Il y a des Noëls -(4)-

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Il y a des Noëls sans rires …

(Quatrième épisode)

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Et le père Noël de ce temps ?… Nous l’avions laissé au coin de la rue lui, au moment où une dernière fois se retournant il saluait Adélie s’en allant …

Comme vous avez bien du le comprendre, petits et grands, ce père Noël là ben, c’en était un parmi d’autres de père Noël comme il en traîne tellement de par les rues et les magasins et les complexes commerciaux en ces temps de fête. Nous le savons tous bien sûr qu’il n’y en a pas, de Vrai père Noël …

Quoique …

Faisons une distinction …

Entre les uns et les autres …

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Notre brave père Noël de ce soir là était un bon bougre à la retraite qui pour quelques deniers de plus agrémentant l’escarcelle de fin de mois et la tirelire des fêtes, se prêtait volontiers à cette figuration qui lui était demandée chaque année.  En vérité il était pauvre lui aussi ce père Noël là… Il vivait avec son épouse dans un petit appartement en banlieue de la ville, un de ces appartements que l’on octroie, à grand peine d’ailleurs, aux couples retraités vivant d’une maigre pension leurs vieilles années… Seulement, ce père Noël là (il me serait difficile de parler des autres car je ne les connais pas) ce père Noël là dis-je était un homme au grand cœur… Et il aimait créer le rêve et la magie dans les âmes des enfants quand il faisait son travail de père Noël … C’est pour cela qu’il aimait de le faire … Les soirs de Noël il aurait pu tout aussi bien se trouver un autre petit travail d’appoint, mais il se délectait des mois à l’avance de pouvoir se promener au coin des rues du centre son panier de Cougnolles à la main et de créer des sourires et des regards émerveillés dans les visages des enfants, et des parents aussi …

D’ailleurs il ne travaillait pas que comme père Noël… Nenni ! Au début du mois de décembre il se prêtait aussi bien volontiers au joli métier de Saint-Nicolas et il faisait cela depuis des années déjà … Les enfants en étaient ravis tout comme lui … Il avait un acolyte, un vieil ami, Aristide, qui l’accompagnait et remplissait le rôle du père Fouettard … C’était un bonheur de les voir ensemble … D’autant que ce père Fouettard  là, plus gentil que lui il n’y en avait pas … Et puis c’était un Africain celui-là !… Un vrai de vrai !… Avec le grand sourire tout blanc et la voix toute grosse, il était doux et gentil comme une guimauve des temps de fêtes … Il n’avait pas besoin, lui, de se barbouiller la figure avec de la suie ou du bouchon brûlé, non que non !… Lui il était tout noir, comme il se doit pour un père Fouettard … Et puis aussi, lui, il était le complice des enfants … Pas question de remontrances ni de manigances pour leur faire peur et loin de là !… Au contraire … C’était lui qui parvenait à faire taire les larmes et les cris des petits qui eux étaient bien plus impressionnés et avaient bien plus peur du grand Saint-Nicolas que de son comparse !… Et voilà !… Les deux amis, ainsi, s’amusaient à jouer un tour aux vilaines croyances selon lesquelles le père Fouettard était là pour fouetter et punir les gamins !… Et tout cela se passait fort bien et dans la plus grande des sérénités …

Mais revenons à notre histoire …

Car là, vous voyez, je suis en train de vous égarer …

Que faisait-il là au coin de la rue ce père Noël ?…

Eh bien, il travaillait pour l’association des commerçants du centre de la ville, tout bonnement !… Et il distribuait des Cougnolles fabriquées par une chaîne de boulangeries, payées par l’association qui avait coutume, pour attirer les clients chaque année, de déférer au coin des rues commerçante du centre ville un père Noël avec un panier et de grandes Cougnolles qu’il pouvait distribuer aux passants…

En général il ne pouvait en donner qu’une par famille de Cougnolle, c’était le contrat…

En plus il devait assortir chaque Cougnolle d’un bon d’achat permettant au bénéficiaire d’aller dans l’un des magasins du centre s’acheter soit une bûche de Noël ou un gâteau, des pralines, des fleurs ou encore un bijou, un vêtement, de la lingerie, un sac à main, un jouet, une paire de chaussures, un appareil électroménager, une télévision, un instrument de musique, des livres, de la vaisselle, du linge de maison, un voyage en Papouasie, du vin, des bibelots, des tableaux, des antiquités, ou encore des légumes et des fruits primeurs, du gibier, des charcuteries, des délicatesses, des spécialités de bouche, des produits de beauté, du parfum, des lunettes, des séances chez le coiffeur ou alors des repas même dans l’un ou l’autre restaurant et encore tant et tant d’autres choses que l’on pouvait acheter dans le centre de la ville, impossible de tout énumérer tant il y en a…

Ce bon d’achat était assorti de ce que l’on appelle une ‘ristourne’ sur le prix, à condition bien sûr de l’utiliser dans l’un des commerces du centre de la ville…

Bien trouvé n’est ce pas ?…

Cela se nomme du « Marketing »…

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Et il faut savoir que pour le « Marketing », tout les astuces sont bonnes à prendre … Les spécialistes du marketing ce sont des gens qui connaissent bien les âmes et les cœurs des humains, ne croyez pas, et ils savent tout aussi bien comment tirer parti des émotions, des sensibilités, des nostalgies et des rêveries qu’engendrent dans les âmes humaines les fêtes de fin d’année … Ils y excellent … Ce sont des virtuoses en la matière … D’ailleurs, ils font des études pour cela !… Ces études portent des noms savants et redondants comme « Planification de marché » ou encore « Psychologie de la clientèle » ou aussi « Analyse du consommateur » ou « Investigation des besoins » et aussi « Stratégie de l’attractivité » ou même « Isolation de la cible » et même, tenez vous bien, « Investigation de l’environnement écologique, culturel, démographique et socio-psychologique de l’acheteur »… Qu’est ce que vous dites de ça hein ?.. Vous avouerez !… Et sachez que la liste de ces dénominations barbares est bien longue encore mais bref nous n’allons pas trop nous en préoccuper… Juste je tiens à souligner, comme vous pouvez le constater, que ce  sont là de vrais plans de campagne et de bataille pour ‘agresser’ ‘séduire’ et ‘circonvenir’ le chaland dans le but de le pousser à acheter même, ou surtout, s’il avait l’idée de ne pas acheter ou d’aller acheter ailleurs…

A y bien regarder l’on se croirait en permanence en temps de guerre…

Car ce sont là des termes bien agressifs vous en conviendrez…

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Mais le père Noël lui, loin d’être un sot, se moquait un peu de tout cela… Il faisait bravement ce qui lui était demandé, revêtait le costume de son métier de père Noël et s’en allait au coin de la rue distribuer les Cougnolles comme il lui était recommandé… Et vu qu’il était un père Noël un peu particulier et très indépendant dans son esprit et ses opinions, il ne se privait pas de garder en lui, tenace, le droit de décider de donner plutôt une Cougnolle de plus là où il en percevait le besoin, le vrai besoin, ou la vraie nécessité non seulement de faire plaisir mais aussi, mais surtout, d’apporter un peu de luxe dans les chaumières où les Cougnolles n’étaient pas denrées courantes durant les fêtes de Noël… Car ces Cougnolles étaient très chères s’il fallait les acheter… Même, et il le savait fort bien le père Noël, même si celles qu’on donnait « gratuitement » étaient fabriquées à partir de matières premières de moindre qualité et traitées avec moins de soins que le reste des marchandises que vendait la boulangerie, néanmoins, elles étaient fort bonnes et faisaient plaisir à ceux qui les recevaient.

Or donc, voilà notre père Noel qui s’en allait de par les rues son panier à la main au moment où nous le quittions… Sa rencontre avec la petite Adélie l’ayant profondément bouleversé, vous pouvez l’imaginer …

Il lui restait encore deux heures à officier et c’est d’un pas nonchalant qu’il allait dans les rues du centre tout en songeant intensément à la petite fille et à tous ce qu’elle lui avait raconté de ses rêves et de ses soucis de vie d’enfant …

–      « Ho Ho !.. »

Se dit-il,

–      « Une liseuse et un livre des Mille et une Nuits, voilà ce qui lui faut à notre petite Adélie …  Voyons voyons voyons voir… »

Bougonnait-il dans sa barbe…

–      « Comment allons nous procéder ?… »

Bien sûr, le père Noël avait dans sa poche un tas de bons d’Achat … Mais bien sûr aussi que ces bons d’achat ne lui appartenaient pas … Il ne pouvait en faire usage lui-même et d’ailleurs cela était parfaitement contraire aux recommandations… D’autant que nous avons à faire à un père Noël fort scrupuleux et honnête qui même s’il estimait bien souvent qu’un petit nombre de gens avaient bien de trop à dépenser eu égard à la multitude de gens qui en avaient trop peu, il se gardait bien d’agir autrement que dans la loyauté et la probité.

–      « Epineux problème mon ami Stéphane. »

(Il s’appelait Stéphane le père Noël)

–      « Epineux problème que voilà mon vieil ami !… Tu as promis à cette enfant de lui apporter une liseuse pour sa maman et ce joli livre de contes dont elle rêve, tu as tout intérêt à mettre en œuvre pour y parvenir !… Sans quoi, foi de père Noël, tu n’oseras plus te regarder dans le miroir demain matin pas vrai ?.. »

–      « Vrai ! »

Se dit-il…

–      « Bien vrai ! »

Tout en devisant ainsi avec lui-même il était arrivé dans la rue du centre la plus fréquentée où se trouvaient les boutiques les plus huppées et les plus chères … Et voilà notre bon père Noël qui se met à faire du lèche-vitrines !…

Vous savez bien, le lèche-vitrines, c’est une de ces pratiques également inventées, vantées et entretenues depuis quelques décennies par le marketing et qui consiste à se promener sur les trottoirs et à ne pas rater le moindre magasin pour regarder ce qu’il propose dans ses étalages… Une pratique fort prisée de nos jours, et bien sûr fermement conseillée par les commerçants qui se font fort de décorer leurs devantures pour les rendre les plus attractives et séduisantes possibles… C’est ainsi que l’on finit par se marcher sur les pieds devant les vitrines, par se cogner les uns dans les autres, ou alors par se retrouver à babiller tout seul devant la grande vitre parce que le copain, la copine, la maman ou le papa sont déjà partis plus loin et que l’on ne s’en est pas aperçu…  Si, je peux vous promettre que des choses pareilles arrivent, j’ai déjà assisté à semblable incident …  Qu’à cela ne tienne…

C’était bien curieux de voir le père Noël se livrer à cette pratique, lui qui en général se trouvait plutôt au milieu des trottoirs afin que les gens puissent le bien voir…  Ainsi flânant et observant le contenu des vitrines il cherchait à repérer le magasin où la petite Adélie aurait bien pu admirer cette fameuse liseuse en soie avec de jolis dessins dont elle lui parlait d’un ton si élogieux…

–      « Une liseuse … »

Se dit le père Noël …

–      « Cela ne pourrait se trouver que dans un magasin de lingerie ou de vêtements de nuit … Et en général les deux se vendent dans le même commerce … Voyons, un magasin de lingerie où donc y en a-t-il un ?… Ah !… Voilà !  Je me souviens à présent … Dans la rue de la Fontaine si si !… Il y en a même deux là dans la même rue !… Et ils sont l’un en face de l’autre ou presque …. »

Hâtant le pas, il se dirige alors vers la rue de la Fontaine et s’arrête devant le premier magasin de lingerie qu’il rencontre pour en scruter la vitrine …

–      « Bon !… Elle m’a bien dit la petite qu’elle avait vu la liseuse en vitrine… A moins qu’elle ne soit vendue et qu’il ait fallut prendre celle qui était exposée je devrais bien la retrouver … Si seulement elle m’en avait dit la couleur … »

Rien de ce genre dans le premier magasin.  Soit, il traversait … Sur le passage il avisait une famille qui arrivait vers lui avec trois enfants et s’arrêtait à leur hauteur pour leur donner une Cougnolle et un bon d’achat… Car, tout de même, là au beau milieu de tous ces commerces, il ferait tant qu’on le voit déambuler paisiblement comme tout public sans s’acquitter de sa tâche.  Il ne tenait pas à perdre son emploi de père Noêl. Une fois les Cougnolles distribuées à la famille, il se dirigeait vers le magasin et ô merveille… Là… Juste là au milieu de l’étalage se trouvait un mannequin, vous savez bien de ces poupées habillées qui ressemblent à s’y méprendre à de vrais humains et que l’on installe dans les vitrines, un mannequin donc sur lequel, ô joie … Une belle liseuse en soie, couleur ivoire, brodées ton sur ton de belles grandes arabesques … La liseuse avait un col en velours très fin, une ceinture bien longue et de jolies manches larges s’évasant vers le bas …

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Le père Noël fit entendre un :

« Ho ! Ho ! Ho ! »

Sonore, comme il sait si bien le faire, tellement il était content d’avoir déniché ce qu’il cherchait… A ce moment précis, sur le trottoir pas loin de lui, arrivaient une vieille dame et une plus jeune lui donnant le bras. Il s’avançait vers elles et leur demandait :

–      « Que diriez-vous d’une bonne Cougnolle assortie d’une bonne œuvre mesdames ?… »

–      « Une Cougnolle ?… Une bonne œuvre père Noël ?… »

Demandèrent les deux dames un peu étonnée …

–      « Je vais vous raconter un secret … »

Leur dit alors le père Noël …

–      « Voyez vous, il se trouve que j’ai pour mission ce soir même, d’apporter un cadeau à la maman d’une petite fille qui n’a pas assez d’argent pour acheter ce dont elle rêve. Alors je me suis dit que je le ferais bien moi-même. Seulement moi, je suis un vieux monsieur, je ne suis pas de ces contrées vous ne l’ignorez, et il m’est très difficile d’estimer exactement les tailles et les spécificités des genres en matière de lingerie féminine. Comme vous le savez, je ne suis que le père Noël, et dans mon pays là-bas très loinain je n’ai guère à m’inquiéter de ce genre de choses. Mon domaine, en particulier, ce sont les jouets… Alors j’aurais aimé vous demander si vous pourriez me conseiller dans l’achat d’une liseuse.  La petite fille dont je vous parle, elle s’appelle Adélie, m’a demandé de lui apporter une jolie liseuse en soie avec des dessins brodés dessus pour l’offrir à sa maman. »

Et se tournant vers la vitrine pour leur montrer le vêtement il ajoute :

–      « Je suppose que voilà l’habit dont il s’agit mesdames ? »

–      « En effet !… »

Répond le dame la plus âgée,

–      « Il s’agit bien d’une liseuse et elle est en soie avec des broderies main d’ailleurs … Une fort belle pièce s’il en est !… »

–      « Et fort coûteuse aussi .. ; »

Avait à dire d’un ton pincé la dame plus jeune.

–      « En effet … »

Fit le père Noël tout abasourdi d’en lire le prix.

–      « Mais père Noël … »

Demandait la vielle dame,

–      « Comment allez vous faire pour acheter un vêtement de pareil prix ? »

–      « Bah … »

Répondait celui-ci …

–      « Nous verrons bien une fois arrivé dans le magasin.  Je vous remercie fort aimablement mesdames, la bonne œuvre est accomplie. J’ai à présent toutes mes assurances concernant l’habit et je vous offre en récompense non pas une mais deux Cougnolles pour la peine ainsi que quatre bons d’achat que vous pourrez utiliser dans n’importe quel magasin du quartier. »

–      « Bien merci à vous père Noël ! »

Dit la vieille dame en riant comme une jeune fille. L’autre dame de ce temps rangeait prestement les deux Cougnolles dans le cabas qu’elle avait à la main et glissait tout aussi vite les bons d’achat dans sa poche de manteau et tout en reprenant le bras de la dame plus âgée lui dit :

–      « Allons à présent maman, il est temps !…  Nous sommes attendues ! »

–      « Minute ma fille … »

Dit la dame âgée.  Et fouillant dans son porte-monnaie elle en retirait un gros billet de banque pour le tendre au père Noël.

–      « Mais maman !… »

Dit la fille toute suffoquée,

–      « Que fais-tu là ?… »

–      « Une bonne œuvre ma fille voilà ce que je fais !… »

Lui répond sa vielle mère,

–      « Une bonne œuvre vois-tu je fais là ! Tenez père Noël !… Allez donc acheter cette jolie liseuse pour la maman de votre petite protégée !… Ce  n’est pas tous les jours que l’on a l’occasion de faire plaisir … »

–      « Mais madame … »

Dit le père Noël tout confus,

–      « Pas du tout voyons, pas du tout du tout !… Là n’était nullement mon intention !… Je vous demandais seulement de vouloir bien me confirmer que l’habit était une liseuse, mais je trouverais dans mes économies de quoi contenter la petite fille … Ne vous en faites aucun souci … Non non non … Je ne puis accepter ce don !… »

–      « Prenez ! »

Insistait la dame.

–      « Prenez cet argent et n’en faites cas !…  J’ai toujours rêvé d’avoir une aussi jolie liseuse moi et je serais ravie de savoir qu’une maman malade la trouvera sous le sapin au minuit ou demain matin !… Allons mon brave homme, je sais bien moi … »

Lui dit-elle en lui faisant un clin d’œil de connivence,

–      « Que dans votre lointain pays là-bas vous n’êtes pas plus riche que bien des gens d’ici !… Permettez moi de faire ce geste … Vous m’en rendrez le cœur heureux !… »

–      « Mais enfin maman, je ne te comprends pas !?… Pourquoi insister !?… Tu mets cet homme mal à l’aise voyons, ne le vois-tu  pas ?… Il ne t’a rien demandé ?… Cesse donc de te faire remarquer !… De quoi te mêles tu enfin ?… »

–      « Je me mêle, ma fille, de ce qui me regarde !… »

Dit la vieille dame sur un ton sans réplique,

–      « Et pour autant que je sache je suis encore en mesure de le faire. Ce serait plutôt à toi que je devrais faire cette observation !… Cela ne te regarde nullement si je décide, oui ou non, de permettre au père Noël de s’acquitter de sa mission ! »

–      « Hola !… »

Fit le père Noël de plus en plus ennuyé par la tournure que prenaient les évènements …

–      « Holà mesdames !… Ne vous fâchez donc point !… Je suis vraiment confus de vous avoir dérangé pour si peu … »

–      « Mais … Vous ne nous dérangez nullement mon ami ! »

Répond la vieille dame d’un ton décidé.

–      « Ce que je fais de mon argent et de ma vie ne regarde que moi  jusqu’à nouvel ordre je crois !… Tenez … »

Ajoute-t-elle en lui tendant à nouveau le billet :

–      « Prenez cet argent !… Il y en a bien assez pour que vous puissiez aussi envisager d’acheter un cadeau pour la petite fille je pense !…  Et puis vous avez aussi des bons d’achat !…  Veux-tu bien rendre ces bons d’achat au père Noël ma fille ? Il en a plus le besoin que nous et il en fera bon usage n’en doutons pas !… »

Demandait-elle en se tournant vers l’autre dame qui les reprit à contrecœur et faisant une grimace d’une franche laideur en fouillant dans sa poche pour les rendre au père Noël.

–      « Voici le tout père Noël !… Et l’argent, et les bons d’achat !… Je suis sûre qu’ils vous serviront !… »

Toutes ces fantaisies sur le trottoir avec pour principal protagoniste un père Noël en grande tenue un panier de Cougnolles au bras n’avait pas manqué d’attirer du public … En vérité, autour des deux dames et du père Noël se tenaient nombre de gens curieux ou simplement compatissants qui regardaient de tout leurs yeux et écoutaient de toutes leurs oreilles. Même d’ailleurs la commerçante du magasin de lingerie et les deux vendeuses étaient venues s’ajouter sur le pas de porte.  Il est vrai que voilà spectacle que l’on n’a pas coutume de voir… Improvisé et inattendu !… Le père Noël, à la vue de tout ce monde, se sentait un peu dépassé mais se reprenant vite fait il se mit à distribuer aux uns et aux autres et des Cougnolles et des bons d’achat … Tout le monde pouvait en profiter, pour le coup, c’était la fête dans le quartier … Enfin, quand finalement la mère et la fille furent parties et les badauds dispersés, le brave père Noël rentrait dans le magasin. Quelle ne fut pas sa surprise de voir la vendeuse venir vers lui avec deux jolis paquets superbement emballés dans du papier rouge et or et enrubannés de velours rouge scintillant.

–      « Voici père Noël !… La liseuse pour la maman, et une jolie robe de nuit pour la petite fille !… Nous avons pris un modèle pour douze ans … Cela devrait aller sans doute ?…

–       « Oh ben … Je pense bien oui … »

Répond le père Noël tout surpris … Décidément, voilà que c’était Noël pour le père Noël !… Prenant l’argent que la dame venait de lui donner il le  tendit à la  vendeuse mais la commerçante de derrière son comptoir arrêtait son geste disant :

–      « Non !… Non non !… Vous n’avez pas besoin de nous les payer !… C’était  la dernière liseuse et elle est resté durant un mois sur le modèle en vitrine.  De toute façon nous aurions du la vendre au rabais et puis nous vous connaissons père Noël, depuis le temps que vous venez aux fêtes ici dans nos rues !… Vous êtes un très brave homme, nous le savons … Prenez, prenez donc !… C’est Noël ce soir et nous sommes bien contentes toutes les trois d’offrir ce cadeau à la maman et à la petite… N’est ce pas les filles ?… »

Dit la patronne en se tournant vers les vendeuses,

–      « Nous sommes ravies père Noël de vous permettre de faire plaisir à cette petite fille. Allez donc tranquille, c’est à vous !… Et la robe de nuit, si elle est un peu trop grande, ce ne sera pas bien grave. On dort aussi bien dans une robe de nuit trop grande et même bien mieux que dans une robe de nuit qui est trop petite !… »

Ce disant la bonne dame partait d’un éclat de rire qu’entonnaient en chœur les deux filles et même le père Noël.  Ce qui eut pour effet que des personnes, toute étonnées, s’arrêtaient devant le magasin et même y entraient par curiosité, espérant percer le mystère de cette insolite hilarité entre un père Noël et des vendeuses de lingerie et de robes de nuit.  Sur quoi le père Noël, fidèle à sa tâche et à ses obligations, rangeant d’abord soigneusement dans la poche de sa veste le fameux billet de banque, reprenait à nouveau son panier et distribuait des Cougnolles et des bons d’achat aux nouveaux arrivés.

Enfin, après des salutations joviales et des bons vœux échangés il repartait dans la rue, panier au bras, dans lequel il y avait à présent deux magnifiques cadeaux qui y trônaient et même en dépassaient.

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Restait le livre de contes …

Cette fois, pas de doute, il allait pouvoir l’acheter …

Le billet de banque que la vieille dame lui avait donné allait largement le lui permettre et il avait aussi quatre bons d’achat, ne l’oublions pas. Sans doute même qu’il pourrait aussi trouver un joli cadeau de plus pour la maman…  Ainsi elles auraient deux cadeaux chacune !…

Ca alors, Adélie n’en reviendrait pas …

Partant d’un bon pas, un peu pressé déjà vu l’heure tardive, et par peur que la grande librairie de l’avenue des Platanes ne soit fermée avant son arrivée, le père Noël pour une fois ne s’arrêtait plus en chemin pour distribuer des Cougnolles d’ailleurs, en fait de Cougnolles, il ne lui en restait quasiment plus…

De loin il voyait l’enseigne de la grande et belle librairie encore allumée !…

–      « Ah quelle chance !… »

Dit-il tout en se pressant et entrant dans le magasin.

Arrivé près de la caisse il s’adressait à la vendeuse :

–      « Je cherche, Madame, un livre de Contes pour Enfants … »

La vendeuse, un rien surprise, observait le père Noël qu’elle avait vu passser devant la librairie un bon nombre de fois durant la journée et lui dit :

–      « Un livre de contes ?… Euh … C’est pour vous père Noêl ?… »

Avec une mimique un peu ironique.

–      « Non ce n’est pas pour moi !… »

Réplique le père Noël en s’esclaffant.

–      « Pas du tout même !… C’est pour en faire cadeau à une petite fille !.. Quoi de plus logique pour un père Noël, dites moi, que de faire cadeau d’un livre de contes à une petite fille ? »

–      « Ca c’est bien vrai ! »

Dit la vendeuse riant elle aussi, enfin mise à l’aise par le regard si gentil de ce père Noël si particulier.

–      « Et quel genre de livre puis-je vous proposer père Noël ? »

–      « Ce n’est pas compliqué Mademoiselle. Il me faut le livre de Contes des « Mille et une Nuits » … La plus belle édition, celle avec toutes les images, un livre très gros, très grand et très cher si j’ai bien tout compris … »

–      « Eh bien, vous savez bien ce que vous voulez vous au moins ! »

Dit la vendeuse en éclatant de rire.

–      « Oh moi…  Je ne sais peut-être pas toujours ce que je veux… Mais ce qui est sûr c’est que Adélie, elle, elle sait le livre qu’elle aimerait recevoir comme cadeau de Noël. L’avez-vous dites moi ? »

–      « Bien sûr oui que nous l’avons … Et même je vais vous dire que nous n’en avons pas vendu tant que cela de cette série. Il est un peu cher il est vrai, et puis les parents n’offrent presque plus de livres de contes à leurs enfants. En plus on en trouve, certes médiocres mais néanmoins, dans les chaînes de supermarchés.  Et puis d toute façon, ils ont de moins en moins de succès hélas.  C’est dommage d’ailleurs mais que voulez-vous … Avec la télévision, les ordinateurs et tous ces jeux électroniques, les contes eux, ils deviennent désuets …

Sur ces mots elle se dirigeait vers le rayon de livres pour enfants et prenait là un magnifique livre, immense, épais, dont la couverture toute brillante et bleue était parsemée d’étoiles dorées et de lunes.

Revenue à la caisse près du père Noël, elle lui présentait le livre disant :

–      « Voyez comme il est beau !… De la plus belle qualité !… Toutes les pages sont glacées, la tranche du livre est dorée, il y a une cordelière en soie pour signet, chaque page de gauche porte un dessin, chaque page de droite porte le texte … Et voyez … »

Ajoutait encore la vendeuse toute fière et même émue en paginant précautionneusement le beau livre de contes …

–      « Chaque conte commence par une lettrine dorée … De la calligrahie père Noël !!! Un vrai livre précieux, un livre rare, comme il ne s’en fait plus guère … Et puis, des contes merveilleux, des contes qui tous font rêver !.. De contes qui nous viennent des lointaines contrées arabes, des palais et des sables, des contes qui ont mille et un ans !… Oh !… Elle sera contente la petite fille !  Vraiment !… C’est un magnifique cadeau qu’elle a demandé là… Je vous l’emballe dans un joli papier oui ? »

–      « Bien sûr ! »

Approuvait le père Noël !…

–      « Et si vous aviez du papier avec des étoiles dorées ce sera parfait !… Assorti au livre !…  Mais, dites moi mademoiselle… J’y pense … Si vous vouliez offrir en cadeau un livre à votre maman, que lui offririez vous ?… «

–      « Ah !.. »

Commençait la vendeuse,

–      « La question est d’importance…. Il est bien difficile de juger du goût des lectures sans connaître la personne … Mais à tout prendre, en cette période de fête, que diriez vous d’un très beau livre de recettes de cuisine du monde entier ?… J’en ai un aussi grand que  ce livre de contes, et aussi épais et aussi beau !… Ne serait-ce pas là une bonne idée ?… »

–      « Excellente idée mademoiselle, vous n’auriez pu mieux me conseiller !  Des recettes du monde entier !… Ca alors, je n’y aurais jamais songé… »

En lui-même il commençait à se demander si l’argent suffirait mais sans doute que oui se disait-il, si le billet de la dame devait suffire pour la liseuse, qui était très chère, sûrement qu’il paierait bien les deux beaux livres qu’il se proposait d’acheter …

–      « Emballez les donc tous les deux, et séparément bien sûr s’il vous plaît !… L’un pour la maman et l’autre pour l’enfant … Et dites moi mademoiselle, combien cela me coûtera-t-il ?… J’ai des bons d’achat, je peux les utiliser, c’est une personne qui me les a rendu…  Si vous voulez bien, au cas où je n’aurais pas assez d’argent vous comprenez  … »

–      « Attendez père Noël … »

Dit la demoiselle,

–       « Je vais aller demander à la patronne. Peut-être pourrions-nous vous faire un prix sait-on jamais … Qui ne risque rien n’a rien … »

Ajoutait-elle encore en lui faisant un joli sourire avant d’aller vers l’arrière du magasin…

Il commençait à se faire tard. Quelques clients restaient errer entre les rayons, indécis sur leur chois, d’autres attendaient à la caisse. Le père Noël décidait de leur donner les dernières Cougnolles qu’il avait encore dans son panier et les bons d’achat qui lui restaient à distribuer …

–      « Tenez ! Prenez les. Vous pourrez les faire valoir sur vos achats ici même et ce soir ! »

Leur dit-il d’un ton jovial en les distribuant.

Entretemps la patronne de la librairie arrivait à la caisse.

–      « Alors père Noël, vous faites vos emplettes ? »

–      « Eh oui Madame, j’ai promis des cadeaux à une petite dont la maman est souffrante et qui n’a pas de biens gros moyens pour lui faire un joli cadeau ni même n’a l’espoir d’en recevoir un pour elle-même… »

–      « Quel brave homme vous êtes père Noël !.. Alors que sûrement vous avez déjà finit toutes vos distributions, voilà encore que vous allez devoir passer par les toîts et les cheminées ce soir !… »

Lui répond la patronne d’un ton complice. Et se tournant vers la vendeuse elle lui dit :

–      « Juliette, vous pouvez faire une ristourne de 20 % sur la totalité de son achat au père Noël !… Et vous déduirez la valeur de six bons d’achat du tout en surplus !… Tout de même voilà des années que nous le connaissons n’est ce pas et nous allons l’aider à faire cette bonne action. »

–      « Merci ma bonne dame … »

Dit le père Noël tout surpris de cette générosité inusitée.  Il n’en revenait pas !… C’était presque des miracles qu’il vivait ce soir !… Des miracles de Noël !…  Lui qui avait dit à Adélie que les miracles il ne pouvait pas les lui promettre, il en était pour ses frais, c’est bien le moins que  l’on puisse en dire…

Enfin, une fois les livres emballés dans de jolis papiers, une fois enrubannés eux aussi de satin et d’une myriade de petites étoiles que la vendeuse parsemait encore sur les deux cadeaux, une fois réglée la note, une fois que toutes les Cougnolles qui lui restaient étaient distribuées, une fois que les bons d’achat eux aussi avait été donnés à la ronde aux quelques clients restant, le père Noël s’en allait non sans avoir salué tout un chacun en leur souhaitant un bien joyeux Noêl …

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Une fois dans la rue, les paquets dans son panier qu’il tenait encore à son bras, il s’en fut en direction de la boulangerie, là où il allait devoir rendre des comptes et reprendre ses habits civils …

Arrivé à la boulangerie celle-ci était sur le point de femer.

–      « Ah !… Père Noël !… Vous voilà enfin !… Mais dites mois donc, vous avez bien tardé ce soir ?!… Nous nous apprêtions à fermer !… Où étiez vous !?… Et qu’avez-vous là dans votre panier ?… Des cadeaux ?… Toutes les Cougnolles sont parties ? Vous avez tout distribué ? Vous n’en avez pas même gardé une seule pour vous ?… »

–      « Oh je n’en ai pas besoin madame ! »

Répond-il à la boulangère dont il sait d’expérience que la générosité n’est que feinte manière.

–      « Vous m’en aviez déjà donné hier … Par contre, j’ai une faveur à vous demander … »

–      « Une faveur ?  Dites toujours père Noël, nous verrons bien … »

–      « Eh bien madame, si je puis me permettre, j’aimerais garder mon costume ce soir … Voyez vous, j’ai une importante mission à accomplir et elle ne se peut en habit civil. Il faut absolument que j’aille dans une famille, composée d’une maman et de sa fille, pour y aller déposer les cadeaux que vous voyez dans mon panier. Mais vous comprenez, il faut que j’aille là-bas habillé en père Noël, c’est impératif !… Car bien sûr il faut que l’effet soit complet … Il me serait difficile d’expliquer à cette enfant que je voyage incognito comprenez vous !…. »

–      « Ah ah ah ah !  En voilà une bien belle de requête mon brave homme ! »

S’exclamait le boulanger qui avait tout entendu de derrière son comptoir où il comptait ses deniers.

–      « Mais bien sûr voyons que vous pouvez le garder le costume ! Cependant, ne craignez vous de vous faire remarquer dans votre quartier quand vous y retournerez ce soir ? »

–      « Peu importe … »

Dit le père Noël.

–      « D’ailleurs les gens de mon quartier seront déjà tous dans leurs maisons à fêter le Noël. Et puis un soir comme celui-ci, quoi de plus naturel que de rencontrer le père Noël, pas vrai ? »

–      « Bien vrai ça ! »

Dit encore le boulanger s’esclaffant de plus belle.

–      « Tenez, nous avons là quelques pains qui nous restent, voulez vous les emporter pour les donner aux enfants de votre voisinage ? »

–      « Bien certainement ! »

Dit le père Noël.

–      « D’ailleurs, avant d’aller porter les cadeaux, je repasserais chez moi pour tranquilliser mon épouse. Déjà que j’ai tardé. Je reprendrais mes vêtements civils si vous permettez et je vous ramènerais le costume lundi … Demain c’est fête et j’ai de la famille qui viendra nous voir… »

–      « En ordre ! »

Dit le boulanger et ce disant il prit quelques beaux pains et même encore quelques Cougnolles qu’il déposait dans le panier du père Noël.

–      « Voilà mon cher !… Vous êtes servi ! Et nous nous reverrons lundi ! »

Ensuite, le père Noël allait derrière, à l’office, pour récupérer ses vêtements civils qu’il rangeait dans sa besace et revenant dans la boutique saluait les boulangers avant de s’en aller.  Puis, se ravisant, s’adressant à la boulangère lui demande :

–      « J’aimerais vous demander encore un petit plaisir madame … Pourriez vous m’emballer une des Cougnolles dans un emballage cadeau s’il vous plaît ?…

–      « Bien sûr ! »

Dit le boulanger qui avait tout entendu à nouveau.

–      « Emballe une des Cougnolles s’il te plaît Astrid !… »

La boulangère, un peu réticente, se mit à la besogne et emballait la plus grande Cougnolle dans un papier de soie puis dans un papier doré avant de tendre le paquet au père Noël.

–      « Pourriez-vous aussi mettre un ruban madame s’il vous plait ? »

–      « Ah !.. Pas de ruban cette année ! Nous n’en avons mis pour personne de ruban cette année !»

Rétorquait la boulangère …

–      « Pas de ruban ? »

Dit le père Noël.

–      « Comment ça pas de ruban madame ?… Mais un cadeau sans ruban, madame, ce n’est pas un cadeau !… Je vois d’ailleurs que vous avez là une bobine de ruban bleu !?… Il n’en faut pas beaucoup, c’est pour lui donner de l’allure à mon cadeau comprenez vous ? »

–      « Mais c’est du ruban bleu !… Ce sera moche du ruban bleu sur le papier doré de la boulangerie ! »

S’exclame la boulangère qui aurait tout autant aimé en rester là pour ce soir.

–      « Mais non va madame, ce ne sera pas moche !…

Lui assurait le père Noël.

–      «Faites confiance à votre ruban bleu !… Il provoquera sans nul doute un sourire dans les yeux croyez moi ! »

La boulangère, faisant contre mauvaise fortune bon cœur et pour être quitte de cette affaire et de sa journée de boulangère, coupait de mauvaise grâce un morceau de ruban bleu et le nouait autour de la Cougnolle emballée cadeau dans un papier doré.

–      « Voilà ! C’est du plus bel effet croyez moi ! »

La rassurait le père Noël. Et sur un cordial :

–      « A lundi alors monsieur ! Bien l’bonsoir madame et belle veillée de Noël aussi !… »

Le voilà parti, notre père Noël, en grande tenue, ses vêtements dans son sac, ses cadeaux bien en vue au dessus des pains et des Cougnolles dans son panier qu’il tenait à son bras.

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Dans la ville ce soir là un père Noël se dirigeait vers la gare vicinale, un père Noël prenait le bus jusqu’en banlieue, un père Noël entrait dans un immeuble d’appartement sociaux, un père Noël s’arrêtait à tous les étages où il savait se trouver des familles dans le besoin, déposant, après avoir sonné aux portes, des pains et des Cougnolles avant de rentrer dans son appartement où son épouse, toute étonnée, le voyait rentrer en habit et en apparat de père Noël.

A la main il tenait encore un bon pain bien frais, le déposait sur la table de la cuisine puis dit à sa vieille après lui avoir donné un baiser tout doux sur le front :

–      « Ma bonne, je n’ai pas fini ma tournée … Il me faut encore retourner en ville !… Vers onze heures je reprendrais le chemin pour aller déposer ces cinq cadeaux que tu vois là dans mon panier. Je vais aller les déposer chez une petite fille qui espère bien les recevoir encore ce soir … Mais avant cela, j’aimerais manger, tu sais, je suis fourbu et d’ailleurs, j’ai plein de choses à te raconter … »

Alors l’épouse du père Noël, toute éblouie de voir son homme presque comme une apparition devant elle lui dit :

–      « Assieds toi donc mon ami. Je comprends que tu sois vanné !… Quelle journée !… Je t’ai préparé un magnifique gigot, comme tu les aimes, à l’Irlandaise … Asseyons nous tous deux, mangeons à notre faim, et raconte moi tout ça … »

Ainsi, ce soir là, dans la chaumière modeste du père Noël, Adélie fut la vedette. L’homme, tout en mangeant, racontait à son épouse les aventures qu’il avait connues, les confidences qu’il avait reçues, et les péripéties qui avaient suivi la rencontre avec la petite fille.

Enfin, vers onze heures du soir, il remettait son bonnet sur sa tête, sa besace à son dos, son panier à son bras, garni des cadeaux et de la Cougnolle emballée et après avoir doucement embrassé son épouse il redescendait l’escalier de son immeuble de banlieue et se dirigeait vers l’arrêt du bus pour retourner au centre ville, le cœur tout ému, battant et content de la surprise qu’il s’apprêtait à faire à la petite fille et à sa maman.

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Il y a des Noëls -(3)-

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Il y a des Noëls sans rires …

(Troisième épisode)

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Le docteur tirait la porte sur une enfant aux anges et une maman éberluée … Eberluée oui, mais souriante aussi… Oui, souriante … Les babillages et les affairages joyeux de sa fille avaient fait naître sur son visage un doux sourire …
Adélie la regardait à la dérobée tout en papotant allègrement :
– « Tu comprends maman, si j’ai tardé, c’est parce que j’ai rencontré au coin de notre rue le père Noël en personne !… Et beau avec ça !… Tu aurais du le voir !… Tout habillé de rouge, tu sais bien comment il est, avec sa hotte rebondie sur son dos, son bonnet rouge borduré d’hermine et des bottes de neige … Ah ! Il lui en faut des bottes de neige au père Noël, parce que dans son pays il y a de la neige partout, partout !… Et imagine-toi que chez lui, là-bas dans son lointain pays, les arbres ont des feuilles bleues !… Bleues maman les feuilles rends toi compte quelle magie !… «
Tout en bavardant de la sorte elle déballait le grand cabas rempli de victuailles.
– « Mais ma fille … »
Dit la mère soudain inquiète,
– « Comment as-tu pu acheter pareilles provisions ? Tu n’as pas fait de crédit j’espère chez monsieur Gaston !?… »
– « Oh non maman, tu sais bien !… Je n’oserais jamais ! J’ai appris que l’on ne peut pas faire crédit … Tu m’as bien dit que les pauvres gens, sous le crédit, peuvent y perdre la vie … Non non non !… Pour commencer, tu vois, je suis persuadée que le père Noël est derrière tout cela !… Regarde !… Il me disait qu’il ne pouvait pas me promettre de miracles, mais n’est ce pas miracle toutes ces bonnes choses que nous avons là ?… D’abord, le père Noël m’a donné ces trois belles Cougnolles. Vois comme elles sont grandes et comme elles ont l’air bien frais et appétissant !… Trois, maman ! Il y en a pour la semaine … Puis, arrivée ici, et te trouvant si mal et au lit, pour me tranquilliser, le docteur m’a donné quelques pièces de monnaie pour que je puisse aller nous acheter de bonnes choses …
– « Quel brave homme tout de même.. »
Dit la maman.
– « Alors … »
Poursuit Adélie …
– « Arrivée à l’épicerie j’ai commandé du lait, du cacao, du beurre, de la confiture… Et puis voilà que Monsieur Gaston s’est mis à me faire des emplettes tout plein … Regarde maman ! »
Et la petite se met à sortir toutes les victuailles sur la table …
-« Des raviolis maman, tu sais, des bons là … Des raviolis « Maison » … Et du jambon maman, du fromage de Hollande et regarde, regarde les beaux fruits !… Même des oranges !… Ce n’est pas Noël ça dis moi ? »
Et toute émue elle revient près du lit de sa mère pour la prendre dans ses bras..
– « Je vais nous faire une belle table … Je prendrais la belle nappe. Et puis regarde maman.. ; »
Retournant vers la table elle prend la couronne toute décorée et la montre à sa mère.
– « Il y a des bougies dessus ! Ce sera joli joli ! Veux-tu que je te fasse un thé maman ?… Ou préfères-tu attendre que j’aie préparé le cacao !?… »
– « Eh bien tu sais quoi ?… »
Lui répond la mère en se levant de son lit …
– « Je vais m’y mettre moi aussi… Nous allons préparer ensemble la fête, toi et moi !… Et c’est moi qui ferais le cacao !… Qu’en penses-tu ma fille ?… »
En réponse la petite bat des mains …
– « Oh oui maman, comme je suis contente ! Tu le prépares si bien le cacao, et j’adore te regarder le faire … Il fait bien chaud maintenant avec le deuxième poêle que le médecin nous a apporté, tu ne prendras pas froid … Mais couvre toi quand même … »
En lui disant cela elle se rappelle de la liseuse que lui promettait le père Noël. Un sourire mutin se dessine sur son petit visage …
– « Ce serait vraiment complet si maman recevais cette liseuse. »
Se dit-elle …
S’affairant l’une et l’autre tout en bavardant, elles se mettent à ranger les provisions, placent les fruits dans une belle coupe, sortent la nappe, installent la couronne … Adélie décore les branches de sapin que monsieur Gaston lui donnait avec les jolies boules de Noël … Et tout en travaillant elle éclate soudain de rire …
– « Qu’y a-t-il ? »
S’étonne sa maman …
– « Tu aurais du voir maman la tête de madame Francine !… Elle était toute rouge et toute fâchée sur monsieur Gaston ! Tu sais, les boules et les branches de sapin il les a prises dans la vitrine ! Rends-toi compte. Elle a voulu l’empêcher de me donner tout cela, même qu’elle a dit que nous devrions rembourser mais monsieur Gaston lui a dit de se taire … »
Et elle repart d’un rire jovial tout en imitant la voix de l’épicier :
– « Je te prierais, femme, de vouloir bien taire ta méchante langue pour que je puisse écouter ce dont Adélie a besoin … »
Et toutes les deux, devant les mimiques de l’enfant et le souvenir de la déconfiture de madame Francine partent d’un grand éclat de rire !…
– « Tu ris maman !… Tu ris !… Oh, comme je suis contente ! Tu ris ma petite maman … »
Et l’enfant vient contre sa mère, lui entoure le torse de ses deux bras en une chaude et aimante étreinte et elles restent là, au milieu de la pièce, l’une contre l’autre, la mère et la fille, savourant ce renouveau en un recueillement d’amour et de bien-être que ni l’une ni l’autre n’ont plus connu depuis longtemps …
Enfin, s’écartant doucement de sa mère l’enfant lui dit :
– « Tout va aller bien maintenant maman, tu verras, c’est le père Noël qui me l’a dis … Et le père Noël … »
Dit-elle sentencieuse levant l’index bien droit devant elle et le secouant comme le fait la maîtresse à l’école :
– « Le père Noël, il ne raconte pas d’histoires et il ne fait pas de promesses en l’air, lui ! C’est un honnête homme !… »
Sur ces paroles catégoriques la petite attrape son tablier à la patère, le ceint autour de sa taille et se met à l’ouvrage … Le deux-pièces est traversé de la musique du transistor … Des chants de Noël, des envolées de violon, de violoncelle et de flûte animent leur labeur alors que toutes deux s’occupent d’aménager les lieux pour préparer leur fête de Noël …
Bientôt dans le petit logis l’odeur du cacao embaume… Adélie a décoré la table, la jolie nappe toute bordurée de doré scintille et la couronne au beau milieu est du plus bel effet … Une des branches de sapin décorée de boules elle l’a accrochée à la suspension qui descend du plafond, les trois autres elle les a disposées sur la commode, le guéridon près de la porte et une au dessus de la porte, avec une jolie boule rouge suspendue qui se balance délicatement sous les mouvements de l’air provoqués par la chaleur du poêle d’appoint …
Tandis que la maman s’occupe du cacao Adélie coupe de belles tranches de Cougnolles qu’elles dispose dans un panier, arrange le beurre dans un ravier, en prend un autre pour y mettre quelques cuillerées bien garnies de confiture de framboise.
Puis elle ouvre délicatement le carton du gâteau, juste pour le regarder … Le gâteau elle le mangeront demain, pour le dessert du repas de Noël …
Parce qu’elles se feront un bon repas de Noël demain maman et elle, Adélie y compte bien… Brusquement elle relève la tête, narines frétillantes … A l’odeur du cacao s’est jointe celle, oh combien alléchante, des crêpes !… Mais quelle joie !…
– « Maman ! »
S’écrie l’enfant,
– « Tu as fait des crêpes !?… Ca alors ! C’est tout bonheur ma petite maman !… Des crêpes !… Justement, monsieur Gaston m’en parlait des crêpes !… »
– « Bien sûr ça !.. »
Dit la maman dans un sourire satisfait tout en versant une louche de pâte dans la poêle …
– « Monsieur Gaston est fin connaisseur !… Nous avons la farine, le lait, les œufs et même le beurre !… »
– « C’est la fête ! »
Dit Adélie.
– « C’est la fête ! »
Répète la mère après sa fille …
Et sautillante elle retourne vers la table, heureuse dans son cœur rempli de nouvelle chaleur … Ah , il y a encore de bonnes gens qui parviennent de si peu de choses à ranimer la vie et la joie dans le cœur d’une maman et à faire sautiller un enfant …
Plus tard dans la soirée, toute deux attablées et repues des bonnes choses qu’elles ont mangé, Adélie dit à sa maman …
– « Tu sais maman, il y a des gens qui dorment dehors … »
La maman, émue de cette parole, regarde sa fille.
– « Tu as le cœur bon Adélie … Il ne faut jamais le perdre … Oui, il y a des gens qui dorment dehors la nuit de Noël … Et nous sommes bien heureuses déjà d’avoir ce petit logis … »
– « Tu iras mieux maintenant maman ? »
L’interroge sa fille …
– « Mieux ?… Je vais tout faire Adélie pour aller mieux oui … Le docteur et moi avons beaucoup parlé. Il a raison, je ne peux pas rester toujours à me laisser glisser vers le bas … Je te demande pardon des peines … Je n’ai pas été très vaillante, je le sais … Et j’ai du bien des fois te chagriner de ma dolence … »
– « Mais non maman, je t’aime tu le sais … Plus que tout !… Et même plus que la danse !… Mais c’est vrai que je m’inquiète sans cesse pour toi.. Tout à l’heure en revenant, te voyant toute pâle et immobile comme … Ben tu sais bien … Comme une morte… J’ai eu si peur … Je ne peux pas penser que tu t’en ailles au ciel et que tu me laisses seule dans ce monde… Il n’y a pas que de gentilles gens … Il y a bien plus de gens vilains que de gens ayant le cœur sur leur main … Tu me le dis si souvent, et c’est bien vrai … Si tu avais vu la propriétaire, comme elle a été vilaine avec moi quand je suis revenue ce soir … Elle m’a bousculée dans l’escalier me disant que tu étais ‘au plus mal’ … »
Et la petite pince la bouche et lève les yeux comme le fait madame Dubuisson, la logeuse … Toutes les deux, à nouveau, éclatent de rire …
– « Comme tu es drôle ma fille !… Comme tu es drôle !… »
S’esclaffe la maman !…
– « Et comme j’aime t’entendre rire maman !… Et comme tu es belle quand tu ris !… De la terre entière c’est toi la maman la plus jolie !… Et c’est le plus beau des cadeaux de Noël pour moi, de t’entendre rire ma petite mère !… »
Soudain, l’enfant se lève, va vers l’interrupteur, éteint le plafonnier et revient s’asseoir en prenant soin de tirer sa chaise la plus proche possible de celle de sa maman … Et vient alors l’heure des confidences … A la lueur des bougies disposées en rond sur la couronne en milieu de table, le visage de l’enfant luit, nacré et rose sous sa belle chevelure noire et bouclée. Son regard dardé sur celui de sa mère elle lui dit :
– « Parle maman, parle moi … Il y a tellement longtemps que je ne t’ai plus entendue… »
Et dans le paisible logis une chaleur nouvelle irradie …
Pas seulement celle d’un radiateur, ni non plus seulement celle des bougies, ni encore ou pas seulement celle de la table décorée, des branches de sapin parfumant l’ambiance ni non plus celle des décorations reflétant dans la pénombre les doux balancements des flammes, mais surtout celle d’une enfant et de sa maman qui, en cette nuit de Noël dont les rires risquaient d’être bannis, avaient retrouvés, rien que pour elles deux, la complicité de l’amour, de la confiance et de l’espoir …
– « Le docteur a raison ma fille … J’étais bien fautive de vouloir ainsi me laisser glisser à néant sans me soucier de ton chagrin … Vois-tu, dans ce monde où tout devient de plus en plus rapide et éphémère, je n’ai pu supporter le choc de l’abandon … Mais j’étais pourtant sur le point de m’abandonner moi-même, et toi aussi donc … Mon amour … »
Dit la mère en passant sa main dans les cheveux soyeux de sa fille.
– « Oh maman, tu m’as appelée ‘Mon amour’ !… »
S’écrie la petite fille en se serrant encore plus près de sa mère.
– « Mon amour oui, c’est toi mon amour. Et c’est parce que je t’aime tellement que j’ai voulu m’éloigner de toi… Les adultes sont parfois bien compliqués et ne comprennes rien à la vie !… J’avais peur tu vois, peur que mon chagrin ne te fasse obstacle. Je craignais que mon incapacité à surmonter l’abandon de ton père ne fasse de moi un ennui pour le cheminement vers ton avenir. Mais j’avais perdu de vue, hélas, que sans une mère un enfant ne peut grandir. Il fallait que je comprenne cela, et je l’ai compris ce soir … »
– « Ca ! C’est le père Noël !… »
Dit Adélie d’un ton sentencieux en levant à nouveau son index.
– « C’est le père Noël, si tu veux, mais c’est surtout toi qui me l’a fait comprendre. Tu sais, les adultes, trop souvent, ne tiennent pas compte des avis et observations des enfants. Pourtant, ils sont sages. Quand on dit que la vérité sort de leur bouche cela ne signifie pas que tout ce qu’il dise soit juste ou vrai, cela signifie que ce qu’ils disent vient droit de leur cœur, sans dissimulation … Ce sont leurs émotions qui parlent au travers de leurs observations … Et c’est ce que tu as fait … Sans cesse … Tout à l’heure, avant de partir à l’épicerie, tu m’as parlé dans l’oreille, et je t’entendais … »
– « Je le savais bien cela ! »
S’exclame la petite toute ravie …
– « Oui … »
Continue la maman …
– « Et quand tu m’as dit … « Je préparerais le cacao comme tu le fais si bien maman … » je me suis dit : « Et si je ne suis plus là, qui lui prépareras le cacao aussi bien que moi ? » … Oh bien sûr, tu me diras, le cacao cela n’a guère d’importance dans la vie … Mais tout de même, il n’y a que moi qui te fais le cacao comme tu l’aimes, et si je ne suis plus là qui te le feras comme tu l’aimeras ?… »
– « C’est bien vrai ça petite maman … Imagine toi … Je ne suis pas encore assez grande pour avoir tous les tours de tes mains … Je sais déjà le faire un peu mais même, il me semble que le cacao, sans toi, n’aurais plus jamais le même goût … »
Souriante et émue sous ce compliment, la mère continue :
– « Oui, tu vois … Le cacao c’est un exemple … Mais tout le reste est lié à cette découverte que tu m’as permis de faire … Vois-tu, je me disais en t’écoutant :
« Voici le soir de Noël, et tant d’enfants sont tristes, orphelins, abandonnés, oubliés, battus, maltraités, exploités … Tant de mères sont privées de leurs enfants, seules, isolées, sans familles, sans amis … Tant de pères aussi sont seuls, et même qui sait pleurent leur foyer perdu, leurs enfants, leur famille, leur propre mère trop tôt partie …
« Nombre de gens sont dans la rue, dans le froid, dans l’indifférence, dans l’inexistence … Combien d’entre eux mangeront ce soir ?… Combien d’entre eux verront ne fût-ce que l’éclat d’une bougie ?… Combien d’entre eux se lèveront au petit jour dans le silence et l’absence total de joie été d’amour ?…
« Ma fille et moi nous avons la chance d’être ensemble … Moi j’ai la chance d’avoir une enfant gentille et aimante … Mon enfant a la chance d’avoir près d’elle sa maman en ce soir de Noël … Tout ce qu’elle me demande c’est de vivre … Car c’est là une chance, une chance de la vie … Combien de gens ont cette chance ?…
« Il y a des gens aisés, riches, fortunés même, instruits, dotés, ayant famille, ayant amis, et dont le cœur est devenu sec, et dur, et indifférent aux peines du monde…
« D’autres de ceux là dont le cœur est dans le chagrin …
« D’autres encore qui sont malades, impotents, paralysés … Que personne n’ira voir, que Noël veillera dans l’absence d’amour, dans le désespoir …
« C’est une chance de comprendre tout cela, une chance de savourer cette compréhension, c’est une chance de pouvoir profiter de l’instant présent et de parvenir à chaque fois d’en faire un instant unique, magique …
« Il me fallait saisir tout cela et reprendre le dessus, voilà ce que je me disais, reprendre le dessus, ouvrir les yeux, arrêter de glisser vers le bas, vouloir me redresser, prendre la main que tu me tends chaque matin, recevoir le baiser que tu déposes sur mon front en partant pour l’école et vivre … Vivre pour toi, vivre pour nous, vivre pour moi … »
« Et j’avais honte tout à coup tu comprends … Je me disais que ce n’était pas bien de vouloir rester là dans l’ombre de la vie et de faire rayonner cette ombre sur la tienne de vie … D’alourdir tes pas chaque matin quand tu partais à l’école avec le chagrin dans ton cœur au lieu de te donner un sourire, un peu de chaleur et l’espoir du bonheur au retour …
– « Je te ressers un peu de cacao maman, tu veux ? »
Dit Adélie, émue des paroles si profondes de sa mère.
– « Oui ma chérie, je veux bien … Et je veux même bien encore une tranche de cette excellente Cougnolle que le père Noël t’a donné… Nous pouvons bien le remercier celui-là aussi d’ailleurs … »
Ajoute la mère dans un sourire. Puis, une fois la tranche beurrée et généreusement tartinée de confiture qu’elles se servent toute deux et mangent avec plaisir et appétit blottie l’une contre l’autre dans la lueur des bougies la petite dit :
– « Raconte maman, raconte moi Noël … Quand tu étais petite … »
– « Tu sais Noël …

Dit alors la mère reprenant ses réflexions :


– Tu sais, Noël … C’est devenu une fête un peu bizarre maintenant… Plus rien n’est pareil, plus rien n’est à sa bonne place, plus rien n’est comme avant… Autrefois, c’était la fête des croyants comme des incroyants, d’ailleurs à Noël même les païens, pour un temps, devenaient croyants. C’était la fête des familles, des grands-parents, des enfants… Déjà, tout le mois de décembre en était imprégné… Mais pas dans les magasins comme il se fait maintenant, pas du tout !… C’était dans les maisons que cela se passait, et dans les salles communales, et à l’école … Il y avait le calendrier de l’Avent dont chaque soir nous ouvrions une petite porte supplémentaire et je me souviens, ma grand-mère, tous les soirs, nous racontait une histoire… Et puis il y avait le mystère … Une atmosphère plaisante, furtive et émouvante aussi, un peu comme de dire des arômes tu vois qui petit à petit envahissaient la maison. Maman fabriquait des spéculoos, et du pain d’airelles, du pain d’épices aussi… Et la maison sentait le clou de girofle, et la cannelle tu vois ?…
Adélie voyait …
Elle imaginait …
Elle rêvait …
– « Et la maison prenait aussi des allures de secrets … Quelque chose allait se passer nous le pressentions, et même si chaque année la même chose allait se passer, tout de même il allait une fois de plus se passer quelque chose de nouveau … Les grandes personnes se parlaient à voix basse, nous allions aux futaies des bois ramasser des pommes de pin pour la dinde …
« Et quand nous revenions s’était comme de dire que les grandes personnes nous auraient joué des tours … Ils se souriaient en connivence, se regardaient à la dérobée … Les pommes de pin ajoutaient une odeur de plus à la maison … L’odeur du sapin, de la résine, de la forêt …
« Ce qui rendait le mystère encore plus complet… Quand à la mi-décembre la neige se mettait à tomber dehors en de doux flocons larges et blancs, nous allumions l’âtre … Et la flambée elle aussi participait alors des odeurs de préparation de Noël et de tous ses mystères…
– « Noël …
Continuait la maman …
– « Se pointait tous les soirs un peu plus dans l’ambiance familiale … Tu vois, un peu comme une toute petite lumière qui irait en grossissant … Et le soir, lorsque nous allions nous coucher, il nous semblait que nous emportions un peu de ce merveilleux entre nos draps.
« Maman nous mettait des bouillottes bien chaudes dans nos lits et l’hiver restait dehors, nous étions bien blottis et à l’abri … Les nuits étaient froides et sombres mais nous n’avions pas peur et nous faisions des rêves enchantés et emplis de douceur…
« Le matin en nous levant les fleurs de gel sur les vitres étaient tellement magnifiques que nous nous en extasions sans même que nous ne ressentions le froid à nos pieds nus … Et de nos bouches sur les carreaux nous soufflions nos haleines chaudes pour créer un œilleton dans le givre et regarder le jardin où la neige était tombée un peu plus encore que la veille et où tout était blanc, lisse, calme, tranquille, immaculé…
« Noël, c’est cela tu vois … Ce sont ces nuits froides, ces matins blancs … Ces mystères … Ces attentes des jours qui précèdent et où nous imaginions en nous promenant dans la maison, les narines grandes écartées pour capter les odeurs épicées de pâtisseries qui se préparaient, les moments de fête qu’elles nous promettaient …
« Et cela se passait ainsi dans toutes les maisons …
« Aucune précipitation dans les magasins, aucune cohue de gens pressés dans des super marchés … Noël c’était la fête des familles, et tout le monde la préparait et chacun avait ses recettes pour ça …
« Et c’est au bout de tous ces jours qu’arrivait alors l’heure d’allumer les bougies aux fenêtres, et sur les cheminées, l’heure de tresser des couronnes avec des branches de sapin, en y ajoutant le houx piquant que nous allions cueillir dehors. L’heure aussi de chanter devant le feu des chansons anciennes, des chansons païennes ou chrétiennes peu importait, pourvu que nous chantions, et à nous raconter des histoires, chaque année les mêmes et pourtant nous émerveillant chaque année car portant en elle les mêmes messages de paix, de fraternité, de douceur, de partage …
« Et les nuits d’hiver et le froid donnait ce goût de distribution, de contribution collective, et ce goût de se réunir au chaud et de se faire des cadeaux… Des cadeaux utiles, des cadeaux que l’on avait tricoté, crocheté, fabriqué parfois des mois à l’avance… Des chaussettes, des bonnets, des écharpes, des gants, des chandails, des boîtes à joujoux aussi, et des pantins en bois sculptés, et des poupées de chiffon… Ou de jolis bateaux tout colorés, en bois, ou des têtes de chevaux sur un manche de bois que les petits garçons enfourcheraient pour déambuler dans la maison ou encore des petits chariots à roulettes pour promener les poupées dans le jardin quand reviendrait le printemps …
« Des jouets humbles, modestes, sans prétention, des cadeaux utiles, solides, qui duraient plus d’une saison mais qui nous remplissaient de joies parce que nous savions qu’ils avaient été fabriqué avec l’intention de faire plaisir et d’apporter un peu de bonheur, et des sourires … Tu comprends ?…
Et la maman regardait sa fille … Et rencontrait un visage émerveillé, et des yeux brillants presque de volupté à écouter sa mère raconter …
Alors elle continuait son récit …
– « Et les cadeaux que nous nous faisions devaient apporter le réconfort, le confort aussi, la chaleur et la lumière qui faisaient défaut car c’était l’hiver …
« Et le soir de Noël, nous allions tous bien emmitouflés dans nos manteaux et nos bonnets et écharpes, à la messe de minuit pour y écouter les cantiques et chanter en famille. Mais même dans les familles n’allant pas à la messe, l’on chantait … Et puis dans toutes les maisons on mangeait le repas de la Nativité et on se parlait, on se racontait … Cela se fait encore bien sûr, il y a encore beaucoup de gens qui pratiquent de la sorte … Seulement, avec ce monde comme il a changé, cette fête s’est laïcisée … Elle est devenue païenne plus que chrétienne …
« Et elle est devenue d’abord celle de la festine mercantile des incroyants … Les rites et les rythmes se sont effacés les uns après les autres, et Noël a perdu son âme de fête des Humains, des familles, des enfants, des grands-parents. Et des voisins aussi … Car Noël était aussi la fête du voisinage … Les gens se parlaient entre eux, et s’échangeaient des recettes et aussi des pains de Noël … Et puis, durant les soirées de veillées avant le Noël, durant l’Avent, les voisins se réunissaient, les uns faisaient de la musique, les autres racontaient de jolies histoires …
– « Tu en connais encore, maman, de ces jolies histoires ?… »
Demandait Adélie toute alléchée et éblouie devant sa mère qui parlait si tendrement près de son oreille …
– « Oui bien sûr … Tiens, je vais t’en raconter une que la vieille Pauline nous racontait chaque année et qui m’a toujours tant fait rêver … »
– « Veux-tu que je te fasse une tasse de thé maman ? »
Demandait la petite,
– « Ou alors veux tu que nous mangions quelques fruits avant ? »
– « Bonne idée ! »
Dit sa maman.
– « Découpons deux pommes, deux oranges, deux bananes et nettoyons quelques raisins … Nous les grignoterons en parlant … Et puis si nous prenions également un verre de ce bon jus d’orange que monsieur Gaston nous a donné ?… C’est fête pas vrai ma fille ?… »
Ajoutait la maman en posant un doux baiser sur le front d’Adélie.
– « C’est fête maman, oui, comme ces anciennes fêtes de Noël dont tu me parles … »
Ensemble elles pelèrent et découpèrent les fruits puis les disposèrent dans un joli plat … La maman les saupoudrait légèrement de sucre tandis qu’Adélie transvasait dans une carafe de verre une des bouteilles de jus d’Oranges … Ainsi servies, elles allèrent se rassoir près de la table, l’une contre l’autre et la maman continuait son récit pour sa fille toute charmée de la voir revenue à elle et volubile, pleine de lumière et de gaieté.


– « Pauline était la voisine la plus âgée de la rue et même du village. Elle ne cessait de vieillir et c’était comme de dire qu’elle n’allait jamais mourir.
« Elle venait les soirs de l’Avent avec son panier dans lequel il y avait son tricot et tout en faisant cliqueter ses aiguilles elle racontait … Une des plus belles histoires qu’elle racontait c’était celle de la petite fille et du loup …
« Ainsi, nous assurait la vieille Pauline, la nuit de Noël était la nuit des miracles, celle où à l’heure du minuit la terre cessait de tourner durant une fraction de seconde et où s’ouvrait l’univers à l’éternité. A ce moment là toute choses se figeaient et les cœurs des gens devenaient bons et tendres l’espace d’un infime instant …
« Les guerres s’arrêtaient, les armes se taisaient, les voleurs ne volaient plus, les tueurs ne tuaient plus, les menteurs ne mentaient plus, les vilains retrouvaient la bonté, les avares retrouvaient la générosité, les traîtres redevenaient dignes et les infidèles retrouvaient la probité …
« Dans les plus grandes demeures, dans les plus beaux châteaux comme dans les maisons les plus humbles et les chaumières les plus modestes les cœurs des hommes recevaient la lumière et cette lumière, durant un instant, irradiait au dessus du monde entier … Mais, disait Pauline, il fallait la capter, l’attraper au bon moment … Ne pas la laisser passer …
« Il fallait que chacun qui recevait cet infime instant de grâce, à la même seconde et dans le monde entier, il fallait que chacun y soit attentif pour en être irradié toute l’année durant et jusqu’au prochain Noël où à nouveau la Terre s’arrêterait durant une fraction de seconde pour distribuer à tous les êtres humains la lumière dont l’humanité avait grand besoin …
« Et c’est là que les choses se passaient mal estimait Pauline, parce que pour majorité, les êtres humains ne sont pas attentifs à ce qui se passe autour d’eux et dans leurs cœurs …
« Un soir de Noël, une petite fille regardait par la fenêtre dans l’attente de ce moment magique dont elle avait entendu parler par sa grand-mère, l’histoire se répétant et se transmettant de génération en génération. Pour être sûre de ne pas laisser passer l’instant magique du minuit elle s’était donc mise aux aguets… De là où elle observait de ses yeux écarquillés la nuit noire sur les terres toute blanches de neiges, elle vit soudain arriver un loup, un grand solitaire marchant d’un pas lent et à découvert. Un loup qui sortait de la forêt et s’était mis à errer au beau milieu des champs et des prairies toutes enneigées … Sans doute, la faim devait le torturer pour qu’il ose ainsi s’aventurer vers village… La petite fille n’ignorait pas que la sorte ce loup mettait en danger sa vie car si l’un ou l’autre chasseur l‘apercevait de sa maison celui-ci n’hésiterait pas à l’abattre. Nul humain n’aime à voir rôder un loup dans les alentours des villages et des fermes. Alors, très inquiète pour ce loup elle voulait le prévenir du péril qui le menaçait et sans rien ne dire à personne par crainte de trahir le loup elle enlevait vite son manteau et son bonnet de la patère pour s’en vêtir à la hâte et prit le chemin du verger et au-delà vers les prés pour se rapprocher de la bête. Elle ne ressentait pas la moindre inquiétude. Sur le chemin elle s’arrêtait à la laiterie y saisissant au passage un grand seau de crème toute fraîche du soir pour la donner à boire au loup. Le loup lui, la voyant s’approcher de lui se mit aussitôt à l’arrêt, une patte relevée, le museau humant l’air et les oreilles mobiles pour capter tout les sons. Chacun sait fort bien qu’un loup affamé est très dangereux et la petite fille elle aussi craignait pour sa vie, elle en avait conscience. Mais émue du sort de l’animal elle l’abordait tout doucement, déposant au sol le seau de crème et l’appelant :
– « Viens, viens par ici mon loup, viens lécher la crème … »
D’une voix toute flûtée au point même que la bête en fut charmée et qu’au lieu de retrousser les babines et de montrer ses crocs comme il est coutume pour les loups mécontents et méfiants elle s’orientait vers le seau et se mit à boire. Sur quoi la petite fille, nullement affectée, s’approchait et se mit à flatter de sa main l’encolure de l’animal tout en lui parlant :
– « Tu sais … »
Lui dit-elle tout bas dans le silence de la nuit qui les environnait,
– « Tu risques ta vie ici dans le champ. N’importe qui peux t’apercevoir d’une fenêtre comme moi-même je t’ai vu… Et si tu t’approches trop près du village, l’un ou l’autre des fermiers te repérant prendra son fusil et te tuera. Il faut absolument que tu retournes dans le bois !… »
Au grand étonnement de la fillette le loup se mit à lui parler :
– « Je te remercie pour l’avertissement et pour la crème, enfant. Mais vois-tu, j’ai là une meute dans les taillis qui est toute affamée. Nous ne pourrons plus tenir bien longtemps et je dois leur rapporter au moins un mouton ou un agneau de l’année pour calmer leur faim. »
– « Un mouton ?… Un agneau de l’année ?… »
S’étonna la petite …
– « Ah mais non !.. Tu ne peux pas aller tuer un mouton ou un agneau !… Il ne t’ont rien fait !… Il faut que tu trouves autre chose !… »
A ces mots le loup se mit à ricaner …
– « Comme tu y vas ! »
Lui dit-il, faisant entendre un grognement de mécontentement.
– « De tout temps les loups ont mangé les moutons et les agneaux et d’ailleurs je te rappellerais que si vous gardez les moutons et les agneaux dans les enclos et les étables c’est aussi pour les tuer et les manger un jour pas vrai ?… »
– « C’est vrai … »
Dit la petite toute contrite.
– « Tu as raison !… Nous aussi nous mangeons des moutons et des agneaux et pour les manger c’est bien vrai que nous aussi nous les tuons … »
– « Ah tu vois bien ! »
Lui répond le loup satisfait d’avoir dit juste,
– « Vous n’êtes pas meilleurs que nous !… Et puis vous, les humains, vous êtes faux !… Vous faites croire aux moutons et aux agneaux que vous les aimez, vous leur faites des tas de simagrées pour qu’ils vous fassent confiance après quoi vous les abattez pour le manger !… C’est lâche !… Nous ne procédons pas de la sorte nous les loups ! Depuis toujours les moutons et les agneaux se défient de nous et ont peur des loups, avec raison car c’est la loi de la nature ! Et de même, les loups pourchassent et mangent les moutons et les agneaux, cela va de pair. D’ailleurs je te demande bien pourquoi seulement les humains pourraient se permettre de manger les moutons et les agneaux et pas les loups !… Il faut bien que nature se fasse et que mangent aussi les loups !… Et maintenant je te remercie pour cet en-cas petite mais comprends moi, il faut que j’aille à la chasse … Je ne puis me sustenter d’un seau de crème et la meute d’ailleurs n’en a pas profité… Cela est contraire à la règle de la collectivité. »
Malgré le raisonnement très logique du loup l’enfant ne pouvait se résoudre à le laisser aller.
– « Non ! »
S’écria-t-elle d’un ton péremptoire.
– « Non !… Je ne veux pas ! Il faut te trouver un autre moyen pour vous nourrir, toi et ta meute ! »
– « Mais… Tu en as de bonnes toi !… Où veux-tu donc que je trouve autre chose qu’un mouton ou un agneau dans une étable ?… Quelques poules ne pourraient nous suffirent, de dindes il n’y en plus !… Je te rappelle que vous les avez toutes tuées après les avoir engraissées pour les manger, farcies, ce soir… Ne dis-je pas vrai ?…
Lui demande le loup d’un ton un rien ironique.
– « Oui, tu dis vrai … »
Constate la petite fille.
– « Ensuite … »
Continue le loup sur sa lancée descriptive,
– « Il n’y a plus non plus de canards, ils sont partis dans les pays chauds. Ni non plus de lapins, ni de lièvres, ils sont blottis dans leur terrier et bien malin le loup qui parviendra à les extraire de là… Les bouquetins, eux, sont cachés dans leurs abris, les sangliers sont trop forts pour nous et nous ne pourrions certainement pas nous attaquer à un cerf, l’hiver et la disette nous ayant rendus fragiles et sans force. De plus, c’est la nuit, c’est l’hiver, il n’y a aucun mouton ni agneaux dans les pâturages et que veux tu que nous mangions d’autre nous les loups ? As-tu une idée à me suggérer, peut-être ? »
– « Eh bien … »
Répond la vaillante enfant.
– « Emporte moi vers ta meute et mangez moi !.. »
Le loup fit entendre un sifflement admiratif. Jamais il n’avait rencontré sur son chemin pareille vaillance ni si étrange humaine. Il avait déjà bien connu le petit chaperon rouge qui lui avait fait confiance, mais là ce n’était pas comparable. Et puis, il devait bien l’admettre en conscience, le petit chaperon rouge, il l’avait bien dupée et abusé de sa naïveté. Il n’était certainement pas près, en tout loup digne de ce nom, de recommencer ce genre d’expérience.
– « Non ! »
Lui répond le loup …
– « Cela m’est impossible. J’ai, jadis, fait une promesse de ne plus jamais m’attaquer aux petites filles. D’ailleurs, tu as été bien gentille et secourable pour moi. Je ne peux pas maintenant te trahir et t’emmener dans le bois pour être mangée par les miens … Cela aussi est contraire à la règle. »
– « Alors ? »
Fit la petite curieuse de connaître la suite du raisonnement de ce loup …
– « Alors ?… »
Répétait le loup …
– « Eh bien … Voici ce que nous allons faire … Toi et moi, nous allons conclure un pacte ! »
– « Un pacte ?… »
Questionne la petite …
– « Une pacte oui !… »
Lui dit le loup sur le ton de la confidence… Et parlant à voix basse comme pour conter un grand secret il se mit à lui expliquer
– « Tu sais que durant la nuit de Noël, à minuit tapant, la Terre s’arrête de tourner durant une fraction de seconde. Durant cette seconde chaque être humain peut recevoir la lumière. Une lumière qui pourra l’éclairer durean toute l’année. Mais pas seulement les êtres humains. Les animaux eux aussi la reçoivent cette lumière. Et ils peuvent la garder, eux aussi, dans leur cœur durant toute une année. A condition bien sûr de la capter au moment précis où celle-ci leur entre dans le cœur. »
– « Je sais … »
Dit la petite fille.
– « Ce n’est pas un secret pour moi … C’est justement pourquoi j’étais derrière la fenêtre à épier et d’ailleurs c’est grâce à ça que je t’ai vu arriver. »
– « C’est alors que nous étions destinés à nous rencontrer. »
Dit le loup, méditant.
– « Et dans ce cas… »
Ajoute-t-il fort de son fait …
– « C’est que nous avions à faire ensemble. Vois ce que je te propose. Au moment où la terre s’arrêtera, toi comme moi nous tâcherons de capter assez de lumière pour pouvoir la transmettre dans les cœurs des humains de tout ton village et dans les cœurs des loups de toute la meute et ceci en abondance pour la totalité de nos respectives collectivités … Qu’en dis-tu petite ?… De la sorte nous parviendrions, toi comme moi, à réaliser un miracle. »
– « Un miracle ! »
S’exclame la petite fille subjuguée…
– « Voilà qui n’est pas courant les miracles ! »
Ajoute-t-elle aussitôt, dubitative.
– « Ah mais tu sais … »
Lui dit le loup taraudé par son idée…
– « Des fois… Des miracles… N’en doute pas… Ils s’en passent !… Et nous allons faire en sorte de réussir celui-ci… Laisse-moi t’expliquer. Dès que nous aurons capté la lumière en suffisance dans nos cœurs, le tien et le mien, nous irons transporter cette lumière toi chez les tiens et moi chez les miens… Et ainsi, les loups deviendront gentils et ne feront plus de mal aux moutons et aux agneaux et les humains deviendront eux aussi gentils et ne feront plus de mal aux loups. Forts de cette nouvelle compromission nous pourrions rentrer dans le village pour l’hiver, toute la meute réunie, et les humains nous garderaient ensemble avec les moutons et les agneaux, en belle fraternité et en bonne compagnie … Nous sommes de bons gardiens sais-tu bien, et nous pouvons nous occuper de protéger les maisons et les fermes … Chaque famille de ce village prendrait ainsi à demeure un des loups de la meute et le nourrirait durant tout l’hiver. En échange, le loup protégerait la ferme des voleurs et des malfrats … Et même, ma foi, d’un loup solitaire et malveillant ou pire… Car il y a pire… Et pas seulement parmi les loups mais aussi parmi les humains… Enfin, l’été arrivant, nous deviendrions les gardiens des troupeaux dans les pâturages … Qu’en penses-tu !?… »
– « Merveilleux !… »
S’exclame la petite ravie.
– « Vraiment c’est merveilleux ! »
– « Mais … »
Ajoute le loup, pas au bout de son raisonnement,
– « A nous deux de ne pas rater la lumière ! »
– « Certes non ! »
Dit la petite bien au fait de l’importance de leur mission respective …
– « Ni moi, ni toi non plus loup… Soyons tous les deux bien attentifs … »
Sur ces mots scellant leur pacte, le loup à pas lents s’approchait de la petite fille, se couchait de tout son long à ses pieds et l’invitait à venir se blottir contre lui pour attendre la lumière sans prendre froid.
L’enfant était très intimidée par l’amitié que lui manifestait le loup. Il avait l’air si puissant, si fort, il avait des crocs si grands et acérés et il avait un pelage si luisant sous les reflets de la neige et des étoiles… Certes, c’était là bête bien dont elle ferait bien de se méfier. Il était d’une grande beauté par ailleurs, ce loup. Mais, curieusement, il n’avait pas l’air du tout dangereux. L’enfant était très intimidée par la force qui émanait de son nouvel ami mais en même temps lui venait l’envie de le caresser …
Ce qu’elle fit et ce que le loup acceptait de bon gré.
– « Tant que tu seras près de moi tu ne risqueras rien… »
Soufflait-elle dans la grande oreille du loup.
– « Restons ensemble jusqu’à la lumière alors. Tant que tu seras près de moi tu n’auras pas froid.»
Lui répondit celui-ci sur le même ton de confidence.



Et tous les deux blottis l’un contre l’autre, dans la neige et à l’abri de la nuit, à l’insu de tout le village, la petite fille et le loup se mirent ensemble à scruter le firmament et les étoiles dans l’attente de la lumière.
Tous deux partageaient à cet instant un moment de grâce et d’éternité.
Le puissant animal et la frêle petite fille semblait comme joints l’un à l’autre dans leur commune quête d’une paix entre les hommes, les moutons, les agneaux et les loups.
Ensemble ils contemplaient le ciel et s’abandonnaient à des rêveries célestes en cette nuit de Noël. Le vent se levait doucement et venait leur chanter ses ritournelles. L’immatérialité et l’irréalité du moment firent oublier à la petite tout comme au loup le froid qui glaçait, la faim qui tenaillait et la méchanceté du monde qui n’apportait qu’amertumes et chagrins sur toute la planète.
Ils rêvèrent ainsi durant un bon bout de temps.
L’enfant n’avait pas froid contre le chaud pelage de l’animal et le loup n’avait pas peur dans la chaleureuse présence de l’enfant.
Elle se disait bien que dans la maison ses parents devaient s’inquiéter de son absence en cette veille de Noël… Et le loup se disait bien que la meute devait l’attendre, impatiente et affamée. Mais la nuit c’était comme refermée sur eux et ils étaient, pour ainsi le dire, seuls tous les deux dans l’univers.
Enfin, brusquement, la lune se montrait et éclairait de ses tendres rayonnements la neige sur les prés et les champs.
– « C’est le moment ! »
Chuchotait le loup.
– « C’est l’instant de la lumière. Préparons nous. »
Et se levant il secouait la neige de son poil et se mit à regarder la Lune très intensément. La petite fille en fit autant.
Les rayons de la Lune éclairaient les toits des fermes et faisaient scintiller la neige d’un éclat bleuté. Tout devenait joli. Tout alentours se faisait magie. La petite fille se tenait debout à côté du loup, sa main posée délicatement sur son cou, contemplant, ébahie, la beauté et la résonnance incomparable de cette nuit de Noël tout à fait unique et particulière. Une nuit comme jamais elle n’aurait imaginé pouvoir en connaître dans sa vie… La Lune, quant à elle, semblait comme habitée d’un pouvoir magique, magnétique. L’enfant croyait rêver …
– « L’histoire de l’heure céleste du Noël est donc bien vraie … »
Se dit-elle en chuchotant.
– « Bien sûr que c’est vrai ! »
Lui répondait le loup sur un même chuchotement,
– « En aurais-tu douté peut-être ? »
– « Non bien sûr ! »
Affirmait la petite,
– « Mais tu sais, parfois, ce que l’on rêve n’arrive pas nécessairement… C’est vraiment magique ! »
Soufflait-elle dans l’oreille du loup.
– « Oui, c’est magique, mais ne nous laissons pas prendre par la seule magie. N’oublions pas notre pacte. Ni notre mission. Il nous faut capter un maximum de lumière afin qu’elle irradie les cœurs de tous les humains du village et de tous les loups de ma tribu. Prépare-toi, c’est le moment. »
En effet, l’intensité de la lumière allait croissante. L’enfant et le loup se faisaient le réceptacle de toute cette irridiscence et en furent comme transcendantés. L’inoubliable seconde du minuit de Noël était à l’œuvre. L’enfant tout comme le loup puisait de toute leur âme l’illumination presque divine qui les sublimait. Puis, tout comme elle avait commencé à luire intensément la Lune s’éteignit peu à peu, son halo de lumière se réduit et elle redevint pareille à elle-même…
Les deux amis, l’enfant et le loup, se regardaient à présent droit dans les yeux, silencieux. Conscients tous deux d’être porteurs en leurs âmes et en leurs cœurs d’un mystère qui allait bien au-delà de l’entendement et de la compréhension tant humaine qu’animale.
Enfin, rompant le silence le premier, le loup dit à l’enfant :
– « A présent tu vas rentrer chez toi et tu vas transmettre la bonne nouvelle… Prépare-toi. Et annonce au village qu’une meute de loups pacifiques va arriver pour lui demander l’accueil, le gîte et le couvert en échange de bons et loyaux services de garde sur leurs vies, leurs troupeaux et leurs biens. Moi, je m’en retourne dans la forêt pour annoncer à la meute que nous passerons l’hiver au village, que nous faisons une trêve avec les moutons et les agneaux, et que nous serons hébergés et nourris par les humains qui n’attenteront pas à nos vies. Va maintenant, et que la chance soit avec nous… A tout à l’heure petite… »
S’apprêtant à reprendre le chemin vers la forêt il se ravisa et ajoutait :
– « Quand nous arriverons, tout à l’heure, tous ensemble dans le village, tu auras peut-être un peu de peine à me reconnaître. Nous sommes tous très semblables nous les loups, tout comme vous êtes tous très semblables vous les humains, même si chacun d’entre nous est unique. Mais je te ferais un signe qui ne pourrait pas te tromper. Je viendrais m’asseoir à tes pieds car j’aimerais pouvoir être hébergé chez toi et garder ton troupeau… »
– « Si tu le veux bien … »
Ajoutait-il encore très humblement.
– « Oh oui bien sûr ! »
Confirma la petite.
– « Désormais, toi et moi, nous sommes amis pour toujours ! »
Ainsi l’enfant s’en retournait vers sa famille, son foyer et le loup reprit le chemin de la forêt et de sa meute.
Arrivée à la maison elle trouvait l’effervescence. Toute la famille était là à l’attendre pour partir à la messe de minuit. Tous avaient déjà mis leurs manteaux, leurs bonnets, leurs gants et leurs écharpes. Toute enneigée du capuchon aux bottes la petite fille faisait l’effet d’une apparition. D’autant que la lumière céleste qu’elle avait emmagasinée la faisait brillante et scintillante pareille à une des plus belles étoiles dans le ciel. La famille en restait tout bonnement stupéfaite, abasourdie, et ne pipait mot … Comment d’ailleurs l’aurait-elle pu ?… Il émanait de l’enfant une telle paix que cette paix s’en allait de suite irradier les cœurs de tous les membres de sa famille. Nulle remontrance, nulle observation ne suivait son retour auprès d’eux. Au contraire, un grand silence se fit.
C’est la mère la première qui le rompît disant à l’enfant :
– « Débarrasse toi mon petit, tu es toute enneigée … Tu vas changer de manteau pour partir. Celui-ci est trempé. Et puis raconte nous … Que t’est-il arrivé ?… Nous nous inquiétions de ton absence… »
– « J’ai une bonne nouvelle à vous annoncer à tous … A tout le monde, pas seulement à vous ici mais à tous les gens du village réuni … »
– « Une bonne nouvelle ? »
Questionnait le père.
– « Qu’est ce donc que cela ? »
– « Il me faut parler à tout le monde papa. Et je crois que pour ce faire le meilleur endroit sera l’église. Tout le village, à cette heure de minuit, y est réuni. D’ailleurs je vous ai mis en retard à rester dehors. Allons-y vite. Ceux qui n’y seront pas nous les ferons chercher. Une fois tout le village rassemblé je parlerais à tout le monde, je communiquerais à la totalité de la collectivité la bonne nouvelle que j’ai à vous apprendre. »
– « Cette enfant est inspirée ! »
Dit la mère-grand dans un souffle.
– « Voyez comme émane d’elle une belle lumière ! C’est Noël !… C’est la lumière de Noël, celle qui descend au moment du minuit, à cette fraction de seconde où elle apporte la Paix sur la Terre aux hommes et aux femmes de bonne foi et de bonne volonté !… Il nous faut l’écouter !… Allons-y tous !… »
Et après avoir changé de manteau la petite fille et la famille se mirent en route vers l’église, l’enfante ayant pris la tête du groupe. Sa petite personne éclairait le chemin tellement elle était remplie de toute la lumière qu’elle avait à partager avec les villageois…



Le loup de son côté arrivait près de sa meute. Lui aussi fit forte impression dès qu’il débouchait des taillis. Aucun grognement de mécontentement ne saluait son arrivée, bien au contraire, alors que toute la meute était debout, poil hérissé sur les échines et crocs brillants dans la nuit noire, l’apparition du grand loup, chef de la meute, fit se lisser les poils et rabattre les babines sur les mâchoires. Et tous les loups se mirent d’un même mouvement assis en rond autour du grand loup venu leur apporter la bonne nouvelle. Il émanait de lui une si formidable lumière qu’elle fit se taire jusqu’au moindre signe de désapprobation dans le plus loin des rangs de la meute.
– « Amis !… »
Commençait le loup,
– « J’ai à vous parler … »



Simultanément, dans l’église où tous le villageois furent réunis, la petite fille commençait par les mêmes mots. S’adressant à l’assemblée médusée par cet évènement hors nature et habitus elle disait elle aussi :
– « Amis, j’ai à vous parler … »



Et dans la forêt tout comme dans l’église, au même instant, les loups comme les humains apprirent, les uns de la gueule du loup et de sa voix râpeuse et aboyant et les autres de la voix douce et convaincante de l’enfant que désormais les loups, les moutons, les agneaux et les humains deviendraient amis, seraient solidaires, compteraient les uns sur les autres et se protègeraient les uns les autres. Les loups ne seraient plus affamés, les moutons et les agneaux ne seraient plus menacés et les humains seraient protégés par ce tout nouveau pacte qui allait être instauré d’emblée en cette merveilleuse nuit d’un Noël très particulier …
En sortant de l’église quelle ne fut pas la stupéfaction des villageois de trouver là, sur le parvis, toute une meute de loups rassemblée, confiante mais non subordonnée, amicale mais non docile, fraternelle mais non soumise…
Le loup faisant tête du groupe s’en détachait et venait vers la petite fille auprès de laquelle il vint s’asseoir, hardi mais paisible, comme il fut convenu. A ce signe, les loups se mirent en mouvement et chacun d’eux allait se ranger auprès d’un groupe de villageois composant une famille au grand complet. Il y en avait tellement de loups que chaque famille du village pouvait trouver le sien. C’était vraiment une scène extraordinaire que de voir tous ces loups se dirigeant à lentes foulées vers les groupes de villageois rassemblés devant le portail de l’église. Et personne n’avait peur, ni hommes, ni femmes, ni enfants, ni loups ne se craignaient plus l’un l’autre. Même monsieur le curé fut servi. Une vieille louve un peu grisonnante se dirigeait vers lui et le curé, nullement effrayé, l’attirait vers lui d’un geste paisible et conciliant. Et chaque famille se mit en route vers sa demeure pour y fêter Noël, accompagnée d’un loup qu’elle adoptait parce que le loup avait adopté la famille et s’en faisait le gardien.
Avant que le cortège de villageois ne se mette en mouvement, le silence fut rompu par le curé qui eut encore à dire ceci à ses paroissiens :
– « Villageois n’oubliez pas !… Noël est la fête des réconciliations … Noël, c’est une lumière pure et paisible qui vient irradier nos cœurs durant les longues nuits d’hiver, une petite lumière qui grandit en nous, de l’intérieur, et qui nous éclaire le chemin que nous avons à emprunter dans nos vies de tous les jours, à l’extérieur… Ne l’oubliez jamais … Toute l’année durant, et jusqu’au prochain Noël, nous serons éclairés en nos âmes de cette lumière. Qu’elle vous permette d’être bons les uns pour les autres, bons, généreux et justes !… C’est cela le vrai message de Noël, il n’y en a point d’autre !… »
Sur quoi tout le monde enfin se mit en route et les gens, renforcés en leurs âmes de ce magnifique message de la Nativité, rentraient dans leurs maisons où ils allaient consommer le repas de fête et de bonté. Et chaque année ainsi, au moment du minuit, au moment divin, à la nuit de Noël, la grâce de la lumière garantissait la trêve entre les loups, les moutons et les humains …



Un grand silence se fit dans le petit logis …
Adélie restait muette, éblouie et muette …
Enfin, retrouvant la parole elle dit à sa maman :
– « Mon dieu maman !… Quelle belle histoire !… Quelle magie, quelle féerie !… Et comme tu racontes bien … Je me suis sentie littéralement projetée dans ton histoire, je me sentais dans la peau de la petite fille … Comment s’appelait-elle dis moi ?… »
– « Disons … »
Dit la maman encore toute émue elle-même de cette belle histoire …
– « Disons qu’elle s’appelait Adélie quand je te la raconte à toi … Et qu’elle portera le nom de toutes les petites filles comme toi quand on la leur racontera, toutes ces petites filles qui sont capables, comme tu l’as fait, de recréer la magie de Noël dans le cœur de leurs mamans, de leurs parents, de leurs amis et de tous les villageois réunis … »
Adélie soupirait …
Oui, la magie de Noël, c’est bien vrai que c’est une question de personnes. Tout qui peut porter dans son cœur un peu de lumière et la partager avec autrui est comme la petite fille amie du loup …


– « Seulement vois-tu… »
Continuait la maman comme pour faire écho aux réflexions de son enfant,
– « Seulement vois-tu, les choses ont bien changé depuis … La trêve entre les loups, les moutons et les humains s’est usée, dénaturée, érodée … Les loups sont pourchassés, tués pour leur pelage et menacés de disparition … Les moutons et les agneaux sont gardés par centaines dans des enclos où ils attendent sans ménagements d’être abattus par des humains qui eux sont devenus des loups pour eux-mêmes et pour l’humanité entière… Et la grâce de Noël passe chaque année sans que plus personne n’y prenne garde … Les gens sont devenus pressés, et n’accordent plus de temps aux finesses et aux beautés des préparatifs de la fête de Noël. Ils achètent tout et plus rien ne se fait dans la maison et c’est ainsi que le mystère s’est évaporé dans le ciel de l’hiver… Ils se bousculent dans les magasins, ils se marchent dessus, se ruent sur les produits qui leur sont proposés, ils ne pensent plus qu’à cela, ne parlent plus que de cela et oublient complètement le sens de la fête… Ils ne perçoivent plus la lumière, n’écoutent plus les histoires, ne se transmettent plus les traditions et les magies des journées de l’Avent et le soir de Noël plus personne n’attend près de la fenêtre l’apparition de la lumière en cet ultime seconde où la Terre s’arrête, furtivement, de tourner. Ils n’ont plus le temps pour cela …
« Et maintenant …
Continue encore la mère…
– « Les spéculoos, les pains d’airelles et les pains d’épices, les dindes et tous ces délicats artifices de Noël sont achetés tout prêts et tout préparés dans les usines et les présents pour les enfants sont devenus de plus en plus chers, de plus en plus coûteux et les parents ne peuvent les acheter qu’au prix de lourds sacrifices et en travaillant dur, au prix de leur santé et de la joie d’une famille unie toute l’année durant. Et ainsi pour compenser le temps qu’ils ne peuvent plus accorder à leurs enfants ils acquièrent ce qui leur manque sans jamais y parvenir et plus ils se procurent de choses, tu comprends, plus la fête de Noël perd de son sens …
« Et plus elle perd de son sens, plus aussi elle perd de sa magie. Et les froids et les frimas de l’hiver ne sont plus compensés par les chaleurs des foyers et des cœurs ni par les histoires que l’on se raconte devant le feu le soir, et la froidure se fait de plus en plus insistante et dense dans les maisons, et dans les rues, et dans les villes, et dans les pays et sur la terre entière …
« Et la vie se fait de plus en plus rude et rigoureuse et dénuée de sens et plus que jamais. Pourtant les gens achètent de plus en plus et croient même pouvoir acheter le bonheur alors que le froid enveloppe de plus en plus les âmes des humains et que de plus en plus de gens sont seuls, et tristes et sans compagnie les soirs de Noël, et tous les soirs d’hiver … Et tous les soirs de leur vie …
« C’est ainsi que Noël est devenue la fête la plus sacrifiée à la consommation de biens de toutes sortes à commencer par ceux-là même qui se vendent pour la bien fêter … Il y a des règles, des manières, des façons autres, de nouveaux rituels qui font de cette fête une débauche de de méthodes, d’astuces et d’objets tous plus inutiles les uns que les autres et dans cette fièvre l’on oublie qu’il y a plein de gens qui en sont exclus, qui ne peuvent y participer … Tu vois ?…
– « Bien sûr maman, je vois … Et je comprends aussi … Tout !… »
Dit Adélie pensive …
– « Moi, tu le sais… »
Continue la mère sur sa lancée …
– « Je ne suis pas croyante … Je veux dire que je ne prie pas, je ne vais pas à l’église, je ne fais pas de bonnes œuvres, je ne chante pas de cantiques … Mais j’ai en moi une foi … Celle du bien … Celle de la vie … Et je crois que faire le bien c’est d’abord commencer par le faire en vivant bien, dans la dignité et le respect de la vie et d’autrui… Enfin, je veux dire, en construisant sa vie et en permettant que l’autre la construise aussi … Je l’avais un peu oublié cela …
« Et je me sens bien contente d’y être revenue ce soir même, ce soir de Noël … Grâce à toi … Prier, par exemple, je crois que c’est quelque chose que l’on fait à chaque fois que l’on pose un acte juste, et le premier acte juste c’est de remercier la vie d’être en vie … Je ne t’ennuie pas ma fille de penser ainsi tout haut ?…
– « Mais bien sûr que non maman !… »
Réplique la petite …
– « Et puis, tu parles si bien, comme tu parles bien maman !… »
Ajoute-t-elle ravie en joignant les mains et en regardant sa mère d’un regard ébloui ce qui fait sourire la maman percluse de gratitude …
– « Ma chérie, j’ai bien failli manquer cette belle soirée à nous retrouver … »
– « Oui … »
Dit la petite,
– « Heureusement que le père Noël s’en est occupé ! »
Et les voilà à nouveau partie d’un grand éclat de rire joyeux …
– « Il va bientôt être minuit. L’heure de la lumière … L’heure de la magie …»
Dit la mère …
– « Et si nous écoutions justement les cantiques, ils les diffusent à la radio … Je suis certaine qu’en tournant un peu le bouton à la recherche d’une station nous parviendrons bien à écouter une messe de minuit … J’aime beaucoup moi les chants des orgues et les chœurs d’enfants … »
– « Moi aussi maman !… Et puis, c’est la plus belle des musiques pour danser aussi … Ce soir à l’Académie, c’est sur un conte mis en cantique de Noël que j’ai dansé avec mon ballet … C’était joli !… Dommage que tu n’étais pas là … »
Ajoute Adélie un peu triste …
– « J’y serais ma fille, dorénavant je ne raterais plus un seul de tes spectacles … Je suis très fière de toi tu sais … »
– « Oh maman, quand tu viendras me voir je danserais encore mille fois mieux !… Je serais ta petite étoile !… »
Et sur ces mots la petite se lève, écarte sa chaise et fait pour sa mère quelques jolis pas de danse en tournoyant dans la pièce. Puis elle revient se blottir contre sa maman, dans ses bras, tout bien au chaud, lui donnant un doux et long baiser sur le front.
– « Tu l’es déjà ma fille, tu es déjà ma petite étoile … Et tu es aussi ma bonne étoile … Allons, voyons voir ce que la radio nous propose comme chants de Noël ce soir … Et peu avant minuit nous irons nous poster sur le trottoir et regarder le ciel … Et nous capterons la lumière, comme l’ont fait la petite fille et le loup… Comme devrait le faire la terre entière, au même moment, au même instant, dans une planétaire communion d’esprit… Ah … Si seulement ce temps bénis des vrais Noël pouvaient nous revenir… »
Et sur ces mots plein d’espoir les voilà toutes deux à chercher sur le petit transistor une émission qui leur offrira des cantiques en attendant l’heure de minuit …

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RED_BAKKARA

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Droits d’Auteur

Voir à la page d’accueil …

(Car bien entendu, il y en a hein !… Soyons sérieux !)

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Il y a des Noëls -(2)-

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(Suivant épisode)

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Il y a des Noël sans Rires

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Elle ne flânait plus Adélie. Sur le chemin qui restait vers la maison, elle allait d’un pas vif et alerte. Elle avait hâte à présent de rentrer, de retrouver sa maman. Elle en aurait des choses à lui raconter … Sauf les cadeaux bien sûr… Elle les garderait dans son cœur et dans son espérance …

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Arrivée devant la porte de la maison quel ne fut pas son étonnement de trouver celle-ci grande ouverte !… La propriétaire sur le seuil, les pieds dans la neige, scrutait le fond de la rue, la main en visière au dessus des yeux. Voyant la petite arriver, elle se précipitât vers elle lui demandant d’un ton brusque :

– « Mais enfin d’où sors-tu donc ? Voilà au moins une heure que tu aurais du être revenue … Ta maman est au plus mal … Rentre ! »

Et d’une ruade elle poussait l’enfant vers l’escalier qui allait vers le sous-sol …
Mon Dieu ! Maman !…

Que lui était-il donc arrivé ?…
Poussant la porte vers leur logis elle y trouvait le médecin debout près du lit. Sa maman, allongée, avait le visage blanc comme de la craie … Le cœur d’Adélie se mit à battre la chamade…
– « Maman !… »
S’écria-t-elle bondissant vers le lit et s’y agenouillant pour mettre sa tête contre celle de sa mère …
– « Docteur ?… Que se passe t il ?… »
Hoqueta-t-elle déjà en larmes en levant son pauvre petit visage vers le praticien … Puis se retournant vers sa mère, sanglotant, elle mit son bras délicatement sous le cou de la femme alitée et lui murmura dans l’oreille :
– « Maman, maman, parle moi je t’en prie.. Maman … Il faut que tu reviennes ne reste pas là où tu es …
Mais la mère gisait, comme inconsciente, partie dans un rêve éloigné…
– « Docteur !… »
Cria alors Adélie !…
– « Il faut aider ma maman !… »
– « C’est pour ça que je suis là ma chère enfant, mais je crains que ta maman ne soit très gravement malade cette fois ci … »
Le médecin connaissait bien la petite, depuis les années qu’il soignait la mère il avait eu le temps de connaître er d’apprécier les qualités de la petite fille…
– « Il faudra que tu sois très forte … Pour elle … »
Etre très forte ?…

Pour maman ?…

Mais Adélie était très forte pour maman !

Depuis des années déjà Adélie était très forte pour sa maman.

*
Elle ne se plaignait jamais, ne pleurait que seule dans son oreiller la nuit pour ne pas que maman entende son chagrin, elle se levait tôt, faisait les tâches, lui apportait son déjeuner avant de partir à l’école et de ses doigts de petite fille elle aidait maman à tricoter les chandails. C’était elle qui faisait tous les droits de manches et les dos et puis elle cousait aussi, les boutons … Elle lui racontait des histoires après avoir fait sagement ses devoirs à la table, sous la lampe, le soupirail ne donnant jamais assez de lumière pour y voir au plein jour …
Adélie était forte, pour elles deux.
Elle faisait les courses, ravaudait les vêtements et les bas … Elle savait faire Elodie, elle savait faire tout cela … Que pouvait-elle faire encore, que pourrait elle faire de plus encore ?…
– « Mais docteur maman ?… Elle va vivre oui ?… Elle doit vivre oui !… Elle doit vivre encore ! »
– « Sans doute oui … »
Dit le médecin …
– « Mais pour cela il faut qu’elle le veuille encore … Le comprends tu cela ?… Ta maman est fatiguée, usée, bien plus dans son cœur et son âme que dans son corps … C’est la tristesse … Le chagrin … La seule médecine que je pourrais lui administrer serait une dose de vie, de désir de vie… Mais je crains qu’elle n’en ait plus vraiment le goût. Il y a des années que ta maman glisse vers le bas vois-tu … »
Glisser vers le bas ?… Elle regarda sa mère étendue dans le lit … Glisser vers le bas ?… Quel mystère se cachait derrière ses mots ?… Où allait-elle glisser sa maman ?… Adélie ne comprenait pas non … Pourquoi maman ne voudrait-elle plus vivre ?… Adélie avait besoin d’elle !… Il fallait que maman vive !…
– « C’est ma faute ! »
S’écria Adélie …
– « Maman a du me croire perdue, j’ai traîné là-bas au coin de la rue, à regarder les magasins … J’ai … J’ai parlé au père Noël !… Il était là, il était si gentil, j’ai tardé oui … Et maman à du croire que je n’allais pas revenir … Mon dieu !… Qu’ai-je fait ?… »
– « Mais non, mais non voyons ce n’est pas ta faute … »
Lui dit le docteur d’une voix apaisante …
– « Non va !… Tu n’y es pour rien … Le désir de vie est chose personnelle. Il y a des gens qui le gardent jusque dans les flammes de l’enfer et d’autres qui le perdent en chemin … Qui ne peuvent plus, ne veulent plus le conserver … Ta logeuse m’a appelé vers quatre heures de l’après midi, ta maman a voulu se lever et sortir semble-t-il dans le froid et à peine couverte … Elle disait quelle irait te rejoindre … Mais tu comprends, elle n’aurait pas fait dix pas qu’elle se serait effondrée … »
– « Elle voulait me rejoindre ?… »
– « C’est ce qu’elle disait oui … Elle ne cessait de répéter que tu dansais ce soir à l’Académie, et qu’elle voulait te voir … Mais peut être aussi avait elle une autre idée en tête … Je ne pourrais te le dire … Quand ta propriétaire m’a téléphoné j’ai accouru de suite, te sachant partie, et depuis je suis là… Je l’ai ramenée au lit, lui ai donné un médicament pour l’apaiser et depuis lors, elle dort … »
– « Et depuis lors, elle dort … »
Répétait Adélie comme en écho …
– « Je dois l’aider docteur !… Je dois l’aider, je vais l’aider, il faut que je l’aide ma maman !… Elle ne peut pas vouloir glisser vers le bas, je suis là, elle a besoin de moi mais j’ai aussi besoin d’elle … C’est le père Noël qui me l’a dit … Nous avons besoin l’une de l’autre … Nous allons nous en sortir, il faut que je lui donne l’envie de revenir, elle ne peut pas rester là où elle est, elle va mourir là où elle est et je ne veux pas rester sans elle dans la vie, ce n’est pas possible … »
Et sur ces mots, l’enfant enfonçait son visage près de celui de sa mère et ses frêles épaules secouées de sanglots lui chuchotait des mots doux dans le cou…
– « Maman tu m’entends ?… Ecoute moi … Il faut que tu m’entendes … J’ai rencontré le père Noël maman, et il m’a dit que tout irait bien !… Il était très gentil, je suis sûre qu’il ne m’a pas raconté des histoires tu verras … Quelque chose va se passer, maman, quelque chose va nous arriver, quelque chose de très bien … Je t’en prie petite maman, ouvre les yeux bien grands, regarde, je suis là, c’est moi, Adélie … »

*
Mais à part le souffle très léger de sa respiration contre les cheveux de l’enfant la mère ne fit entendre aucun son …

*
– « Bien … »
Dit le médecin en se raclant la gorge, ému et chagriné par ces évènements dépassant de loin ses compétences de bon vieux médecin des familles pauvres. Ah, il en avait vu déjà lui des mamans perdant le goût de vivre … Bien sûr il y en avait d’autres, des vaillantes, des battantes, de celles, entreprenantes, que même un loup furieux n’aurait pas effrayé. Mais il y avait aussi ces âmes délicates et transparentes, celle dont le glaive du chagrin, de l’adversité et de la misère sans cesse renouvelés avait tranché net le souffle qui porte vers la lumière et le désir de rejaillir des peines et des épreuves. Il l’aimait beaucoup cette petite dame toute fine et légère qu’il soignait depuis tant d’années. Il avait l’impression de la porter à bout de bras, tentant à chaque fois de lui redonner force et vigueur …. Mais force et vigueur ne se trouvait dans nulle médication … Il fallait une motivation… Le bon docteur déplorait bien sûr que celle-ci ne puisse venir du désir de faire grandir la petite, de la mener à bon port mais pouvait-on juger ?… Pouvait-on dire que celle-ci, prostrée et défaillante qui de détresse se laissait mourir valait moins que celle-là, vaillante et forte qu’aucun coup dur n’empêchait de rebondir ?… Certes non … Nul n’avait pouvoir ni droit de jugement. La vie est ainsi faite, elle choisit ses proies, et quoi qu’il en soit des volontés tout autour, si le courage de continuer la route faisait défaut, nul au monde ne pouvait ni condamner ni bannir, ni non plus apporter le remède pour ressurgir …

*
– « Bien… »
Répéta-t-il une fois de plus …

Où allait-il à présent chercher les mots pour consoler cette pauvre petite qu’il avait vue grandir dans l’ombre du chagrin de sa maman ?… Comment lui dire ?… Et nous étions soir de Noël en plus … Ce qui n’arrangeait jamais rien aux chagrins des humains … Bien au contraire … Il n’était pas rare que ces soirs de fête le docteur retrouve l’un ou l’autre de ses pauvres hères n’ayant plus goût à la vie engoncé dans leur détresse, certains allant même jusqu’à abandonner ce soir là, et une fois pour de bon, la vie …
– « Ecoute moi … Voici ce que nous allons faire … A présent que te voilà revenue je peux te laisser avec elle … Elle dort d’un sommeil léger et se réveillera sans doute plus tard dans la soirée … Il me faut aller, d’autres encore attendent mes soins … Un enfant pas loin d’ici est très malade lui aussi et j’ai promis à la maman de passer les voir … Mais toi … Ce soir … »
Il s’emberlificotait dans ses paroles …

Il n’y avait pas de paroles …

Pas même des actes …

Seul l’espoir présidait ici ce soir …

Et c’était soir de Noël, soir de tous les espoirs …

*
– « Tu vas rester près d’elle … Je reviendrais plus tard … Dès qu’elle se réveillera tu lui feras du thé, et tu lui raconteras des histoires, je sais que tu aimes les raconter … Je vais demander à ta propriétaire de vous descendre un chauffage d’appoint, un peu de chaleur en plus vous fera du bien à toutes les deux et elle peut bien faire cela un soir de Noël pas vrai ?… »
Il fouillait d’un geste fébrile dans la poche de son grand manteau et en sortait quelques pièces de monnaie qu’il déposait sur la table d’un geste discret.
– « Voici … »
Lui dit-il …
– « Va vite jusqu’au petit magasin du coin je t’attends ici, j’irais voir la logeuse de ce temps là… Et achète là-bas ce que tu veux, ce qui te fera plaisir, ce que tu crois qui ferait plaisir à ta maman … »
– « Oh mais … »
Dit Adélie soudain toute en joie :
– « J’ai des Cougnolles Docteur !… Trois belles Cougnolles grandes comme des pains maison !… C’est le père Noël qui me les a donné pour maman et moi ce soir … Je n’ai pas besoin de l’argent va … »
Sa maman lui avait toujours appris qu’il ne fallait jamais accepter d’argent de personne lui expliquant que l’argent, une fois reçu et dépensé, il était difficile de le retrouver pour le rendre et que dès lors que l’on ne pouvait le restituer l’on devenait l’obligé de celui qui l’avait donné …
– « Prends ces pièces jeune fille et va !… »
Dit le docteur d’une voix étranglée, sentant bien la réticence de l’enfant à l’accepter …
– « Je te le donne pour toujours il est à toi !… A vous deux !… Achète ce que ton cœur souhaite et tâche de t’arranger pour que cela s’accommode bien avec ces belles « Cougnolles » que le père Noël t’a donnés !… M’entends-tu ?… Tu ne me dois rien, ni ce soir, ni demain, ni jamais !… Allons … Pressons … Je suis attendu plus loin … »
Sur ces mots le docteur sortait et prenait l’escalier pour se rendre chez la propriétaire au rez-de-chaussée. Adélie se relevait du lit de sa mère où elle était restée agenouillé tout ce temps, lui caressait doucement les cheveux, qu’elle avait longs et noirs comme les siens mais qui à présent était tout défaits et éparpillés sur l’oreiller. Se penchant vers sa maman elle lui soufflait à l’oreille :
– « Maman … Ecoute … Je sais que tu m’entends de là-bas où tu glisses. Je vais aller acheter du chocolat, et du lait, et du sucre tu verras … Et je te préparerais du cacao, comme tu sais si bien le faire toi !… J’achèterais du beurre aussi, je crois qu’il y aura assez d’argent pour cela … Et je te ferais de belles tranches de Cougnolles que je beurrerais … Et puis tiens, s’il y a assez d’argent j’achèterais aussi de la confiture de Framboise, celle que tu aimes le mieux, et j’en mettrais sur les tranches, avec le beurre et le cacao, maman, ce sera si doux, si bon … Et le docteur va nous ramener un chauffage, nous aurons chaud… Je dresserais la table, je la mettrais près du poêle, j’y mettrais la belle nappe blanche et dorée que tu gardes dans le tiroir de la commode, je ferais attention à ne pas la salir tu verras … Et je prendrais aussi tes belles assiettes, celles qui ont des liserés dorés … Je nous ferais une table de fête maman, ce soir c’est Noël et nous serons bien toutes les deux … Et puis attends … »
Ajoute-t-elle se dirigeant dans le fond de la pièce où se trouvait un vieux transistor …
– « Je vais allumer la radio !… Ce soir c’est Noël, je suis sûre qu’il y aura de la musique comme tu l’aimes … Elle te réchauffera le cœur maman, et tu auras un peu de joie … »
Tout en parlant elle allumait l’appareil et se mit à chercher en tournant le bouton sur la ligne crachotante des émissions où elle trouverait de la musique ou des cantiques de Noël …
Tout à coup des chœurs d’enfants s’élevèrent dans la pièce …
– « Ecoute ma petite maman ! »
Dit la petite fille revenue près du lit.
– « Ecoute !… Ils chantent !.. Ils chantent les enfants !… Ils chantent Noël !… C’est pour toi !… »
La maman d’Adélie ne bougeait toujours pas, ne répondait pas mais Adélie restait forte et confiante …
Elle se disait que maman devait laisser venir tout au fond d’elle les chants du chœur et même sa propre voix à elle … Qu’il faudrait du temps pour que les voix, la sienne d’abord, aille jusqu’à son âme de maman qui avait glissé si loin ce soir, comme l’avait dit le brave médecin … Il fallait que les chœurs, et sa propre voix, aillent retrouver la vie loin là où sa maman l’avait laissé glisser …

Il le fallait oui…
Elle voulait avoir confiance …
Elle voulait croire que tout allait bien aller maintenant, c’est le père Noël qui le lui avait dit … Et le père Noël ne mentait pas. Il ne faisait pas de promesses en l’air. Il savait bien lui que promettre et ne pas tenir c’était bien pire que de ne rien faire ni donner ni dire … Forte de ces espoirs elle enfilait son manteau après avoir pris soin de couvrir les Cougnolles d’un essuie propre…
Puis elle ramassait l’argent sur la table. Au jugé elle voyait dans sa paume qu’il y avait de grosses pièces dans le tas et sourit se disant que sans nul doute elle pourrait acheter de la confiture aussi. Puis elle mit ses gants, son bonnet, et remontait le petit escalier de pierre menant dans le vestibule. Après s’être assurée d’avoir la clé de la maison dans sa poche, et après un dernier regard vers sa mère toujours immobile dans le lit, elle refermait la porte, ouvrit grande celle donnant sur la rue et allât d’un bon pas vers le magasin du coin.

*

*
De loin elle voyait qu’il était encore ouvert !..
Quelle chance !…
Elle allait pouvoir faire des emplettes extraordinaires …
De celles que l’on ne fait jamais…
Ou alors un soir comme celui-là, un soir de Noël …

Quand on a de l’argent …

*

*
Arrivée dans le magasin, la dame derrière le comptoir la regardait et lui dit :
– « Adélie ?… Mais ?… Que viens-tu faire ici ? J’ai vu entrer le docteur Maillote dans ta maison … Je me demandais … Ta maman ?… »
– « Tout ira bien Madame Francine … Maman a glissé … C’est le docteur qui l’a dit … Mais elle va se relever … Je veux le croire … »
– « Elle a glissé ? Comment cela ? Elle est tombée ?… Elle ne va pas bien ?… Et où étais-tu toi ?… Ta propriétaire est venue ici par deux fois demander si je ne t’avais pas vue passer ?… »
– « J’étais à l’Académie Madame, je dansais ce soir … Et j’ai un peu traîné sur le chemin … Vous comprenez … J’ai rencontré le père Noël !… Et nous avons parlé … Et il m’a promis que tout irait bien lui aussi … »
– « Le père Noël ?!…. Aaah Aaaah Aaaaah !… Le père Noël !.. Ben alors là ma pauvre !… Elle est bien bonne celle-là !… »
S’écria madame Francine partant d’un grand éclat de rire.
– « Entendez vous ça !.. Elle a rencontré le père Noël !… Eh, Gaston, viens donc voir ici !… Adélie a rencontré le père Noël ce soir !… »
Et se tenant le ventre à deux mains elle se mit à rire de très bon cœur … Au point qu’Adélie se sentit vraiment vexée …
– « Il ne faut pas rire, Madame Francine !… Je l’ai vraiment rencontré et il m’a parlé … Beaucoup … Il m’a raconté les rennes, et son pays, et les enfants de maintenant qui ne sont jamais contents … »
– « C’est vrai ça !… »
Rétorque Mr. Gaston arrivé sur ces entrefaites,
– « Qu’as-tu donc Francine à rire ainsi de la gosse !… Il est tout à fait normal de rencontrer le père Noël un soir de Noël enfin bon !… N’aurais-tu plus toute ta raison de t’esclaffer et de te moquer de cette enfant !?… Je te le demande … »
Ainsi rabrouée par son mari, le gentil Monsieur Gaston qui aimait beaucoup Adélie, Madame Francine alla se renfrogner derrière son tiroir caisse, se le tenant pour dit.
– « Tu es venue pour quoi dis moi Adélie ? »
Lui demande Mr. Gaston …
Rougissante de cet intermède peu amène, Adélie avait un peu perdu de vue le but de son passage au magasin.
– « C’est-à-dire … »
Commence-t-elle …
– « Que je suis venue chercher quelques courses pour ce soir … »
– « Des courses ? »
Fit entendre à nouveau la voix moqueuse et acerbe de l’épicière.
– « As-tu de l’argent seulement ?… Tu sais bien que la maison ne fait pas crédit pourtant !?… »
– « A-t-elle jamais fait crédit chez nous Francine, la petite ?… »
Rétorque monsieur Gaston.
– « Euh … Non … Il est vrai … »
– « Alors … »
Continuait Monsieur Gaston cette fois pas content du tout,
– « Je te prierais de vouloir bien taire ta méchante langue pour que je puisse écouter ce dont Adélie a besoin … »
Le silence se fit dans le magasin. La femme restait dans son coin, derrière le comptoir et Adélie s’approchait de Mr. Gaston tout en sortant de la poche de son manteau tout l’argent que le docteur lui avait donné.
– « Voici, Monsieur Gaston, voici mon argent. J’aimerais, si possible, pour cet argent, deux litres de lait entier, un paquet de cacao en poudre, vous savez bien, celui qu’il faut cuire et puis un kilo de sucre, une livre de beurre doux et un pot de confiture de framboise. »
Son cœur battait à se rompre. Jamais, elle n’en avait souvenir, jamais elle n’avait acheté autant de choses luxueuses en même temps.
– « Ah mais dis moi donc … »
Répondait Monsieur Gaston.
– « C’est un festin que tu vas nous préparer toi !… Seulement ne crois-tu pas avoir oublié quelque chose dans ta liste ?… «
– « Oh je ne pense pas Monsieur Gaston. C’est déjà bien assez comme cela. Si l’argent suffit je serais bien contente … »
– « Sans doute … »
Lui répond le brave homme,
– « Mais … Il te faut du pain pour mettre le beurre et la confiture, ou alors il te faut de la farine pour faire des crêpes non ? Et des œufs ?… Qu’en dis-tu ? »
– « J’ai des Cougnolles Monsieur Gaston !… »
Répond l’enfant toute fière se redressant,
– « Trois belles grandes Cougnolles !.. C’est le père Noël qui me les a données !… Elles sont géantes vraiment !… »
Et de ses deux mains écartées elle montre à l’homme la dimension des Cougnolles.
– « Aux raisins et aux cristaux de sucre imaginez !… »
– « Ah mais voilà la belle nouvelle petite !… Quel brave homme que ce père Noël que tu as rencontré là… Bien … Alors nous disions … »
Continue-t-il en se rendant dans les rayons derrière :
– « Deux litres de lait entier … Voilàààà … Puis … Un kilo de sucre semoule …. Voiciiiiii … Un paquet de cacao en poudre … Une livre de beurre … Et un pot de confiture de framboise … As-tu pris un cabas cependant parce que voilà bien des choses à porter à mains nues ? »
– « Eh non monsieur Gaston, je n’y ai pas songé … Je suis partie un peu dans la précipitation … »
– « Ce n’est pas grave tu sais … Les épiciers ont toujours des cabas … Regarde … Je place tout dans celui-ci et tu nous le ramèneras demain ou lundi, à ton choix … »
Ce disant il se met à remplir un grand panier en osier des produits qu’Adélie venait d’acheter. Une fois fini il allait vers la caisse, pointait les denrées et arrachait le ticket qu’il déposait sur la grande vitre du comptoir, tout au dessus. Ensuite il se mit à compter l’argent qu’il y avait déposé et en retirait la somme qu’Adélie devait payer pour ses achats.
– « Voilà qui est fait !… »
Dit monsieur Gaston.
– « Et à présent … »
Ajoutait-il,
A mon tour d’être ton père Noël.

Et devant la mine médusée de madame Francine qui s’écria d’un sonore :

– « Mais !!!… »
Laissant entendre ainsi sa désapprobation, le regard furieux et courroucé de monsieur Gaston y mettant radicalement fin de manière péremptoire …

L’homme se dirigeait dans le comptoir de crèmerie et charcuteries où il se mit à couper quelques tranches de jambon et des tranches de gouda. Puis il saisit une cuillère et servit dans un ravier des raviolis maison, tout un tas, ajoutait encore à cela une belle tranche bien épaisse de pâté de gibier, un petit pot de confit d’airelles et un magnifique saucisson. A quoi il ajoutait encore un carton de 12 œufs, un gros pain ménager et un sachet de fromage râpé.
Enfin, derrière lui dans le rayon il prit un kilo de farine et une boîte de sucre en morceaux qu’il ajoutait aussi dans le panier. Ensuite, se dirigeant vers les fruits et légumes il y choisit quelques belles pommes, des poires, une grappe de raisins noirs, un grand et odorant ananas, quelques belles oranges et des bananes …
Pour finir, prenant l’escabelle, il fouillait dans les rayons du dessus et redescendait les bras chargés de deux belles boites en fer remplies l’une de biscuits, l’autre de chocolats fantaisie, d’une grande bouteille de sirop de fruits rouges et de trois paquets de jolis macaronis tout frisés et colorés. N’en restant pas là il prenait encore au passage deux boîtes de tomates pelées et une petite boîte de concentré, une boite de filets de maquereaux et pour conclure ajoutait aux tout trois bouteilles de jus d’orange.
Madame Francine, à la regarder, on aurait bien pu croire qu’elle allait étouffer…

Ses joues, son front, son cou, tout en elle était devenu rouge et comme boursouflé.
Son mari de ce temps, ne la regardant pas même, allait dans la réserve et en revenait avec trois autres litres de lait les mettant eux aussi dans le grand panier qui commençait à déborder comme la hotte du père Noël !…

*
Un spectacle !

*
Adélie n’en revenait pas !

Elle ne se souvenait pas avoir jamais vu panier si rempli…

Médusée elle aussi, elle laissait faire l’homme, se rendant bien compte qu’il eut été inutile de le contrarier.
Celui-ci n’avait pas fini…

Il allait dans la vitrine et y prit quelques branches de sapin tout frais et sentant bon la forêt, enlevait quelques boules de Noël de la décoration intérieure du magasin et les ajoutait au reste …
Enfin, pour finir, se tournant vers madame Francine sur le point de défaillir lui demandait d’une voix suave :
– « Dis moi donc Francine, il me semble qu’il nous restait encore une de ces belles bûches de Noël que nous achetions hier pas vrai ?… Nous pensions encore la vendre ce soir mais il commence à se faire tard … »
– « Sûrement !… »
Répondait madame Francine, toute heureuse elle de retrouver son droit à la parole …
– « Sûrement oui qu’il en reste encore une !… Mais nous pourrions très bien encore la vendre demain Gaston !… »
– « Demain … »
Lui répond Gaston d’un ton sans réplique et écartant largement les bras,
– « Demain, Francine, c’est un autre jour !… Et de plus, demain, Francine, c’est le jour de Noël !… De plus, Francine, demain, le boulanger passera nous déposer de nouvelles marchandises !… Tant qu’à faire, mieux vaudra vendre du frais aux clients pas vrai ?… Te plairait-il je te prie d’aller me la chercher cette bûche que tu as rangée derrière en chambre froide ?… Je vais l’ajouter au panier d’Adélie pour finir leur repas de Noël, demain !… Y verrais-tu un inconvénient peut-être ?… »
– « Si j’y vois un inconvénient ? »
Répond madame Francine au comble de la fureur.
– « Monsieur appellerais cela un inconvénient ? Mais mon cher ami, avec tout ce que tu as enfourné dans ce panier, ces gens là, il leur faudra au moins jusqu’au Noël prochain pour nous rembourser !… »
– « Nous rembourser ? »
Réplique monsieur Gaston tout étonné,
– « Nous rembourser ?… Mais, femme, tu n’y es pas du tout !!! Je crains que tu n’aies pas compris !… Il ne s’agit nullement de remboursement ni de crédit !… Ce sont des cadeaux de Noël que j’offre à « ces gens » comme tu le dis !… Veux-bien je te prie aller chercher cette bûche !?… Nous n’avons déjà que trop tardé et la maman d’Adélie risque de s’inquiéter … Sur le passage, voudrais tu bien me rapporter aussi mon manteau ?… Je vais lui faire un pas de conduite à cette enfant, le panier est bien lourd, elle ne pourra jamais arriver à bon port. »
Se tournant vers Adélie il ajoute :
– « Tu porteras la bûche petite, c’est plus délicat … Et léger … »
Retournant vers le comptoir il prit alors le ticket de caisse, le donnait à Adélie prenant soin de lui rendre aussi sa monnaie.
Toute éberluée, ne sachant plus que croire ni voir, Adélie prenait le reste de son argent. Constatant qu’il y en avait presque tout autant que quand elle arrivait elle dit à monsieur Gaston …
– « Il y en a assez encore monsieur Gaston, prenez donc le tout ! »
– « Un cadeau, petite, ne se paye pas, il se donne !… Avec le cœur !… Garde donc tes sous, tu iras demain matin chez le boulanger chercher un bon pain frais pour la journée … Et le reste, ma foi, tu pourras l’économiser pour d’autres usages. »

*

*
Regardant vers l’étalage, Adélie avisait une belle couronne de Noël toute faite de rubans rouge et or …

Elle l’avait déjà bien des fois admirée le matin en partant pour l’école et c’était dit que ce serait fort joli comme décoration de Noël.

Tout y était …

Les branches, les boules, les rubans, et même huit jolies bougies plantées dessus à intervalles réguliers …

Voilà une jolie chose qui ferait plaisir à maman.

Et la couronne pourrait resservir l’an prochain …

Ce ne serait pas vraiment un achat vain…

*

*
– « Alors monsieur Gaston, je vais acheter la couronne qui se trouve dans la vitrine. Je l’aime beaucoup. Je suis sûre que maman l’aimera aussi. Elle est vraiment très très belle. Puis-je l’acheter oui ? »
– « Ah mais écoute, si tu penses que cela pourrait te convenir, pourquoi pas ?… Attends, je vais la prendre. »
Et s’arc boutant contre l’étalage, monsieur Gaston se saisit à deux mains de la couronne, la faisant passer par-dessus les produits exposés.
– « Je l’ai décorée moi-même jeune fille ! »
Dit-il tout fier à Adélie.
– « Et l’an prochain tu pourras t’en resservir, il te suffira de remettre des branches de sapin toute fraîche. Le reste des décorations tu les garderas et tu les replaceras … »
– « Oh !… »
Dit Adélie tout séduite,
– « Il y même des clochettes dorées !… Je la poserais en milieu de table et j’allumerais les bougies à minuit pour le Noël !… Comme je suis contente ! »
Dit-elle en battant des deux mains.
– « Alors je suis content moi aussi ! »
Dit monsieur Gaston.
– « Combien pour la couronne monsieur Gaston ? »
– « Il t’en coûtera 7 euros mon enfant, c’est son prix produit fini. »
Reprenant ses sous dans sa poche Adélie compta minutieusement son argent et donnait le compte juste à l’épicier.

*

*
– « Il y en a des choses à transporter ! »
Dit-elle d’une voix tremblante d’émotion.

Jamais il ne lui était arrivé de n’avoir pas assez de bras pour porter toutes les emplettes !…

Vraiment, c’était la fête.
– « Pourvu que maman se réveille, pourvu que maman aille mieux tout à l’heure, pourvu qu’ensemble nous puissions faire la fête et profiter de toutes ces bonnes et jolies choses que je vais lui ramener. »
L’enfant était au comble du ravissement mais tout de même dans son cœur restait une brûlante lame d’inquiétude. Ah, si maman pouvait bien vouloir revenir de là où elle se laissait glisser. Ce serait si bien ensemble ce soir, et tous les soirs de la vie à venir.

*

*
Entretemps madame Francine revenait avec le carton de pâtisserie à bout de bras et le manteau de son mari jeté par au dessus.
– « Mauvaise !… »
Lui dit monsieur Gaston avec un ricanement en la voyant arriver …
– « Tu mets mon manteau sur le carton dans l’espoir d’abîmer la bûche ?… Bah, le carton est solide, tu en seras pour tes frais. »

*
Enfilant son vêtement il attrape le panier.
Se ravisant, il le dépose, ouvre la boîte de pâtisserie pour s’assurer que la bûche est bien dedans … Sait on jamais … Enfin, il referme le carton, met autour un joli ruban et le donne à Adélie qui le prend avec d’infinies précautions sur le plat de ses deux petites mains …
Le grand cabas dans une main et la couronne dans l’autre, monsieur Gaston suivait Adélie et ils sortirent du magasin…

Et c’est ainsi chargés qu’ils prenaient le chemin vers la maison de l’enfant.

*

*
Sur le retour, Adélie ne dit pas un mot.

Elle se demandait vraiment ce qui lui arrivait …

Abasourdie qu’elle était, éberluée, tout en effervescence aussi.

Serait-ce le père Noël qui aurait manigancé tout cela ?…

Lui qui disait ne pouvoir faire de miracle, la voilà servie !…

Si seulement il pouvait en faire autant pour maman se dit-elle.

*

*
Arrivés devant la maison pourtant son petit cœur se resserre et elle sent sa gorge se nouer. Elle se souvient avoir laissé sa maman couchée comme inconsciente dans son lit et se demande comment elle la retrouvera.
Fouillant prestement sa poche elle en extrait la clé et ouvre la porte.
C’est le moment que choisit la propriétaire pour descendre l’escalier. Voyant rentrer l’épicier à la suite de la petite et chargé d’un immense cabas rempli à craquer d’aliments elle s’arrête, interdite, au bas des marches.
– « Mais … »
S’exclame-t-elle,
– « Qu’est ce donc que tout cela ?… »
– « Des courses madame ! »
Répond, désinvolte, monsieur Gaston qui n’est pas sans ignorer, comme tous d’ailleurs dans le quartier, le caractère peu généreux du cerbère.
– « Des courses voyez-vous !… C’est Noël pour tout le monde pas vrai ? »
– « En effet … »
Répond la propriétaire, essayant d’un sourire forcé d’atténuer l’effet de sa question.
– « C’est Noël pour tout le monde oui !… Mais dites-moi donc, j’espère que l’enfant n’a pas fait crédit ?… »
– « Crédit madame ?… Mais point du tout ! Le crédit, elle le reçoit d’emblée. Car le crédit, voyez vous madame, c’est la confiance et l’estime que l’on accorde aux gens de cœur et de qualité ! En êtes-vous ? »

*

*
Laissant sa question en suspens l’épicier suit la petite Adélie en descendant l’escalier vers le logis où il trouve le médecin assis sur une chaise à la tête du lit de la maman qui elle, réveillée enfin, est à moitié assise, accoudée aux oreillers … Voyant cela Adélie, après avoir précautionneusement déposé le carton de pâtisserie sur la table, se précipite vers elle et la prend tendrement dans ses bras.

*
– « Maman !… Enfin te voilà réveillée… Enfin te voilà revenue !… Comme je suis contente ! Regarde, regarde maman, tout ce que j’ai ramené !… C’est monsieur Gaston !.. Il nous a tout donné pour nous, pour notre Noël !… Imagine maman, imagine !… C’est Noël !… »
S’exclame la petite.

Et se retournant elle cherche des yeux l’épicier, mais celui-ci, sans demander son reste, est déjà parti. C’est ainsi que font les bonnes gens. Ils donnent sans compter et ne demandent aucunement d’en être encensé. C’est cela, la générosité…

*

*
Voyant tout ce déballage de victuailles dans le grand panier, les branches de sapin qui en sortaient, le carton de pâtisserie et la belle couronne posés sur la table le docteur s’esclaffait :
– « Eh bien ma jolie, tu as fait bon usage de ton argent !… Je te félicite et je me réjouis pour toi et ta maman !… »
– « C’est monsieur Gaston docteur … C’est monsieur Gaston, c’est vous … C’est le père Noël aussi … »
Dit l’enfant dans un sourire noyé de larmes tout en caressant le front de sa maman…
– « Bien dis le docteur, très très bien ! Je suis ravi sache le bien !… Et moi j’ai eu de ce temps là une bonne et longue conversation avec ta maman… Nous allons voir ce que nous pouvons faire pour l’aider … A mon avis, il serait peut-être temps de penser à prendre quelque vacances bien méritées … Changer d’air et d’atmosphère … Je vais voir ce que je peut faire pour vous deux … »
– « Des vacances docteur ? »
S’exclame Adélie …
– « Ben disons, des vacances … Pas tout à fait … Mais peut-être une manière de partir en vacances oui, qui sait … Ta maman m’a promis qu’elle allait essayer de remonter le courant … Il faut n’est-ce pas Madame ? »
Dit-il en regardant la mère d’un regard à la fois sévère et bienveillant.
– « Oui docteur, je vais essayer … Je vais essayer oui … Pour moi, pour Adélie … Mais … Vous êtes trop bon … Nous n’avons nulle part où aller … Et nous n’avons guère d’argent, pas même pour nous déplacer. »
Dit la femme d’une voix faible et basse.
– « Nous verrons en temps utile Madame, ce qui importe d’abord c’est que vous fassiez l’effort pour vous remettre debout !… Vivre ! Dame !… Vivre qu’il faut !… Rien n’est facile pour personne nous le savons tous … Mais vous avez là une si gentille petite qui vous adore et vous est toute dévouée … Pleine de talents et de qualités … Elle a besoin de vous !… Si vous ne voulez plus vivre pour vous, vivez au moins pour elle. Le reste suivra … »
Adélie ne comprenait pas trop bien de quoi il s’agissait. Ce qu’elle comprenait c’est que le bon docteur était parvenu à réveiller sa maman, qu’ils avaient beaucoup parlé, qu’il y avait dans la pièce un poêle supplémentaire, elle venait de s’en apercevoir, qu’il y faisait bien chaud et que sur la table et dans le grand panier il y avait de quoi faire un repas de fête … Un repas de Reines pour toutes les deux ce soir et encore demain et encore les jours prochains … Déposant un tendre baiser sur le front de sa maman elle lui dit :
– « Reste là bien au chaud maman, repose toi. Moi je vais ranger, mettre la table, fabriquer le cacao. Tu verras maman, ce soir, pour nous aussi, ce sera Noël !…Un vrai Noël maman !… Tu comprends … »
Alors l’enfant se levait du chevet de sa mère et se mettait à déballer toutes les provisions. Une belle musique de Noël remplissait la pièce et cela lui fit du bonheur au cœur. Elle adorait la musique bien sûr Adélie. Elle est danseuse, ne l’oublions pas.
– « Et moi je vais vous laisser à vos occupations … »
Dis le médecin.
– « Si j’ai le temps ce soir je passerais vous voir mais il m’étonnerait … Le veillée de Noël, curieusement, il y a toujours des malades parmi les petites gens. Mais au plus tard je vous retrouverais demain !… Promis … »
Se retournant vers la mère une dernière fois il lui recommanda d’une voix ferme :
– « Et pas de bêtises n’est ce pas ma bonne Dame !… Vous avez là près de vous une charmante enfant dont le cœur déborde d’amour pour vous !… Et ce soir, quoi qu’il en soit des chagrins, ce soir vous êtes ensemble, il fait chaud, vous avez de bonnes choses pour vous régaler et de belles choses à regarder. Et Adélie se fera un plaisir, je le sais, de vous raconter plein d’histoires de Noël. N’est ce pas petite ? »
Dit le médecin en s’approchant de l’enfant déjà fort affairée aux soins du repas de fêtes qu’elle se promettait de préparer.
– « Oui docteur … »
Répond elle … Et regardant vers sa maman :
– « D’ailleurs maman, avec tout ça, je n’ai pas encore pu te raconter le plus important !… Imagine-toi, maman !… Ce soir, en revenant de l’Académie, j’ai rencontré le père Noël !… Le vrai maman, le vrai père Noël, celui qui vient des pays lointains, là où les arcs en ciel se mélangent à la brume et où le soleil se lève trois fois sur la journée ! »

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Souriant et tranquillisé, le médecin remontait le petit escalier et discrètement s’en allait. Il était certain que ses petites protégées, au moins ce soir, passeraient une belle fête.  Le babillage de l’enfant le poursuivait dans le couloir et jusqu’à la porte d’entrée qu’il refermait derrière lui, le cœur soulagé et l’âme rassérénée. Il faut peu de choses pour rendre heureux tout compte fait se dit-il. Quelques heures de bon vouloir, quelques pièces de monnaie et c’est comme si tout le reste s’enclenchait à la chaîne.

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Demain, il en était certain, il retrouverait la mère et son enfant souriante et confiante.
Une petite voix le lui disait …

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(Suite au prochain épisode … Sous peu … J’y travaille…)

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Droits d’Auteur …

Vous l’savez bien n’est ce pas …

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J’crois au Pèr’Nowel

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MOI ?…

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J’CROIS AU PER’NOWEL !

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Le père Noël ?
Tu y crois toi ?
Moi, je m’pose des questions …

Elles sont banales mes questions, de celles à pas même quat’sous.
Ni de quoi mouiller un chat.
Des questions comme:

– “Mais pourquoi l’père Noël n’existerait-il pas ?”

C’est vrai tous comptes faits.
Quand j’étais p’tit j’les croyais, ceux qui m’parlaient du père Noël…

C’était ma mère, surtout, et ma grand-mère aussi, et puis ma tante. Mais pas mon père, ni mon grand-père, ni mon tonton. Eux ils se taisaient. Et ils riaient aussi, je me souviens, surtout le soir de réveillon. Ils riaient, et parlaient haut, et fort, et vite, et beaucoup, et de tout. Nous on jouait. Par terre. Avec les joujoux trouvés sous l’arbre. On ne s’occupait pas des grands. Nous on buvait des chocolats chauds.

Et eux …

Du porto ..

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Et l’père Noël dans tout ca ?

On ne l’voyait pas…

Il arrivait de nuit. Il repartait de nuit. Tout ça s’passait de nuit: le traîneau, les rennes, la hotte remplie de cadeaux, et tout ça dans la cheminée, et puis l’installation sous l’arbre, et pas un bruit pour me réveiller. Il était fort, le père Noël, un maître-cambrioleur… Une cheminée, on n’y pense pas. Mis à part qu’elle abrite du froid, qu’elle permet de préparer un bon repas, et de se réchauffer les doigts, et de lire face aux flammes, ou d’écouter de la musique, et d’être bien, en compagnie…

De ses enfants, de sa famille, de ses amis.

Mis à part cela, une cheminée, on n’y pense pas…

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En dev’nant plus grand, j’ai constaté que l’père Noël ne passait pas par la ch’minée. C’était pas possible. C’était bidon. Ou alors c’était un fantôme. Ou un revenant. Ou alors moi j’étais fou…

*
Car tout d’abord il faisait très froid dehors. Et quand la neige ne rendait pas le toit impraticable même pour un funambule averti, il pleuvait, et là-d’ssus, bien des fois, il gelait. Alors, s’y arrêter avec des rennes et un traîneau… J’n’en doute même pas. Ensuite, il n’y avait d’traces nulle part d’un bonhomme plutôt replet qui serait passé par la cheminée toute pleine de suie et qui aurait abouti dans le feu continu…

Non, j’arrête là…

C’est nul !

*
Quant aux bonbons on en trouve partout, tout le temps et toute l’année.

Et les jouets c’est pareil…

Ca aussi je l’ai constaté.

*
Simplementque pour Noël, on mange plus, on boit plus, on r’çoit plus, on dépense plus, on gaspille plus, on décore tout pareil partout et partout ca rutile et ca flamboie et on oublie encore un peu plus les autres simplement à force de penser à la fête qu’on va faire avec certains.  Les siens …

Et l’père Noël dans tout ça ?

Je n’sais pas…

Tu y crois toi ?

*

Tiens, encore ce matin là, je m’promenais…

Il faisait un ciel pas trop radieux et un vent mordant.
Je ne me pressais pas, j’allais…

J’arpentais le trottoir sous les tonnelles des magasins et me distrayais à compter les grandes dalles carrées et même je sautais…

Je sautillais quoi, voilà tout, pour m’amuser.
Un passant là me r’gardait .

Mais j’ai l’habitude.

L’habitude d’être regardé.

C’est à cause de mon long nez. Et d’mes grandes oreilles. Et d’mes cheveux aussi, parce qu’ils sont jaunes paillasse, presque comme le blé. Et j’m’en moque, d’ailleurs.
Brusquement sortait d’un d’ces magasins à tonnelles, comme un chat chassé un chat, chassé. Et il courait, ne regardait ni de droite ni de gauche et traversait, d’une traite et pourchassé de la crémière, (car le magasin c’était une crémerie,) pourchassé de la crémière dis-je qui brandissait son balai comme on brandit un balai pour pourchasser un chat. Et dans tout cela arrivait la voiture qui manquait … Le chat continuait sa course de chat chassé, la crémière elle, subtile, arrêtait net son élan et cessait de pourchasser le chat chassé pour laisser la voiture passer …

*
– “Ben ca, c’est l’père Noël !” me dis-je.

*
Une rue tranquille où n’passe jamais un chat, sauf celui-là, des magasins ronronnant leur quotidienne somnolence entre quelques rares clients, sauf la crémerie et ce jour là, et pas une voiture en général à cette heure là sauf celle qui sauvait le chat chassé par la crémière qui le pourchassait.

*
Et bien çà, c’est le père Noël!

Comprenez vous ?…

Ben oui…
Ca vous fait rire ?

*

Tiens, pas plus tard que tout à l’heure.

Le quart de midi venait de sonner.

Le ciel depuis le matin ne s’était pas encore éclairé.

Le gris des nuages se reflétait dans les fenêtres des maisons.

*

C’est très parlant, les fenêtres des maisons. Toujours il me semble qu’elles me racontent des histoires. Et j’en imagine de belles. En ce moment un peu partout il y a des lumières de couleurs. C’est pour Noël justement. Et tous ils en mettent. Et ça clignote en forme de coeur, et en forme d’étoile, certaines même filantes, et en forme de sapin. C’est joliment bien. Et tout ça sur les fenêtres. Et ça éclaire les grandes dalles carrées des trottoirs. Et comme souvent ils sont mouillés, ça s’y reflète, alors c’est très beau à voir. C’est presque comme un réveillon.

Presque.

Car ce n’est pas tout.

*
En les regardant les fenêtres des maisons toutes illuminées qu’elles étaient j’imaginais. J’imaginais des tables bien mises, avec des ronds de serviette, et des assiettes, et des verres, et des beaux couverts et tout. J’imaginais…

Une belle nappe blanche, ou rouge peut-être, ou couverte de paillettes d’or. Je me disais qu’il y avait un sapin là dans la salle de séjour, dans un coin. Et des cadeaux, ça c’est sûr, des cadeaux qui attendaient. Et toutes les pièces derrière les fenêtres illuminées des maisons que je regardais sentaient bon. Elles sentaient le pain d’épice de mon enfance, et le vin chaud, et la dinde au fourneau. Je me dilatais les narines comme pour humer l’odeur que j’imaginais.

*
Et je regardais plus fort, du plus fort que mes yeux pouvaient regarder les fenêtres, je les regardais qui clignotaient dans les maisons. Et parmi tous ces clignotements, au milieu de toute cette lumière, d’entre toutes ces imaginaires odeurs d’épice et de pain neuf, encadrée de guirlandes et d’étoiles filantes collées sur la fenêtre d’où elle me regardait, une petite fille, blonde comme un ange et belle comme la promesse de jours meilleurs, de sa petite main dodue et délicate, les doigts largement écartés comme pour mieux me faire voir, une petite fille blonde vêtue d’une capeline rouge bordée de zibeline blanche pareille à la neige, en riant, me faisait signe de la main …

*

– “Ben ca, c’est l’père Noël !” me dis-je.

*
De derrière toutes ces fenêtres anonymes, clignotantes parce qu’elles doivent clignoter, garnies de rideaux de mousseline ou de lourdes draperies, de dans ces maisons où jamais personne depuis que je les regarde en passant ici tant de fois matin, et soir, et nuit parfois, où jamais personne ne m’a ni regardé ni reconnu, d’au delà de ces fenêtres où tant de belles histoires de famille, et de fête, et de chaleur humaine et de tendresse, et d’amour me fabulent la tête, jamais personne ne m’a vu, sauf aujourd’hui, une petite fille, blonde et jolie.

Et elle m’a sourit …
Et ca, voyez vous bien, c’est l’père Noël !

*

Alors, existe-t-il ou n’existe-t-il pas ?

La question me taraude.

Elle me prend les tempes.
Pas vous ?

*

Car enfin, voilà-t-y pas un beau cadeau de Noël pour un pôv’gars comme moi, cette frimousse d’enfant qui m’sourit et m’salue parce que d’entre toutes ces lumières qui clignotaient c’est moi oui, c’est moi qu’elle avait r’péré. C’était Noël à c’moment là, vous en conviendrez …

*

*

En descendant l’allée du parc ce soir, vers là où j’avais mon banc libre à l’abri des courants d’air pour y déballer mon souper, eh bien, je l’ai r’trouvé, le père Noël.

Là à l’endroit où est bonne la lumière des réverbères quand la nuit vient tomber.

*

*
Je dépose mon sac.

Je sors mes provisions.

*
Et j’en ai déjà des petits paquets de toutes sortes de choses qui se mangent, et rassasient, et se conservent. Des débris de “Petit-Beurre” que j’ai toujours dans une boïte en métal. Quand la faim se fait sentir… Il suffit parfois de quelques miettes pour la différer. Trois fonds de pain baguette blanc qui restent mous dans le plastique. Je les ai depuis hier. Un pot de confiture. Il était moisi, mais dedans il est tout bon. Je ne comprends pas qu’on jette. Une cuisse de poulet à peine entamée. C’est Auguste qui me l’a donnée. Je ne sais pas d’où elle vient enfin, mais c’est Auguste qui me l’a donnée. Un quart d’huile d’olive, un peu rance mais tout de même ca vous graisse le palais. Faut pas êt’trop r’gardant… Une boîte de lait en poudre tout abîmée. Et le lait est mouillé… Mais dans un gobelet d’eau ca ne ressemble qu’à du lait…

Mon couteau, ma cuillère, ma serviette en coton…

(C’est vrai qu’elle ne sent plus fort bon.)

Et mon sac qui est rempli de vieux papiers souillés…

J’m’en vais d’abord m’en débarrasser là-bas plus loin dans le panier poubelle tiens … Toujours vide celui-là. On devrait l’supprimer. Il ne sert de rien. Il y en a comme ca de ces inutiles paniers à ordures dans lesquels il ne se trouve jamais rien de bien… Même pas une ordure … Mes papiers gras et jaunasses bien serrés dans la main je fais les quelques pas séparant le banc, où j’installe mon repas, et la corbeille à déchets.

*
Je fais le geste de lever l’bras mais mon oeil affûté habitué à ne rien rater vise un carton blanc et jaune liseré de doré, posé bien à plat, et fermé, dans le fond de la poubelle. Un carton impeccable … Avec la cordelière du pâtissier autour… Défaite pour sûr, mais autour. Je m’risque. Je cale ma boule de papiers gras sous l’aisselle gauche et ma main droite lentement s’approche du carton pour l’ouvrir.

Je déglutis, je le sens, dans ma gorge j’avale dur…

Mais le carton ne contient plus rien sans doute…

Faut pas rêver pas vrai ?

Ni croire au père Noël …

*

*
Ben ma foi non !
Imaginez vous bien que dans l’carton se trouvait une belle bûche à peine entamée d’une seule cuillerée, couleur blanc et marron pâle, avec des raclures de chocolat et des décorations et une feuille de houx et un p’tit Jésus en sucre rose et blanc. Et lavande son lange autour de ses hanches!

*

*
Je m’exclame:

– “Ben çà, y’a pas, pou’l’coup là c’est bien l’père Noël !”

*
Près de moi, personne. Je risque un coup d’oeil alentours, pas un homme … Et le contenu des poubelles, sûr que ça j’ le sais, c’est vraiment quelque chose qui appartient à celui qui met la main d’ssus m’premier.

*
– “Ben ca, c’est l’père Noël !”

Me dis-je encore, opinant de la tête car convaincu.

Et abasourdi vous pensez !…

*
Enfin voilà donc une poubelle que je connais depuis des années ! Moi, et les autres potes qui rodons dan s le quartier. Une poubelle dans laquelle jamais au grand jamais je n’ai rien trouvé de valable même déposé le moindre déchet. Une poubelle que personne ne regarde ni ne voit. Une poubelle sans existence ni signification voilà qu’en ce jour de fête j’y déniche une bûche toute fraîche, en gâteau et crème au beurre et crème pâtissière, une bûche pour au moins huit personnes, j’vous d’mande un peu, toute belle, toute grande, et pour dire le vrai tout’entière et en plus enrubannée dans un joli carton !

Un cadeau quoi !…

Tout bonnement …

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– « Et bien ca, c’est l’père Noël ! Et c’coup-ci j’y crois pour de bon !

– « On s’la partag’ra avec les copains, la bûche, tout à l’heure, sous l’échangeur … »

Me dis presqu’au bord des larmes de bonheur … C’est là qu’on s’est donné rancart à onze heures pour passer notre réveillon de sans-logis. Sûr qu’ils s’ront surpris…

Et vous verrez, le père Noël, ils lui diront merci !…

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Preuve qu’il existe oui ?!

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DROITS D’AUTEUR

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Il y a des Noëls …

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Il y a des Noëls sans rires …

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Déjà plusieurs jours de cela j’entendais cette phrase à la radio, et mon âme, brusquement, en fût toute chagrinée.  Tous mes préparatifs pour la fête furent d’un seul coup interrompus et les jours passants je ne parvenais plus à m’y consacrer …

Les boîtes de décorations restaient là, ouvertes, les guirlandes et les lampions attendaient que je les accroche au sapin, et un peu partout dans la maison, mais je n’y arrivais pas … Je ne comprenais plus trop ce que je faisais là à décorer un sapin, à emballer des cadeaux, à préparer ma liste de courses, à calligraphier mes menus et mes cartons de table…

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Il y a des Noëls … Sans rire …

Pourquoi cette phrase restait-elle là dans mes pensées à retentir ?…

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La fête de Noël est magique, et sa magie est très résistante à travers le temps. C’est peut être bien la seule fête au monde qui réunit autant de familles autour des tables, la seule fête où la chaleur des foyers, les odeurs des plats cuisinés et les retrouvailles sont conjugués …

C’est la fête de la Nativité …

Elle parle de paix, d’amour et de partage …

Et de chaleur pour réchauffer les cœurs de tous les êtres du monde entier, et surtout de tous les enfants, puisque c’est la fête de la Naissance … Qu’ils soient riches ou pauvres, qu’ils aient des familles ou qu’ils soient orphelins, qu’ils soient joyeux ou tristes, Noël appartient aux enfants du monde entier et aussi à tous les parents, puisque sans parents, sans un papa et une maman nous sommes bien d’accord, pas d’enfants …

Il y a déjà bon temps de cela, il n’y avait pas de père Noël.  Il fut inventé sur le coup de génie opportun d’un publiciste et même, est-ce ironie, vantait les mérites d’une boisson dont nous savons aujourd’hui qu’elle est une des marques au monde dont les détenteurs et possesseurs du label et attributaires de dividendes sont parmi les êtres les plus riches du monde entier …

Nul n’ignore d’ailleurs qu’ils sont aussi de ceux qui investissent et retirent des gains des munitions, des armes nucléaires, des canons …

Mais on l’ajoutait à la Nativité … Il y avait un brave saint déjà pourtant, Santa Klaus, qui avait dit-on sauvé des enfants et était devenu leur patron, mais il fut détrôné.

C’est ainsi que très rapidement Noël devenait la fête des cadeaux pour petits et grands …

Car soudain dans le cours de l’histoire arrivait dans le décor de Noël l’idole ainsi créée, portant sur la tête un bonnet rouge bordé d’hermine blanche encadrant son visage rubicond, joufflu et bon enfant, un pantalon et une veste rouge sous laquelle un ventre proéminent, et sur son dos un gros havresac comme ceux que portaient les pèlerins et les voyageurs d’antan, bourré à craquer de jouets de partout dépassant …

Et c’est ainsi que venait s’ajouter à la fête de Noël la féerie de la surprise tant attendue des cadeaux sous le sapin.

Car un jour lointain il est arrivé que l’on réunisse la fête du sapin, celle du bon saint et celle de la Nativité pour la joie des familles réunies autour d’un excellent repas … Et tout semblait devenu divin …

Les lumières, les bougies, les cadeaux et joujoux et de tout acabit au pied de l’arbre joliment décoré …

Des poupées, des marionnettes, des cassettes de musique, des livres, des trottinettes, des jeux de sociétés, des jeux de construction, des vélos, des patins, des planches à roulettes, des déguisements de fées, de princesses ou de Tarzan, des boites à trésors et à malices, des coffrets remplis de personnages, des cuisines miniaturisées pour les petites filles, des établis complets pour les garçons, de jolis vêtements et des nouvelles bottes pour les enfants ;

Mais aussi des ustensiles de cuisine, du linge de maison, des meubles, des bijoux, des parfums et des belles robes pour les mamans ;

Des montres en or serties de diamants, des chevalières, des articles pour fumeurs, des cravates, des costumes, des jumelles, des planches à voile, des télescopes pour les papas ;

Et puis aussi des téléviseurs, des magnétoscopes, des caméras, des appareils photographiques, des ordinateurs ;

Et encore et tant et toutes sortes de choses et même de plus en plus de choses, de celles qui par ailleurs ne trouvaient plus même place sous le sapin, jusqu’à des voitures pour les adultes, des séjours dans des hôtels de luxe pour les grands-parents, des safaris dans le désert, des motoculteurs, des tondeuses à gazon, bref, le père Noël apportait de tout, du pire au meilleur, dans sa besace … Du moins … Il essayait …

Et c’est ça qu’est devenue la magie de Noël ! Le sapin, les cadeaux, les bons repas, les familles qui se réunissent au nom du Père Noël !  L’outrance, la bombance, l’indécence et une grande ignorance du piège se refermant sur cette fête qui se devrait d’être dédiée à l’amour, à la joie, à la paix …

Et aux retrouvailles familiales en toute sobriété, en toute simplicité …

Et encore, ce n’est pas fini !  Que nenni !…

Car après la fête, la magie continue … Jusqu’au Nouvel An qui lui aussi est un moment où désormais l’on offre des cadeaux…  Où l’on retourne une nouvelle fois dans les magasins pour de nouveau y acheter des mets de plus en plus sophistiqués, et des cadeaux une fois encore et de plus en plus chers, de plus en plus nombreux …  Et tout cela, bien entendu, exige beaucoup, beaucoup d’argent … Et les gens épargnent, mettent de côté leurs deniers, le résultat, ou le résultant de leur travail, de leurs efforts et endurances, fiévreusement, pour assurer cette explosion d’achat de fin de l’an …

Et cet argent, tout cet argent, bien sûr, enrichit outrageusement les producteurs de toute cette manne de Noël et Nouvel-An …

Et tout cela entraîne, dans l’ombre de l’effervescence, que ceux qui n’ont pas d’argent pour offrir n’osent plus venir à la fête, que ceux qui n’en offrent pas sont regardés de travers ou considérés un peu comme les pauvres de la famille … Au point aussi que ceux qui ne peuvent participer de cette allégresse, de ces fastes indécents de la liesse et de la consommation s’en sentent exclus, malheureux, déchus …

Il y a des Noëls…  Sans rire …

Curieux n’est ce pas ce que je vous raconte là …

Avec le temps les familles ont agrémenté le Noël avec des guirlandes de plus en plus sophistiquées, des lampions, des bougies, des bonhommes de neige et de Noël de toutes tailles et apparences et des boules, des boules, des boules ma p’tite dame, j’vous dis même pas …

Des boules de Noël de toutes les formes, de tous les aspects, de toutes les couleurs, de toutes les manières et matières et de plus en plus coûteuses, de plus en plus inutiles, de plus en plus douteuses voire de très mauvais goût mais pire encore que cela …

Il convient de savoir que de plus en plus toutes ces décorations viennent de pays où ce sont des mains de femmes pauvres, d’hommes pauvres et d’enfants qui les fabriquent pour quatre sous, même pas, dans des conditions de vie et de travail qui font honte à ceux qui les achètent et les possèdent à l’autre bout de cette infernale et pernicieuse chaîne …

Elles arrivent ici par avion, par train, par camion, par bateau, sont installées dans nos magasins déjà très tôt, de plus en plus tôt, juste après la fête des morts en novembre elles atterrissent déjà dans toutes les vitrines qui en regorgent et les gens se ruent chaque année dessus même s’ils en ont déjà dans leurs maisons, il leur en faut encore …

Il leur en faut toujours plus …

Parce qu’on leur en invente et leur en propose toujours plus … Et les enfants au bout du monde les fabriquent de leurs petites mains au lieu d’aller à l’école et reçoivent pour leur labeur tout juste de quoi acheter un peu de farine ou un bol de riz …

Ben oui, je comptais vous narrer Noël …

Mais…  Voyez ?…

Il y a des Noëls sans rires …

Avec le temps même les sapins ont changé … Il en est à présent des dorés, des tout bleus, des tout lisses, des tout fins, des argentés, des tout rouges … Car le sapin lui non plus n’a pas toujours connu la même histoire…  Il vient des forêts du Nord, il faisait partie du décor et jamais l’on n’aurait imaginé d’aller le déterrer ou l’abattre pour le ramener dans les maisons, dans les salons …

Soit … Passons …

Les cadeaux et les aliments ont commencé à devenir de plus en plus primés et pour finir les décorations, la table, les mets et les présents ont pris le pas sur cet anniversaire millénaire d’un soir quelque part dans un village où naissait un enfant, dans une étable, entouré de quelques moutons pour le tenir chaud de leur haleine, d’un âne pour le veiller et de ses parents pour le soigner …

Pourtant dans cette étable il n’y avait ni cadeaux ni sapin ni même de table … Et pour seule lumière il y avait la Lune … Les parents de l’enfant était pauvres, émigrés en région étrangère et mettaient au monde un enfant que d’aucuns déjà avait décidé d’éliminer.

Ce fut une nuit sanglante celle où Hérode décidait d’occire tous les nouveaux nés dans l’espoir de faire disparaître cet enfant juste né dont il était dit qu’il était venu au monde pour devenir roi, et le détrôner …

Roi …

J’vous d’mande un peu …

Un enfant de parents pauvres voyez vous ça ?

Pourtant …

Il y a des Noëls … Sans rire …

Réfléchissant ainsi de ces jours je me rappelais d’une histoire qui me fut racontée quand j’étais petite, ou peut-être l’ai-je lue, ou qui sait même l’ai-je inventée … Là dans le cours de mes pensées … Elle s’imposait à moi et j’avais brusquement envie de la raconter … Tout d’un coup, au bout de ces quelques jours de cogitations contradictoires, décorer, ne pas décorer …

Il y a des Noëls sans rires …

Tout ce manège dans mon esprit faisait que la seule chose qui me paraissait importante était d’écrire … Je n’avais plus aucune envie de faire des préparatifs et je décidais de laisser le sapin tel qu’en lui-même.

C’est d’ailleurs ainsi qu’il est le plus joli …

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L’histoire se passe dans un pays quelque part dans le monde, un pays comme tout les pays, ni moins merveilleux ni plus étrange. Un pays où les saisons se succèdent comme partout sur la planète, automne, hiver, printemps, été … Un pays où brille le soleil, où souffle le vent, où tombe la pluie, où virevoltent les flocons de neige, où le ciel prend des milliers de couleurs quand le soleil termine sa course sur l’horizon… Parfois, comme partout dans le monde, passent des nuages, doucement, lentement, voilant le soleil durant la journée ou la lune durant la nuit.

Un pays où les arbres ont des fruits odorants et jolis, où les fleurs poussent dans les parterres, où il y a des forêts, des étangs et des rivières …

Un pays où il y a des tas d’enfants, et des tas de parents …

Bref, un pays comme par ici …

C’était un soir de décembre, un soir de veillée de Noël …

Une petite fille aux yeux jolis et au nez retroussé avec tout plein de tâches de rousseur autour et de belles joues rouges et de beaux cheveux noirs comme la nuit marchait dans la rue en route vers sa maison … Il y avait de la neige partout et ses petits pieds, d’un pas gracieux, s’y enfonçait, légers … Elle revenait de l’école où une petite fête avait eu lieu … Elle était danseuse …  Et s’appelait Adélie … Elle apprenait la danse depuis déjà quelques années et dansait à merveille. Une vraie fée … La fête de l’école était terminée, tous les enfants de son groupe était parti dans le soir de Noël en voiture avec leurs parents qui étaient venus les chercher mais elle, elle rentrait seule à la maison parce que sa maman, malade et au lit, ne pouvait pas venir la prendre …

Oh, elle était bien habituée Adélie … Il y avait déjà tellement longtemps que sa maman était malade et alitée …

Elles vivaient toutes ensemble dans deux pièces tout en dessous d’une grande maison bourgeoise. La charité de la propriétaire leur permettait d’y loger pour peu d’argent et contre quelques services rendus … Ce n’était pas vraiment une cave mais cela y ressemblait beaucoup … Et puis, Adélie n’avait pas de papa … Du moins son papa il n’était plus là … Il était parti un jour il y avait déjà bien des années, Adélie se souvenait à peine de sa voix et maman racontait toujours qu’il ne reviendrait pas …

Adélie et sa maman était pauvres, très très pauvres … Enfin, elles n’avaient pas beaucoup d’argent … Bien sûr la maman d’Adélie ne pouvait pas travailler et donc elle ne recevait aucun revenu autre que celui qui lui était donné, chaque mois, par la paroisse. C’est pourquoi elles habitaient dans un logis si petit, pas très commode, pas très joli. Mais de cela non plus Adélie n’avait peine. Elle était grande Adélie, et comprenait beaucoup de choses … Elle était très débrouillarde aussi … Ainsi elle faisait la cuisine pour sa maman et elle, elle nettoyait les deux pièces régulièrement et puis elle aidait aussi sa maman qui, pour quelques sous en plus par moi, tricotait des chandails.

C’était la propriétaire qui leur apportait la laine nécessaire et vendait les ouvrages. De la sorte maman pouvait lui acheter ses chaussons de danse, ses tutus, ses collants …

« Parce que la danse, c’est cher… »

Disait maman …

Mais pour Adélie, la danse, c’était toute sa joie, toute sa vie … Elle rêvait, elle espérait, elle tremblait d’impatience de devenir grande et de devenir danseuse à l’Opéra et alors … Alors, rêvait Adélie, elle pourrait offrir à sa maman une jolie maison avec de beaux meubles, et un beau grand lit où elle pourrait se reposer et même peut-être un bon médecin pour la soigner …

Parce que la maman d’Adélie avait une maladie qu’on disait ‘Incurable’ … Cela signifiait que maman ne pourrait jamais en guérir … Et même … Et même … Qu’elle pourrait en mourir …

Toute à ses pensées brusquement cette idée faisait gonfler dans son petit cœur d’enfant un vilain sanglot qui lui faisait mal … Quelle terreur elle avait toujours de cette maladie incurable. C’était pour elle un effroi de penser qu’un jour il se pourrait que sa maman ne serait plus là … Parce que pour Adélie, il y avait dans sa vie maman, et la danse …

Secouant ses boucles et resserrant autour d’elle son manteau tout en enfonçant ses mains bien loin dans ses poches, elle forçait le pas … La neige était toute glissante et il fallait faire bien attention… Pas question de tomber … Ca non !…

Arrivée à l’angle de la grande avenue, près du parc, l’enfant fut projetée dans la féerie des éclairages … Toute la ville resplendissait …

C’était soir de Noël il est vrai et la fête se ressentait partout …

Des guirlandes, des décorations et des emballages cadeaux se voyaient dans les belles vitrines des magasins superbement éclairés et sur les trottoirs elle croisait des gens pressés qui tenaient dans leurs bras des emballages de toutes les couleurs avec des rubans de soies si jolis qu’elle en rêvait …

Et des bouquets de fleurs …

Allant le long de la grande avenue elle rasait les murs pour éviter les neiges amoncelées dans les caniveaux et sur les bords de trottoirs … Elle jetait de temps à autre des coups d’œil dans les vitrines des magasins et y voyait de si jolies choses que son petit cœur se serrait… Mais elle hâtait le pas … Il ne fallait pas trop regarder parce que ça la rendait triste …

Elle aurait tant aimé pouvoir acheter un cadeau pour maman … Oh rien de bien cher, rien de très luxueux, juste un petit quelque chose qui aurait fait briller ses yeux … Un collier, ou un bracelet, ou même elle avait pensé une belle liseuse comme elle en avait vu une un jour dans un des jolis magasins, toute en soie avec de jolis dessins. Mais il fallait beaucoup de sous et Adélie n’en avait pas du tout.

Instinctivement elle fouillait le fond de sa poche mais elle ne trouvait pas le moindre centime… D’ailleurs elle le savait bien …

Arrivée au bout de l’avenue, là où les magasins se faisaient plus rares, là où il fallait tourner pour prendre la rue vers la maison, soudain, Adélie, stupéfaite, se trouvait nez à nez avec un Père Noël !…

« Le Père Noël ! »

S’exclamait Adélie !…

« Ca alors c’est fort !… »

C’était la première fois qu’elle en voyait un en chair et en os !… Il y en avait partout des pères Noël, sur les affiches, dans les magazines que la propriétaire leur prêtait, dans les magasins, dans les vitrines… Même qu’il y en avait depuis quelques années des faux qui grimpaient le long des façades des maisons sur des petites échelles toute faite de lumière mais là, devant elle debout et bien vivant !… Non !…

Cela tenait de l’hallucination !…

« Le père Noël … » se dit-elle en souriant en elle-même …

Enfant il lui fut raconté que Le Papa Noël habitait loin, très très loin, dans un pays où il faisait très très froid.

On disait que toute l’année durant, avec ses petits valets, il fabriquait des jouets pour tous les enfants du monde et que le soir de Noël il chargeait tous ces jouets dans son traîneau et qu’il partait dans le ciel, tiré par ses rennes, et qu’après avoir rempli le sac qu’il portait sur son dos il descendait dans les cheminées des maisons et apportait partout partout de jolis cadeaux aux enfants qui les trouvaient sous le sapin le lendemain de son passage …

Mais Adélie savait bien que cela n’était pas tout à fait vrai … Depuis longtemps elle avait bien compris que le père Noël c’étaient les parents et que quand ils n’avaient pas d’argent eh bien … Il n’y avait pas de cadeaux… Comme pour elle … Pas de cadeaux, et pas de cadeaux non plus pour sa maman.

Et souvent même, pas de sapin …

De toute façon dans les deux pièces où elle habitait avec maman il n’y avait pas de place pour le sapin et d’ailleurs il n’y avait même pas de cheminée on se demande bien par où il serait rentré le père Noël.

Tout de même, la voilà renversée Adélie !… Un père Noël qui lui fait face pour de vrai !… C’est quelque chose un soir comme celui-là ! …

« Comme un miracle un peu … »

Se dit-elle …

Parce que même si Adélie était une petite fille très astucieuse, sage, mature et débrouillarde, Adélie était aussi une enfant … Et les enfants, ils ont beau savoir, ils rêvent quand même …

Et elle se mit à rêver …

« Et si je lui demandais… »

Se dit-elle,

« Si je lui demandais de m’apporter à la maison un cadeau pour maman … Peut-être qu’il lui en reste des cadeaux, peut-être que quelque chose pourrait faire office dans sa besace, peut-être qu’il aurait raté une cheminée, peut-être qu’il aurait, qui sait, un cadeau de trop … »

Tout d’abord ce ne fut qu’une fugitive pensée, mais voyant que le père Noël restait bien là debout stationné au coin de la rue et qu’il distribuait à tous les passants quelque chose qu’il sortait d’un grand panier tenu à bout de bras, la pensée se faisait audace et de l’audace à l’acte ben, il n’y avait tout compte fait qu’un pas …

Qu’elle fit …

En s’approchant de lui …

Un peu timide tout d’abord et un peu gauche, mais bien décidée, elle se disait qu’elle allait lui parler … Le père Noël ne l’avait pas vue, il lui tournait le dos. Alors elle passait devant lui et le regardant bien droit dans les yeux elle lui demandait d’une voix qui tremblait un peu :

« Vous venez d’où ? »

Alors le père Noël se penchait vers la petite fille et un grand sourire tout gentil sortait de sa barbe blanche et pétillait dans ses yeux…

« D’où je viens ? »

Répondit le père Noël d’une grosse voix bienveillante.

« Mais, petite fille, je viens de très très loin … Je viens d’un pays froid où les nuages et les brumes s’enroulent autour des arcs en ciel, où la terre se confond avec les forêts, où les feuilles des arbres ont la couleur de la mer et où le soleil se lève trois fois par jour ! »

« Oooooh ! »

Fit Adélie toute conquise,

« Comme il doit faire joli par chez vous là-bas !? »

« Ah oui ça, jeune fille, qu’il y fait joli dans mon pays ! »

« Vous … Vous êtes vraiment le père Noël ? »

Demandait la petite d’une voix toute chevrotante tellement elle était impressionnée de parler à cet illustre personnage …

« Bien sûr que je suis le père Noël ! En douterais-tu ?… »

Répond le père Noël d’une voix joviale dans sa blanche barbe.

« Oh … Non !… »

Dit Adélie toute contrite,

« Sûrement pas Père Noël, je n’en doute pas un seul instant !… Pas du tout du tout même … »

Dit la petite fille de plus en plus convaincue qu’il s’agissait bien de lui … Il était de toute évidence très exactement pareil à ce qu’elle avait vu sur les photographies et mille fois plus beau que ceux qu’elle voyait dans les vitrines et sur les façades des maisons … Tout habillé de rouge, avec son bonnet bordé de fourrure blanche, et son grand sac sur son dos …  C’était quelque chose… Vraiment !

« Mais … »

L’interroge-t-elle, pour avoir toutes ses assurances,

« Vos rennes, votre traîneau, Père Noël, ils sont où ? »

A cette question le père Noël partait d’un éclat de rire tellement sonore qu’il en retentissait dans toute la rue … Adélie en était toute tremblante … Mais de joie …

« Mes rennes ? »

Dit le Père Noël !

« Eh bien vois tu jeunesse, mes rennes, j’ai du les laisser aux portes de la ville … Ils sont interdits ici !… Et en plus, il n’y a plus moyen d’atterrir sur les toits des maisons, ils sont devenus trop hauts, trop compliqués et puis même, il n’y a plus de cheminées !… En plus vois-tu, mes rennes et mon traineau ne sont plus adaptés à toutes ces choses qui trainent partout dans le ciel ou sur les toits des immeubles … Les antennes de télévision, les antennes paraboliques qu’ils appellent cela, et puis tous ces pylônes qui me bouchent le chemin et les avions aussi tu n’as pas idée comme j’ai bien des peines à accomplir mon travail chaque année !… Et plus nous allons, plus les choses s’aggravent !… »

« Ben ça … »

Se dit Adélie en aparté …

« En voilà des nouvelles !… Le père Noël ne peut plus servir les enfants comme avant !…

« Et alors ?… »

Demande Adélie, soucieuse,

« Vous faites comment pour apporter les jouets aux enfants ? »

« Eh bien mais, je ne les apporte plus tu vois … Les enfants m’écrivent et me disent dans quel magasin je dois déposer les joujoux et les parents vont les chercher là où je les ai déposé !… Tu vois, ce n’est plus vraiment Noël ça !… »

« Ah non ! »

S’exclame Adélie toute solidaire avec le père Noël …

« Ah non pardi !… Vous avez raison !… Ca, ce n’est plus Noël !… Ca, c’est du commerce !… »

Et sur cette insolite réplique voilà que le père Noël, une nouvelle fois, s’esclaffe de son rire tonitruant !

« Eh bien jeune fille, je vois que tu as l’esprit d’à propos et que tu ouvres bien grands les yeux dans la vie … Mais, dis moi donc, que fais-tu ici sur ce coin de rue un soir de Noël ?  Tes parents savent-ils bien que tu es dehors ?… »

Fit-il en roulant de grands yeux interrogateurs.

« En vérité, père Noël, je suis sur le chemin de ma maison. Je reviens à l’instant de l’Académie … Je suis danseuse … Comprenez vous ?  Et ce soir il y avait une petite fête à mon école où j’avais le rôle d’une fée dans un conte dansé … Voyez-vous ?… Et là je rentre chez moi … »

« Oh oh !… »

Dit le père Noël.

« Tu es danseuse !… Ben dis moi donc, en voilà une jolie nouvelle. Tu sais, moi, je n’ai jamais parlé à une petite danseuse !… Et dis-moi, qu’as-tu demandé au père Noël cette année toi ? »

« Eh bien …. »

Commence Adélie en avalant sa salive tant elle est émue …

« Le fait est que le père Noël… Enfin … Vous … »

Corrige-t-elle prudente,

« Eh bien vous ne pouvez pas m’offrir de cadeaux … Ni à ma maman non plus d’ailleurs … »

Précise-t-elle dans la foulée.

« Comment ça, je ne peux pas ?… Mais le père Noël, mademoiselle, il peut tout !… Il a des cadeaux pour tous les enfants … Il suffit de les demander bien sûr … Parce que je n’ai pas un registre complet de tous les enfants du monde vois-tu … Ca, ce sont des légendes … Les gens racontent que le père Noël tient un grand livre, certes, mais ce livre ne peut être tenu que si les enfants se font connaître … M’as-tu écris toi par exemple ? »

Lui demande-t-il à voix basse tout en se penchant vers l’enfant.

« Non … »

Lui répond Adélie en haussant légèrement les épaules …

« Non bien sûr que je ne vous ai pas écris … Nous sommes pauvres père Noël, comprenez vous, et les enfants pauvres, ils ne peuvent pas demander de cadeaux … »

« Mmmmmm …. «

Bougonne le père Noël dans sa barbe …

« C’est donc cela ton souci !… Ce qui veut dire que tu crois que le père Noël ne donne de cadeaux qu’aux enfants dont les parents ont de l’argent ?… Est-ce que j’ai bien compris cela ? »

« Oui … »

Répond Adélie …

« Vous avez bien compris … Et je pense que cela est bien vrai aussi. »

Ajoute-t-elle, prudente, un peu par peur de le froisser, mais tout de même, pourquoi mentir ?

« Mmmmmmm … Je vois je vois … »

Dit le père Noël ensourdine …

« Ce qui veut dire aussi, dans ce cas, que tu ne crois pas au père Noël jeune fille ?… Et d’ailleurs, dis-moi un peu, quel est ton prénom ?… »

« Je me prénomme Adélie ! Adélie est mon nom ! »

Répond l’enfant en se dressant toute fière et relevant le menton pour ajouter :

« Et vous avez raison … Non … Je ne crois pas au père Noël !… »

«  Mm mm Mm mm …. Je vois !… Mais dis-moi, comment veux-tu, si tu ne crois pas au père Noël, et si tu ne lui écris pas même pour faire l’expérience de son existence, comment veux-tu, je te le demande, qu’il t’apporte le moindre cadeau ? »

« C’est vrai … Vous avez raison là … Si je n’écris pas, c’est parce que je n’y crois pas, et si je n’y crois pas, forcément je n’écris pas … Et dans ce cas c’est vrai que s’il existe …

« S’il existe ?… «

Répond le père Noël un peu froissé …

« S’il existe … Mais … Demoiselle !… Je suis là devant toi et tu doutes encore que j’existe ?  »

« Je voulais dire … »

Corrige Adélie

« Qu’il y en a tellement des pères Noël partout … Pour le coup, on n’sait plus qui est qui comprenez vous … Et puis disons …

Ajoute-t-elle un peu contrite de blesser la fierté du père Noël …

« Qu’avant de vous rencontrer je ne croyais pas bien sûr que vous existiez pour de vrai… »

« Et maintenant ? Le crois-tu que j’existe pour de vrai ?… »

« Ben … Force m’est … Car maintenant … Je vous vois oui … Et donc, je vous crois !… »

« Bravo mademoiselle … On ne te feras pas prendre des mèches pour des chandelles !  Alors dis moi un peu … Si tu y avais cru, au père Noël, avant de me rencontrer, dis moi, et si tu lui avais écris une lettre … Raconte moi … Que lui aurais tu demandé ?… En as-tu une idée ?… »

« Bien sûr oui !… Que j’en ai une d’idée … Je sais bien ce que j’aimerais recevoir comme cadeau si je pouvais en demander un … »

Répond Adélie vive et droite …

« Un ?… Un seul cadeau ?… Mais … Ne m’as-tu pas dit tout à l’heure que tu as une maman ?… Alors, ce sont au moins deux cadeaux que tu aurais demandé … Non ? »

« Non ! »

Répond Adélie,

« Je n’en aurais demandé qu’un seul !… Pour ma maman … Parce que vous comprenez, le cadeau que j’aurais voulu lui apporter, il coute très cher … Et nous sommes très pauvres je vous le rappelle père Noël … »

« Oui bien sur je me souviens, je suis déjà un peu vieux mais j’ai bonne mémoire tu sais … Même si j’ai la tête dans les étoiles et les pieds dans la neige je me souviens bien de tout ce que l’on me dit et écrit sois en bien assurée. C’est moi qui fait les listes des jouets tu comprends, ma responsabilité est très importante, tous les enfants comptent sur moi. Tu comprends bien qu’avec mon métier, il est important d’avoir une bonne mémoire … Alors … Qu’aurais tu aimé pouvoir offrir à ta maman ? »

« Une liseuse !… Une belle liseuse, en soie, avec de jolis rubans et des dessins aussi … «

Répond la petite fille les yeux brillants et le regard scintillant comme des étoiles …

« Une liseuse père Noël !… Ca lui ferait tellement plaisir à ma maman… Et à moi aussi … »

Ajoute-t-elle … Puis, hésitante, elle lui confie :

« Vous comprenez, elle est malade ma maman, très très malade … »

Et la voilà tout à coup qui éclate en sanglots …

Le père Noël en est tout médusé pour l’effet. De sa main gantée de blanc il caresse doucement la joue et la chevelure de l’enfant puis lui dit :

« Mon petit, mon tout petit … Ne pleure pas voyons !… Regarde ! Tu as rencontré ce soir le père Noël en personne !… C’est bien mieux encore que de lui écrire une lettre ne trouves-tu pas ?… Tout ira bien, je te le promets … Je vais d’ailleurs m’acquitter personnellement de la tâche. Tu n’auras pas même besoin d’aller au magasin pour prendre livraison de ton cadeau !… Je viendrais le déposer dans ta maison. »

« Ce serait si gentil … »

Répond la petite fille d’entre ces larmes…

« Si gentil, si gentil que j’ai peine à y croire … Maman dit toujours qu’il  ne faut pas croire aux histoires, car elles ne sont pas vraies … »

« Bien sûr bien sûr … Ta maman a raison … Toutes les histoires ne sont pas vraies … Et il faut prendre attention … Mais la mienne d’histoire, elle est vraie !.. Je te le promets !… Me crois-tu ?…

Retrouvant un tout petit sourire Adélie lui dit :

« Je vous crois oui … Je veux vous croire … «

Puis, après réflexion, et subitement inquiète, elle dit encore :

« Seulement … Père Noël … Nous n’avons pas de cheminée chez nous … Et pas non plus de sapin pour déposer les cadeaux voyez vous … Comment ferez vous ?…

« Oh mais ça, ce n’est qu’un détail technique tu sais …. »

« C’est parce que … Il fait trop petit, chez nous, pour le sapin et dans le sous-sol où nous habitons,  il n’y a pas de cheminée, ni de feu, ni même de chauffage. Nous chauffons comme ça, avec un petit poêle au gaz voyez ?… »

« Pas grave ! »

Répond le père Noël …

« J’en ai vu d’autres va ne t’en fais pas pour ça … Dis moi juste où je dois aller parce que comme tu sais, c’est la première fois que j’entends parler de toi Adélie … Je ne sais pas où est ta maison.  Et le père Noël, s’il ne connait pas d’adresse, il ne peut pas faire de livraison. Ca … »

« Mon adresse ?… »

Rapidement elle réfléchit … Maman lui a toujours dit de ne pas parler à des inconnus, mais bon, le père Noël n’est tout de même pas un inconnu … Puis aussi, maman lui a toujours recommandé de ne jamais donner son adresse. Cependant, se dit-elle, le père Noël connait l’adresse de beaucoup d’enfants … Elle peut bien lui confier la sienne. Et puis, c’est pour faire un cadeau à sa maman … C’était inespéré encore il y a une demi-heure de cela.

« J’habite rue des Corvettes, au numéro 32 ! C’est juste la rue là bas plus loin voyez ?…

Lui dit-elle en montrant de la main la rue qu’elle s’apprêtait à prendre au moment où elle rencontrait le père Noël.

« Paaaaarfait jeunesse … »

Lui dit le père Noël d’un petit ton malicieux.

« Et à présent dis moi un peu … Si tu pouvais me demander un cadeau, un cadeau pour toi, quel serait-il ? Je t’écoute ?… »

Eberluée Adélie restait sans mots … Un cadeau ? Un cadeau pour elle ?… Mais … Elle n’y avait même jamais songé !… Que pourrait-elle bien désirer ?… Il lui fallait penser très très fort là … C’était une question d’importance… Un cadeau pour elle ?… De quoi donc aurait-elle bien besoin ?… Mais … De rien !… Enfin, de rien qui vaille se dit-elle …

« Un cadeau ?… »

Interroge-t-elle …

« Un cadeau oui voyons ! Un cadeau !… C’est-à-dire quelque chose dont tu rêves, quelque chose que tu aimerais vraiment avoir pour toi … Je ne sais pas moi … Un jouet, un objet, un colifichet… Que sais-je donc … Un livre peut-être … »

Non … Elle ne voyait pas … Puis, d’une toute petite voix tout en regardant le père Noël bien en face elle dit :

« Les pères Noël, ça fait des miracles aussi ?… »

« Ohlà !… »

S’écrie le père Noël.

« Ah ben là … Tu me poses une colle petite … Les pères Noël peuvent ils faire des miracles ?… Je te promets que je ne me suis jamais posé la question. Tu sais, apporter des jouets à des enfants qui ne s’y attendent pas du tout, en soi, c’est déjà un miracle … Pourquoi, dis moi donc à quoi tu penses mon enfant ?… »

« Eh bien … »

Dit Adélie alors dans un souffle …

« Si vous pouviez guérir ma maman … Ce serait un merveilleux cadeau père Noël, un vrai miracle, un vrai de vrai. Parce que ma maman est malade d’une maladie qui ne se guérit pas. Et j’ai si peur, si peur souvent de la voir partir pour aller au ciel … Et j’aimerais tellement tellement rester auprès d’elle.  Que ferais-je moi, Adélie, toute seule sans ma maman ?… »

Et voilà l’enfant qui repart en sanglots.

Le gros homme n’en revient pas …

Quelle affaire mais quelle affaire que cette enfant là …

« Tu sais … »

Lui dit-il tout doucement,

« Le père Noël, ce n’est pas Dieu.  Et même Dieu, tu sais, il ne peut pas défaire ce que la vie à voulu faire … Ni non plus refaire ce que la vie a défait. Je ne serais pas honnête si je te promettais. Promettre et ne pas tenir est pire que de ne rien donner comprends tu cela ?… »

Oui … Adélie comprends cela. Maman dis toujours que les promesses non tenues sont pires que des mensonges. Mieux vaut ne rien promettre que de promettre et de ne pas tenir. Si, elle comprend ce que dit le père Noël. Il n’y a pas de miracle. La vie fait et défait. Et il y a des choses contre lesquelles les meilleures volontés restent impuissantes. Elle le sait bien même si elle est petite encore. Elle comprend. Assurément…

« Mais je peux par contre te promettre une chose…. »

Ajoute le père Noël, tellement ému qu’il sent  les larmes lui venir aux yeux …

«  C’est que chaque année, aussi longtemps que je serais en activité, je viendrais vous apporter, à toi et à ta maman, un cadeau de Noël… A condition que tu m’écrives bien sûr petite, parce que tu comprends, je me suis attaché à toi maintenant et j’aimerais bien avoir de tes nouvelles … Allons, fais un effort et réfléchis, réfléchis très très fort … N’y a-t-il vraiment rien, rien du tout, mis à part bien sûr la guérison de ta maman, n’y a-t-il vraiment rien que tu aimerais recevoir comme cadeau de Noël demain matin ?… »

« Si … »

Dit Adélie …

« Si.. Je me souviens à présent … Il y a bien quelque chose oui que j’aimerais recevoir pour moi… »

« Aaaah !… Tu vois !… En réfléchissant un peu on y arrive ! Et ce serait quoi dis-moi petit ange ?… »

« Un livre de contes, père Noël !… J’adore les contes, j’adore les lire et j’aime surtout les lire à hautes voix, les raconter aussi … Quand maman est un peu lasse je m’installe près d’elle dans le lit et je lui raconte des histoires … J’en ai vu un beau de livre de contes … Dans la vitrine d’une très belle librairie … Je me souviens très exactement où et je me souviens du titre. C’est un livre très grand, très gros, très beau, et rempli de belles images … Ce sont « Les contes des mille et une nuits » … Seulement … »

« Seulement ?… »

Répète le père Noël tout ouïe …

Toute enflammée l’enfant s’explique puis s’arrête soudain et levant le regard verss el père Noël, timide, ajoute :

« Si je puis … Car il est très très cher … »

« Si tu peux !… »

Lui répond-il ému de la tournure que prend  leur conversation …

« Si tu peux ?… Ah !… Petite … Si seulement tous les enfants avaient des esprits aussi modestes et des cœurs aussi grands que le tien… Mais … Ce monde les rend avides … Et  même, je te dirais … Cupides … Si ce n’est pas pitié … Tu n’as pas idée de tout ce qu’ils demandent maintenant les enfants … C’est encore une des raisons pour lesquelles je ne peux plus faire les livraisons … Il y en a même qui demandent des voiturettes électriques alors qu’ils n’ont pas même six ans !… Et il leur en faut toujours plus, toujours plus et toujours plus lourd, et toujours plus grand, et toujours plus impressionnant … Tu l’auras, ton livre de contes ma belle !… Foi de père Noël !… Tu l’auras ton livre de conte … »

Elle en a les larmes aux yeux Adélie …

A nouveau …

Et le père Noël aussi …

–      « Ah mais tu ne vas pas te remettre à pleurer Adélie !… Non non non !.. D’ailleurs tu vas finir par me faire pleurer aussi !… Sapristi !… Cela n’est pas permis !… Un père Noël il est jovial, et il apporte la bonne humeur dans les cœurs … Une grande fille comme toi … Tiens … Tu sais quoi ?… Il commence à se faire froid … Tu vas rentrer dans ta maison maintenant. Je ne voudrais pas savoir que ta maman s’inquiète … Il faut absolument que tu rentres … Il commence à faire tard d’ailleurs regarde il y a de moins en moins de gens dans la rue !.. Ils sont tous chez eux, ils vont tous faire la fête !… Allez vas y vite !.. Il le faut !.. »

A nouveau il passe la main dans les cheveux de l’enfant puis ajoute :

« Et tu peux compter sur moi !.. Tu pourras offrir la liseuse à ta maman … Et tu deviendras liseuse toi aussi !… »

Et ce bon mot les fait éclater de rire tous les deux, comme de vieux amis …

–      « Tu l’auras ton livre, ma petite, avec les contes des mille et une nuits et toutes les images dont tu as rêvé, foi de père Noël ! Et file à présent, tu t’es déjà bien assez mise en retard…  Ta maman doit être très inquiète. Car tu sais, si toi tu ne peux imaginer de ne plus avoir ta maman à tes côtés, pour elle c’est la même chose.  Elle a grand besoin elle aussi de sa petite Adélie !… Je suis certain qu’elle est très fière de toi !  ET puis tiens … »

Il plonge alors la main dans son panier et en sort trois beaux grands pains de Noël, des « Cougnolles » aux raisins et aux cristaux de sucre …  Adélie ouvre des yeux tout ronds … Jamais elle n’a vu de pareils pains dans sa vie …

« Pour moi ?… »

Souflle-t-elle …

–      « Ah non pas pour toi !… »

S’exclame le père Noël.

–      « Pour vous deux, pour ta maman et toi !.. Ce sera pour ce soir, pour votre réveillon … »

–      « Oh !… Merci ! Merci père Noël ! Merci tellement ! »

Et se dressant sur la pointe de ses jolis pieds de danseuse, se boucles sombres environnants son charmant visage, la petite se hisse jusqu’à la barbe, et même jusqu’à la joue du père Noël et y dépose un gros baiser tout plein de bonheur et d’amitié …

Puis, , après avoir calé les pains sous ses deux bras, le regardant dans les yeux bien droit elle lui dit :

–      « Je te crois père Noël !… Je sais que tu dis vrai !… Cette nuit je ferais de jolis rêves … Et je ne dirais rien à maman, pour les cadeaux … Ce sera une surprise … Mais je vous crois !… Ne pensez pas que je ne dirais rien pour ne pas la décevoir !… Je vous crois, soyez en sûr !… Mais je veux voir briller les yeux de ma maman demain matin, quand elle aura la surprise de trouver son cadeau de Noël que vous allez lui apporter. »

Puis, pratique encore dans sa pensée d’enfant modeste, elle ajoute :

–      « Si le livre est trop cher, père Noël … Je vous en prie … Dans ce cas, je préfèrerais la liseuse … »

Et sur ces dernières paroles l’enfant s’en va d’un pas sautillant et gracieux de petite ballerine vers sa rue, se retourne une fois encore pour sourire au gros bonhomme tout habillé de rouge qui reste planté là abasourdi, ému et heureux oui, heureux, le panier de Cougnolles au bras …

Puis, d’un pas pesant, il prend lui aussi le coin de la rue mais dans l’autre sens, secouant la tête et bougonnant dans sa barbe :

–      « Quelle aventure … Ben quelle aventure alors !… »

(Suite au prochain épisode … )

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RED_BAKKARA

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DROITS D’AUTEUR

VOYEZ EN PAGE D’ACCUEIL

ET N’ALLEZ PAS COPIER HEIN !

CE TEXTE EST DEJA PROTEGE A L’ALBERTINE

JE VIENS DE LE LEUR ENVOYER !

TANT QU’A FAIRE …

QUE LES ESPIONS LE SACHENT …

LOL LOL LOL LOL LOL LOL

FAUT LOLLER DANS LA VIE …

MAIS FAUT ETRE SERIEUX AUSSI PAS VRAI ?

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La Flûte de Noël

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C'est ma flûte ... C'est aussi celle du petit garçon ... Et celle de l'ami du violoneux ...

C'est ma flûte ... C'est aussi celle du petit garçon ... Et celle de l'ami du violoneux ...

 

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Le petit Garçon à la Flûte

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Depuis plusieurs jours déjà le petit garçon préparait son instrument.  Il le nettoyait, le faisait briller.  Mais surtout, il en jouait.  Il jouait un tout nouveau morceau de sa composition qu’il préparait pour la fête de Noël et qu’il allait offrir à toute sa famille après la distribution des cadeaux le soir du réveillon.  Déjà le matin, avant de partir pour l’école, il aimait de jouer.  Sinon, disait-il, il lui fallait rester toute la journée, durant les heures de classe et de récréation, sans même toucher sa flûte.  Il aurait aimé pouvoir jouer pour les élèves mais le directeur ne voulait pas qu’il emporte son instrument, ni son professeur de musique d’ailleurs.  Pourtant, une flûte, ce n’est pas pour la place qu’elle prend dans le cartable.  Elle était petite, fine, légère, et dans sa housse en cuir que maman lui avait fait elle ne risquait ni de s’endommager ni de rien abîmer.  Et maman était d’accord.  Mais non, le directeur ne voulait pas, ni non plus son professeur de musique.

*

Alors le matin, au lever du lit, il prenait sa flûte et jouait plusieurs petites pièces qu’il affectionnait tout particulièrement.  Ensuite seulement il allait se laver, s’habiller puis déjeuner.  Et il laissait sa flûte, à l’abri dans son étui, sur sa table de nuit, à côté du livre que maman le soir lui lisait.  Depuis plusieurs jours ils avaient commencé à lire une histoire de Noël.  Une très belle histoire où il était question d’un joueur de flûte dans une ville allemande.

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Arrivé dans la rue de l’école, il s’arrêtait au petit carrefour pour regarder avant de traverser.  C’est alors qu’il voyait le vieil homme jouant du violon à l’angle de la rue.  Comme dans les livres, se dit-il.  Au lieu de traverser il faisait mine de devoir aller de l’autre côté alors qu’il n’avait rien à y faire.    Arrivé à hauteur du vieillard il le regarda en face et il vit que celui-ci jouait  les yeux fermés et qu’il pleurait.  Drôle de bonhomme, se dit le petit garçon. Le musicien portait des mitaines noires et les doigts qui maniaient l’archet et pinçaient les cordes étaient noircis et sales aux longs ongles durs et jaunes et recourbés.

*

– “Mais qu’as tu donc?”

lui demanda le petit garçon après avoir un peu réfléchi mais vaincu par son coeur inondé de sollicitude pour le vieil homme.

– “Pourquoi pleures-tu?”

À l’écoute de la voix enfantine, le vieux ouvrit les yeux, étonné.

– “Oh, je ne pleure pas petit, ce sont les souvenirs vois-tu qui me mouille les yeux.”

– “Les souvenirs ils font mal?”

Demanda encore le petit garçon.

Et le vieil homme, tout en hochant la tête referma les yeux et dit, en reprenant où il l’avait laissée, en suspens dans l’air froid du matin, sa phrase musicale:

– ”Oui petit, il y a des souvenirs qui font mal…”.

Le petit garçon ne voulait pas se mettre en retard à l’école.  Il n’aimait pas à se faire gronder par le maître.  Mais aussi, il ne voulait pas laisser là le vieil homme et ses souvenirs qui lui faisaient mal.  Il dit à l’homme de sa petite voix:

– « Au revoir monsieur, il faut que je m’en aille.  A bientôt, je reviendrai vous voir.  J’aime beaucoup la musique.  Moi aussi je joue.”

Le viellard rouvrit les yeux et regarda le gamin:

-“Tu joues?”

– “Oui, je joue, je joue de la flûte, c’est vrai!”

Assura-t-il et le vieillard hocha la tête sans interrompre son jeu.   Le petit garçon s’en alla vers les grilles de l’école.  Il arrivait juste quand la sonnette retentit et il se dépêcha dans son rang, parmi ses camarades, devant la porte du couloir menant à sa classe.

*

Toute la matinée il se sentit comme s’il avait des fourmis dans les jambes.  Le ménétrier du coin de la rue lui restait en mémoire.  Il le voyait devant ses pupilles faire aller l’archet, pincer les cordes sur le manche, et pleurer.  Son petit coeur d’enfant était pris d’un sanglot qu’il n’arrivait pas à faire sortir, pas même sous forme de soupir.  Ah, comme il aurait aimé avoir sa flûte auprès de lui, il aurait pu lui confier le désarroi de son âme.  Car voir pleurer un vieil homme étreint fortement l’âme des petits garçons.  Quand arrivait l’heure du midi, le petit garçon suivit ses camarades jusqu’au réfectoire mais sa pensée restait préoccupée par ce vieux monsieur, seul au coin de la rue de son école, seul avec son violon et ses souvenirs.  Et l’après-midi serait longue, il le sentait.

*

Quand sonnait l’heure de fin de classe, le petit garçon se sentit heureux.  Il se dépêcha de ramasser ses livres, ses cahiers et son plumier, de ranger son journal de classe et de bien refermer son cartable.  Il n’avait pas une minute à perdre dans les couloirs, et attrapa son manteau en courant.  Dans les escaliers, Justin, de la classe des petits, l’appelait:

– ”Hé, Henri, tu m’accompagnes?”

– “Non, pas aujourd’hui,”

répondit le petit garçon

-“J’ai à faire ! »

-« Et je ne peux pas aller faire avec toi?”dit Justin, désappointé.

-“Non !” cria le petit garçon déjà au bas de l’escalier et décidé de semer Justin

– “Non, c’est impossible, c’est…  c’est un secret”

Et il s’enfuit de l’école en courant par la grande porte dans la cour et vers la grille, comme si des ailes lui auraient poussé aux chaussures.  Il ne pouvait tout de même pas raconter à Justin … Justin allait en parler, et le petit garçon se ferait gronder …

*

Essoufflé, il arrivait à l’angle de la rue.  Le vieux monsieur était toujours là.  Assis sur une chaise, son violon appuyé contre sa jambe, la tête inclinée sur la poitrine, presqu’enfoncée sur ses bras haut croisés, il semblait dormir.  Le petit garçon n’aurait pas osé le réveiller, mais aussi, il désirait tant lui parler.  Il voulait savoir quels sont ses souvenirs qui font pleurer les violoneux.  Doucement, il déposait son cartable.  En se penchant pour le bien poser il vit, dans l’étui à violon, une flûte.  Une flûte comme encore jamais, de sa vie de petit garçon il n’en avait vu une.  Elle avait l’air, comment le dire, elle avait l’air d’être pas toute jeune, et puis, pas sale mais sombre, luisante, et chaude.  Elle reposait là sur le velours grenat de l’étui à violon comme si une main venait de l’y laisser après en avoir longtemps joué.  Ebahi, il restait penché ainsi un long moment puis constata que sa main droite prenait l’instrument, qu’elle le porta à sa bouche, qu’il ferma les yeux et en joua.  Il joua tous les airs qu’il connaissait, et ceux qu’il inventait.  Il jouait pour lui, pour le plaisir d’entendre les notes s’égrener dans l’air froid de l’hiver comme autant de cristaux translucides reflétant un coin de son âme.  Il jouait pour le sommeil du violoniste, il lui confiait toute sa journée d’émotions et de tristesse durant laquelle son image venait sans cesse se planter devant ses yeux.  Il jouait, se sentait jouer, s’écoutait jouer et quand enfin il rouvrit les yeux il voyait autour de lui une foule de gens le regardant et l’écoutant.  A terre, le chapeau du vieux monsieur contenait de belles pièces et même quelques billets.  Et brusquement tous applaudissaient.  Le petit garçon était stupéfait, et un peu honteux.  Il se ressaisit pourtant et s’inclina presque jusqu’à terre disant:

– “Merci, mesdames et messieurs, c’est pour mon ami, le vieux violoniste.”

Ensuite, et doucement, il déposait l’instrument dans l’étui à violon, reprenait son cartable et regardant le vieillard toujours engoncé dans ses bras croisés, semblant n’avoir vu ni entendu rien, il sourit et lui souffla:

– “Merci, et à demain”

Il était question de se dépêcher …

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Le lendemain tôt, dans sa chambre, le petit garçon joua.  Jusqu’à ce que maman l’appelle:

– “Henri, arrête à présent, il est temps pour l’école.”

S’il pouvait prendre sa flûte…  La montrer au vieux musicien…  mais bien sûr alors il désobéirait…  Tout de même, ils en faisaient déjà des histoires pour une flûte!  Ce n’était quand même pas un canon!  Après s’être lavé et habillé et coiffé, il mit l’instrument dans son étui, et l’emporta avec lui à la cuisine.

Ça sentait bon les oeufs au plat.  Son déjeuner préféré.

– “Maman, puisque toi tu es d’accord pour la flûte mais pas le professeur, si je la prends quand même, je ne désobéirait qu’à demi?”

– “C’est bien plus compliqué que cela, mon enfant”

lui dit maman en riant aux éclats,

– “En tous cas, les professeurs sont les maîtres dans les écoles, et les mamans ne peuvent pas y faire la loi.  Même si moi je suis d’accord, c’est l’avis du professeur qui compte d’abord.  Comprends-tu?”

Bien sûr qu’il comprenait, mais tout de même, pour une flûte…

Après avoir fort bien déjeuné le petit garçon remonta sa flûte dans sa chambre, mit son manteau et ses chaussures, prit son cartable, embrassa sa maman et s’en alla pour prendre l’autocar.  A l’arrêt près de l’école, il sautait en bas du marchepied et courut à grandes enjambées vers l’angle de la rue.  Le violoniste était là. Et il jouait, comme hier.  Vite il traversait la rue et venait se poster bien en face du musicien afin que celui-ci le voie dès qu’il ouvrirait les yeux.  Et il les ouvrit.  Et il lui sourit.  Et il lui dit:

– “Merci, petit, merci d’être revenu.”

– “Je ne peux pas rester longtemps Monsieur, je suis attendu en classe.”

Mais je reviendra vous voir, ce soir.  Mais dites moi, avant que de m’en aller, pourquoi les souvenirs vous font-ils pleurer?”

Le vieil homme souleva l’archet de sur les cordes et la main en l’air, comme s’il attendait que la suivante phrase musicale lui soit inspirée répondit:

– ” Vois tu petit, dans trois jours ce sera Noël.  Et ce sera le premier Noël depuis quarante cinq ans où je serai seul à jouer au coin de la rue pour le réveillon.  Jusqu’à la semaine dernière encore, j’avais un ami.  Il s’appelait Philibert, et ensemble, depuis de longues années nous accordions nos instruments et nous jouions jusqu’à ce que nos doigts gourds de froid réclament grâce et que nous allions les réchauffer chez la mère Marie où nous dépensions les quelques sous que la musique nous avait fait gagner.  Elle nous préparait un repas, aussi, la Marie, quand nous étions en fortune.  Elle disait que c’était ca de moins que nous irions dépenser à boire ou à fumer.  Mais elle est vilaine de dire cela, Marie, car il n’y a que chez elle que nous levions nos godets.  Elle est comme une soeur, et ce n’est sans doute pas sur notre dos qu’elle gagne son beurre.  C’qu’elle a pleuré, la Marie, quand on a perdu Philibert.”

– “Et il est où, maintenant, Philibert Monsieur?

Demanda encore le petit garçon.

A cette question le vieillard s’écroulait sur sa chaise pliante, son violon posé à plat sur ses cuisses, et se mit à sangloter.  Des larmes lui coulait de partout, des yeux et des narines et même de la bouche ca coulait alors qu’il ne cessait de répéter, comme une litanie remplie de silences:

– “Il est parti… petit…   Il est mort Philibert…  Il ne reviendra jamais…  Jamais plus…  C’est la maladie…  C’est la maladie qui l’a eu.”

Le petit garçon ne savait pas vraiment bien qui était la maladie, mais il comprenait bien qu’elle était méchante et avait emporté Philibert.  Il se sentait brusquement et étrangement devenu très grand.  Non qu’il avait poussé là sur le trottoir, non, mais qu’il regardait le vieillard se noyer dans ses larmes et qu’il se disait qu’il lui fallait l’aider à se consoler avant de partir.  Il ne pouvait pas le laisser ainsi répéter que Philibert était mort et plus jamais ne reviendrait.  C’était trop triste.  Et tout ca par la faute de la maladie…  C’était donc ca, des souvenirs qui font pleurer.  Et bien c’était trop de chagrin, et pas juste du tout, et il lui fallait trouver quelque chose pour donner à ce vieux monsieur à nouveau un peu de bonheur.  Une idée lui venait.

– “Monsieur, tu serais d’accord de venir avec moi un peu dans ma classe.  Aujourd’hui c’est mon jour de présenter ma rédaction.  Et justement, j’y parle de musique.  Peut-être que pour illustrer mon texte, vous pourriez nous jouer un morceau?  Et puis les copains, ils seraient vraiment épatés.  Comme ca aussi j’aurais de bonnes notes et vous pourriez vous réchauffer les mains.  Il fait chaud dans l’école.”

Tout le temps que parlait le petit garçon, le musicien ne bougeait pas de sa chaise, mais quand il s’arrêtait de parler et d’un pied à l’autre se dandinait attendant la réponse le vieillard se levait, remit son violon dans son étui, ramassait sa chaise pliante, son chapeau et donnant la main au petit Henri ils allèrent tous deux vers l’école.

*

Arrivés dans la cour de récréation le petit garçon se sentit soudain moins courageux.  La décision qu’il avait prise, il l’avait prise seul.  Il n’avait demandé à personne la permission d’amener le vieillard dans la classe et il se sentit moins hardi que tout à l’heure quand il conviait le vieux monsieur à le suivre.  Tous les élèves se tournèrent vers le musicien mais celui-ci n’avait pas du tout l’air intimidé.  Il souriait aux alentours et avait l’air de connaître tous les enfants tant il semblait à l’aise dans la cour de récréation.  Le petit garçon alla jusqu’au maître d’école et lui dit:

– “Le vieux monsieur là, il est musicien, et il a perdu Philibert parce que la maladie est venu le prendre, et maintenant il est tout seul, et tout triste, et il n’a plus personne pour jouer de la musique avec lui.  Alors je lui ai proposé de venir en classe pour nous jouer un air de musique.  Ca illustrera ma rédaction monsieur car justement j’y parle de musique et de musiciens.”

Dans son coeur il se sentit tout effrayé.  Il avait peur que le professeur ne renvoie le vieil homme et alors il aurait été encore plus triste que tout à l’heure.  Mais il n’en fut rien.  Au contraire.  Le maître d’école alla jusqu’au musicien et après lui avoir tendu la main il le conduisit tout droit dans la salle de classe.  Cette matinée là fut une matinée de rêve et de joie pour tous les enfants et aussi pour le vieux musicien.  Par les fenêtres de la classe l’on entendait résonner les airs de musique jusque dans la cour et même au delà des murs d’enceinte jusque dans la rue.  Puis le musicien, après avoir pris un repas dans le réfectoire avec tous les élèves s’en retourna dans la rue non sans avoir au préalable remercié tous les élèves, et le professeur et surtout le petit garçon qui le raccompagna jusqu’à la grille:

– “Au revoir, petit, et viens me voir ce soir avant de rentrer chez toi.  Et surtout, merci beaucoup, merci de m’avoir donné un peu de chaleur au coeur.”

*

Les jours qui suivirent furent des jours de bonheur pour le vieux bonhomme.  Tous les enfants de l’école le connaissaient à présent et en passant par le coin de la rue, le matin en allant à l’école et le soir en retournant à leur maison, ils étaient nombreux à s’arrêter, à écouter le musicien jouer et à glisser une piécette dans l’étui à violon.

*

Le petit garçon écoutait le vieux lui raconter le souvenir de son dernier Noël avec son ami de toujours, Philibert, qui jouait de la flûte avec lui et qu’ensemble plus tard ils allaient dépenser l’argent chez la mère Marie qui leur servait à boire mais qui les nourrissait aussi durant plusieurs jours encore après la fête avec les restes des cuisines.  Son ami qui aujourd’hui dormait sous la rude terre froide de l’hiver et que plus jamais il ne reverrait, et que plus jamais il n’entendrait jouer avec lui.  L’enfant écoutait l’homme lui faire confidence de ses souvenirs qui font pleurer.  Il aurait aimé jouer pour le consoler mais il ne pouvait pas, il n’avait pas sa flûte avec lui et il ne voulait pas désobéir.  Et la belle flûte de laquelle il avait joué le premier soir de leur rencontre, le petit garçon ne l’avait plus jamais vue…

*

*

Le soir de Noël approchait et l’enfant répétait à la maison sa nouvelle pièce de musique. Le vieillard à l’angle de la rue jouait à nouveau les larmes aux yeux.  Ce jour-là l’école se terminait plus tôt, pour pouvoir faire les préparatifs de la fête.  Avant de repartir dans sa famille, le petit garçon alla retrouver son ami le musicien.  Celui-ci l’attendait.  Dès qu’il le vit il se baissa vers son sac et fouilla dedans pour en sortir la flûte sur laquelle l’enfant avait joué en début de semaine.  Le vieillard  la donne au gamin:

– “Tiens,” lui dit-il “si tu le désire, tu peux en jouer, maintenant.”

Et ensemble ils se mirent à jouer, longtemps, et les yeux fermés.  Ils jouaient comme si depuis toujours ils jouaient ensemble, comme si jamais ils n’avaient fait que cela, l’enfant et le vieillard, faire de la musique ensemble au coin de la rue un soir de Noël.  Ils jouaient tant et tant sans s’arrêter que l’enfant ne rentrait pas chez lui ce soir là, dans sa famille où l’attendaient père et mère et soeur et frère.  Ils jouaient et l’enfant oubliait tout.  Il fut entièrement happé par la musique et par les émotions puissantes que celle-ci déversait en son petit coeur de jeune garçon.  Les passants s’arrêtaient, affluaient, écoutaient.  Certains même avaient les larmes aux yeux tant etait belle la musique que leur offrait le vieillard et l’enfant.  Les pièces de monnaie tombaient dans le chapeau que par trois fois ils durent vider dans l’étui à violon tant il débordait.  Le vieillard avait les yeux brillants de joie et de larmes et l’enfant jouait de plus belle pour lui donner du bonheur.  Quand enfin les passants se faisaient plus rares, le vieux s’arrêta de jouer.  Pour la quatrième fois de la soirée il vida le contenu du chapeau dans son étui à violon.

Puis il dit au gamin:

”Prends en une partie pour toi, pour ton Noël.  C’est aussi ton dû.”

Mais le petit garçon répondit:

”Non monsieur, je n’en veux pas.  Je n’en ai pas besoin.  Je vous laisse ma part pour que vous puissiez acheter, en plus de la nourriture et du vin et d’une paire de nouvelles mitaines et d’un bon bain, une belle rose de Noël, en pot, pour aller la mettre sur la tombe de votre ami qui n’a pas même une pierre ni une croix ni un nom.  Bon Noël, Monsieur.  Et ne vous en faites pas, nous nous reverrons.”

*

Arrivé chez lui, ce fut la panique.  Toute la maison était en effervescence.  Père, mère, frère et soeur, tous étaient très inquiets.  Quand il eut tout expliqué, et après s’être fait valablement gronder pour avoir tant tardé et n’avoir donné aucun signe de vie, le papa et la maman de l’enfant le félicitèrent tout de même et malgré les remontrances justifiées.  Car le coeur du petit garçon était bon et celui-ci n’avait écouté que la voix de la solidarité humaine et de la bonté.  Ce qui est rare, somme toute, et surtout dans ce monde où tous nous courons derrière nos propres rêves sans penser à ceux qui ne peuvent réaliser les leurs, si petits, si modestes soient-ils.

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Toute la famille enfin réunie, et soulagée du retour de l’enfant, ils passèrent à table pour le repas de réveillon.  A ce moment précis la sonnette retentit.  Un livreur se trouvait sur le pas de la porte avec une magnifique rose de Noël emballée de cellophane et dans laquelle se trouvait accrochée une petite lettre et un paquet adressés au petit garçon.  Celui-ci, très ému, déballa la plante devant tous les membres de sa famille et leur lu le message que contenait la petite enveloppe:

– “Voici pour toi, petit, en souvenir de moi et de notre amitié.  il y avait assez d’argent pour deux roses de Noël, une pour mon ami Philibert et une pour toi.  Et pui,  voici aussi sa flûte.  Je te la donne.  Je sais qu’elle sera bien chez toi.  Bonne fête de Noël, et bonne chance dans la vie, et n’oublie pas, on n’est jamais seul avec la musique…”

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Si ce n’était Noël

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Si ce n’était Noël…

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Si ce n’était Noël…

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Regarde, au loin, tu la vois, la ville qui serpente?

Toutes ces lumières du soir jusqu’au matin, c’est là-bas…

La-bas oui que la ville chante et allume une à une toutes ses lumières de joie …

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Si ce n’était Noël…

Regarde, j’aurais mes mains pleines de cadeaux, des jolis avec du papier tout beau, et des rubans autour, tout autour…

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Si ce n’était Noël…

Si ce n’était Noël j’ouvrirai mon panier et je distribuerai aux enfants qui manquent de chaleur un petit bout de mon coeur.

Ils pourraient s’y blottir…

S’y réchauffer …

 

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Si ce n’était Noël…

Je ferais un gâteau, immense, un gâteau grand comme la place la plus grande dans ce pays, aussi grand que cela je ferais un gâteau, moelleux.

Et encore chaud je le découperais en autant de part qu’il en faudrait pour en donner à tout ceux qui ne peuvent s’en acheter.

Car il y en a …

Vous le saviez?

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Si ce n’était Noêl…

Je bâtirais une table, une belle longue et large table, qui irait de par les rues, s’entrecroisant elle irait, et tout le monde s’y attablerait, et tout le monde s’y installerait, les pauvres avec les riches, les savants avec les idiots, les malins avec les sots, et les gentils, et les méchants, et les longs nez et les cous gras, et les hâves, et les maigres, et les échevelés.

Tous ils s’installeraient.

Et il y aurait à boire et à manger, pour les petits et pour les grands et même pour les gourmands.

Et tous seraient contents, et tous chanteraient.

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Si ce n’était Noël, oui, je pourrai.

Je pourrai ouvrir les maisons, les portes et les fenêtres, je pourrai en faire sortir les familles, les pères, les mères, leurs fils, leurs filles, je pourrai faire venir les voisins, et les lointains cousins, même ceux d’Amérique oui je pourrai.

Ceux qui sont partis et qui reviendraient.

Il y a partout des émigrés …

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Si ce n’était Noël.

Je sortirai mon harmonica, et ma flûte, et mon violon, et je jouerai des airs, des morceaux de polka et des musiques venues de nulle part, ou de ma mémoire, ou d’un lieu pas loin. Et je jouerai à n’en plus finir, comme le musicien de la ville de Brême, j’entraînerais derrière moi tous les convives de la fête et nous irions danser au bois.  Près d’un sapin que nous allumerions tous ensemble de milles lumières, de toutes les lumières du monde et nous chanterions autour, tout autour, et nous ferions la ronde et nos pas de danse nous égayeraient…

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Si ce n’était Noël, je pourrai faire tout cela.

Et réunir les coeurs.

Et rétrécir les rangs.

Et faire se tendre les mains.

Et faire se sourire les gens.

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Mais je ne peux pas…

Puisque c’est Noël…

Et qu’à Noël il n’y a  pas le temps pour tout cela.

Et  puis on n’a pas envie d’y penser …

Puisque c’est Noël …

Les gens sont pressés, les gens sont oublieux …

Ils courent dans les magasins, ils achètent des objets tout plein, ils fouillent les rayons…  Ils essayent tous, peuple, de songer à se faire une belle maison. Un bel arbre joliment décoré, et des cadeaux dessous, et une  jolie nappe, et des lumières qui illuminent l’entrée … La vie est si difficile, de plus en plus difficile, et il est déjà bien tant que se trouver le minimum d’argent, d’économies, pour se faire plaisir, et faire plaisir à ceux que l’on aime aussi …  Et puis … L’on ne peut pas toujours  penser à ceux qui n’ont rien. Le malheur  des autres jette une ombre sur le sien … C’est déjà tellement compliqué de se créer un peu de bonheur douillet dans son propre foyer …

Et puis personne ne m’écouterait …

Puisque c’est Noël …

Personne ne m’y aiderait …

Personne même  ne me  prendrait au sérieux …

Parce que je suis une rêveuse …

Une imagineuse qui ne produit que des rimes et des vers …

Je suis de ceux qui ont de grandes idées …

Mais pas d’argent pour les réaliser …

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Je cherchais des phrases pour vous raconter des histoires et voilà, regardez … C’étaient des rimes qui arrivaient.  Je cherchais loin dans ma mémoire, c’étaient des clochettes qui tintaient.  J’entendais murmurer à mes oreilles des chants d’enfants depuis longtemps oubliés.  Et je cherchais, je cherchais, des contes à vous narrer.  Des nuits sans sommeil, des heures sous la lampe, ma main devenue crochue sur la plume qu’elle tient.  Et toujours des rimes, toujours des rimes qui venaient.  En fermant les yeux, d’épuisement ou d’irritation, je voyais dans l’obscur de mes paupières se dérouler de jolis tableaux ; il y avait un étang, tout gelé, et dessus des enfants, ils patinaient.  Et tout autour des sapins de lumières décorés.  Un air de fête, et un air de gaieté.  Et toujours cette musique, et ces chœurs d’enfants qui chantaient.

Allégresse.

Cela voulait dire la joie.

La joie de la fête, la joie du partage, la joie de se réunir.

Et je cherchais des phrases pour vous faire rêver …

Mais rien ne venait.

Que ces paroles un peu triste, un peu dures, un peu froides …

Comme la neige qui ne cesse de tomber …

Je ne peux mentir …

Inventer des histoires juste pour en dire …

Pourtant …

Il me faut vous donner ce que je vous promettais.

Je tiens toujours mes promesses …

Des histoires je disais …

De Noël …

Il y en a tant, pourquoi me creuser la cervelle à vous en inventer ?

Il y a cette histoire déjà vieille de 2000 ans …

C’est l’histoire d’une ville, et d’un couple qui arrivait là.

Et de l’enfant qui allait naître.

Et de la fête dans le monde entier qui en résultat.

La Nativité …

Et où est le père Noël dans tout cela ?

Il n’arrive pas …

Car la ville était hostile, et le couple très pauvre, et l’enfant sans même un lit.

Et déjà menacé d’être occis …

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Je ne pourrais faire autrement que de vous en dire de ces villes, hostiles, et de ces couples, pauvres, et de ces enfants n’ayant pas même un lit.  Je vous les raconterais sous toutes sortes de formes, j’essayerais de tourner des histoires se terminant avant que le froid ne se fasse sentir …   Et le désespoir …

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Ainsi je songeais …

J’avais les mains gelées …

Et nulle part où me blottir …

Nulle part où aller parler de partage, et de bougies, de serpentins, de sucres d’orge et d’enfants sages …

Un peu sages, de temps en temps …

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Et la neige qui tombe et tombe dehors …

Et ma mémoire qui me rappelle sans cesse et sans trêve qui m’interpelle et me fait souvenir …  De ces êtres qui sont dans le froid et le givre, que personne ne vient secourir et ne voient pas même une croûte de pain venir …  De ceux qui ne savent plus ce qu’est le partage, ni les enfants sages ni la fête ni la joie de se réunir.  Qui ne peuvent plus même en rêver tellement ils ont de peine à s’en rappeler …

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Et le jour baisse ses lanternes sur la ville enneigée …

Je vous avais promis des histoires je viendrais vous les donner …

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Toute seule là chez moi avec l’encre et les mots, je vous les écrirais …

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