comme l’autre fois …  Il rugissait, soufflait, exhalait une haleine douceâtre de fin d’été, s’agrippait à la robe de nuit de Flo, la faisait claquer autour de ses jambes et sur ses hanches …

Puis tout se calma …  Tout devint beau …

*

L’étoile si bleue apparût une nouvelle fois …  Et tout devint bleu …  Et le garçon, souriant, était assis dessus une des branches comme en un sofa …  Il la regardait, des mains la saluait et lui demandait :

« Où étais tu de ces nuits passées ? »

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Alors Flo se laisse choir dans l’herbe …  Alors Flo se raconte, à la fois bouleversée de tristesse et transportée de bonheur …  Des heures durant lui semble-t-il elle se raconte …  Tandis que le monde entier semblait figé …  Comme si les aiguilles avaient cessé leur course sur le cadran du temps …  La lune ne changait plus de place …  Les nuages ne circulaient plus dans le ciel, ils semblaient attendre …

Et Flo parle …  Elle pleure de même et raconte … Absolument tout …  Tout ce qui lui donne le goût de s’en aller loin ailleurs, hors d’ici …

Et tout autour d’elle etait suspendu, comme sur une corde ténue sur laquelle venait vibrer et se briser en mille éclats sa petite voix d’enfant, tantôt sanglotant, tantôt vibrant de colère, tantôt triste, si immensément, si démesurément triste …

Flo parle …

Et les nuages, et les arbres, le ciel et la lune, l’appentis, les toitures et le clocher plus loin, et le jeune garçon tout vêtu de bleu qui lui sourit bien installé sur la branche de l’étoile bleue, et même le vieux chat roulé en boule à ses pieds, tout faisait silence et écoutait la terrible histoire de la petite fille niée, blessée, rejetée …

Et rien ne bougeait …

Les nuages restait à l’affût d’un signe pour reprendre leur lente course, les cimes des arbres restaient figées comme si plus un souffle ne pourrait les remuer…   La lune semblait en apesanteur comme accrochée par des fils invisibles au firmament …  Les yeux du vieux matou étaient devenus des fentes au travers desquelles un rai ardent témoigne de son intense concentration …

« Tous m’ont trahi !… » crie Flo dans ses pleurs, « … et je ne veux jamais plus y retourner …  Car il y a bien pire encore que tout ce que je t’ai dis !!!  Ils veulent m’enfermer quelque part dont je ne reviendrais jamais …  Quelque part où tu ne pourras venir me voir …  Ils veulent m’enfermer …  Et j’en mourrais !!! »

Flo leva les bras devant elle …   Elle implore le jeune garçon …

« Je t’en prie, laisse  moi m’asseoir sur ton étoile, laisse moi m’installer tout près de toi … Je t’en prie, emmène moi d’ici ! …  Loin, très loin d’ici …  Je ne veux plus revenir jamais !!! »

Sa voix éclatait contre le ciel, elle se fendillait contre la lune, elle s’éparpillait dans les étoiles alentours … Et soudain tout reprenait son cours alors que s’élèvait la voix du garçon à son tour …

« Si je t’emporte dans mon voyage tu ne reverras jamais plus ni ton clocher, ni les toits des maisons, ni ton école … Ni les arbres …  Ni la rivière …  Ni la prairie, ni l’appentis …  Ni non plus tes amis … Ni non plus les autres … »

« Je n’ai pas d’amis !… dit Flo,  » … Je n’ai personne qui se soucie de moi …  Je n’ai personne à qui me dire, personne à m’entendre se dire …  Et je me fiche bien de leur clocher, et de leur toit, et de leur école  …  Et je me ris des autres à présent …  Puisqu’ils ne peuvent que me faire du mal …  Et les arbres, les rivières, les prairies  …  Il doit bien y en avoir aussi dans le ciel ?… C’est avec toi, c’est sur ton étoile que j’ai envie de partir …  Je l’ai toujours rêvé, je l’ai toujours voulu qu’elle vienne un jour me chercher l’étoile si bleue, je le savais qu’elle viendrait m’enlever d’ici …  Pour ne plus jamais revenir, oui,  c’est tout ce que je désire tu sais …  Ne plus revenir ici jamais … C’est en ta compagnie que j’ai l’envie de partir, je veux m’assoir près de toi, je veux ne faire plus qu’un avec toi …  Me confondre comme toi au bleu si bleu de ton étoile …  Et partir dans le ciel là d’où tu es venu …  Et nous serons amis pour toujours, et nous voyagerons parmi les rayons du soleil et de la lune, et notre tendresse sera semblable aux vents du Sud, et aux berges des rivières, et je n’aurais plus forme humaine …  Je deviendrais comme toi une voyageuse du ciel …  Je te prie, emmène moi avec toi …»

Le visage de la petite fille est envahi de larmes, de lourdes larmes qui roulent, s’entrechoquent, tombent littéralement comme des clous hors de ses yeux et rebondissent presque sur ses pommettes avant de s’étaler sur ses joues et s’écraser dans ses cheveux et sur son corsage …

« Il faudra alors que tu acceptes les ondes éternelles du firmament …  Es tu prête ? »

« Oui … » dit Flo sans hésiter  » Oui !…  Je suis prête !… Donne moi ces ondes éternelles et je les porterais pour pouvoir partir avec toi sur ton étoile …  Ne me laisse pas ici au milieu des méchants qui ne font que de me lacérer le cœur, de me déchiqueter l’âme, de me noyer dans mes propres pleurs …  « 

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Alors le jeune garçon défît de son cou la lanière de velours bleu, en faisait glisser la bague de cristal sertie de pierres de lumières turquoises claires et translucides, cerclées d’Or , pareilles à une eau fraîche, limpide et pure …  Et la tendait à la petite fille …   Sans hésiter, sans peur aucune, Flo prit la bague et la passa à son doigt …

Les larmes de Flo brillaient sur ses joues comme de petits feux follets tandis qu’elle lèvait son fin visage pour regarder briller les pierres dans le cristal de la bague telles des gouttes d’une eau savoureuse, fraîche, parcourue d’ondes lumineuses …  Et la vue de ces reflets lui rafraichit le cœur, la pensée et l’âme …  Ses larmes scintillaient et brillaient sur son visage dans la clarté bleue de l’étoile …

D’un geste infini et lent le jeune garçon se penchait vers Flo et de ses doigts si délicats cueillait les larmes de la petite fille et les posait sur ses propres yeux …

Une vague de lumières bleues se mit alors à tournoyer autour de la petite fille, vint s’emparer d’elle, la soulèva et vint l’enlever de l’herbe où elle se tenait encore accroupie pour la transporter et la poser assise à côté du jeune garçon sur la branche d’étoile …

Durant un court moment, en un instant fugitif, tel en un rêve elle se sentit soudée et protégée contre le corps du garçon si gentil, si doux, si tendre, dans sa douceur si vaste, si profonde …

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Et Flo se sentit s’élever, se transformer et  devenir des milliers et des milliers d’étoiles, une pluie d’étoiles, une galaxie  …

Elle s’y abandonna et ne connût aucune peur …

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« Ne pleure plus s’il te plait … » entendit-elle encore lui dire le jeune garçon près de son oreille,  » … C’est fini à présent … Tu n’es plus de ce monde !… »

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Et l’Etoile …

Si Bleue …

Très haut dans le ciel …

Parmi les éternelles …

S’élevât  ….

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MandraGaur’En Individu’Elle

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