Reine-Fleur…

*

*

*

*

*

*

*

Elle déambulait les bras tombés le long de son corps et de sa robe de bal constellée de taches de boue …

Cette robe qu’elle n’avait pas encore quitté depuis ces derniers quatre jours …

*

Depuis que la fête s’était clôturée de manière bouleversante.

*

Après avoir vu s’étioler en une spirale de douleurs un hymne dédié au bonheur et en blessures dues à la traître surprise d’un acte prémédité, et après cette forme d’étonnement s’emparant d’elle dans les jours suivants l’évènement, après tout cela et des heures de recoupements et d’analyses, après avoir vu son visage bleuir et jaunir des traces de coups et sur son corps, après avoir vécu la révolte mêlée à la peur et la colère amalgamée à la terreur elle se souvenait devant cinq roses graciles dont le grenat lui parlait d’amitié,  qu’il lui faudrait se redresser, reprendre pied dans sa réalité, et lutter …

Elle ne s’en voyait plus le courage …

Elle posait l’oreille contre les pétales des fleurs rescapées comme pour les écouter lui rappeler la sincérité de l’offrande peu avant le drame …  A quelques jours à peine de là …

Elle s’acheminait lentement vers le bureau où comme ailleurs tout avait été dévasté.  Les tiroirs béants, ou au sol et vidés de leur contenu éparpillé sur toute la surface de la pièce; le canapé lacéré, éventré même par endroits; les lampadaires renversés, certains brisés; les livres tombés en tas par dizaines devant les bibliothèques; les tentures et rideaux arrachés de leurs supports, déchiquetés et laissés là, lamentables; et sur le bureau …  Plus rien …  La surface en était totalement vide …  Disparus les deux cadres des filles …  Disparus aussi le grand encrier double en cuivre aux fioles de porcelaine…  L’ensemble se trouvait au sol dans une position tordue qui laissait deviner que plus aucun usage ne pourrait en être fait.  Disparu le beau lampadaire de Constance …  Il gisait dans le coin opposé de la pièce, totalement désarticulé …  Quelle force brutale, semblable à une tornade, avait pu secouer Alexandre pour parvenir à un tel état de destruction ? Rien n’avait résisté !  Rien !…  La désolation règnait dans toutes les pièces de la maison, et dans les couloirs, sur les paliers …

Il avait tout dévasté .

Plus rien ne tenait debout .

Plus même elle.

S’approchant du bureau elle se baissait pour trouver au sol une de ses plumes, son écritoire peut-être …  Un encrier neuf …  Elle trouvait …  Restait à dénicher du papier à lettres …  Elle finit par en découvrir aussi …  Alors elle tirait à elle la chaise de Père et s’assit …  Elle débouchât le flacon d’encre, y trempât sa plume et se mit à écrire en tentant de maitriser le tremblement de sa main :

*

 » …  Il m’est bon de pouvoir m’adresser à vous dans ma langue et de me savoir lue et comprise.

 » Il m’est meilleur encore de pouvoir vous dire des mots dépassant de loin par leur force les trop faciles « Merci » …

 » J’aime à pouvoir ici exprimer ma gratitude d’avoir la fierté et la sincère joie de vous compter de mes amis … « 

*

Elle refermât l’encrier, essuyât la plume.  Elle pliât la lettre en quatre, la disposât dans une enveloppe gris souris qu’elle trouvait au pied de la méridienne elle aussi totalement saccagée.  Humectant la colle de sa salive à l’aide d’un de ses doigts elle fermât l’enveloppe et sans rien y écrire la disposât bien au centre du bureau vide, à plat.

Alors elle pivotât sur elle-même comme pour juger de l’état des lieux puis se dirigeât vers la porte qu’elle ouvrît.  Dans le grand couloir elle prenait la direction de la porte d’entrée principale, emportât au passage dans la salle de séjour le bouquet de roses dont le rouge flamboyant faisait comme une grande tache de sang sur sa jupe…  Elle sortit sur le perron, refermât derrière elle le lourd battant en le tenant par le heurtoir qui claquât et résonnât longtemps encore dans le couloir après son départ  …

Plus personne jamais ne la revît.

Sauf sur la Lande m’a-t-on dit …

Celle des « Reine-Fleurs. »

*

*

*

*

*

MandraGaur’En Individu’Elle

*

*

*

In « Journal » – 1982 – Grèce/Kalamata

*

*

*

Note : Je rappelle pour tout ceux que ça intéresse que ce que j’écris est protégé non seulement par la Licence Créative Commons mais aussi par la législation belge et internationale propre aux droits d’auteurs de même que par le dépôt des publications de ce blog (ou de tout autre de mes textes par ailleurs) dans les fichiers de la bibliothèque Royale Albertine à titre d’auteur belge repris dans les archives et déjà publié.  Merci d’en tenir compte.  Si des textes vous intéressaient vous pouvez me joindre par mail.  La page d’accueil vous informe amplement à ce sujet de même que des normes, clauses et droits d’utilisation de mon oeuvre.  -L’Auteur-*

*

Publicités
Cette entrée a été publiée dans Des Faits.

Echanges et Partages...

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s