« Fichu Fichu Fichu »

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Plein l’dos de m’escrimer …

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Sur l’embarcadère du temps, un fichu sale noué sous le menton, fichu sale de souvenirs, de fichus sales souvenirs et de désirs d’évasion …

J’attends …

Ni bateaux ni barques il n’y a là ni voiles ni mâts …

Ni rien …

Il y a moi, et moi, et moi …

Et de profonds soupirs de désirs de partir …

Tout cela …

Et j’attends …

Sans impatiences ?

Sans visible impatience …

L’heure que me renvoit un trop pale soleil est mate et floue …

Je la mesure entre deux déchirures que font les nuages au ciel.

Je la reconnais aux battements de mes tempes pareils à des horloges d’antan dont les balanciers prisonniers de leurs boîtiers auraient voulu briser les flancs …

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Plein l’dos …

De me battre contre des moulins …

Et pas même un Sancho pour me tenir la main …

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Plein l’dos … De tout … Et de moi surtout …

Et j’entends …

Cela peut venir de la mer, de l’horizon, de l’inconnu ou de la fin de l’embarcadère ou encore de derrière …

Un bruit de pas pressés, hâtés …

Un autre quelqu’un ?

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Plein l’dos …

D’espèrer sans attendre et d’attendre sans espoirs …

Et seule dans tout ce noir …

Et si seule à le savoir …

Et seule à voyager dans tous ces wagons …

Et des perles aux cochons …

Et des vers aux voyageurs bidons …

Pas de deuxième passager pour ce départ jamais annoncé …

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Plein l’dos …

Du désir d’en finir sans avoir le courage d’y mettre fin …

Et de savoir que chaque nuit sans dormir est suivie d’un autre lendemain, et chaque matin ne regarder dans la glace que droit dans mes seuls yeux et gare à la casse, ne plus vouloir dormir par dégoût de m’éveiller …

Plein l’dos de n’avoir pour seule tendresse que les plumes et les duvets de mes couettes et de mes deux oreillers …

Mais c’était interne aussi, ce son de traversée …

L’espoir de partage est vain …

Ou désuet, ou déplacé, ou démodé dans ce monde blasé ???

Plein l’dos de voyager seule à fond d’cale …

Comment encore m’y mirer aux frontières du futur et du passé ?

Au point d’à nouveau en avoir si mal …

Passager passagère !!!

Ne l’aurais je donc pas encore compris, ce mur de silences là derrière ce tout rempli de vide dans lequel je vis ?…

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Plein l’dos de ne répondre qu’à moi, de ne pouvoir m’aimer seule mais de n’avoir que moi à aimer …

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Plein l’dos d’être embarquée pour une lointaine Cythère sans jamais y accoster …

Et d’entendre les sirènes me raconter des chimères et moi de les croire comme si cela encore pouvait se passer …

Espérer …

Quelle pitié !…

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Plein l’dos de cette solitude solitante dans laquelle solitaire sans personne, sans rien, sans joies ni rires, pire, sans même moi car vire de bord les délires pas même encore avec moi je ne peux converser …

Et tant de silences alentours pour répondre à ma seule voix …

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Plein l’dos de ce mur …

Ce mur mental couvert des graffiti que sont les voix, les musiques, les appels, que sont les soupirs,  les accords, les voyelles …

Et pas de rires non, pas de rires pour traduire la vie …

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Plein l’dos de ce mur accoustique et poreux …

Eternelle confrontation…

Confusion …

Néant rempli de la masse du Soi …

Palpitations …

Interrogations …

Cogitations et diversions …

J’ai du me blesser la veine du cou je crois en serrant trop fort le noeud de ce fichu de Soi …

Ce fichu de Moi …

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Plein l’dos de ces fichus émois …

Ce fichu moi qui me livre sa journalière guerre, mondes à l’envers mais qu’ai je à en faire, ne valait-il pas mieux naître sans complications et paraître, ainsi, pour de simple et de bon ?

Stériles interrogations …

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Plein l’dos de ce vent qui soulève une lame d’eaux pas trop claires …

Elle asperge mes souliers.

Si j’avais pu rester pieds nus et poings liés dans les limbes je n’aurais pas connu cette visqueuse sensation d’orteils mouillés, sans liberté …

Ou alors je me serais amusée à les voir converser dans la flaque l’un disant à l’autre disant à l’un le désir de se noyer …

Ce que je sais …

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Plein l’dos de le dire et de ne trouver personne à qui en parler …

Pas même un reflet dans l’eau pour me sourire …

Je n’ai plus de visage, plus de mirages, plus de courage, tout est carnage et tempêtes dans un bocal …

C’est infernal …

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Plein l’dos ?…

Ca m’est égal …

Dans mes méninges tout tourne de travers, cloaque d’obscurités, de viscosités, et d’humidités …

L’eau ne peut devenir qu’un élément aux avant-goûts de moisissures …

Le tragique étant que ça dure …

Plein l’dos de ces souliers mouillés …

A moins que de les ôter ?

Pour m’avancer ?

J’ôte …

J’ôte ce carcan des premiers pas amputés …

Bottines coquines, bébé a neuf mois …

Molières austères, l’enfant osera …

Mocassin sans indien, la petite humaine avance pas à pas …

Au pas de deux à trois j’ai balancé ma seconde godasse dans l’eau …

Il flotte je le vois il flotte comme un minuscule bateau sur l’eau mon godillot …

Enfin l’horizon s’éclaire …

Ca passe le temps de regarder dériver l’éphémère …

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Plein l’dos …

Et j’attends …

Plus même de vent …

Ma chaussure gauche est livrée à elle-même sur les flots …

La droite a bu la tasse trop vite, elle n’a pas résisté aux courants qui l’entrainaient vers le fond …

Son existence balladeuse n’aura eut qu’une sombre fin …

Mon pied gauche pied du coeur salue de ses orteils mouillés mon soulier qui s’en va ailleurs voguer …

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Plein l’dos de tenter me dire et redire et convaincre que non je ne la suivrais pas …

A rester là orteils en éventail sur les pavés du quai et pieds enfin ou décidément mouillés mais libérés, je risque de prendre froid …

Mais qui pour s’en faire de quoi de moi ?

Tout le monde s’en foutra …

Et qu’importe encore l’attente ?

Je peux enfin avancer d’un pas non encore entravé …

Mais point encore décidée à sauter plus bas que le quai …

Vers le fond …

Nom de nom mais que fais-tu là ce fichu sale et souillé et mouillé serré sur ton crâne à attendre quoi ?

Qu’importe encore l’attente ?

Même le vocable ne peut dire que pas …

Et je marche …

Il est long l’embarcadère tant qu’à faire voyons où se cache la ligne du temps …

Même si tu n’en as plus rien à faire maintenant …

Sur l’horizon de l’espoir, un fichu sale noué sous le menton, fichu sale d’anciens rêves brisés et de chimères qu’on t’avait racontées dans lesquelles on te disait unique, et magique, mais où le mode d’emploi t’avait été volé et remplacé par des chagrins que tu ne pouvais pas même décoder …

Et seule à voyager dans toutes les cabines …

La croisière se termine, il va falloir te décider …

Je marche …

Ni mouettes ni goélands ni albatros tu penses qu’il y a longtemps que les « hommes d’équipage » les ont marqué de leurs brûlots …

Il n’y a là ni nuages, ni soleil ni rayons …

Il y a moi et moi et moi et elle avec moi qui est encore moi et de furieux rêves de partage, et de lourdes attentes, et des éclatements dans ma tête, et plus même une question …

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Plein l’dos …

De tout cela …

Je n’attends plus je le disais je vais bon train à fond d’cale …

Je suis en route maintenant, intensément …

L’embarcadère est désormais loin en arrière, il n’est plus qu’un point de repère mais encore je ne suis pas arrivée au bord de l’eau …

Où était le bateau où est-il passé ?

L’aurai-je rêvé juste pour arriver dans l’eau salée …

Et froide …

Si roide bientôt qu’elle me brise les orteils …

Nus …

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Plein l’dos d’être la voile, plein l’dos de jouer le vent …

Après tout rien que moi seule ça ne vaut plus l’coup vraiment.

Je fais la malle, j’ai des ailes aux talons … Ou des avirons ?…

Je me promène vers l’horizon …

Rêves en carton mais les pieds nus c’est tellement bon …

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Plein l’dos de ce fichu qui me reste serré sous le menton …

Mais à part le fichu, que reste-t-il de moi ?…

Je suis nue depuis longtemps déjà.

Nue de moi, pauvre poète …

Existence de l’être nu…

Conscience de l’être nu …

Persistance de l’être nu …

Résistance de l’être nu …

Reste ce fichu fichu fichu …

Son noeud est coulant …

Plutôt amusant …

A force de tirer dessus il finira par m’étrangler.

Comment le détacher, le défaire, comment l’ôter ?

Serait-ce fichu ?

Fichu passé … Cou!eurs délavées … Ternies …

Ainsi affublée, puis-je nager ? Il me faudra m’en débarrasser …

Plein l’dos des traces qui subsisteront sous mon menton comme au cou du pendu …

Triste tribut de la douleur du temps perdu …

Plein l’dos de ceux qui crucifient les enfants …

Marques que n’atténuera aucune érosion …

Le noeud est récalcitrant …

Du pouce et de l’index, des deux pouces, des deux index je tente, je progresse …

Serré ! Pas de relâche … Pas d’ouverture !

Pas d’ouverture ? Pas d’ouverture !…

Sauf à reculons …

Un noeud coulant … Un noeud collet … Un noeud coquet …

Un noeud pourtant …

Je le dénoue doucement mais non …

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Plein l’dos …

Il me résiste, patience je sens qu’il persiste à vouloir me stranguler d’un millimètre, et d’encore tant …

Difficile de se défaire des blessures infligées par les temps d’avant ..

Je n’y crois plus …

Plein l’dos des noeuds fichus …

Faudra-t-il revenir en arrière ?

Avoir fait tout ce chemin pour le refaire à l’envers ?

Renoncer alors que presqu’arrivée ?

J’insiste …

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Plein l’dos des ongles de mes doigts qui me blessent et de ce fichu fichu qui ne renonce ni se rend ni ne se presse …

Des larmes incandescentes de rage et non de regrets …

De la lave qui enfin le brûlera ce fichu noeud qui se consumera …

C’en est fait !…

C’est gagné !…

La colère est force décuplée !…

Il a cédé, le noeud, il est fichu, il se défait trop naturellement …

C’en est presqu’amusant !…

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Plein l’dos pourtant …

Je le jette derrière moi, ce fichu sale et mouillé je m’en débarrasse mais un coup de vent me le ramène, me le plaque au visage et m’aveugle la face et donc je n’y vois plus rien …

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Plein l’dos de l’audace du destin !…

Ah mais non !!! Je n’en veux plus !…

Je n’en veux plus de toi t’es fichu, sale et plein de crasses, va t’en vaquer à tes galères et je t’en prie, laisse moi aller que je passe ou trépasse et gare à la casse mais laisse moi je te le demande laisse moi aller en liberté !!!

Plein l’dos de tes manigances !!!

Je grince des dents tu ne me prendras plus dans ton noeud coulant, noeud collant, noeud coulé, noeud de serpents …

Fichu tissu de tristes vécus …

Bon Vent !!!!

Au large de l’embarcadère je vis mon aventure solitaire plus que jamais à l’envers …

Voilà mon soulier, il vient d’émerger, il continue sa traversée …

Mon fichu l’a rattrapé !…

A chacun sa voile …

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Plein l’dos des naguères …

Ma voile sera faite de ma chevelure déployée, fière, altière crinière dressée comme un mât …

Ça m’aidera …

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Plein l’dos de ce fichu voyage quotidien que je persiste encore à vouloir explorer …

Pas de deux, pas de trois, pas de cent, et de mille, et de tout à la fois …

Déjà …

Pas de bateau, ni l’ombre d’une coque sur l’eau …

Ni non plus de regrets, non …

Pas de regrets …

J’avance, légère, nu pieds et échevelée …

L’eau n’est pas que salée ….

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Plein l’dos d’ce fichu métier inhumain de marin …

Ah donc !…
Que vogue la galère …
Et à Dieu va !…
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MandraGaur’En Individu’Elle

In …

 » Rémanence * » …
(* Persistance d’un phénomène quand la cause de ce phénomène a disparu)

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