Berlin-Est

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L’entre deux guerres là-bas était déjà fortement teinté par la montée du national socialisme et Adolf fourbissait ses armes, ses rancunes et amertumes quelque part entre les murs d’une prison en rédigeant son Mein Kampf devenu aussi sinistre que célèbre et qui par sa théorie, et l’acharnement de son auteur à la mettre en pratique, a complètement basculé la destinée du monde et de tous ses habitants !

La seconde guerre mondiale a ébranlé la totalité des continents, des états, des populations, des religions, des croyances, des théories humanistes, des races, des espèces et des ethnies …

Nul n’en fut épargné …

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« Eclats de lumières » – MandraGaur’En Individu’Elle

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Berlin-Est, qui n’existe donc plus …

Est une ville que j’aime …

Mais dire que je l’aime, pour le néophyte, peut ne rien vouloir dire du tout …  On croira que comme tout touriste banal, ou comme tout être un peu intéressé par l’histoire, j’y aurais porté mes pas et mon regard et j’y aurais trouvé séduction et intérêt …

Or que non …  Ce n’est pas cela …  Pas tout à fait …

Berlin, je corrige donc, Berlin-Est, qui n’existe plus, est une ville qui m’aime …

Il me semble que c’est plus juste de le dire de cette manière là …  Parce que Berlin-Est, qui n’existe plus, c’est un nom de ville et d’histoire qui a traversé de part en part la totalité de mes douze premières années de vie …

Je l’imaginais moi Berlin-Est sombre, en ruine, avec des tas d’humains enfermés dans des immeubles vétustes et gris …  Je l’imaginais moi Berlin-Est avec des magasins dont les rayons étaient vides, sans jolies vitrines, sans lumières ni néons …  Je l’imaginais moi Berlin-Est, retentissant de bruits de bottes et de sabres, avec des rues traversées de calèches tirées par des chevaux …  Je l’imaginais moi Berlin-Est remplies d’enfants qui tous portaient les mêmes vêtements, comme une grande tribu d’orphelins …  D’ailleurs je n’imaginais que des enfants durant tout un temps de mon enfance …

Je l’imaginais moi Berlin-Est comme une ville douloureuse, silencieuse, où il n’y avait pas de musique, pas de rires, pas de joies, pas de fêtes …  Je l’imaginais moi Berlin-Est sillonnée par des policiers et des militaires sévères, ombrageux …  Et dangereux …

J’aimais moi Berlin-Est …

J’avais pitié d’elle et de tous ses habitants … Toute mon enfance, et je garde en moi cette impression profonde, toute mon enfance je me suis sentie triste pour Berlin-Est …  C’est pourquoi je dis qu’elle m’aime …  Parce que jamais elle ne m’a lâchée …

A l’époque d’ailleurs l’on ne parlait pas du mur de berlin, l’on parlait du rideau de fer …

Et j’imaginais moi un grand rideau, comme un immense rideau de théâtre tombé, epais, immense et lourd, façonné à la manière des treillis de poules du fond du jardin, avec de grands orifices en forme d’oeilletons, descendant du ciel sur le sol …  Je l’imaginais qui bougeait avec le vent et avec le mouvement et la pression de mains d’enfants qui s’y accrochaient …  Car derrière ce sinistre rideau j’imaginais des regards, des milliers de regards d’enfants qui  dardaient leurs regards au travers des trous vers l’autre côté du rideau là où j’imaginais leurs parents …  Curieusement j’imaginais les enfants d’un côté et les adultes de l’autre, comme si le rideau avait séparé le monde des adultes et le monde des petits et que tous ces petits ils étaients punis là, isolés, exilés de la vie et de leurs familles …

Hors du monde des autres …

Et je me sentais toujours immensément triste quand je pensais à ces enfants là-bas isolés derrière cet immense rideau de fer …  Immuable rideau de fer …  J’entendais ou je croyais entendre un bruit …  Un choui choui que devait faire le rideau quand il y avait du vent …  Et je voyais les petites mains, les petits doigts accrochés dans les mailles …  Des petites bouches aussi j’imaginais, qui envoyaient des baisers …  J’imaginais leurs yeux, tous noirs et grands et brillants de désir d’en sortir  …  J’imaginais qu’ils étaient dans l’obscurité, une espèce de pénombre comme je croyais que devait être la pénombre d’une scène de théâtre quand le rideau est tombé …  Je les imaginais ces enfants tous très tristes, je les imaginais torturés, maltraités, toujours punis, affamés, sans bonheur aucun …  Et sales …

Je les voyais dans mon esprit se bousculant les uns collés aux autres, tentant de voir à travers cette cotte de mailles et de ferrailles, tentant d’apercevoir leurs mères ou pères qui de l’autre côté leurs faisaient des signes et les appelaient …

Quand j’ai su que le mur était tombé, donc pour moi que le ridau s’était levé vers le ciel et à jamais …  (Je séjournais Alors en Grèce) …  J’aurais alors aimé être là-bas …  Pour pleurer …

J’aurais aimé oui, pleurer … Pleurer les larmes de tous ces enfants, de tous ceux qui n’étaient plus là pour voir cet évènement extraordinaire se passer …  Cette levée de rideau …  Pour pleurer les larmes de tous ces éternels exilés, dont je me sentais partie depuis toujours, pour pleurer ce miracle, cet impropable devenu réalité …  Pleurer j’aurais aimé là-bas en mémoire de ceux qui en étaient morts de chagrins et de lourdes peines morales …  Pleurer les larmes de ceux qui un jour l’avait traversé au risque de leur vie sachant que sans doute ou peut-être jamais ils ne pourraient retrouver les membres de leur famille …

Mes origines juives-hongroises, l’histoire de ma famille maternelle, la proximite familiale, étonnante mais réelle, Germano-Berlinoise par une branche de belle-famille maternelle m’ont sans nul doute fortement sensibilisée et même portée à ces émotions et à ces sentiments profonds et contradictoires que j’éprouve pour ces lieux, ses gens et leur histoire …  Berlin a eut son versant « Est » et n’est pas si eloignée des frontières hongroises ni même de Budapest …  La Hongrie, naturellement, a été de ces enjeux politiques non négligeables déclencheurs des hostilités des deux guerres mondiales …  De plus il convient, tout de même, de savoir que des milliers de hongrois, tziganes et juifs, fûrent parmi les premiers harcelés, déportés et massacrés dans les camps de la mort …  Elle a aussi été de ces pays qui ont ouvert leurs frontrières aux exilés de berlin-est et compte aujourdhui encore nombre de familles implantées après que le rideau soit tombé pour diviser berlin et par là même l’europe en son entièreté …

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La construction du mur a entraîné pour tous les ressortissants de l’est passés à l’ouest l’impossibilité d’y retourner librement …  Et l’inverse bien entendu …  Venir de là bas était aussi compliqué que d’y aller partant d’ici …

Mon grand-père maternel,  de son prénom Jeyljnek (signifiant « un des fils de Jacob » en hébreu, dit Jellinek en hongrois et qui d’ailleurs tire son origine de Tsvi signifiant cerf en hongrois, abusivement traduit par Joseph d’ailleurs en français …) de même que mon oncle de son prénom Dèijyèn, (signifiant « juge »  et prononcé Dayan en hébreu, portant la même signification en hongrois, lui aussi abusivement traduit par Désiré en français.) ont eu bien des peines, des vexations et des misères pour parvenir à se rendre dans la capitale hongroise juste pour pouvoir y retrouver quelques traces de leur famille et de leur nom … D’ailleurs mon oncle, après avoir travaillé dans la mine et ensuite comme marchand de charbon est parvenu à se dégôter un emploi comme chauffeur de cars touristiques pour les pays de l’Est où il pouvait ainsi se rendre pour y retrouver une branche de la famille à Budapest et pour, comme il le disait si joliment « regarder avant de mourir le Danube et les reflets de ses rives dans l’eau » …

La conversation des rencontres familiales de mon enfance tournait toujours et principalement autour du mur …  Autour de la guerre …  Autour des camps …  Et encore, cela se faisait pour part à messe basse vu que dans cette famille s’était introduite, par alliance, une allemande, berlinoise précisément …  Berlinoise d’avant le mur …  Berlinoise de la Guerre …

Le mur, son histoire en aval et en amont faisait tout bonnement partie de mon enfance …

C’est pourquoi, bien plus loin que l’évenement propre à la chute du mur, je suis (hyper) sensible non seulement à l’histoire de Berlin et de son mur mais  aussi à tout ce qui tourne autour de ce terrible mur ayant divisé des familles entières durant de très, de trop longues années …  Une division qui a entraîné dans bien des familles réfugiées de l’autre côté du mur, qui n’était pas pour autant, j’aime à le souligner, le BON côté du mur, des rémanensces inextinguibles d’histoires terribles ressassées sans relâche …

La mémoire vive et à vif …

Il y a bon temps que j’avais envie de parler un peu de Berlin-Est, depuis le 20 ième anniversaire de la chute du mur il traîne là dans mes pensées des phrases qui viennent s’y bousculer mais je ne suis jamais parvenue à les écrire pour cause, principalement, de manque de temps …

Je suis contente d’enfin les poser ces phrases …  Non pas de m’en défaire mais de pouvoir les donner à lire …  Car enfin, pour dire le vrai …  Qui connaît Berlin s’il vous plaÎt ?…  Dans mon enfance Berlin fut évoquée dans ce qu’elle fut, le Berlin d’avant le mur et d’avant les heures de la seconde guerre mondiale …  Tout juste avant …  Et tout juste aussi avant la crise monétaire et économique mondiale de 1929 qui fut à plus d’un titre, elle aussi, parmi les mobiles ou les symptômes ayant mené à cette terrible et dévastatrice seconde guerre mondiale …  Celle où ont péri tant d’humains que le recensement jamais ne pourra se faire …  Les chiffres avancés resteront toujours approximatifs comme toujours c’est le cas dans ce genre de débâcle …  Le décompte des victimes est un ouvrage particulièrement fastidieux et douloureux quoiqu’il en soit …

L’histoire et sa mémoire seule détiennent les comptes et décomptes de ce drame …

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Un brin d’histoire ?

Après la Seconde Guerre Mondiale, l’Allemagne fut divisée en 4 zones d’occupation et Berlin en 4 secteurs .  Et tout donnait l’air de devoir se passer plutôt bien jusqu’en 1948.  C’est l’année où les Russes décidaient de sortir du Conseil de contrôle allié et où Staline instaurait le fameux blocus de Berlin qui dura du 24 juin 1948 au 12 mai 1949 .   C’est à ce moment là qu’est mis en place le célèbre pont aérien entre l’Allemagne de l’Ouest et Berlin Ouest. Ensuite c’est la création de la RFA dessinée à l’ouest et de la RDA dessinée à l’est.

Légalement Berlin devait garder le statut de ville démilitarisée  partagée en quatre secteurs et indépendante des deux États allemands, même si la partie soviétique devenait la capitale de la RDA . La ville restait quand même le seul endroit où les Allemands de l’Est comme de l’Ouest pouvaient transiter puisque la frontières entre l’Est et l’Ouest séparant l’Allemagne en deux était alors déjà constamment surveillée.

Jusqu’à 3,6 Millions d’Allemands fuyaient alors la RDA.  C’étaient pour majorité de jeunes actifs érudits.

A cette époque la RDA et son économie planifiée était au bord du gouffre.

Pour fuir la RDA il fallait aller à Berlin-Est, y  prendre le métro, sortir à Berlin-Ouest, prendre le train et continuer jusqu’en RFA !

Il n’y avait pas que ceux qu’on disait « déserteurs » qui quittaient les lieux, il y avait  aussi bon nombre de de travailleurs frontaliers!  Mais ceux-ci, à partir du 4 aout 1961, devaient s’enregistrer en RFA et payer leur loyer en Deutsche Mark.

Ensuite il y a eut le mur …

Ce mur ….

Quand j’ai appris qu’il s’agissait vraiment d’un mur en dur et non pas d’un rideau de fer je me souviens avoir été très triste et même gravement déçue … On m’avait menti ?! Il ne s’agissait donc même pas d’un rideau au travers duquel les enfants pouvaient voir la lumière et leurs parents mais d’un véritable mur grossier et épais, complètement fermé et qui devait faire régner là derrière une profonde obscurité …

C’était une espèce de catastrophe pour moi …

Et pour tous les enfants que j’avais imaginés là derrière là-bas …

En une nuit, du 12 au 13 aout 1961, le mur fut construit sur la frontière entre Berlin Ouest et Berlin Est.  C’est avec l’aide de 15 000 membres des forces armés soviétiques prêtes au combat qu’il a été construit …  En une nuit …  C’est en une seule nuit que  63 000 Berlinois de l’Est perdaient leur emploi à l’Ouest.  Et ce ne fût qu’à partir de décembre 1963 que les Berlinois de l’Ouest ont pu commencer à rendre visite à leurs parents retenus à l’Est et seulement jusqu’en janvier 1964. D’autres négociations aboutiront à des accords similaires les années suivantes.

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Ce mur

Séparant les humains …

Les enfants de leurs mères …

Les mères des pères …

Les pères de leurs femmes …

Les femmes de leurs enfants …

Les frères de leurs sœurs …

Les sœurs de leurs frères …

Les neveux de leurs oncles …

Les tantes de leurs nièces …

Les nièces de leurs tantes,

Les amoureux de leurs amoureuses …

Les amis de leurs amis …

Les élèves de leurs professeurs …

Les patrons de leurs ouvriers …

Tout le monde fut séparé de quelques coups de truelle,

De quelques coulées de ciment,

De quelques briques,

De quelques blocs …

En quelques heures de temps …

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En 1989 la situation politique a commencé à changer.

C’est alors que la Hongrie a ouvert ses frontières.

C’est alors que de nombreux allemands de la RDA ont fuit le communisme sous prétexte de vacances en Hongrie et même en Autriche.  C’est alors que dans toute la RDA la contestation s’est mise à gonfler les poumons populaires.  Les églises organisaient des messes pour la paix.

C’est alors qu’à partir de septembre, tous les lundis, une manifestation avait lieu dans Berlin Est. Et que Gorbatchev interdisait aux dirigeants d’utiliser l’armée pour empêcher ces manifestations.

Qui ont continué …  Ainsi le 4 novembre ce sont un Millions de personnes qui défilaient dans Berlin Est.  C’est le 9 novembre 1989, durant une conférence de presse qui fut retransmise à la télévision à une heure de grande audience qu’une nouvelle est annoncée sans que les organismes concernés ne soient mis au courant.

Il est dit alors que les voyages des personnes privées vers l’étranger devenaient possibles sans présenter de justificatifs ni de motif de voyage ni même de preuve de lien familial.  C’est sans attendre que les autorisations seront délivrées et qu’une circulaire officielle les confirmera . La police populaire qui avait la  responsabilité des visas et des domiciles sera autorisée à accorder sans délai des autorisations permanentes permettant aux gens de voyager et ceci sans que formalités jusqu’alors en vigueur ne soient encore exigées.

Les voyages et même les départs à durée permanente étaient permis à partir de n’importe quel poste frontière avec la RFA.  Des milliers de Berlinois de l’Est se massaient aux points de passage et exigaien de pouvoir passer.  Durant toute la nuit les points de passage s’ouvraient les uns après les autres …

Le lendemain les citoyens de la RDA franchissaient le mur et retrouvaient leur familleet leurs proches.

Le mur était tombé.

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A l’annonce officielle de la chute du mur, un moment d’émotion inoubliable s’emparait de tout Berlin et de toute l’Allemagne …  Même le gouvernement de la RFA stoppa net le travail et se mit à chanter, à l’instar du peuple dans la rue,  l’hymne national.

Le violoncelliste virtuose Mstislav Rostropovitch, alors présent à Berlin, et qui avait connu l’exil à l’Ouest pour avoir pris position contre l’URSS, descendait dans la rue et allait prêter main-forte aux démolisseurs en jouant du violoncelle au pied du Mur.

Cette image est devenue célèbre et deviendra la figure symbolique de la chute du Mur.

Après la démolition certains morceaux du mur seront gardés en souvenir, d’autres morceaux ne seront pas détruits.  On trouve un peu partout dans Berlin des morceaux de mur, certains sont devenus des supports artistiques sur lesquels d’aucuns laissaient oeuvre picturale.

Un grand pan de l’histoire était tourné …  Les gardes à la frontière n’étaient même pas encore au courant …  Alors que la pression de la foule basculait des années de séparations et d’exil pour tant d’êtres humains …

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Mandragaur’En Individu’Elle

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