Je t’écris …

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Souvenance - C. O. Chantrel

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Parce que je ne quitte pas ta pensée d’une seconde …

Ta pensée et la pensée de toi …

Et je te parle tellement tu vois …

Je te dis mille choses à voix basse je te raconte au dedans de moi et te sens à l’écoute de moi c’est ainsi oui que tu te tiens là l’oreille contre mes lèvres posée et ton coeur battant de m’écouter je te sens recevant tous ces mots déferlant de moi comme des cascades de paillettes de riz …

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Ton visage était tout gris et je n’ai rien compris …

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Comme on aime quand l’envie de partager est une fête déjà …  Comme on aime quand on a reconnu dans la pensée de l’Autre les mêmes chemins que ceux que l’on retrouve chaque matin en soi mais que l’on emprunte enfin accompagné, comme l’on marcherait dans un miroir …  Je te parle parce que tu es mon frère et que je n’ai jamais pu te parler pourtant … Ça ne manquait pas de choses à se dire …

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Je t’écris …

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Dans ce désert mental qui m’occupait la cervelle de ces temps où je hurlais de longs cris rauques devenant musique enfin éjectés de leur gestation …  Tant je te sens mon frère oui mon ami aussi tu aurais pu et puis encore et puis tant pis tu es bien plus oui dans mon coeur qu’un simple frère pour une soeur.   Car si tant et encore plus j’aimerais passer des heures, de longues heures à te dire et t’entendre et écouter me dire tout ce qu’il nous a fallut taire durant cette longue errance d’hiver ces longues retraites solitaires dans un désert entouré de barreaux où toi et moi étions isolés dans l’impossible communication …  Au milieu des autres tout aussi isolés …  Toutes ces îles qui n’avaient pas de ponts de liaison…  Tant de paroles et tant encore roulent en moi culbutent et déroulent leurs membres, se forment se déforment se reforment dans mon esprit et le silence qui m’occupait, et m’habitait et t’occupait et t’habitait n’était que la forme visible du renoncement …  La catharsique joie …  La souffrance de l’errance en sursis …

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Et tes yeux noyés de désarroi quand tu partais certain soir

Et moi qui me demandais :  » Mais qu’est ce qu’il fait ? »

Il partait …

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Que fais-tu que raconte tu aux intérieurs de ta tête, En quoi traduis-tu tes silences, De quoi sont faites tes absences dis moi …  Cette absence de toi qui ne fût pas là désormais remplie d’un jamais à toujours retentir …

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Ton visage était tout gris et tes joues boursouflées …

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Toi qui dans la chaleur étouffante d’un champ de melons me regardait au travers de ta peur de ne vivre pas vraiment, dis moi, où en es-tu maintenant et que fais-tu de ces cris que j’ai senti gronder en toi quand en partant tu m’embrassais la joue ?  Au travers de la nuit sur ta ville, celle qui clignote là-bas au loin en bordure de mer, au travers des nuages de poussière et de temps j’ai envie de passer ma main et mon bras j’ai envie de toucher ton front du bout de mes doigts pour te dire :  » Je suis là, près de toi, avec toi, proche de ton silence et proche de ta peur d’avancer dans des chemins inconnus,  isolés, escarpés, interdits qui sait  …  Souviens-toi voyons !…  Nous étions petits ensemble …   Nous étions si petits …  Regarde !…  Je suis avec toi en ce samedi d’aujourd’hui qui se termine me penchant sur les tomates du jardin, respirant l’odeur qu’elles ont glissé dans mes mains lors que je les effleurais …  Je suis avec toi en renversant la tête plus tard dans le soir pour compter les premières étoiles qui sortent du noir et de la nuit que tu vis et que tous nous portons …  En nous …  L’ombre et la lumière comme la nuit comme le jour …  Nous portons et nous suivons du soir au matin et au soir jusque tard jusque nuit je le sais je le vis les heures de grands doutes et les heures de déni …  Je suis avec toi qui regarde la blessure sur le front de ton fils, qui regarde les questions dans les yeux de ta fille je suis avec toi …  Qui écoute le battement de tes doutes face à ton devenir …  Je suis avec toi pour te soutenir dans l’idée qu’il faut croire à demain aux demains …  Même si tu n’es qu’une de ces étoiles dans le ciel désormais je te parle car enfin …  Et je te dis que pour nous ici-bas rien n’est plus doux qu’une nuit qui se termine sur un nouveau matin.

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J’éteins la lumière dehors …

Je veux fermer la porte …

Je vois des lumières de couleur c’est la fête quelque part des lampions peut-être un bal et un feu d’artifice qui me rappellent à toi …  Ce soir là où nous allions le long du parc Royal il pleuvinait mais le feu d’artifice déchirait le ciel …  C’était la journée nationale …  Et ça fêtait … Sauf toi et moi …  Nous savions déjà le secret …

Ce soir là tu partais …

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Tu avais le visage si gris, les joues si boursouflées, et la nuque ensanglantée quand je te retrouvais …

Et je comprenais …

Que jamais nous ne pourrons nous dire tout ce que nous n’avons pu nous dire …

Jamais …

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Je t’écris …

Cet écrit …

Ce début qui te dis …

Je l’emporte …

Dans mon bureau, sur ma table, au bord de ma plume …

Je sais à présent que depuis ta mort tu ne m’as pas quitté un seul instant …

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Extrait de « A mon défunt frère » (1999)

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MandraGaur’En Individu’Elle

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Note : Je rappelle pour tout ceux que ça intéresse que ce que j’écris est protégé non seulement par la Licence Créative Commons mais aussi par la législation belge et internationale propre aux droits d’auteurs de même que par le dépôt des publications de ce blog (ou de tout autre de mes textes par ailleurs) dans les fichiers de la bibliothèque Royale Albertine à titre d’auteur belge repris dans les archives et déjà publié.  Merci d’en tenir compte.  Si des textes vous intéressaient vous pouvez me joindre par mail.  La page d’accueil vous informe amplement à ce sujet de même que des normes, clauses et droits d’utilisation de mon oeuvre.  -L’Auteur-

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