Il y a des Noëls -(3)-

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Il y a des Noëls sans rires …

(Troisième épisode)

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Le docteur tirait la porte sur une enfant aux anges et une maman éberluée … Eberluée oui, mais souriante aussi… Oui, souriante … Les babillages et les affairages joyeux de sa fille avaient fait naître sur son visage un doux sourire …
Adélie la regardait à la dérobée tout en papotant allègrement :
– « Tu comprends maman, si j’ai tardé, c’est parce que j’ai rencontré au coin de notre rue le père Noël en personne !… Et beau avec ça !… Tu aurais du le voir !… Tout habillé de rouge, tu sais bien comment il est, avec sa hotte rebondie sur son dos, son bonnet rouge borduré d’hermine et des bottes de neige … Ah ! Il lui en faut des bottes de neige au père Noël, parce que dans son pays il y a de la neige partout, partout !… Et imagine-toi que chez lui, là-bas dans son lointain pays, les arbres ont des feuilles bleues !… Bleues maman les feuilles rends toi compte quelle magie !… «
Tout en bavardant de la sorte elle déballait le grand cabas rempli de victuailles.
– « Mais ma fille … »
Dit la mère soudain inquiète,
– « Comment as-tu pu acheter pareilles provisions ? Tu n’as pas fait de crédit j’espère chez monsieur Gaston !?… »
– « Oh non maman, tu sais bien !… Je n’oserais jamais ! J’ai appris que l’on ne peut pas faire crédit … Tu m’as bien dit que les pauvres gens, sous le crédit, peuvent y perdre la vie … Non non non !… Pour commencer, tu vois, je suis persuadée que le père Noël est derrière tout cela !… Regarde !… Il me disait qu’il ne pouvait pas me promettre de miracles, mais n’est ce pas miracle toutes ces bonnes choses que nous avons là ?… D’abord, le père Noël m’a donné ces trois belles Cougnolles. Vois comme elles sont grandes et comme elles ont l’air bien frais et appétissant !… Trois, maman ! Il y en a pour la semaine … Puis, arrivée ici, et te trouvant si mal et au lit, pour me tranquilliser, le docteur m’a donné quelques pièces de monnaie pour que je puisse aller nous acheter de bonnes choses …
– « Quel brave homme tout de même.. »
Dit la maman.
– « Alors … »
Poursuit Adélie …
– « Arrivée à l’épicerie j’ai commandé du lait, du cacao, du beurre, de la confiture… Et puis voilà que Monsieur Gaston s’est mis à me faire des emplettes tout plein … Regarde maman ! »
Et la petite se met à sortir toutes les victuailles sur la table …
-« Des raviolis maman, tu sais, des bons là … Des raviolis « Maison » … Et du jambon maman, du fromage de Hollande et regarde, regarde les beaux fruits !… Même des oranges !… Ce n’est pas Noël ça dis moi ? »
Et toute émue elle revient près du lit de sa mère pour la prendre dans ses bras..
– « Je vais nous faire une belle table … Je prendrais la belle nappe. Et puis regarde maman.. ; »
Retournant vers la table elle prend la couronne toute décorée et la montre à sa mère.
– « Il y a des bougies dessus ! Ce sera joli joli ! Veux-tu que je te fasse un thé maman ?… Ou préfères-tu attendre que j’aie préparé le cacao !?… »
– « Eh bien tu sais quoi ?… »
Lui répond la mère en se levant de son lit …
– « Je vais m’y mettre moi aussi… Nous allons préparer ensemble la fête, toi et moi !… Et c’est moi qui ferais le cacao !… Qu’en penses-tu ma fille ?… »
En réponse la petite bat des mains …
– « Oh oui maman, comme je suis contente ! Tu le prépares si bien le cacao, et j’adore te regarder le faire … Il fait bien chaud maintenant avec le deuxième poêle que le médecin nous a apporté, tu ne prendras pas froid … Mais couvre toi quand même … »
En lui disant cela elle se rappelle de la liseuse que lui promettait le père Noël. Un sourire mutin se dessine sur son petit visage …
– « Ce serait vraiment complet si maman recevais cette liseuse. »
Se dit-elle …
S’affairant l’une et l’autre tout en bavardant, elles se mettent à ranger les provisions, placent les fruits dans une belle coupe, sortent la nappe, installent la couronne … Adélie décore les branches de sapin que monsieur Gaston lui donnait avec les jolies boules de Noël … Et tout en travaillant elle éclate soudain de rire …
– « Qu’y a-t-il ? »
S’étonne sa maman …
– « Tu aurais du voir maman la tête de madame Francine !… Elle était toute rouge et toute fâchée sur monsieur Gaston ! Tu sais, les boules et les branches de sapin il les a prises dans la vitrine ! Rends-toi compte. Elle a voulu l’empêcher de me donner tout cela, même qu’elle a dit que nous devrions rembourser mais monsieur Gaston lui a dit de se taire … »
Et elle repart d’un rire jovial tout en imitant la voix de l’épicier :
– « Je te prierais, femme, de vouloir bien taire ta méchante langue pour que je puisse écouter ce dont Adélie a besoin … »
Et toutes les deux, devant les mimiques de l’enfant et le souvenir de la déconfiture de madame Francine partent d’un grand éclat de rire !…
– « Tu ris maman !… Tu ris !… Oh, comme je suis contente ! Tu ris ma petite maman … »
Et l’enfant vient contre sa mère, lui entoure le torse de ses deux bras en une chaude et aimante étreinte et elles restent là, au milieu de la pièce, l’une contre l’autre, la mère et la fille, savourant ce renouveau en un recueillement d’amour et de bien-être que ni l’une ni l’autre n’ont plus connu depuis longtemps …
Enfin, s’écartant doucement de sa mère l’enfant lui dit :
– « Tout va aller bien maintenant maman, tu verras, c’est le père Noël qui me l’a dis … Et le père Noël … »
Dit-elle sentencieuse levant l’index bien droit devant elle et le secouant comme le fait la maîtresse à l’école :
– « Le père Noël, il ne raconte pas d’histoires et il ne fait pas de promesses en l’air, lui ! C’est un honnête homme !… »
Sur ces paroles catégoriques la petite attrape son tablier à la patère, le ceint autour de sa taille et se met à l’ouvrage … Le deux-pièces est traversé de la musique du transistor … Des chants de Noël, des envolées de violon, de violoncelle et de flûte animent leur labeur alors que toutes deux s’occupent d’aménager les lieux pour préparer leur fête de Noël …
Bientôt dans le petit logis l’odeur du cacao embaume… Adélie a décoré la table, la jolie nappe toute bordurée de doré scintille et la couronne au beau milieu est du plus bel effet … Une des branches de sapin décorée de boules elle l’a accrochée à la suspension qui descend du plafond, les trois autres elle les a disposées sur la commode, le guéridon près de la porte et une au dessus de la porte, avec une jolie boule rouge suspendue qui se balance délicatement sous les mouvements de l’air provoqués par la chaleur du poêle d’appoint …
Tandis que la maman s’occupe du cacao Adélie coupe de belles tranches de Cougnolles qu’elles dispose dans un panier, arrange le beurre dans un ravier, en prend un autre pour y mettre quelques cuillerées bien garnies de confiture de framboise.
Puis elle ouvre délicatement le carton du gâteau, juste pour le regarder … Le gâteau elle le mangeront demain, pour le dessert du repas de Noël …
Parce qu’elles se feront un bon repas de Noël demain maman et elle, Adélie y compte bien… Brusquement elle relève la tête, narines frétillantes … A l’odeur du cacao s’est jointe celle, oh combien alléchante, des crêpes !… Mais quelle joie !…
– « Maman ! »
S’écrie l’enfant,
– « Tu as fait des crêpes !?… Ca alors ! C’est tout bonheur ma petite maman !… Des crêpes !… Justement, monsieur Gaston m’en parlait des crêpes !… »
– « Bien sûr ça !.. »
Dit la maman dans un sourire satisfait tout en versant une louche de pâte dans la poêle …
– « Monsieur Gaston est fin connaisseur !… Nous avons la farine, le lait, les œufs et même le beurre !… »
– « C’est la fête ! »
Dit Adélie.
– « C’est la fête ! »
Répète la mère après sa fille …
Et sautillante elle retourne vers la table, heureuse dans son cœur rempli de nouvelle chaleur … Ah , il y a encore de bonnes gens qui parviennent de si peu de choses à ranimer la vie et la joie dans le cœur d’une maman et à faire sautiller un enfant …
Plus tard dans la soirée, toute deux attablées et repues des bonnes choses qu’elles ont mangé, Adélie dit à sa maman …
– « Tu sais maman, il y a des gens qui dorment dehors … »
La maman, émue de cette parole, regarde sa fille.
– « Tu as le cœur bon Adélie … Il ne faut jamais le perdre … Oui, il y a des gens qui dorment dehors la nuit de Noël … Et nous sommes bien heureuses déjà d’avoir ce petit logis … »
– « Tu iras mieux maintenant maman ? »
L’interroge sa fille …
– « Mieux ?… Je vais tout faire Adélie pour aller mieux oui … Le docteur et moi avons beaucoup parlé. Il a raison, je ne peux pas rester toujours à me laisser glisser vers le bas … Je te demande pardon des peines … Je n’ai pas été très vaillante, je le sais … Et j’ai du bien des fois te chagriner de ma dolence … »
– « Mais non maman, je t’aime tu le sais … Plus que tout !… Et même plus que la danse !… Mais c’est vrai que je m’inquiète sans cesse pour toi.. Tout à l’heure en revenant, te voyant toute pâle et immobile comme … Ben tu sais bien … Comme une morte… J’ai eu si peur … Je ne peux pas penser que tu t’en ailles au ciel et que tu me laisses seule dans ce monde… Il n’y a pas que de gentilles gens … Il y a bien plus de gens vilains que de gens ayant le cœur sur leur main … Tu me le dis si souvent, et c’est bien vrai … Si tu avais vu la propriétaire, comme elle a été vilaine avec moi quand je suis revenue ce soir … Elle m’a bousculée dans l’escalier me disant que tu étais ‘au plus mal’ … »
Et la petite pince la bouche et lève les yeux comme le fait madame Dubuisson, la logeuse … Toutes les deux, à nouveau, éclatent de rire …
– « Comme tu es drôle ma fille !… Comme tu es drôle !… »
S’esclaffe la maman !…
– « Et comme j’aime t’entendre rire maman !… Et comme tu es belle quand tu ris !… De la terre entière c’est toi la maman la plus jolie !… Et c’est le plus beau des cadeaux de Noël pour moi, de t’entendre rire ma petite mère !… »
Soudain, l’enfant se lève, va vers l’interrupteur, éteint le plafonnier et revient s’asseoir en prenant soin de tirer sa chaise la plus proche possible de celle de sa maman … Et vient alors l’heure des confidences … A la lueur des bougies disposées en rond sur la couronne en milieu de table, le visage de l’enfant luit, nacré et rose sous sa belle chevelure noire et bouclée. Son regard dardé sur celui de sa mère elle lui dit :
– « Parle maman, parle moi … Il y a tellement longtemps que je ne t’ai plus entendue… »
Et dans le paisible logis une chaleur nouvelle irradie …
Pas seulement celle d’un radiateur, ni non plus seulement celle des bougies, ni encore ou pas seulement celle de la table décorée, des branches de sapin parfumant l’ambiance ni non plus celle des décorations reflétant dans la pénombre les doux balancements des flammes, mais surtout celle d’une enfant et de sa maman qui, en cette nuit de Noël dont les rires risquaient d’être bannis, avaient retrouvés, rien que pour elles deux, la complicité de l’amour, de la confiance et de l’espoir …
– « Le docteur a raison ma fille … J’étais bien fautive de vouloir ainsi me laisser glisser à néant sans me soucier de ton chagrin … Vois-tu, dans ce monde où tout devient de plus en plus rapide et éphémère, je n’ai pu supporter le choc de l’abandon … Mais j’étais pourtant sur le point de m’abandonner moi-même, et toi aussi donc … Mon amour … »
Dit la mère en passant sa main dans les cheveux soyeux de sa fille.
– « Oh maman, tu m’as appelée ‘Mon amour’ !… »
S’écrie la petite fille en se serrant encore plus près de sa mère.
– « Mon amour oui, c’est toi mon amour. Et c’est parce que je t’aime tellement que j’ai voulu m’éloigner de toi… Les adultes sont parfois bien compliqués et ne comprennes rien à la vie !… J’avais peur tu vois, peur que mon chagrin ne te fasse obstacle. Je craignais que mon incapacité à surmonter l’abandon de ton père ne fasse de moi un ennui pour le cheminement vers ton avenir. Mais j’avais perdu de vue, hélas, que sans une mère un enfant ne peut grandir. Il fallait que je comprenne cela, et je l’ai compris ce soir … »
– « Ca ! C’est le père Noël !… »
Dit Adélie d’un ton sentencieux en levant à nouveau son index.
– « C’est le père Noël, si tu veux, mais c’est surtout toi qui me l’a fait comprendre. Tu sais, les adultes, trop souvent, ne tiennent pas compte des avis et observations des enfants. Pourtant, ils sont sages. Quand on dit que la vérité sort de leur bouche cela ne signifie pas que tout ce qu’il dise soit juste ou vrai, cela signifie que ce qu’ils disent vient droit de leur cœur, sans dissimulation … Ce sont leurs émotions qui parlent au travers de leurs observations … Et c’est ce que tu as fait … Sans cesse … Tout à l’heure, avant de partir à l’épicerie, tu m’as parlé dans l’oreille, et je t’entendais … »
– « Je le savais bien cela ! »
S’exclame la petite toute ravie …
– « Oui … »
Continue la maman …
– « Et quand tu m’as dit … « Je préparerais le cacao comme tu le fais si bien maman … » je me suis dit : « Et si je ne suis plus là, qui lui prépareras le cacao aussi bien que moi ? » … Oh bien sûr, tu me diras, le cacao cela n’a guère d’importance dans la vie … Mais tout de même, il n’y a que moi qui te fais le cacao comme tu l’aimes, et si je ne suis plus là qui te le feras comme tu l’aimeras ?… »
– « C’est bien vrai ça petite maman … Imagine toi … Je ne suis pas encore assez grande pour avoir tous les tours de tes mains … Je sais déjà le faire un peu mais même, il me semble que le cacao, sans toi, n’aurais plus jamais le même goût … »
Souriante et émue sous ce compliment, la mère continue :
– « Oui, tu vois … Le cacao c’est un exemple … Mais tout le reste est lié à cette découverte que tu m’as permis de faire … Vois-tu, je me disais en t’écoutant :
« Voici le soir de Noël, et tant d’enfants sont tristes, orphelins, abandonnés, oubliés, battus, maltraités, exploités … Tant de mères sont privées de leurs enfants, seules, isolées, sans familles, sans amis … Tant de pères aussi sont seuls, et même qui sait pleurent leur foyer perdu, leurs enfants, leur famille, leur propre mère trop tôt partie …
« Nombre de gens sont dans la rue, dans le froid, dans l’indifférence, dans l’inexistence … Combien d’entre eux mangeront ce soir ?… Combien d’entre eux verront ne fût-ce que l’éclat d’une bougie ?… Combien d’entre eux se lèveront au petit jour dans le silence et l’absence total de joie été d’amour ?…
« Ma fille et moi nous avons la chance d’être ensemble … Moi j’ai la chance d’avoir une enfant gentille et aimante … Mon enfant a la chance d’avoir près d’elle sa maman en ce soir de Noël … Tout ce qu’elle me demande c’est de vivre … Car c’est là une chance, une chance de la vie … Combien de gens ont cette chance ?…
« Il y a des gens aisés, riches, fortunés même, instruits, dotés, ayant famille, ayant amis, et dont le cœur est devenu sec, et dur, et indifférent aux peines du monde…
« D’autres de ceux là dont le cœur est dans le chagrin …
« D’autres encore qui sont malades, impotents, paralysés … Que personne n’ira voir, que Noël veillera dans l’absence d’amour, dans le désespoir …
« C’est une chance de comprendre tout cela, une chance de savourer cette compréhension, c’est une chance de pouvoir profiter de l’instant présent et de parvenir à chaque fois d’en faire un instant unique, magique …
« Il me fallait saisir tout cela et reprendre le dessus, voilà ce que je me disais, reprendre le dessus, ouvrir les yeux, arrêter de glisser vers le bas, vouloir me redresser, prendre la main que tu me tends chaque matin, recevoir le baiser que tu déposes sur mon front en partant pour l’école et vivre … Vivre pour toi, vivre pour nous, vivre pour moi … »
« Et j’avais honte tout à coup tu comprends … Je me disais que ce n’était pas bien de vouloir rester là dans l’ombre de la vie et de faire rayonner cette ombre sur la tienne de vie … D’alourdir tes pas chaque matin quand tu partais à l’école avec le chagrin dans ton cœur au lieu de te donner un sourire, un peu de chaleur et l’espoir du bonheur au retour …
– « Je te ressers un peu de cacao maman, tu veux ? »
Dit Adélie, émue des paroles si profondes de sa mère.
– « Oui ma chérie, je veux bien … Et je veux même bien encore une tranche de cette excellente Cougnolle que le père Noël t’a donné… Nous pouvons bien le remercier celui-là aussi d’ailleurs … »
Ajoute la mère dans un sourire. Puis, une fois la tranche beurrée et généreusement tartinée de confiture qu’elles se servent toute deux et mangent avec plaisir et appétit blottie l’une contre l’autre dans la lueur des bougies la petite dit :
– « Raconte maman, raconte moi Noël … Quand tu étais petite … »
– « Tu sais Noël …

Dit alors la mère reprenant ses réflexions :


– Tu sais, Noël … C’est devenu une fête un peu bizarre maintenant… Plus rien n’est pareil, plus rien n’est à sa bonne place, plus rien n’est comme avant… Autrefois, c’était la fête des croyants comme des incroyants, d’ailleurs à Noël même les païens, pour un temps, devenaient croyants. C’était la fête des familles, des grands-parents, des enfants… Déjà, tout le mois de décembre en était imprégné… Mais pas dans les magasins comme il se fait maintenant, pas du tout !… C’était dans les maisons que cela se passait, et dans les salles communales, et à l’école … Il y avait le calendrier de l’Avent dont chaque soir nous ouvrions une petite porte supplémentaire et je me souviens, ma grand-mère, tous les soirs, nous racontait une histoire… Et puis il y avait le mystère … Une atmosphère plaisante, furtive et émouvante aussi, un peu comme de dire des arômes tu vois qui petit à petit envahissaient la maison. Maman fabriquait des spéculoos, et du pain d’airelles, du pain d’épices aussi… Et la maison sentait le clou de girofle, et la cannelle tu vois ?…
Adélie voyait …
Elle imaginait …
Elle rêvait …
– « Et la maison prenait aussi des allures de secrets … Quelque chose allait se passer nous le pressentions, et même si chaque année la même chose allait se passer, tout de même il allait une fois de plus se passer quelque chose de nouveau … Les grandes personnes se parlaient à voix basse, nous allions aux futaies des bois ramasser des pommes de pin pour la dinde …
« Et quand nous revenions s’était comme de dire que les grandes personnes nous auraient joué des tours … Ils se souriaient en connivence, se regardaient à la dérobée … Les pommes de pin ajoutaient une odeur de plus à la maison … L’odeur du sapin, de la résine, de la forêt …
« Ce qui rendait le mystère encore plus complet… Quand à la mi-décembre la neige se mettait à tomber dehors en de doux flocons larges et blancs, nous allumions l’âtre … Et la flambée elle aussi participait alors des odeurs de préparation de Noël et de tous ses mystères…
– « Noël …
Continuait la maman …
– « Se pointait tous les soirs un peu plus dans l’ambiance familiale … Tu vois, un peu comme une toute petite lumière qui irait en grossissant … Et le soir, lorsque nous allions nous coucher, il nous semblait que nous emportions un peu de ce merveilleux entre nos draps.
« Maman nous mettait des bouillottes bien chaudes dans nos lits et l’hiver restait dehors, nous étions bien blottis et à l’abri … Les nuits étaient froides et sombres mais nous n’avions pas peur et nous faisions des rêves enchantés et emplis de douceur…
« Le matin en nous levant les fleurs de gel sur les vitres étaient tellement magnifiques que nous nous en extasions sans même que nous ne ressentions le froid à nos pieds nus … Et de nos bouches sur les carreaux nous soufflions nos haleines chaudes pour créer un œilleton dans le givre et regarder le jardin où la neige était tombée un peu plus encore que la veille et où tout était blanc, lisse, calme, tranquille, immaculé…
« Noël, c’est cela tu vois … Ce sont ces nuits froides, ces matins blancs … Ces mystères … Ces attentes des jours qui précèdent et où nous imaginions en nous promenant dans la maison, les narines grandes écartées pour capter les odeurs épicées de pâtisseries qui se préparaient, les moments de fête qu’elles nous promettaient …
« Et cela se passait ainsi dans toutes les maisons …
« Aucune précipitation dans les magasins, aucune cohue de gens pressés dans des super marchés … Noël c’était la fête des familles, et tout le monde la préparait et chacun avait ses recettes pour ça …
« Et c’est au bout de tous ces jours qu’arrivait alors l’heure d’allumer les bougies aux fenêtres, et sur les cheminées, l’heure de tresser des couronnes avec des branches de sapin, en y ajoutant le houx piquant que nous allions cueillir dehors. L’heure aussi de chanter devant le feu des chansons anciennes, des chansons païennes ou chrétiennes peu importait, pourvu que nous chantions, et à nous raconter des histoires, chaque année les mêmes et pourtant nous émerveillant chaque année car portant en elle les mêmes messages de paix, de fraternité, de douceur, de partage …
« Et les nuits d’hiver et le froid donnait ce goût de distribution, de contribution collective, et ce goût de se réunir au chaud et de se faire des cadeaux… Des cadeaux utiles, des cadeaux que l’on avait tricoté, crocheté, fabriqué parfois des mois à l’avance… Des chaussettes, des bonnets, des écharpes, des gants, des chandails, des boîtes à joujoux aussi, et des pantins en bois sculptés, et des poupées de chiffon… Ou de jolis bateaux tout colorés, en bois, ou des têtes de chevaux sur un manche de bois que les petits garçons enfourcheraient pour déambuler dans la maison ou encore des petits chariots à roulettes pour promener les poupées dans le jardin quand reviendrait le printemps …
« Des jouets humbles, modestes, sans prétention, des cadeaux utiles, solides, qui duraient plus d’une saison mais qui nous remplissaient de joies parce que nous savions qu’ils avaient été fabriqué avec l’intention de faire plaisir et d’apporter un peu de bonheur, et des sourires … Tu comprends ?…
Et la maman regardait sa fille … Et rencontrait un visage émerveillé, et des yeux brillants presque de volupté à écouter sa mère raconter …
Alors elle continuait son récit …
– « Et les cadeaux que nous nous faisions devaient apporter le réconfort, le confort aussi, la chaleur et la lumière qui faisaient défaut car c’était l’hiver …
« Et le soir de Noël, nous allions tous bien emmitouflés dans nos manteaux et nos bonnets et écharpes, à la messe de minuit pour y écouter les cantiques et chanter en famille. Mais même dans les familles n’allant pas à la messe, l’on chantait … Et puis dans toutes les maisons on mangeait le repas de la Nativité et on se parlait, on se racontait … Cela se fait encore bien sûr, il y a encore beaucoup de gens qui pratiquent de la sorte … Seulement, avec ce monde comme il a changé, cette fête s’est laïcisée … Elle est devenue païenne plus que chrétienne …
« Et elle est devenue d’abord celle de la festine mercantile des incroyants … Les rites et les rythmes se sont effacés les uns après les autres, et Noël a perdu son âme de fête des Humains, des familles, des enfants, des grands-parents. Et des voisins aussi … Car Noël était aussi la fête du voisinage … Les gens se parlaient entre eux, et s’échangeaient des recettes et aussi des pains de Noël … Et puis, durant les soirées de veillées avant le Noël, durant l’Avent, les voisins se réunissaient, les uns faisaient de la musique, les autres racontaient de jolies histoires …
– « Tu en connais encore, maman, de ces jolies histoires ?… »
Demandait Adélie toute alléchée et éblouie devant sa mère qui parlait si tendrement près de son oreille …
– « Oui bien sûr … Tiens, je vais t’en raconter une que la vieille Pauline nous racontait chaque année et qui m’a toujours tant fait rêver … »
– « Veux-tu que je te fasse une tasse de thé maman ? »
Demandait la petite,
– « Ou alors veux tu que nous mangions quelques fruits avant ? »
– « Bonne idée ! »
Dit sa maman.
– « Découpons deux pommes, deux oranges, deux bananes et nettoyons quelques raisins … Nous les grignoterons en parlant … Et puis si nous prenions également un verre de ce bon jus d’orange que monsieur Gaston nous a donné ?… C’est fête pas vrai ma fille ?… »
Ajoutait la maman en posant un doux baiser sur le front d’Adélie.
– « C’est fête maman, oui, comme ces anciennes fêtes de Noël dont tu me parles … »
Ensemble elles pelèrent et découpèrent les fruits puis les disposèrent dans un joli plat … La maman les saupoudrait légèrement de sucre tandis qu’Adélie transvasait dans une carafe de verre une des bouteilles de jus d’Oranges … Ainsi servies, elles allèrent se rassoir près de la table, l’une contre l’autre et la maman continuait son récit pour sa fille toute charmée de la voir revenue à elle et volubile, pleine de lumière et de gaieté.


– « Pauline était la voisine la plus âgée de la rue et même du village. Elle ne cessait de vieillir et c’était comme de dire qu’elle n’allait jamais mourir.
« Elle venait les soirs de l’Avent avec son panier dans lequel il y avait son tricot et tout en faisant cliqueter ses aiguilles elle racontait … Une des plus belles histoires qu’elle racontait c’était celle de la petite fille et du loup …
« Ainsi, nous assurait la vieille Pauline, la nuit de Noël était la nuit des miracles, celle où à l’heure du minuit la terre cessait de tourner durant une fraction de seconde et où s’ouvrait l’univers à l’éternité. A ce moment là toute choses se figeaient et les cœurs des gens devenaient bons et tendres l’espace d’un infime instant …
« Les guerres s’arrêtaient, les armes se taisaient, les voleurs ne volaient plus, les tueurs ne tuaient plus, les menteurs ne mentaient plus, les vilains retrouvaient la bonté, les avares retrouvaient la générosité, les traîtres redevenaient dignes et les infidèles retrouvaient la probité …
« Dans les plus grandes demeures, dans les plus beaux châteaux comme dans les maisons les plus humbles et les chaumières les plus modestes les cœurs des hommes recevaient la lumière et cette lumière, durant un instant, irradiait au dessus du monde entier … Mais, disait Pauline, il fallait la capter, l’attraper au bon moment … Ne pas la laisser passer …
« Il fallait que chacun qui recevait cet infime instant de grâce, à la même seconde et dans le monde entier, il fallait que chacun y soit attentif pour en être irradié toute l’année durant et jusqu’au prochain Noël où à nouveau la Terre s’arrêterait durant une fraction de seconde pour distribuer à tous les êtres humains la lumière dont l’humanité avait grand besoin …
« Et c’est là que les choses se passaient mal estimait Pauline, parce que pour majorité, les êtres humains ne sont pas attentifs à ce qui se passe autour d’eux et dans leurs cœurs …
« Un soir de Noël, une petite fille regardait par la fenêtre dans l’attente de ce moment magique dont elle avait entendu parler par sa grand-mère, l’histoire se répétant et se transmettant de génération en génération. Pour être sûre de ne pas laisser passer l’instant magique du minuit elle s’était donc mise aux aguets… De là où elle observait de ses yeux écarquillés la nuit noire sur les terres toute blanches de neiges, elle vit soudain arriver un loup, un grand solitaire marchant d’un pas lent et à découvert. Un loup qui sortait de la forêt et s’était mis à errer au beau milieu des champs et des prairies toutes enneigées … Sans doute, la faim devait le torturer pour qu’il ose ainsi s’aventurer vers village… La petite fille n’ignorait pas que la sorte ce loup mettait en danger sa vie car si l’un ou l’autre chasseur l‘apercevait de sa maison celui-ci n’hésiterait pas à l’abattre. Nul humain n’aime à voir rôder un loup dans les alentours des villages et des fermes. Alors, très inquiète pour ce loup elle voulait le prévenir du péril qui le menaçait et sans rien ne dire à personne par crainte de trahir le loup elle enlevait vite son manteau et son bonnet de la patère pour s’en vêtir à la hâte et prit le chemin du verger et au-delà vers les prés pour se rapprocher de la bête. Elle ne ressentait pas la moindre inquiétude. Sur le chemin elle s’arrêtait à la laiterie y saisissant au passage un grand seau de crème toute fraîche du soir pour la donner à boire au loup. Le loup lui, la voyant s’approcher de lui se mit aussitôt à l’arrêt, une patte relevée, le museau humant l’air et les oreilles mobiles pour capter tout les sons. Chacun sait fort bien qu’un loup affamé est très dangereux et la petite fille elle aussi craignait pour sa vie, elle en avait conscience. Mais émue du sort de l’animal elle l’abordait tout doucement, déposant au sol le seau de crème et l’appelant :
– « Viens, viens par ici mon loup, viens lécher la crème … »
D’une voix toute flûtée au point même que la bête en fut charmée et qu’au lieu de retrousser les babines et de montrer ses crocs comme il est coutume pour les loups mécontents et méfiants elle s’orientait vers le seau et se mit à boire. Sur quoi la petite fille, nullement affectée, s’approchait et se mit à flatter de sa main l’encolure de l’animal tout en lui parlant :
– « Tu sais … »
Lui dit-elle tout bas dans le silence de la nuit qui les environnait,
– « Tu risques ta vie ici dans le champ. N’importe qui peux t’apercevoir d’une fenêtre comme moi-même je t’ai vu… Et si tu t’approches trop près du village, l’un ou l’autre des fermiers te repérant prendra son fusil et te tuera. Il faut absolument que tu retournes dans le bois !… »
Au grand étonnement de la fillette le loup se mit à lui parler :
– « Je te remercie pour l’avertissement et pour la crème, enfant. Mais vois-tu, j’ai là une meute dans les taillis qui est toute affamée. Nous ne pourrons plus tenir bien longtemps et je dois leur rapporter au moins un mouton ou un agneau de l’année pour calmer leur faim. »
– « Un mouton ?… Un agneau de l’année ?… »
S’étonna la petite …
– « Ah mais non !.. Tu ne peux pas aller tuer un mouton ou un agneau !… Il ne t’ont rien fait !… Il faut que tu trouves autre chose !… »
A ces mots le loup se mit à ricaner …
– « Comme tu y vas ! »
Lui dit-il, faisant entendre un grognement de mécontentement.
– « De tout temps les loups ont mangé les moutons et les agneaux et d’ailleurs je te rappellerais que si vous gardez les moutons et les agneaux dans les enclos et les étables c’est aussi pour les tuer et les manger un jour pas vrai ?… »
– « C’est vrai … »
Dit la petite toute contrite.
– « Tu as raison !… Nous aussi nous mangeons des moutons et des agneaux et pour les manger c’est bien vrai que nous aussi nous les tuons … »
– « Ah tu vois bien ! »
Lui répond le loup satisfait d’avoir dit juste,
– « Vous n’êtes pas meilleurs que nous !… Et puis vous, les humains, vous êtes faux !… Vous faites croire aux moutons et aux agneaux que vous les aimez, vous leur faites des tas de simagrées pour qu’ils vous fassent confiance après quoi vous les abattez pour le manger !… C’est lâche !… Nous ne procédons pas de la sorte nous les loups ! Depuis toujours les moutons et les agneaux se défient de nous et ont peur des loups, avec raison car c’est la loi de la nature ! Et de même, les loups pourchassent et mangent les moutons et les agneaux, cela va de pair. D’ailleurs je te demande bien pourquoi seulement les humains pourraient se permettre de manger les moutons et les agneaux et pas les loups !… Il faut bien que nature se fasse et que mangent aussi les loups !… Et maintenant je te remercie pour cet en-cas petite mais comprends moi, il faut que j’aille à la chasse … Je ne puis me sustenter d’un seau de crème et la meute d’ailleurs n’en a pas profité… Cela est contraire à la règle de la collectivité. »
Malgré le raisonnement très logique du loup l’enfant ne pouvait se résoudre à le laisser aller.
– « Non ! »
S’écria-t-elle d’un ton péremptoire.
– « Non !… Je ne veux pas ! Il faut te trouver un autre moyen pour vous nourrir, toi et ta meute ! »
– « Mais… Tu en as de bonnes toi !… Où veux-tu donc que je trouve autre chose qu’un mouton ou un agneau dans une étable ?… Quelques poules ne pourraient nous suffirent, de dindes il n’y en plus !… Je te rappelle que vous les avez toutes tuées après les avoir engraissées pour les manger, farcies, ce soir… Ne dis-je pas vrai ?…
Lui demande le loup d’un ton un rien ironique.
– « Oui, tu dis vrai … »
Constate la petite fille.
– « Ensuite … »
Continue le loup sur sa lancée descriptive,
– « Il n’y a plus non plus de canards, ils sont partis dans les pays chauds. Ni non plus de lapins, ni de lièvres, ils sont blottis dans leur terrier et bien malin le loup qui parviendra à les extraire de là… Les bouquetins, eux, sont cachés dans leurs abris, les sangliers sont trop forts pour nous et nous ne pourrions certainement pas nous attaquer à un cerf, l’hiver et la disette nous ayant rendus fragiles et sans force. De plus, c’est la nuit, c’est l’hiver, il n’y a aucun mouton ni agneaux dans les pâturages et que veux tu que nous mangions d’autre nous les loups ? As-tu une idée à me suggérer, peut-être ? »
– « Eh bien … »
Répond la vaillante enfant.
– « Emporte moi vers ta meute et mangez moi !.. »
Le loup fit entendre un sifflement admiratif. Jamais il n’avait rencontré sur son chemin pareille vaillance ni si étrange humaine. Il avait déjà bien connu le petit chaperon rouge qui lui avait fait confiance, mais là ce n’était pas comparable. Et puis, il devait bien l’admettre en conscience, le petit chaperon rouge, il l’avait bien dupée et abusé de sa naïveté. Il n’était certainement pas près, en tout loup digne de ce nom, de recommencer ce genre d’expérience.
– « Non ! »
Lui répond le loup …
– « Cela m’est impossible. J’ai, jadis, fait une promesse de ne plus jamais m’attaquer aux petites filles. D’ailleurs, tu as été bien gentille et secourable pour moi. Je ne peux pas maintenant te trahir et t’emmener dans le bois pour être mangée par les miens … Cela aussi est contraire à la règle. »
– « Alors ? »
Fit la petite curieuse de connaître la suite du raisonnement de ce loup …
– « Alors ?… »
Répétait le loup …
– « Eh bien … Voici ce que nous allons faire … Toi et moi, nous allons conclure un pacte ! »
– « Un pacte ?… »
Questionne la petite …
– « Une pacte oui !… »
Lui dit le loup sur le ton de la confidence… Et parlant à voix basse comme pour conter un grand secret il se mit à lui expliquer
– « Tu sais que durant la nuit de Noël, à minuit tapant, la Terre s’arrête de tourner durant une fraction de seconde. Durant cette seconde chaque être humain peut recevoir la lumière. Une lumière qui pourra l’éclairer durean toute l’année. Mais pas seulement les êtres humains. Les animaux eux aussi la reçoivent cette lumière. Et ils peuvent la garder, eux aussi, dans leur cœur durant toute une année. A condition bien sûr de la capter au moment précis où celle-ci leur entre dans le cœur. »
– « Je sais … »
Dit la petite fille.
– « Ce n’est pas un secret pour moi … C’est justement pourquoi j’étais derrière la fenêtre à épier et d’ailleurs c’est grâce à ça que je t’ai vu arriver. »
– « C’est alors que nous étions destinés à nous rencontrer. »
Dit le loup, méditant.
– « Et dans ce cas… »
Ajoute-t-il fort de son fait …
– « C’est que nous avions à faire ensemble. Vois ce que je te propose. Au moment où la terre s’arrêtera, toi comme moi nous tâcherons de capter assez de lumière pour pouvoir la transmettre dans les cœurs des humains de tout ton village et dans les cœurs des loups de toute la meute et ceci en abondance pour la totalité de nos respectives collectivités … Qu’en dis-tu petite ?… De la sorte nous parviendrions, toi comme moi, à réaliser un miracle. »
– « Un miracle ! »
S’exclame la petite fille subjuguée…
– « Voilà qui n’est pas courant les miracles ! »
Ajoute-t-elle aussitôt, dubitative.
– « Ah mais tu sais … »
Lui dit le loup taraudé par son idée…
– « Des fois… Des miracles… N’en doute pas… Ils s’en passent !… Et nous allons faire en sorte de réussir celui-ci… Laisse-moi t’expliquer. Dès que nous aurons capté la lumière en suffisance dans nos cœurs, le tien et le mien, nous irons transporter cette lumière toi chez les tiens et moi chez les miens… Et ainsi, les loups deviendront gentils et ne feront plus de mal aux moutons et aux agneaux et les humains deviendront eux aussi gentils et ne feront plus de mal aux loups. Forts de cette nouvelle compromission nous pourrions rentrer dans le village pour l’hiver, toute la meute réunie, et les humains nous garderaient ensemble avec les moutons et les agneaux, en belle fraternité et en bonne compagnie … Nous sommes de bons gardiens sais-tu bien, et nous pouvons nous occuper de protéger les maisons et les fermes … Chaque famille de ce village prendrait ainsi à demeure un des loups de la meute et le nourrirait durant tout l’hiver. En échange, le loup protégerait la ferme des voleurs et des malfrats … Et même, ma foi, d’un loup solitaire et malveillant ou pire… Car il y a pire… Et pas seulement parmi les loups mais aussi parmi les humains… Enfin, l’été arrivant, nous deviendrions les gardiens des troupeaux dans les pâturages … Qu’en penses-tu !?… »
– « Merveilleux !… »
S’exclame la petite ravie.
– « Vraiment c’est merveilleux ! »
– « Mais … »
Ajoute le loup, pas au bout de son raisonnement,
– « A nous deux de ne pas rater la lumière ! »
– « Certes non ! »
Dit la petite bien au fait de l’importance de leur mission respective …
– « Ni moi, ni toi non plus loup… Soyons tous les deux bien attentifs … »
Sur ces mots scellant leur pacte, le loup à pas lents s’approchait de la petite fille, se couchait de tout son long à ses pieds et l’invitait à venir se blottir contre lui pour attendre la lumière sans prendre froid.
L’enfant était très intimidée par l’amitié que lui manifestait le loup. Il avait l’air si puissant, si fort, il avait des crocs si grands et acérés et il avait un pelage si luisant sous les reflets de la neige et des étoiles… Certes, c’était là bête bien dont elle ferait bien de se méfier. Il était d’une grande beauté par ailleurs, ce loup. Mais, curieusement, il n’avait pas l’air du tout dangereux. L’enfant était très intimidée par la force qui émanait de son nouvel ami mais en même temps lui venait l’envie de le caresser …
Ce qu’elle fit et ce que le loup acceptait de bon gré.
– « Tant que tu seras près de moi tu ne risqueras rien… »
Soufflait-elle dans la grande oreille du loup.
– « Restons ensemble jusqu’à la lumière alors. Tant que tu seras près de moi tu n’auras pas froid.»
Lui répondit celui-ci sur le même ton de confidence.



Et tous les deux blottis l’un contre l’autre, dans la neige et à l’abri de la nuit, à l’insu de tout le village, la petite fille et le loup se mirent ensemble à scruter le firmament et les étoiles dans l’attente de la lumière.
Tous deux partageaient à cet instant un moment de grâce et d’éternité.
Le puissant animal et la frêle petite fille semblait comme joints l’un à l’autre dans leur commune quête d’une paix entre les hommes, les moutons, les agneaux et les loups.
Ensemble ils contemplaient le ciel et s’abandonnaient à des rêveries célestes en cette nuit de Noël. Le vent se levait doucement et venait leur chanter ses ritournelles. L’immatérialité et l’irréalité du moment firent oublier à la petite tout comme au loup le froid qui glaçait, la faim qui tenaillait et la méchanceté du monde qui n’apportait qu’amertumes et chagrins sur toute la planète.
Ils rêvèrent ainsi durant un bon bout de temps.
L’enfant n’avait pas froid contre le chaud pelage de l’animal et le loup n’avait pas peur dans la chaleureuse présence de l’enfant.
Elle se disait bien que dans la maison ses parents devaient s’inquiéter de son absence en cette veille de Noël… Et le loup se disait bien que la meute devait l’attendre, impatiente et affamée. Mais la nuit c’était comme refermée sur eux et ils étaient, pour ainsi le dire, seuls tous les deux dans l’univers.
Enfin, brusquement, la lune se montrait et éclairait de ses tendres rayonnements la neige sur les prés et les champs.
– « C’est le moment ! »
Chuchotait le loup.
– « C’est l’instant de la lumière. Préparons nous. »
Et se levant il secouait la neige de son poil et se mit à regarder la Lune très intensément. La petite fille en fit autant.
Les rayons de la Lune éclairaient les toits des fermes et faisaient scintiller la neige d’un éclat bleuté. Tout devenait joli. Tout alentours se faisait magie. La petite fille se tenait debout à côté du loup, sa main posée délicatement sur son cou, contemplant, ébahie, la beauté et la résonnance incomparable de cette nuit de Noël tout à fait unique et particulière. Une nuit comme jamais elle n’aurait imaginé pouvoir en connaître dans sa vie… La Lune, quant à elle, semblait comme habitée d’un pouvoir magique, magnétique. L’enfant croyait rêver …
– « L’histoire de l’heure céleste du Noël est donc bien vraie … »
Se dit-elle en chuchotant.
– « Bien sûr que c’est vrai ! »
Lui répondait le loup sur un même chuchotement,
– « En aurais-tu douté peut-être ? »
– « Non bien sûr ! »
Affirmait la petite,
– « Mais tu sais, parfois, ce que l’on rêve n’arrive pas nécessairement… C’est vraiment magique ! »
Soufflait-elle dans l’oreille du loup.
– « Oui, c’est magique, mais ne nous laissons pas prendre par la seule magie. N’oublions pas notre pacte. Ni notre mission. Il nous faut capter un maximum de lumière afin qu’elle irradie les cœurs de tous les humains du village et de tous les loups de ma tribu. Prépare-toi, c’est le moment. »
En effet, l’intensité de la lumière allait croissante. L’enfant et le loup se faisaient le réceptacle de toute cette irridiscence et en furent comme transcendantés. L’inoubliable seconde du minuit de Noël était à l’œuvre. L’enfant tout comme le loup puisait de toute leur âme l’illumination presque divine qui les sublimait. Puis, tout comme elle avait commencé à luire intensément la Lune s’éteignit peu à peu, son halo de lumière se réduit et elle redevint pareille à elle-même…
Les deux amis, l’enfant et le loup, se regardaient à présent droit dans les yeux, silencieux. Conscients tous deux d’être porteurs en leurs âmes et en leurs cœurs d’un mystère qui allait bien au-delà de l’entendement et de la compréhension tant humaine qu’animale.
Enfin, rompant le silence le premier, le loup dit à l’enfant :
– « A présent tu vas rentrer chez toi et tu vas transmettre la bonne nouvelle… Prépare-toi. Et annonce au village qu’une meute de loups pacifiques va arriver pour lui demander l’accueil, le gîte et le couvert en échange de bons et loyaux services de garde sur leurs vies, leurs troupeaux et leurs biens. Moi, je m’en retourne dans la forêt pour annoncer à la meute que nous passerons l’hiver au village, que nous faisons une trêve avec les moutons et les agneaux, et que nous serons hébergés et nourris par les humains qui n’attenteront pas à nos vies. Va maintenant, et que la chance soit avec nous… A tout à l’heure petite… »
S’apprêtant à reprendre le chemin vers la forêt il se ravisa et ajoutait :
– « Quand nous arriverons, tout à l’heure, tous ensemble dans le village, tu auras peut-être un peu de peine à me reconnaître. Nous sommes tous très semblables nous les loups, tout comme vous êtes tous très semblables vous les humains, même si chacun d’entre nous est unique. Mais je te ferais un signe qui ne pourrait pas te tromper. Je viendrais m’asseoir à tes pieds car j’aimerais pouvoir être hébergé chez toi et garder ton troupeau… »
– « Si tu le veux bien … »
Ajoutait-il encore très humblement.
– « Oh oui bien sûr ! »
Confirma la petite.
– « Désormais, toi et moi, nous sommes amis pour toujours ! »
Ainsi l’enfant s’en retournait vers sa famille, son foyer et le loup reprit le chemin de la forêt et de sa meute.
Arrivée à la maison elle trouvait l’effervescence. Toute la famille était là à l’attendre pour partir à la messe de minuit. Tous avaient déjà mis leurs manteaux, leurs bonnets, leurs gants et leurs écharpes. Toute enneigée du capuchon aux bottes la petite fille faisait l’effet d’une apparition. D’autant que la lumière céleste qu’elle avait emmagasinée la faisait brillante et scintillante pareille à une des plus belles étoiles dans le ciel. La famille en restait tout bonnement stupéfaite, abasourdie, et ne pipait mot … Comment d’ailleurs l’aurait-elle pu ?… Il émanait de l’enfant une telle paix que cette paix s’en allait de suite irradier les cœurs de tous les membres de sa famille. Nulle remontrance, nulle observation ne suivait son retour auprès d’eux. Au contraire, un grand silence se fit.
C’est la mère la première qui le rompît disant à l’enfant :
– « Débarrasse toi mon petit, tu es toute enneigée … Tu vas changer de manteau pour partir. Celui-ci est trempé. Et puis raconte nous … Que t’est-il arrivé ?… Nous nous inquiétions de ton absence… »
– « J’ai une bonne nouvelle à vous annoncer à tous … A tout le monde, pas seulement à vous ici mais à tous les gens du village réuni … »
– « Une bonne nouvelle ? »
Questionnait le père.
– « Qu’est ce donc que cela ? »
– « Il me faut parler à tout le monde papa. Et je crois que pour ce faire le meilleur endroit sera l’église. Tout le village, à cette heure de minuit, y est réuni. D’ailleurs je vous ai mis en retard à rester dehors. Allons-y vite. Ceux qui n’y seront pas nous les ferons chercher. Une fois tout le village rassemblé je parlerais à tout le monde, je communiquerais à la totalité de la collectivité la bonne nouvelle que j’ai à vous apprendre. »
– « Cette enfant est inspirée ! »
Dit la mère-grand dans un souffle.
– « Voyez comme émane d’elle une belle lumière ! C’est Noël !… C’est la lumière de Noël, celle qui descend au moment du minuit, à cette fraction de seconde où elle apporte la Paix sur la Terre aux hommes et aux femmes de bonne foi et de bonne volonté !… Il nous faut l’écouter !… Allons-y tous !… »
Et après avoir changé de manteau la petite fille et la famille se mirent en route vers l’église, l’enfante ayant pris la tête du groupe. Sa petite personne éclairait le chemin tellement elle était remplie de toute la lumière qu’elle avait à partager avec les villageois…



Le loup de son côté arrivait près de sa meute. Lui aussi fit forte impression dès qu’il débouchait des taillis. Aucun grognement de mécontentement ne saluait son arrivée, bien au contraire, alors que toute la meute était debout, poil hérissé sur les échines et crocs brillants dans la nuit noire, l’apparition du grand loup, chef de la meute, fit se lisser les poils et rabattre les babines sur les mâchoires. Et tous les loups se mirent d’un même mouvement assis en rond autour du grand loup venu leur apporter la bonne nouvelle. Il émanait de lui une si formidable lumière qu’elle fit se taire jusqu’au moindre signe de désapprobation dans le plus loin des rangs de la meute.
– « Amis !… »
Commençait le loup,
– « J’ai à vous parler … »



Simultanément, dans l’église où tous le villageois furent réunis, la petite fille commençait par les mêmes mots. S’adressant à l’assemblée médusée par cet évènement hors nature et habitus elle disait elle aussi :
– « Amis, j’ai à vous parler … »



Et dans la forêt tout comme dans l’église, au même instant, les loups comme les humains apprirent, les uns de la gueule du loup et de sa voix râpeuse et aboyant et les autres de la voix douce et convaincante de l’enfant que désormais les loups, les moutons, les agneaux et les humains deviendraient amis, seraient solidaires, compteraient les uns sur les autres et se protègeraient les uns les autres. Les loups ne seraient plus affamés, les moutons et les agneaux ne seraient plus menacés et les humains seraient protégés par ce tout nouveau pacte qui allait être instauré d’emblée en cette merveilleuse nuit d’un Noël très particulier …
En sortant de l’église quelle ne fut pas la stupéfaction des villageois de trouver là, sur le parvis, toute une meute de loups rassemblée, confiante mais non subordonnée, amicale mais non docile, fraternelle mais non soumise…
Le loup faisant tête du groupe s’en détachait et venait vers la petite fille auprès de laquelle il vint s’asseoir, hardi mais paisible, comme il fut convenu. A ce signe, les loups se mirent en mouvement et chacun d’eux allait se ranger auprès d’un groupe de villageois composant une famille au grand complet. Il y en avait tellement de loups que chaque famille du village pouvait trouver le sien. C’était vraiment une scène extraordinaire que de voir tous ces loups se dirigeant à lentes foulées vers les groupes de villageois rassemblés devant le portail de l’église. Et personne n’avait peur, ni hommes, ni femmes, ni enfants, ni loups ne se craignaient plus l’un l’autre. Même monsieur le curé fut servi. Une vieille louve un peu grisonnante se dirigeait vers lui et le curé, nullement effrayé, l’attirait vers lui d’un geste paisible et conciliant. Et chaque famille se mit en route vers sa demeure pour y fêter Noël, accompagnée d’un loup qu’elle adoptait parce que le loup avait adopté la famille et s’en faisait le gardien.
Avant que le cortège de villageois ne se mette en mouvement, le silence fut rompu par le curé qui eut encore à dire ceci à ses paroissiens :
– « Villageois n’oubliez pas !… Noël est la fête des réconciliations … Noël, c’est une lumière pure et paisible qui vient irradier nos cœurs durant les longues nuits d’hiver, une petite lumière qui grandit en nous, de l’intérieur, et qui nous éclaire le chemin que nous avons à emprunter dans nos vies de tous les jours, à l’extérieur… Ne l’oubliez jamais … Toute l’année durant, et jusqu’au prochain Noël, nous serons éclairés en nos âmes de cette lumière. Qu’elle vous permette d’être bons les uns pour les autres, bons, généreux et justes !… C’est cela le vrai message de Noël, il n’y en a point d’autre !… »
Sur quoi tout le monde enfin se mit en route et les gens, renforcés en leurs âmes de ce magnifique message de la Nativité, rentraient dans leurs maisons où ils allaient consommer le repas de fête et de bonté. Et chaque année ainsi, au moment du minuit, au moment divin, à la nuit de Noël, la grâce de la lumière garantissait la trêve entre les loups, les moutons et les humains …



Un grand silence se fit dans le petit logis …
Adélie restait muette, éblouie et muette …
Enfin, retrouvant la parole elle dit à sa maman :
– « Mon dieu maman !… Quelle belle histoire !… Quelle magie, quelle féerie !… Et comme tu racontes bien … Je me suis sentie littéralement projetée dans ton histoire, je me sentais dans la peau de la petite fille … Comment s’appelait-elle dis moi ?… »
– « Disons … »
Dit la maman encore toute émue elle-même de cette belle histoire …
– « Disons qu’elle s’appelait Adélie quand je te la raconte à toi … Et qu’elle portera le nom de toutes les petites filles comme toi quand on la leur racontera, toutes ces petites filles qui sont capables, comme tu l’as fait, de recréer la magie de Noël dans le cœur de leurs mamans, de leurs parents, de leurs amis et de tous les villageois réunis … »
Adélie soupirait …
Oui, la magie de Noël, c’est bien vrai que c’est une question de personnes. Tout qui peut porter dans son cœur un peu de lumière et la partager avec autrui est comme la petite fille amie du loup …


– « Seulement vois-tu… »
Continuait la maman comme pour faire écho aux réflexions de son enfant,
– « Seulement vois-tu, les choses ont bien changé depuis … La trêve entre les loups, les moutons et les humains s’est usée, dénaturée, érodée … Les loups sont pourchassés, tués pour leur pelage et menacés de disparition … Les moutons et les agneaux sont gardés par centaines dans des enclos où ils attendent sans ménagements d’être abattus par des humains qui eux sont devenus des loups pour eux-mêmes et pour l’humanité entière… Et la grâce de Noël passe chaque année sans que plus personne n’y prenne garde … Les gens sont devenus pressés, et n’accordent plus de temps aux finesses et aux beautés des préparatifs de la fête de Noël. Ils achètent tout et plus rien ne se fait dans la maison et c’est ainsi que le mystère s’est évaporé dans le ciel de l’hiver… Ils se bousculent dans les magasins, ils se marchent dessus, se ruent sur les produits qui leur sont proposés, ils ne pensent plus qu’à cela, ne parlent plus que de cela et oublient complètement le sens de la fête… Ils ne perçoivent plus la lumière, n’écoutent plus les histoires, ne se transmettent plus les traditions et les magies des journées de l’Avent et le soir de Noël plus personne n’attend près de la fenêtre l’apparition de la lumière en cet ultime seconde où la Terre s’arrête, furtivement, de tourner. Ils n’ont plus le temps pour cela …
« Et maintenant …
Continue encore la mère…
– « Les spéculoos, les pains d’airelles et les pains d’épices, les dindes et tous ces délicats artifices de Noël sont achetés tout prêts et tout préparés dans les usines et les présents pour les enfants sont devenus de plus en plus chers, de plus en plus coûteux et les parents ne peuvent les acheter qu’au prix de lourds sacrifices et en travaillant dur, au prix de leur santé et de la joie d’une famille unie toute l’année durant. Et ainsi pour compenser le temps qu’ils ne peuvent plus accorder à leurs enfants ils acquièrent ce qui leur manque sans jamais y parvenir et plus ils se procurent de choses, tu comprends, plus la fête de Noël perd de son sens …
« Et plus elle perd de son sens, plus aussi elle perd de sa magie. Et les froids et les frimas de l’hiver ne sont plus compensés par les chaleurs des foyers et des cœurs ni par les histoires que l’on se raconte devant le feu le soir, et la froidure se fait de plus en plus insistante et dense dans les maisons, et dans les rues, et dans les villes, et dans les pays et sur la terre entière …
« Et la vie se fait de plus en plus rude et rigoureuse et dénuée de sens et plus que jamais. Pourtant les gens achètent de plus en plus et croient même pouvoir acheter le bonheur alors que le froid enveloppe de plus en plus les âmes des humains et que de plus en plus de gens sont seuls, et tristes et sans compagnie les soirs de Noël, et tous les soirs d’hiver … Et tous les soirs de leur vie …
« C’est ainsi que Noël est devenue la fête la plus sacrifiée à la consommation de biens de toutes sortes à commencer par ceux-là même qui se vendent pour la bien fêter … Il y a des règles, des manières, des façons autres, de nouveaux rituels qui font de cette fête une débauche de de méthodes, d’astuces et d’objets tous plus inutiles les uns que les autres et dans cette fièvre l’on oublie qu’il y a plein de gens qui en sont exclus, qui ne peuvent y participer … Tu vois ?…
– « Bien sûr maman, je vois … Et je comprends aussi … Tout !… »
Dit Adélie pensive …
– « Moi, tu le sais… »
Continue la mère sur sa lancée …
– « Je ne suis pas croyante … Je veux dire que je ne prie pas, je ne vais pas à l’église, je ne fais pas de bonnes œuvres, je ne chante pas de cantiques … Mais j’ai en moi une foi … Celle du bien … Celle de la vie … Et je crois que faire le bien c’est d’abord commencer par le faire en vivant bien, dans la dignité et le respect de la vie et d’autrui… Enfin, je veux dire, en construisant sa vie et en permettant que l’autre la construise aussi … Je l’avais un peu oublié cela …
« Et je me sens bien contente d’y être revenue ce soir même, ce soir de Noël … Grâce à toi … Prier, par exemple, je crois que c’est quelque chose que l’on fait à chaque fois que l’on pose un acte juste, et le premier acte juste c’est de remercier la vie d’être en vie … Je ne t’ennuie pas ma fille de penser ainsi tout haut ?…
– « Mais bien sûr que non maman !… »
Réplique la petite …
– « Et puis, tu parles si bien, comme tu parles bien maman !… »
Ajoute-t-elle ravie en joignant les mains et en regardant sa mère d’un regard ébloui ce qui fait sourire la maman percluse de gratitude …
– « Ma chérie, j’ai bien failli manquer cette belle soirée à nous retrouver … »
– « Oui … »
Dit la petite,
– « Heureusement que le père Noël s’en est occupé ! »
Et les voilà à nouveau partie d’un grand éclat de rire joyeux …
– « Il va bientôt être minuit. L’heure de la lumière … L’heure de la magie …»
Dit la mère …
– « Et si nous écoutions justement les cantiques, ils les diffusent à la radio … Je suis certaine qu’en tournant un peu le bouton à la recherche d’une station nous parviendrons bien à écouter une messe de minuit … J’aime beaucoup moi les chants des orgues et les chœurs d’enfants … »
– « Moi aussi maman !… Et puis, c’est la plus belle des musiques pour danser aussi … Ce soir à l’Académie, c’est sur un conte mis en cantique de Noël que j’ai dansé avec mon ballet … C’était joli !… Dommage que tu n’étais pas là … »
Ajoute Adélie un peu triste …
– « J’y serais ma fille, dorénavant je ne raterais plus un seul de tes spectacles … Je suis très fière de toi tu sais … »
– « Oh maman, quand tu viendras me voir je danserais encore mille fois mieux !… Je serais ta petite étoile !… »
Et sur ces mots la petite se lève, écarte sa chaise et fait pour sa mère quelques jolis pas de danse en tournoyant dans la pièce. Puis elle revient se blottir contre sa maman, dans ses bras, tout bien au chaud, lui donnant un doux et long baiser sur le front.
– « Tu l’es déjà ma fille, tu es déjà ma petite étoile … Et tu es aussi ma bonne étoile … Allons, voyons voir ce que la radio nous propose comme chants de Noël ce soir … Et peu avant minuit nous irons nous poster sur le trottoir et regarder le ciel … Et nous capterons la lumière, comme l’ont fait la petite fille et le loup… Comme devrait le faire la terre entière, au même moment, au même instant, dans une planétaire communion d’esprit… Ah … Si seulement ce temps bénis des vrais Noël pouvaient nous revenir… »
Et sur ces mots plein d’espoir les voilà toutes deux à chercher sur le petit transistor une émission qui leur offrira des cantiques en attendant l’heure de minuit …

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RED_BAKKARA

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Droits d’Auteur

Voir à la page d’accueil …

(Car bien entendu, il y en a hein !… Soyons sérieux !)

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Un commentaire sur “Il y a des Noëls -(3)-

  1. […] This post was mentioned on Twitter by Manon Lessard. Manon Lessard said: RT @RED_BAKKARA: Il y a des Noëls (3): http://wp.me/pWdOT-l9 […]

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