J’crois au Pèr’Nowel

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MOI ?…

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J’CROIS AU PER’NOWEL !

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Le père Noël ?
Tu y crois toi ?
Moi, je m’pose des questions …

Elles sont banales mes questions, de celles à pas même quat’sous.
Ni de quoi mouiller un chat.
Des questions comme:

– “Mais pourquoi l’père Noël n’existerait-il pas ?”

C’est vrai tous comptes faits.
Quand j’étais p’tit j’les croyais, ceux qui m’parlaient du père Noël…

C’était ma mère, surtout, et ma grand-mère aussi, et puis ma tante. Mais pas mon père, ni mon grand-père, ni mon tonton. Eux ils se taisaient. Et ils riaient aussi, je me souviens, surtout le soir de réveillon. Ils riaient, et parlaient haut, et fort, et vite, et beaucoup, et de tout. Nous on jouait. Par terre. Avec les joujoux trouvés sous l’arbre. On ne s’occupait pas des grands. Nous on buvait des chocolats chauds.

Et eux …

Du porto ..

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Et l’père Noël dans tout ca ?

On ne l’voyait pas…

Il arrivait de nuit. Il repartait de nuit. Tout ça s’passait de nuit: le traîneau, les rennes, la hotte remplie de cadeaux, et tout ça dans la cheminée, et puis l’installation sous l’arbre, et pas un bruit pour me réveiller. Il était fort, le père Noël, un maître-cambrioleur… Une cheminée, on n’y pense pas. Mis à part qu’elle abrite du froid, qu’elle permet de préparer un bon repas, et de se réchauffer les doigts, et de lire face aux flammes, ou d’écouter de la musique, et d’être bien, en compagnie…

De ses enfants, de sa famille, de ses amis.

Mis à part cela, une cheminée, on n’y pense pas…

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En dev’nant plus grand, j’ai constaté que l’père Noël ne passait pas par la ch’minée. C’était pas possible. C’était bidon. Ou alors c’était un fantôme. Ou un revenant. Ou alors moi j’étais fou…

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Car tout d’abord il faisait très froid dehors. Et quand la neige ne rendait pas le toit impraticable même pour un funambule averti, il pleuvait, et là-d’ssus, bien des fois, il gelait. Alors, s’y arrêter avec des rennes et un traîneau… J’n’en doute même pas. Ensuite, il n’y avait d’traces nulle part d’un bonhomme plutôt replet qui serait passé par la cheminée toute pleine de suie et qui aurait abouti dans le feu continu…

Non, j’arrête là…

C’est nul !

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Quant aux bonbons on en trouve partout, tout le temps et toute l’année.

Et les jouets c’est pareil…

Ca aussi je l’ai constaté.

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Simplementque pour Noël, on mange plus, on boit plus, on r’çoit plus, on dépense plus, on gaspille plus, on décore tout pareil partout et partout ca rutile et ca flamboie et on oublie encore un peu plus les autres simplement à force de penser à la fête qu’on va faire avec certains.  Les siens …

Et l’père Noël dans tout ça ?

Je n’sais pas…

Tu y crois toi ?

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Tiens, encore ce matin là, je m’promenais…

Il faisait un ciel pas trop radieux et un vent mordant.
Je ne me pressais pas, j’allais…

J’arpentais le trottoir sous les tonnelles des magasins et me distrayais à compter les grandes dalles carrées et même je sautais…

Je sautillais quoi, voilà tout, pour m’amuser.
Un passant là me r’gardait .

Mais j’ai l’habitude.

L’habitude d’être regardé.

C’est à cause de mon long nez. Et d’mes grandes oreilles. Et d’mes cheveux aussi, parce qu’ils sont jaunes paillasse, presque comme le blé. Et j’m’en moque, d’ailleurs.
Brusquement sortait d’un d’ces magasins à tonnelles, comme un chat chassé un chat, chassé. Et il courait, ne regardait ni de droite ni de gauche et traversait, d’une traite et pourchassé de la crémière, (car le magasin c’était une crémerie,) pourchassé de la crémière dis-je qui brandissait son balai comme on brandit un balai pour pourchasser un chat. Et dans tout cela arrivait la voiture qui manquait … Le chat continuait sa course de chat chassé, la crémière elle, subtile, arrêtait net son élan et cessait de pourchasser le chat chassé pour laisser la voiture passer …

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– “Ben ca, c’est l’père Noël !” me dis-je.

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Une rue tranquille où n’passe jamais un chat, sauf celui-là, des magasins ronronnant leur quotidienne somnolence entre quelques rares clients, sauf la crémerie et ce jour là, et pas une voiture en général à cette heure là sauf celle qui sauvait le chat chassé par la crémière qui le pourchassait.

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Et bien çà, c’est le père Noël!

Comprenez vous ?…

Ben oui…
Ca vous fait rire ?

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Tiens, pas plus tard que tout à l’heure.

Le quart de midi venait de sonner.

Le ciel depuis le matin ne s’était pas encore éclairé.

Le gris des nuages se reflétait dans les fenêtres des maisons.

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C’est très parlant, les fenêtres des maisons. Toujours il me semble qu’elles me racontent des histoires. Et j’en imagine de belles. En ce moment un peu partout il y a des lumières de couleurs. C’est pour Noël justement. Et tous ils en mettent. Et ça clignote en forme de coeur, et en forme d’étoile, certaines même filantes, et en forme de sapin. C’est joliment bien. Et tout ça sur les fenêtres. Et ça éclaire les grandes dalles carrées des trottoirs. Et comme souvent ils sont mouillés, ça s’y reflète, alors c’est très beau à voir. C’est presque comme un réveillon.

Presque.

Car ce n’est pas tout.

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En les regardant les fenêtres des maisons toutes illuminées qu’elles étaient j’imaginais. J’imaginais des tables bien mises, avec des ronds de serviette, et des assiettes, et des verres, et des beaux couverts et tout. J’imaginais…

Une belle nappe blanche, ou rouge peut-être, ou couverte de paillettes d’or. Je me disais qu’il y avait un sapin là dans la salle de séjour, dans un coin. Et des cadeaux, ça c’est sûr, des cadeaux qui attendaient. Et toutes les pièces derrière les fenêtres illuminées des maisons que je regardais sentaient bon. Elles sentaient le pain d’épice de mon enfance, et le vin chaud, et la dinde au fourneau. Je me dilatais les narines comme pour humer l’odeur que j’imaginais.

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Et je regardais plus fort, du plus fort que mes yeux pouvaient regarder les fenêtres, je les regardais qui clignotaient dans les maisons. Et parmi tous ces clignotements, au milieu de toute cette lumière, d’entre toutes ces imaginaires odeurs d’épice et de pain neuf, encadrée de guirlandes et d’étoiles filantes collées sur la fenêtre d’où elle me regardait, une petite fille, blonde comme un ange et belle comme la promesse de jours meilleurs, de sa petite main dodue et délicate, les doigts largement écartés comme pour mieux me faire voir, une petite fille blonde vêtue d’une capeline rouge bordée de zibeline blanche pareille à la neige, en riant, me faisait signe de la main …

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– “Ben ca, c’est l’père Noël !” me dis-je.

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De derrière toutes ces fenêtres anonymes, clignotantes parce qu’elles doivent clignoter, garnies de rideaux de mousseline ou de lourdes draperies, de dans ces maisons où jamais personne depuis que je les regarde en passant ici tant de fois matin, et soir, et nuit parfois, où jamais personne ne m’a ni regardé ni reconnu, d’au delà de ces fenêtres où tant de belles histoires de famille, et de fête, et de chaleur humaine et de tendresse, et d’amour me fabulent la tête, jamais personne ne m’a vu, sauf aujourd’hui, une petite fille, blonde et jolie.

Et elle m’a sourit …
Et ca, voyez vous bien, c’est l’père Noël !

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Alors, existe-t-il ou n’existe-t-il pas ?

La question me taraude.

Elle me prend les tempes.
Pas vous ?

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Car enfin, voilà-t-y pas un beau cadeau de Noël pour un pôv’gars comme moi, cette frimousse d’enfant qui m’sourit et m’salue parce que d’entre toutes ces lumières qui clignotaient c’est moi oui, c’est moi qu’elle avait r’péré. C’était Noël à c’moment là, vous en conviendrez …

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En descendant l’allée du parc ce soir, vers là où j’avais mon banc libre à l’abri des courants d’air pour y déballer mon souper, eh bien, je l’ai r’trouvé, le père Noël.

Là à l’endroit où est bonne la lumière des réverbères quand la nuit vient tomber.

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Je dépose mon sac.

Je sors mes provisions.

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Et j’en ai déjà des petits paquets de toutes sortes de choses qui se mangent, et rassasient, et se conservent. Des débris de “Petit-Beurre” que j’ai toujours dans une boïte en métal. Quand la faim se fait sentir… Il suffit parfois de quelques miettes pour la différer. Trois fonds de pain baguette blanc qui restent mous dans le plastique. Je les ai depuis hier. Un pot de confiture. Il était moisi, mais dedans il est tout bon. Je ne comprends pas qu’on jette. Une cuisse de poulet à peine entamée. C’est Auguste qui me l’a donnée. Je ne sais pas d’où elle vient enfin, mais c’est Auguste qui me l’a donnée. Un quart d’huile d’olive, un peu rance mais tout de même ca vous graisse le palais. Faut pas êt’trop r’gardant… Une boîte de lait en poudre tout abîmée. Et le lait est mouillé… Mais dans un gobelet d’eau ca ne ressemble qu’à du lait…

Mon couteau, ma cuillère, ma serviette en coton…

(C’est vrai qu’elle ne sent plus fort bon.)

Et mon sac qui est rempli de vieux papiers souillés…

J’m’en vais d’abord m’en débarrasser là-bas plus loin dans le panier poubelle tiens … Toujours vide celui-là. On devrait l’supprimer. Il ne sert de rien. Il y en a comme ca de ces inutiles paniers à ordures dans lesquels il ne se trouve jamais rien de bien… Même pas une ordure … Mes papiers gras et jaunasses bien serrés dans la main je fais les quelques pas séparant le banc, où j’installe mon repas, et la corbeille à déchets.

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Je fais le geste de lever l’bras mais mon oeil affûté habitué à ne rien rater vise un carton blanc et jaune liseré de doré, posé bien à plat, et fermé, dans le fond de la poubelle. Un carton impeccable … Avec la cordelière du pâtissier autour… Défaite pour sûr, mais autour. Je m’risque. Je cale ma boule de papiers gras sous l’aisselle gauche et ma main droite lentement s’approche du carton pour l’ouvrir.

Je déglutis, je le sens, dans ma gorge j’avale dur…

Mais le carton ne contient plus rien sans doute…

Faut pas rêver pas vrai ?

Ni croire au père Noël …

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Ben ma foi non !
Imaginez vous bien que dans l’carton se trouvait une belle bûche à peine entamée d’une seule cuillerée, couleur blanc et marron pâle, avec des raclures de chocolat et des décorations et une feuille de houx et un p’tit Jésus en sucre rose et blanc. Et lavande son lange autour de ses hanches!

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Je m’exclame:

– “Ben çà, y’a pas, pou’l’coup là c’est bien l’père Noël !”

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Près de moi, personne. Je risque un coup d’oeil alentours, pas un homme … Et le contenu des poubelles, sûr que ça j’ le sais, c’est vraiment quelque chose qui appartient à celui qui met la main d’ssus m’premier.

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– “Ben ca, c’est l’père Noël !”

Me dis-je encore, opinant de la tête car convaincu.

Et abasourdi vous pensez !…

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Enfin voilà donc une poubelle que je connais depuis des années ! Moi, et les autres potes qui rodons dan s le quartier. Une poubelle dans laquelle jamais au grand jamais je n’ai rien trouvé de valable même déposé le moindre déchet. Une poubelle que personne ne regarde ni ne voit. Une poubelle sans existence ni signification voilà qu’en ce jour de fête j’y déniche une bûche toute fraîche, en gâteau et crème au beurre et crème pâtissière, une bûche pour au moins huit personnes, j’vous d’mande un peu, toute belle, toute grande, et pour dire le vrai tout’entière et en plus enrubannée dans un joli carton !

Un cadeau quoi !…

Tout bonnement …

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– « Et bien ca, c’est l’père Noël ! Et c’coup-ci j’y crois pour de bon !

– « On s’la partag’ra avec les copains, la bûche, tout à l’heure, sous l’échangeur … »

Me dis presqu’au bord des larmes de bonheur … C’est là qu’on s’est donné rancart à onze heures pour passer notre réveillon de sans-logis. Sûr qu’ils s’ront surpris…

Et vous verrez, le père Noël, ils lui diront merci !…

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Preuve qu’il existe oui ?!

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RED_BAKKARA

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DROITS D’AUTEUR

CHERCHEZ PAS D’TROP

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4 commentaires sur “J’crois au Pèr’Nowel

  1. Xav\' dit :

    Merci à vous de nous laisser ces jolis mots et contes. Si un jour vous souhaitez me prêter un texte à éditer, je serai ravi… À bientôt.
    xavier

    J'aime

    • RED-BAKKARA dit :

      Merci aussi à vous Xavier de venir les lire et de les apprécier … Si vous estimiez qu’un de mes écrits trouverait place dans l’une de vos pages ou édition de pages j’en serai bien sûr enchantée. Je vous dirai alors : Choisissez !… Le poète écrit … C’est là tout ce qu’il peut faire … Entendre et traduire ce que la Muse lui dit … Une fois déposés, ses mots ne sont plus siens, ils appartiennent au vaste monde … Son espoir n’est-il pas que ses rimes et vers, son ‘taillis’ de vocables, aillent le plus loin possible rencontrer les coeurs et les âmes, voyageant et touchant les esprits des gens ?… Afin qu’en retour ils reviennent alors le nourrir de l’aura de la reconnaissance pour retentir en écho en son âme et renouveler en lui sans cesse l’inspiration le menant toujours plus loin aux confins de ses compositions …

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  2. Extravertia dit :

    Merci infiniment Mandra pour le partage de vos mots si joliment écrits. Je vous écoute avec beaucoup de plaisir et d’émotion. Je n’aime pas les fêtes, je n’aime pas Noël mais j’aime vous lire.

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    • RED-BAKKARA dit :

      Merci Fabienne de ce mot et de vos visites et lectures … Si vous saviez, l’émotion me submerge de voir combien mes contes ont l’heur de plaire, d’être lu et d’émouvoir … Pour vrai dire, je n’en reviens pas … Je dois m’y faire à cela … C’est quelque chose … Je déborde littéralement et pour corser le tout … Plus je ressens cette reconnaissance, plus ma plume se délie … Elle ne tarit plus … « Mais quelle affaire !… » Comme le dit le père Noël dans « Il y a des Noëls sans rires … » … Il m’est doux de savoir que vous me lisez … Croyez …

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