«Le Retour de la Veuve Julie»

Le retour de la veuve Julie

Il avait eu de bien longues années Antonin, et trois de plus il aurait eu cent ans …
Malgré ses courbatures et ses ankyloses, sa surdité, ses genoux cagneux et le tremblement incessant de ses membres nuit et jour, il s’était bien plu des fois à s’imaginer centenaire.  Et ce prestigieux anniversaire semblait s’approcher, il s’en réjouissait encore le mois dernier pour ses 97 ans.  Déjà qu’il tenait le score puisqu’il était de loin le plus âgé des ancêtres du village.  Et quelle fierté il en tirait!
Ils avaient passé ensemble soixante sept années d’un mariage paisible et confiant dans lequel la vieillesse était venue s’installer un jour, discrète et silencieuse, comme une dame de compagnie pas trop bienvenue avec laquelle il allait falloir composer.
D’une année à l’autre, les enfants devenus grands, mariés, et parents, leurs forces se faisaient plus rares, leurs élans plus timides, leurs gestes plus lents.  Leurs petits-enfants leur rappelaient les années de naguère et les faisaient revenir en arrière d’une prudente nostalgie dans leurs conversations le soir, quand la nuit se faisait noire et que la pendule, en bas, dans le couloir, égrenait l’heure.
Allongés côte à côte dans le grand lit de leur chambre, ils parlaient longtemps sous le faible éclairage verdâtre de la veilleuse dans la prise, près de la table de nuit d’Antonin, avant de se laisser entraîner dans un sommeil commun et bienfaisant.  C’est dans un soir de ces tremblants bavardages de vieux époux qu’Antonin s’était endormi pour toujours à côté d’Elodie qui le croyait encore rêvant.
« Il faudra désormais que je m’endorme sans lui …”
Se dit-elle en se retournant vers l’allée centrale, vers la grande grille de sortie et vers l’horizon au delà du cimetière.
“…  Et pour encore combien de nuits maintenant?  Voilà qui me fait peur …  Je n’ai que 92 ans … »


L’histoire que voici n’a pas de lieu connu.
Ni de date.


Elle se passe quelque part, dans la bourgade d’Elodie, un minuit de février.
C’est un soir de lune pleine sur un ciel tout étoilé.  Dans le village rien ne bouge.  Tranquilles les rues et ruelles, sereins de même les abords des bois et des champs, pas loin.  Quelques fenêtres encore laissent filtrer un rai de lumière mais rares.  Dans les chaumières tous sont couchés, engoncés sous leurs couvertures et duvets derrière leurs rideaux tirés.
Même le boulanger rêve encore …
Or voici qu’à l’entrée du village, traînant une carriole peu sûre sur ses roues caduques, s’approche un vieux cheval hâve et osseux.  Il va de son pas pesant et poussif, égal, son sabot laissant entendre le raclement du fer par moments lorsque son pas heurte une pierre.  La lune éclaire le chemin d’une blanche lumière.
Le cheval s’approche de l’église, la dépasse, prend le chemin de la cure et mène son convoi dans le fond de la ruelle, devant la seule maison inhabitée depuis quelques années.
La maison de la veuve Julie.
De la carriole sort alors une silhouette vêtue d’une longue cape brune lui allant jusques aux chevilles.  Elle semble peiner pour poser le pied au sol, puis, enfin atterrie, se retourne pour attraper un grand cabas qu’elle soulève en s’arc-boutant avant de le laisser choir devant elle d’un son lourd.
Elle fouille enfin dessous sa cape, dans un large repli de jupes, et sort de cet enchevêtrement d’étoffes, après un bon moment, une grande clé brillant d’un éclat bref dans son poing gauche sous le clair de lune.  Qu’elle introduit pour finir dans la serrure de la porte d’entrée de la maison de la veuve Julie.
De sa fenêtre Elodie observe la silhouette et suit tous ses mouvements.
Toutes les heures de veille de ses premières nuits de veuve, sans pouvoir s’endormir, et dont la peine à présent lui semblait plus légère.
La peur qui la tient depuis ce matin trouve enfin sa réponse.
Il se passe quelque chose de vrai, quelque chose de très particulièrement vrai, quelque chose qu’elle attendait, autre chose qu’un chien errant ou un matou en chasse, seules activités nocturnes dans ce village retiré du monde, isolé de lui au beau milieu d’hectares de terres cultivées.
Le coeur lui en cognait aux côtes, tellement assourdissant et suffocant que l’air lui faisait défaut.
Mais elle restait de faction, seule sans doute témoin de cet étrange équipage, de cette incongrue visite en un lieu pour tous ici interdit.La maison de la veuve Julie était close depuis deux années bientôt déjà et Julie fut portée disparue.  Jamais elle n’était revenue, jamais elle ne fut retrouvée.
Pourtant Elodie en était sûre, c’était elle là dans la ruelle qui ouvrait de sa clé la porte de sa maison, c’était Julie, sa meilleure, sa bonne vieille amie d’antan.
Nées à quelques jours d’intervalle de la même année dans deux familles voisines de ruelle depuis déjà leurs respectifs grands-parents, chacune enfant unique et porteuse d’une incomparable solitude elles avaient décidé de commun accord et ce dès la maternelle qu’elles seraient des amies jumelles, inséparables à la vie à la mort.  Elles allaient ensemble en classe, jeunes filles allaient ensemble au bal, rencontraient ensemble leurs galants et cavaliers qui devinrent leurs fiancés lors d’une même fête le  même jour et qu’elles  épousaient devant le même maire et le même curé avant de fêter leurs épousailles d’un banquet de noces où tout le village fut invité.  Deux frères, de vrais jumeaux ceux-là, deux fils d’une ferme d’au delà du ruisseau, Nestor et Antonin.  Chacune elles déroulaient depuis alors,  sereines et contentes, l’écheveau de leur vie auprès de leurs maris et de leurs enfants dans la maison que leur laissaient leurs parents et elles purent se réjouir de voir fleurir leur amitié durant toutes ces années harmonieuses où elles devînrent femmes, puis mamans, puis grand-mamans.


Nestor, comme Antonin, était un homme brave et bon.
Il avait construit avec Julie un foyer harmonieux dans lequel avaient grandi trois beaux enfants intelligents, courageux et généreux.
Quand son frère mourut, Antonin en fut profondément affligé et depuis lors la tristesse avait voilé en permanence l’éclat de douceur joviale qu’avaient sa voix, et ses yeux.
Quant à Julie, elle avait disparu du village par une nuit ou par un petit matin d’un froid février.
Personne jamais n’en saurait rien.
Elle avait perdu la compagnie de Nestor un soir du même mois deux années auparavant et s’était depuis alors enfermée dans sa demeure sans plus y laisser venir personne, sans même plus y convier son germain cousin, le sabotier qui lui vivait seul, et depuis longtemps veuf, tout à côté.
Ni non plus Elodie, sa meilleure amie, qu’elle avait congédiée, silencieuse et lasse, alors que de coutume elles se  réservaient deux après-midi par semaine de thé, de biscuits et de commérages sur le déroulement de leurs vies et de celle de leurs proches elle lui avait fermé sa porte d’un regard d’une indicible et triste douceur le lendemain de la mise en terre et le message qu’Elodie y lisait était ferme et irrévocable et l’avait fait trembler d’appréhension.
Julie voulait le grand silence, et Elodie l’avait compris.
Il n’y  avait pour elle plus aucune parole possible là où la douleur du deuil l’avait laissée.
Et elle n’avait plus jamais parlé.
Elle s’était retirée de l’église, de la rue et du marché, elle qui tant aimait d’y aller vendre quelque récolte que Nestor avait cultivée au potager.  Elle qui priait, chaque dimanche, bien sérieuse dans son manteau en laine peignée, le livre de prières ouvert sur ses paumes juxtaposées. Non pas dévôte, mais croyante, sincère dans sa prière comme dans les oeuvres qu’elle secondait auprès de Monsieur le curé.
Là aussi elle s’était désistée.
Et le curé avait eu beau insister, lui en refaire demande, elle le reçut, distante et silencieuse, sur le pas de sa porte, une main sur le coeur, disant non de la tête sans prononcer un mot.
Elle qui s’asseyait, au couchant, d’une chaise devant sa maison, regardant gambader les gamins de la ruelle, leur donnant des friandises à sucer.  Ou alors, au temps des fruits rouges, les conviant à venir goûter les confitures qu’elle avait préparée.Du jour au lendemain, une fois Nestor enterré, elle s’était vêtue de son chagrin et du silence de ses murs.
Elle n’allait qu’au cimetière, chaque jour vers 10 heures et jusque midi.
Il en va ainsi de certains chagrins …
Qui ne s’usent jamais …


Puis …
Un matin …
Plus rien …
Partie la veuve Julie …
C’est le petit de Simone le premier qui l’avait remarqué: “Maman, pourquoi Julie ne pas plus chez Nestor?  Demanda-t-il à sa mère d’une voix flûtée.  “Mais si va, qu’elle s’y rend.  Chaque matin à 10 heures” lui répondait sa mère en le bousculant sur son chemin, lui gambadant, elle tenant en équilibre un plat de nouilles gratinées sur la main.
Mais le lendemain, tout de même et pour en avoir le coeur net, Simone surveillait à la fois l’horloge sur la cheminée et le chemin devant chez Julie croyant bientôt voir la porte s’ouvrir.
Mais non.
Dix heures vingt déjà, et Julie ne sortait pas.
Aussi en parlât-elle à François, son mari, qui lui allait de suite chercher le gendarme, et le médecin, et le curé se disant que de toute façon l’un des trois viendrait à point.
C’est ainsi qu’ils avaient enfoncé la porte de derrière, sur la cour de la maison, en présence du bourgmestre qu’ils allaient chercher et du croque-mort, en cas de nécessité.  Qu’ils avaient fouillé la maison de fond en comble, du grenier à la cave et au jardin et au poulailler mais Julie n’était nulle part à trouver.
“Ni même son cheval” dit le gendarme,
“ni sa carriole,” soufflait, impressionné, le curé.
“Qu’à cela ne tienne, Messieurs, dit gravement le bourgmestre
« nous ne pouvons que conclure que Julie est partie.”
“Et de son plein gré” avait à dire le médecin qui la connaissait bien.
“Car Julie n’est pas de celle qui se laisse enlever” savait encore le croque mort.
Ils firent appeler le serrurier qui répara la porte, et la maison depuis lors, volets clos et porte verrouillée, traversait les années.
Le village s’en trouvait mal, et la disparition de Julie les préoccupait tous fort longtemps, petits et grands.
Bon nombre d’entre eux cherchaient le sommeil des nuits entières debout derrière la fenêtre, le rideau écarté, à surveiller le déroulement de la nuit dans la ruelle chez Julie.
Elle fut finalement portée disparue.
Quelques avis de recherche furent lancés, mais la disparition simultanée du cheval et de la carriole ne permettaient pas de conclure à un acte malveillant.
Les enfants restaient inconsolables de cette mystérieuse perte, même si avec le temps ils s’étaient forgé une raison abstraite de leur mère voyageant dans le monde, menant son cheval et sa carriole dans des lieux où le chagrin la fuirait.
Parfois un marchand d’un plus lointain village racontait qu’il l’avait vue, errante, guidant aux rennes son cheval fourbu harnaché à la carriole branlante, il l’avait vue, disait-il, le long d’une voie ferrée.  Pour sûr, c’était elle, il l’aurait juré.
Mais les légendes courent vite, c’est la parole qui leur donnent des pieds.
Des fois l’on s’y arrête, pour l’alimenter, l’étoffer.
D’autres fois elles se désagrègent dans l’air du temps comme des volutes de fumée emportées par le vent.
Certains, au village, voyageaient à la ville.
Et revenaient quelques fois porteurs d’une nouvelle agréable ou triste à tous.
Ainsi Jules, le fils du maréchal ferrant, il travaillait là-bas.
Il y faisait de fréquents voyages et croyait bien l’avoir vue, lui aussi, assise sur un banc, dans un jardin public, jetant du pain aux oiseaux.  Il en était certain, aurait voulu mais n’avait pu s’approcher, peur de la déranger, de lui rappeler un passé que peut-être elle avait voulu distancier.  Ou alors aurait-elle perdu la tête?  Et ne connaissait elle plus le chemin de retour vers son foyer, l’ayant quitté dans un moment d’égarement?Le temps passant Julie faisait partie des absents.


Les jeunes grandissaient, les mémoires s’organisaient.
Le souvenir de la veuve entrait dans les tristes histoires de la communauté que parfois le soir, aux enfants, l’on racontait.  Et toujours s’achevaient pareilles: ”Personne jamais n’a su ce qu’elle est devenue.”
Deux années s’entassaient sur les traits de son visage, peu à peu ils s’estompaient, perdaient de leur netteté.
La vie s’organisait dans la ruelle et sur la place alentour, et Julie n’en faisait plus partie.
Au fil des jours et des semaines l’on oubliait la date de sa disparition, qui était aussi celle de la mort de Nestor, à deux années près.
Ne restait pour finir de Julie plus que l’ombre allongée de sa maison que le soleil couchait, au soir, dans la ruelle.  Et son nom, chuchoté à quelque oreille lorsqu’on passait devant.
La disparition de Julie n’avait cessé d’affecter Elodie durant toutes ces années.
Son amie de toujours lui manquait irrémédiablement.
Leurs communs secrets, comme si pour toujours elles seraient de jeunes filles, et sa compagnie si attentive lui faisait défaut.  De même que leurs fous-rires dont elle avait cru qu’ils continueraient toujours.
Que petites vieilles en fauteuil à bascule encore elles riraient à s’en tenir les côtes comme tant de fois elles l’avaient fait, en cousant, en repassant, en préparant quelques gâteaux ou confitures, au point d’en devoir lâcher le fouet ou la cuillère, ou l’aiguille, à se plier le nez vers la terre, et ne plus pouvoir parfois se tenir, à pouffer de rire…
Depuis le départ de Julie cela ne lui était jamais plus arrivé.
Mais dans l’intérieur de son coeur elle n’avait pu se résoudre à la croire définitivement partie.
Jamais elle n’avait perdu l’espoir de la voir revenir …


Et ce jour était venu.
Et c’était elle, à n’en pas douter.
Elodie en était certaine.
Elle le sentait.
Le cheval avait vieilli, sa maîtresse aussi.
Mais c’est d’une main sûre qu’elle introduisît la clé dans la serrure, qu’elle détela le cheval après avoir ouvert la lourde porte de bois à deux battants pour le mener derrière dans la cour, vers sa stalle.  D’une main sûre encore qu’elle poussait la carriole pour la faire tourner puis qu’elle prit sous ses aisselles les deux brancards la conduisant ainsi au milieu de la cour pavée avant de refermer les deux lourdes portes fermant l’accès aux dépendances de la ferme.  Deux années avaient passé, et Antonin venait de mourir.La lumière s’allumait dans une fenêtre de façade et bientôt des volutes épaisses de fumée blanchie aux rayons de lune s’évadait dans le ciel de nuit.
Julie faisait du feu.
“La voilà rentrée”, se dit Elodie.  “Rien d’étonnant.
Il fallait qu’il en soit ainsi.  En février, et de nuit.”
Replacant correctement les deux pans des tentures devant la fenêtre où jusqu’alors elle avait fait le guet Elodie se dirigeait vers son lit où elle sentait enfin pouvoir dormir.  Pour la première fois depuis le matin où elle découvrait la mort d’Antonin, elle désirait le repos.  Et le méritait.  Il ne serait torturé ni de mauvais rêves ni de pressentiments.   Même la peur lovée depuis ce matin dans ses artères avait perdu du terrain.  Il s’était passé quelque chose de tangible, quelque chose de très vrai, de très vivant.
Non, celà n’avait pas été un rêve.  Julie était revenue.
Sa dernière pensée, avant de se laisser séduire par une lente vague de bienfaisant sommeil, fut pour son amie.
“Julie.  Te revoilà parmi nous.  Sois la bienvenue.  Ta maison t’attendait.  C’est ici ton village.  Te rappelleras-tu de moi, et de notre serment d’amies éternelles, autrefois?”
Le lendemain elle dormait tard et plus que de coutume.
D’ordinaire chaque matin elle partait en promenade déjà aux premières lueurs de l’aube jusqu’à l’étang et revenait avant que n’arrive le facteur.  Il serait bientôt neuf heures.  Et c’était jour de marché. Elle voulait acheter des fleurs en pot, pour la tombe.  Le souvenir de la mort d’Antonin lui frappait à nouveau la mémoire.  Comment avait-elle donc dormi si tard?  Lui revenaient en pensée la lente allure du si vieux cheval, la lune éclairant la forme courbée sous la cape, l’éclat de métal dans la main de Julie.
En hâte elle se levait, s’habillait, déjeunait chichement d’une croûte de pain qui traînait là tout en épluchant quelques carottes pour le diner.  Il fallait bien manger.  Neuf heures trente.
Après le marché elle irait au cimetière.  Antonin l’y attendait.
Elle ‘attrapait son manteau à la pathère et claquait la porte de la maison, descendant une à une les marches du perron.  Arrivée en bas elle allât ouvrir la porte de l’appentis et en fit sortir son vélo, accrochait son cabas au guidon, et poussant le vélo au devant d’elle ouvrit et refermât le portique en fer forgé du jardinet.  D’un geste encore élégant et sûr malgré son grand âge elle propulsa la bicyclette d’un coup de pédale puis se mit en selle et roula hors de la ruelle vers le parvis tout à côté.
Il lui fallait arriver au marché avant que ne s’annonce le plus gros de la foule.
Les badauds, les curieux, les pingres et les malicieux, ceux qui tâtaient du vol à l’étal ou dans les sacs des passants, les commères et les marchandeurs auxquels il fallait parfois trois quart d’heure pour s’approvisionner de trois bettes, d’un maigre céleri et d’une botte de poireaux.  Il y avait ceux qui vous braillaient dans l’oreille, d’autres qui vous poussaient de l’épaule pour passer devant, juste là où vous vous teniez et teniez à rester.
Il lui déplaisait de se mêler à toute cette cohue, si déplaisante et égoïste, dans laquelle sa présence de vieille femme lui parraissait de plus en plus déplacée.Arrivée sur la place quelle ne fut pas sa surprise d’y voir Julie …
Elle était là, assise à même le sol, en bordure du trottoir, comme si jamais elle n’avait quitté les lieux.
Devant elle s’étalaient, à la place des poireaux et des quelques belles brassées d’épinards et de mâche, des cartons d’oeufs d’où s’échappaient des brins de paille et de petits duvets, des fromages de chèvre, durs, gris, odorants qu’elle vendait jadis, deux belles vasques de fleurs odorantes et colorées dont l’éclat paraissait tout à fait irréel dans ce petit marché gris et hivernal.


Et tout à coup ce fut comme si le temps s’était arrêté.
Comme si les revoilà avant.
Elodie tremblait d’émotions et de souvenirs.
Mais son chagrin, plus fort que tout, freinait sa joie.
Elle s’approchait de son amie, de son petit étal réduit à deux potées fleuries.
Julie regardait les pavés luisants du fin crachin qui emprisonnait le matin.
Elodie se penchait vers les deux magnifiques gerbes de fleurs lui murmurant: “Je t’ai vue cette nuit, Julie.  Antonin est mort.  Que fais-tu là?  D’où reviens-tu?”
La veuve Julie soulevait alors son visage dans lequel seuls ses yeux avaient gardé toute leur jeunesse.
Et c’était comme si Elodie se regardait dans un miroir.
Sa vie, sa vieillesse, son deuil, son chagrin, sa fatigue aussi, à présent, d’être encore là à attendre un je ne sais trop quoi, tout y était inscrit dans les rides fines et longues que lui renvoyait le visage parcheminé de sa jumelle vieille amie.  Mais plus encore émanait de ses traits et de son regard la même douceur triste d’alors lorsqu’elle lui avait fermé sa porte pour entrer dans son silence sans lendemain.
Elle lui tendit la main, lui donnait la sienne pour l’aider à se mettre debout.
Puis, dans le mouvement qu’elles firent pour s’aider l’une l’autre à se retrouver debout, leurs visages face à face et proches, comme dans un souffle, Julie lui répondit,  d’une voix tendre et pleine de chaleur: ” Je suis venue te chercher, Elodie.  Viens.  Il sera bientôt dix heures.  Nous allons fleurir les tombes d’Antonin et Nestor.  Ils nous attendent.”
Elle ne l’avait pas oublié, le serment d’alors.
Elles étaient amies éternelles, inséparables à la vie à la mort …


Le lendemain matin, deux années jour pour jour après la disparition de la veuve Julie, sa belle-soeur, amie d’enfance, la veuve Elodie, fut à son tour portée disparue.  La question restait entière quant aux causes de la disparition, et les autorités se mirent d’accord sur un départ sinon volontaire du moins préparé puisque le vélo d’Elodie manquait dans la remise de même que son manteau, son cabas et son porte-monnaie.Dans le village, petits, moyens et grands, dans toutes les maisons, les magasins, la mairie, l’école, le commissariat, le dispensaire, le funérarium, le presbytère et le couvent, face à ce mystère par deux fois répandu, tous, une journée entière, se sont tu.


J’espère vous avoir fait plaisir de ceci …
Je vous en raconterais d’autres, si vous aimez …
J’aime raconter des histoires …
La vie est remplie d’histoires …
Chaque humain est une histoire …
Chaque histoire cache un humain …



A une autre fois ?
RED_BAKKARA

Conte écrit par MandraGaure

Août 2000

Présenté à l’occasion de la fête de Tongrinne



Avertissement :

Tous droits réservés …
Pas la peine de copier …
Ni dans son entièreté, ni par pavés …
C’est enregistré sous logiciel de contrôle littéraire
et déposé à l’Albertine pour droits d’auteur
Sous le numéro 3/2000
Autant que les « espions » le sachent !…


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Paf !… Paf !…

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Je mettrais bien les mots ensemble moi …

Comme ça …

Paf !…  Paf !…

Les uns derrière les autres …

Sans ou avec suite …

*

De manière à ce qu’ils traduisent sans trop de difficultés pour ma plume et moi ce qu’ils prétendent dire …  Je les verrais bien un à un dégringoler l’escalier du temps.  Et grincer là où grincent certains souvenirs, pleurer et gémir là où se passe le souffrir, hurler de colère, ou de dépit, ou de déception …

Ou de résignation …

Ah oui ?..

Aussi ?…

*

Non !

*

Ce serait alors comme des milliers de bulles de verre, dures mais translucides et brillantes de reflets, de nuances moirées …

Elles rebondiraient avec fracas à mesure des marches qu’escaladerait ma remontée dans le passé et suffoquées, éclatées, éparpillées, subitement et toutes ensemble elles se fendilleraient et lâcheraient un bruit de sanglot gigantesque, pareil à une déflagration, pareille à celle de la dynamite lorsqu’elle esquinte la montagne pour y faire des passages aisés au monde policé.

*

Et ça dirait :

 » Tais-toi ! Ne parle pas de mêmes longueurs d’ondes, arrête ta comédie, j’ai mal ! »

Ça le dirait ainsi oui.

Ça crierait que quelques bulles perdues dans l’océan ne suffisent pas ou plus à endiguer le flot des larmes …

Salées, acides …

Amères jamais …

Point d’amertume ni de remords ni de regrets …

Tout permet de constater l’évidence de ces vérités …

Il était une fois …

Et l’enfant devint proie …

*

Comme un tissu aux bords de plus en plus effilochés l’enfant devint douleurs …

S’aliénant dans son silence face au refus de lui l’enfant devint terreur …

*

Eclatent les bulles de verre …

La voix de l’enfant gronde comme le tonnerre …

Il ne peut plus passer par-dessus ses silences …

Il a eu tant de mal à les déchiffrer …

Devrait-il maintenant les censurer ?…

Les bulles de verre venue à la surface de son âme se fendiller, s’ouvrir, se briser ?

*

Penses-donc ..

Que le silence seul lui fut complice …

( Mais pas ami … )

Que soudain l’euphorie le gagnait …

De pouvoir parler …

*

 » Parler …  » se dit-il …

 » Enfin parler ?… « 

 » Serais-tu prêt à m’écouter ?… « 

*

(à suivre)

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MandraGaur’En Individu’Elle

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 » Monologue à voix distante « 

{Partie de la trilogie : Mémoires d’Outre-Enfance}

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Note : Je rappelle pour tout ceux que ça intéresse que ce que j’écris est protégé non seulement par la Licence Créative Commons mais aussi par la législation belge et internationale propre aux droits d’auteurs de même que par le dépôt des publications de ce blog (ou de tout autre de mes textes par ailleurs) dans les fichiers de la bibliothèque Royale Albertine à titre d’auteur belge repris dans les archives et déjà publié.  Merci d’en tenir compte.  Si des textes vous intéressaient vous pouvez me joindre par mail.  La page d’accueil vous informe amplement à ce sujet de même que des normes, clauses et droits d’utilisation de mon oeuvre.  -L’Auteur-*

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Berlin-Est

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L’entre deux guerres là-bas était déjà fortement teinté par la montée du national socialisme et Adolf fourbissait ses armes, ses rancunes et amertumes quelque part entre les murs d’une prison en rédigeant son Mein Kampf devenu aussi sinistre que célèbre et qui par sa théorie, et l’acharnement de son auteur à la mettre en pratique, a complètement basculé la destinée du monde et de tous ses habitants !

La seconde guerre mondiale a ébranlé la totalité des continents, des états, des populations, des religions, des croyances, des théories humanistes, des races, des espèces et des ethnies …

Nul n’en fut épargné …

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« Eclats de lumières » – MandraGaur’En Individu’Elle

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Berlin-Est, qui n’existe donc plus …

Est une ville que j’aime …

Mais dire que je l’aime, pour le néophyte, peut ne rien vouloir dire du tout …  On croira que comme tout touriste banal, ou comme tout être un peu intéressé par l’histoire, j’y aurais porté mes pas et mon regard et j’y aurais trouvé séduction et intérêt …

Or que non …  Ce n’est pas cela …  Pas tout à fait …

Berlin, je corrige donc, Berlin-Est, qui n’existe plus, est une ville qui m’aime …

Il me semble que c’est plus juste de le dire de cette manière là …  Parce que Berlin-Est, qui n’existe plus, c’est un nom de ville et d’histoire qui a traversé de part en part la totalité de mes douze premières années de vie …

Je l’imaginais moi Berlin-Est sombre, en ruine, avec des tas d’humains enfermés dans des immeubles vétustes et gris …  Je l’imaginais moi Berlin-Est avec des magasins dont les rayons étaient vides, sans jolies vitrines, sans lumières ni néons …  Je l’imaginais moi Berlin-Est, retentissant de bruits de bottes et de sabres, avec des rues traversées de calèches tirées par des chevaux …  Je l’imaginais moi Berlin-Est remplies d’enfants qui tous portaient les mêmes vêtements, comme une grande tribu d’orphelins …  D’ailleurs je n’imaginais que des enfants durant tout un temps de mon enfance …

Je l’imaginais moi Berlin-Est comme une ville douloureuse, silencieuse, où il n’y avait pas de musique, pas de rires, pas de joies, pas de fêtes …  Je l’imaginais moi Berlin-Est sillonnée par des policiers et des militaires sévères, ombrageux …  Et dangereux …

J’aimais moi Berlin-Est …

J’avais pitié d’elle et de tous ses habitants … Toute mon enfance, et je garde en moi cette impression profonde, toute mon enfance je me suis sentie triste pour Berlin-Est …  C’est pourquoi je dis qu’elle m’aime …  Parce que jamais elle ne m’a lâchée …

A l’époque d’ailleurs l’on ne parlait pas du mur de berlin, l’on parlait du rideau de fer …

Et j’imaginais moi un grand rideau, comme un immense rideau de théâtre tombé, epais, immense et lourd, façonné à la manière des treillis de poules du fond du jardin, avec de grands orifices en forme d’oeilletons, descendant du ciel sur le sol …  Je l’imaginais qui bougeait avec le vent et avec le mouvement et la pression de mains d’enfants qui s’y accrochaient …  Car derrière ce sinistre rideau j’imaginais des regards, des milliers de regards d’enfants qui  dardaient leurs regards au travers des trous vers l’autre côté du rideau là où j’imaginais leurs parents …  Curieusement j’imaginais les enfants d’un côté et les adultes de l’autre, comme si le rideau avait séparé le monde des adultes et le monde des petits et que tous ces petits ils étaients punis là, isolés, exilés de la vie et de leurs familles …

Hors du monde des autres …

Et je me sentais toujours immensément triste quand je pensais à ces enfants là-bas isolés derrière cet immense rideau de fer …  Immuable rideau de fer …  J’entendais ou je croyais entendre un bruit …  Un choui choui que devait faire le rideau quand il y avait du vent …  Et je voyais les petites mains, les petits doigts accrochés dans les mailles …  Des petites bouches aussi j’imaginais, qui envoyaient des baisers …  J’imaginais leurs yeux, tous noirs et grands et brillants de désir d’en sortir  …  J’imaginais qu’ils étaient dans l’obscurité, une espèce de pénombre comme je croyais que devait être la pénombre d’une scène de théâtre quand le rideau est tombé …  Je les imaginais ces enfants tous très tristes, je les imaginais torturés, maltraités, toujours punis, affamés, sans bonheur aucun …  Et sales …

Je les voyais dans mon esprit se bousculant les uns collés aux autres, tentant de voir à travers cette cotte de mailles et de ferrailles, tentant d’apercevoir leurs mères ou pères qui de l’autre côté leurs faisaient des signes et les appelaient …

Quand j’ai su que le mur était tombé, donc pour moi que le ridau s’était levé vers le ciel et à jamais …  (Je séjournais Alors en Grèce) …  J’aurais alors aimé être là-bas …  Pour pleurer …

J’aurais aimé oui, pleurer … Pleurer les larmes de tous ces enfants, de tous ceux qui n’étaient plus là pour voir cet évènement extraordinaire se passer …  Cette levée de rideau …  Pour pleurer les larmes de tous ces éternels exilés, dont je me sentais partie depuis toujours, pour pleurer ce miracle, cet impropable devenu réalité …  Pleurer j’aurais aimé là-bas en mémoire de ceux qui en étaient morts de chagrins et de lourdes peines morales …  Pleurer les larmes de ceux qui un jour l’avait traversé au risque de leur vie sachant que sans doute ou peut-être jamais ils ne pourraient retrouver les membres de leur famille …

Mes origines juives-hongroises, l’histoire de ma famille maternelle, la proximite familiale, étonnante mais réelle, Germano-Berlinoise par une branche de belle-famille maternelle m’ont sans nul doute fortement sensibilisée et même portée à ces émotions et à ces sentiments profonds et contradictoires que j’éprouve pour ces lieux, ses gens et leur histoire …  Berlin a eut son versant « Est » et n’est pas si eloignée des frontières hongroises ni même de Budapest …  La Hongrie, naturellement, a été de ces enjeux politiques non négligeables déclencheurs des hostilités des deux guerres mondiales …  De plus il convient, tout de même, de savoir que des milliers de hongrois, tziganes et juifs, fûrent parmi les premiers harcelés, déportés et massacrés dans les camps de la mort …  Elle a aussi été de ces pays qui ont ouvert leurs frontrières aux exilés de berlin-est et compte aujourdhui encore nombre de familles implantées après que le rideau soit tombé pour diviser berlin et par là même l’europe en son entièreté …

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La construction du mur a entraîné pour tous les ressortissants de l’est passés à l’ouest l’impossibilité d’y retourner librement …  Et l’inverse bien entendu …  Venir de là bas était aussi compliqué que d’y aller partant d’ici …

Mon grand-père maternel,  de son prénom Jeyljnek (signifiant « un des fils de Jacob » en hébreu, dit Jellinek en hongrois et qui d’ailleurs tire son origine de Tsvi signifiant cerf en hongrois, abusivement traduit par Joseph d’ailleurs en français …) de même que mon oncle de son prénom Dèijyèn, (signifiant « juge »  et prononcé Dayan en hébreu, portant la même signification en hongrois, lui aussi abusivement traduit par Désiré en français.) ont eu bien des peines, des vexations et des misères pour parvenir à se rendre dans la capitale hongroise juste pour pouvoir y retrouver quelques traces de leur famille et de leur nom … D’ailleurs mon oncle, après avoir travaillé dans la mine et ensuite comme marchand de charbon est parvenu à se dégôter un emploi comme chauffeur de cars touristiques pour les pays de l’Est où il pouvait ainsi se rendre pour y retrouver une branche de la famille à Budapest et pour, comme il le disait si joliment « regarder avant de mourir le Danube et les reflets de ses rives dans l’eau » …

La conversation des rencontres familiales de mon enfance tournait toujours et principalement autour du mur …  Autour de la guerre …  Autour des camps …  Et encore, cela se faisait pour part à messe basse vu que dans cette famille s’était introduite, par alliance, une allemande, berlinoise précisément …  Berlinoise d’avant le mur …  Berlinoise de la Guerre …

Le mur, son histoire en aval et en amont faisait tout bonnement partie de mon enfance …

C’est pourquoi, bien plus loin que l’évenement propre à la chute du mur, je suis (hyper) sensible non seulement à l’histoire de Berlin et de son mur mais  aussi à tout ce qui tourne autour de ce terrible mur ayant divisé des familles entières durant de très, de trop longues années …  Une division qui a entraîné dans bien des familles réfugiées de l’autre côté du mur, qui n’était pas pour autant, j’aime à le souligner, le BON côté du mur, des rémanensces inextinguibles d’histoires terribles ressassées sans relâche …

La mémoire vive et à vif …

Il y a bon temps que j’avais envie de parler un peu de Berlin-Est, depuis le 20 ième anniversaire de la chute du mur il traîne là dans mes pensées des phrases qui viennent s’y bousculer mais je ne suis jamais parvenue à les écrire pour cause, principalement, de manque de temps …

Je suis contente d’enfin les poser ces phrases …  Non pas de m’en défaire mais de pouvoir les donner à lire …  Car enfin, pour dire le vrai …  Qui connaît Berlin s’il vous plaÎt ?…  Dans mon enfance Berlin fut évoquée dans ce qu’elle fut, le Berlin d’avant le mur et d’avant les heures de la seconde guerre mondiale …  Tout juste avant …  Et tout juste aussi avant la crise monétaire et économique mondiale de 1929 qui fut à plus d’un titre, elle aussi, parmi les mobiles ou les symptômes ayant mené à cette terrible et dévastatrice seconde guerre mondiale …  Celle où ont péri tant d’humains que le recensement jamais ne pourra se faire …  Les chiffres avancés resteront toujours approximatifs comme toujours c’est le cas dans ce genre de débâcle …  Le décompte des victimes est un ouvrage particulièrement fastidieux et douloureux quoiqu’il en soit …

L’histoire et sa mémoire seule détiennent les comptes et décomptes de ce drame …

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Un brin d’histoire ?

Après la Seconde Guerre Mondiale, l’Allemagne fut divisée en 4 zones d’occupation et Berlin en 4 secteurs .  Et tout donnait l’air de devoir se passer plutôt bien jusqu’en 1948.  C’est l’année où les Russes décidaient de sortir du Conseil de contrôle allié et où Staline instaurait le fameux blocus de Berlin qui dura du 24 juin 1948 au 12 mai 1949 .   C’est à ce moment là qu’est mis en place le célèbre pont aérien entre l’Allemagne de l’Ouest et Berlin Ouest. Ensuite c’est la création de la RFA dessinée à l’ouest et de la RDA dessinée à l’est.

Légalement Berlin devait garder le statut de ville démilitarisée  partagée en quatre secteurs et indépendante des deux États allemands, même si la partie soviétique devenait la capitale de la RDA . La ville restait quand même le seul endroit où les Allemands de l’Est comme de l’Ouest pouvaient transiter puisque la frontières entre l’Est et l’Ouest séparant l’Allemagne en deux était alors déjà constamment surveillée.

Jusqu’à 3,6 Millions d’Allemands fuyaient alors la RDA.  C’étaient pour majorité de jeunes actifs érudits.

A cette époque la RDA et son économie planifiée était au bord du gouffre.

Pour fuir la RDA il fallait aller à Berlin-Est, y  prendre le métro, sortir à Berlin-Ouest, prendre le train et continuer jusqu’en RFA !

Il n’y avait pas que ceux qu’on disait « déserteurs » qui quittaient les lieux, il y avait  aussi bon nombre de de travailleurs frontaliers!  Mais ceux-ci, à partir du 4 aout 1961, devaient s’enregistrer en RFA et payer leur loyer en Deutsche Mark.

Ensuite il y a eut le mur …

Ce mur ….

Quand j’ai appris qu’il s’agissait vraiment d’un mur en dur et non pas d’un rideau de fer je me souviens avoir été très triste et même gravement déçue … On m’avait menti ?! Il ne s’agissait donc même pas d’un rideau au travers duquel les enfants pouvaient voir la lumière et leurs parents mais d’un véritable mur grossier et épais, complètement fermé et qui devait faire régner là derrière une profonde obscurité …

C’était une espèce de catastrophe pour moi …

Et pour tous les enfants que j’avais imaginés là derrière là-bas …

En une nuit, du 12 au 13 aout 1961, le mur fut construit sur la frontière entre Berlin Ouest et Berlin Est.  C’est avec l’aide de 15 000 membres des forces armés soviétiques prêtes au combat qu’il a été construit …  En une nuit …  C’est en une seule nuit que  63 000 Berlinois de l’Est perdaient leur emploi à l’Ouest.  Et ce ne fût qu’à partir de décembre 1963 que les Berlinois de l’Ouest ont pu commencer à rendre visite à leurs parents retenus à l’Est et seulement jusqu’en janvier 1964. D’autres négociations aboutiront à des accords similaires les années suivantes.

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Ce mur

Séparant les humains …

Les enfants de leurs mères …

Les mères des pères …

Les pères de leurs femmes …

Les femmes de leurs enfants …

Les frères de leurs sœurs …

Les sœurs de leurs frères …

Les neveux de leurs oncles …

Les tantes de leurs nièces …

Les nièces de leurs tantes,

Les amoureux de leurs amoureuses …

Les amis de leurs amis …

Les élèves de leurs professeurs …

Les patrons de leurs ouvriers …

Tout le monde fut séparé de quelques coups de truelle,

De quelques coulées de ciment,

De quelques briques,

De quelques blocs …

En quelques heures de temps …

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En 1989 la situation politique a commencé à changer.

C’est alors que la Hongrie a ouvert ses frontières.

C’est alors que de nombreux allemands de la RDA ont fuit le communisme sous prétexte de vacances en Hongrie et même en Autriche.  C’est alors que dans toute la RDA la contestation s’est mise à gonfler les poumons populaires.  Les églises organisaient des messes pour la paix.

C’est alors qu’à partir de septembre, tous les lundis, une manifestation avait lieu dans Berlin Est. Et que Gorbatchev interdisait aux dirigeants d’utiliser l’armée pour empêcher ces manifestations.

Qui ont continué …  Ainsi le 4 novembre ce sont un Millions de personnes qui défilaient dans Berlin Est.  C’est le 9 novembre 1989, durant une conférence de presse qui fut retransmise à la télévision à une heure de grande audience qu’une nouvelle est annoncée sans que les organismes concernés ne soient mis au courant.

Il est dit alors que les voyages des personnes privées vers l’étranger devenaient possibles sans présenter de justificatifs ni de motif de voyage ni même de preuve de lien familial.  C’est sans attendre que les autorisations seront délivrées et qu’une circulaire officielle les confirmera . La police populaire qui avait la  responsabilité des visas et des domiciles sera autorisée à accorder sans délai des autorisations permanentes permettant aux gens de voyager et ceci sans que formalités jusqu’alors en vigueur ne soient encore exigées.

Les voyages et même les départs à durée permanente étaient permis à partir de n’importe quel poste frontière avec la RFA.  Des milliers de Berlinois de l’Est se massaient aux points de passage et exigaien de pouvoir passer.  Durant toute la nuit les points de passage s’ouvraient les uns après les autres …

Le lendemain les citoyens de la RDA franchissaient le mur et retrouvaient leur familleet leurs proches.

Le mur était tombé.

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A l’annonce officielle de la chute du mur, un moment d’émotion inoubliable s’emparait de tout Berlin et de toute l’Allemagne …  Même le gouvernement de la RFA stoppa net le travail et se mit à chanter, à l’instar du peuple dans la rue,  l’hymne national.

Le violoncelliste virtuose Mstislav Rostropovitch, alors présent à Berlin, et qui avait connu l’exil à l’Ouest pour avoir pris position contre l’URSS, descendait dans la rue et allait prêter main-forte aux démolisseurs en jouant du violoncelle au pied du Mur.

Cette image est devenue célèbre et deviendra la figure symbolique de la chute du Mur.

Après la démolition certains morceaux du mur seront gardés en souvenir, d’autres morceaux ne seront pas détruits.  On trouve un peu partout dans Berlin des morceaux de mur, certains sont devenus des supports artistiques sur lesquels d’aucuns laissaient oeuvre picturale.

Un grand pan de l’histoire était tourné …  Les gardes à la frontière n’étaient même pas encore au courant …  Alors que la pression de la foule basculait des années de séparations et d’exil pour tant d’êtres humains …

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Mandragaur’En Individu’Elle

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