Bleue …

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… la boîte aux lettres.

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La boîte aux lettres


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L’on ne se décide pas à m’écrire …  Je reste seule et comme naufragée me retenant d’une main au bord de la boîte aux lettres bleue dans laquelle rien pour moi ne vient …  … Comme de dire que le facteur n’existe pas ici …  Pas de facteur car pas de correspondance donc pas d’écrit …  Je suis seule à m’écrire c’est étrange …  J’ai parfois l’idée de m’illusionner et d’imaginer que peut-être au fond de quelque tiroir changé en oubliette une lettre à moi adressée se serait égarée parmi des milliers d’autres oubliées …  C’est une idée …  Est-ce cela ce sentiment d’oubli de moi, ou de peur de n’exister pas ?…  Ou je ne sais trop quoi d’autre qui m’habille le coeur en ces heures d’une fugace frayeur quand j’arrive près de la boîte aux lettres bleue et n’y trouve en guise de nouvelles …  Rien …  Pas même l’un ou l’autre prospectus pour dire tiens …

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Il y a de la vie pas loin …

Le silence …

Une sorte de remontrance du temps …

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Une attente sans consistance dans laquelle les questions, invariablement, oscillent entre le comment, le pourquoi et le quand …  Tout dépend de la manière dont on parvient à discipliner les espoirs, d’un matin sans missive à un soir de regret où l’on se murmure, hâtivement et pour ne pas trop tromper la sous-jacente superstition, un demain qui dure le temps de la nuit, le temps d’une éclaboussure de vie.  Et d’un vendredi soir à un lundi matin l’on marche prudemment sur le samedi et le dimanche, se disant qu’en revanche de cette semaine passée la semaine à venir se prépare sur les deux journées où les postes travaillent à acheminer ce trop si lent courrier qui tarde à n’arriver jamais.  Insensiblement il se met à me faire obsession.  Mais les lundi aux fins de semaines succèdent et de même les semaines se suivent même si elles ne se ressemblent pas et finalement les mois et la lettre attendue s’obstine à ne venir pas…  Ma boîte aux lettres bleue, muette et déserte sous le soleil de midi, quand de mes yeux inquiets je la déshabille, se moque un rien de moi …

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Alors tenter de considérer sans plus de façons ce réceptacle à nouvelles laissé à l’abandon?  Forcer les désirs à s’évanouir au fond d’un miasme de feintes indifférences, aller jusqu’à oublier l’envie d’une enveloppe marquée à mon nom portant dans l’angle la mention « Par Avion » ?…  Faire semblant de n’attendre pas, de n’attendre plus, remuer au fond de moi l’idée que « pas de nouvelles sont bonnes nouvelles » comme le dit ce bon vieux dicton ?…  Faire quoi ?  Arriver vers la boîte aux lettres bleue comme l’ignorant, tourner autour sans l’ouvrir, ne la regarder que d’angle, remettre à plusieurs heures le moment de découvrir qu’elle ne recèle rien d’autre que sa face interne, et me maudire une nouvelle fois d’avoir monté dans ma tête  ce trop puéril cinéma ?

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J’ai parfaitement le sentiment que le fil est rompu entre le monde et moi.  Je le sais et le sens.  Et je ne peux dire ni à qui ni vers quoi diriger la complainte de cette perte que je vis au fond de moi comme un mal sourd, lancinant et lourd qui se passe de mots, qui grandit en parasite, qui a comme ankylosé ma pensée et paralysé mon coeur d’une anesthésie lente à s’estomper.  Elle se dissipera, ça aussi je le sais mais elle ne s’éveillera que face à l’absence, face au moment déterminant, au vécu de l’instant, face  à une parcelle de temps volée à la conscience d’une solitude que je consomme en attendant comme par procuration.  Comme les aiguilles immobilisées sur le cadran, l’espace d’entre deux minutes qui font d’un moment une éternité.

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J’essaye d’être vigilante de mes yeux de myope, je tente de déceler, quand vient le soir, d’éventuelles salamandres ou lézards qui auraient décidé d’élire domicile dans ma boîte aux lettres bleue si vacante de courrier.  Leur vue me fait dresser le poil sur l’échine et je repousse mes phantasmes qui les rendent monstrueux comme des dragons.  Je les vois habitant la boîte bleue, et vide.  Dans mon imaginaire ils deviennent pareils à des monstres préhistoriques…  Le Sud est riche de reptiles trop rapides à mon goût pour pouvoir les poursuivre.  Peureuse je leur imagine des suivants autrement plus menaçants, des vipères pas bénignes et des araignées malignes que ma tête toujours en proie aux pires frayeurs évite de trop projeter sur l’écran de mes anciennes mémoires …  Je vis seule dans mon grand silence et j’y vis bien hormis certains moments durant les nuits plus pénibles où le souvenir d’un monde habité revient me hanter.  Surtout lorsque, comme hier au coucher du jour faisant bouillir mon lait de chèvre sur le petit réchaud de fortune avant d’aller au lit  je voyais se faufiler à mes pieds, entre mes orteils, sur le carrelage bariolé et foncé, une espèce d’animal à la limite du vertébré qu’il m’a fallu pourchasser de ma  sandale, tuer, exterminer oui par peur plus que par nécessité et de ce fait retrouver en moi des échos qui dormaient dans ma mémoire depuis l’aube … Car c’est le soir ici que j’ai le plus de mal à m’aguerrir.  J’ai peine à me faire à cette faune diverse qui, me semble-t-il, progresse de mon jardin où ils vivent et résident et d’où je ne puis les chasser jusqu’à mon lieu de vie, ma cuisine, mon palier, l’escalier, et ma couche où l’idée de les trouver me fait trembler …  Je me force de ce fait à des balayages, nettoyages et époussetages comme jamais pour au moins dormir sans trop de cauchemars …

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La boite aux lettres bleue, une fois de plus, restera vide pour ce soir …

Peut-être demain ?

Et c’est reparti pour le même refrain …

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MandraGaur’En Individu’Elle

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