Sakineh

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Ca me dégoûte la totalité du corps

de savoir que là-bas en Iran

l’on puisse imaginer possible

de mettre à mort

une femme à coups de pierre !

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Ca me bouleverse l’esprit

de savoir que tous nous

sommes choqués

à la fois qu’impuissants

devant cet assassinat …

Comment empêcher cela ?

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Ca me torture l’âme et la conscience

d’être citoyenne d’un monde

de barbare opulence

coupable de crimes honteux

au profit du seul Pouvoir !

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IRAN- Aucune décision finale n’a été prise »

sur la lapidation de Sakineh

http://www.lepoint.fr/tiny/1-1229634

Ce qu’en dit Téhéran …

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« Exprimer collectivement le rejet

de pratiques d’un autre temps »

– Sakineh Mohammadi Ashtiani –

– Mort par lapidation –

http://bit.ly/arFVCs

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AUJOURD’hui :

Esplanade Trocadéro à Paris

– Rassemblement de soutien pour l’iranienne

Sakineh Mohammadi Ashtiani –

http://bit.ly/bDSYgB-

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MandraGaur’En Individu’elle

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*(Journal)

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Pour les conditions et droits d’auteur lisez le page d’accueil – Merci

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Orage

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Le ciel se fait un sang d’encre.

Des bourrasques de vent mauvais se lèvent.

Les oiseaux s’en vont s’abriter dans les futaies.

L’orage menace.

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Les premières tièdes et grosses gouttes

tombent drus et en saccades sur la toiture,

chantant la rengaine triomphante

de la pluie salvatrice.

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Des éclairs blancs et bleues déchirent le ciel.

Le tonnerre claque

et fait sursauter les derniers canards

s’attardant au milieu de la mare.

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Les sifflements du vent

s’harmonisent au tapage continu

des trombes d’eau

déferlant dans les rues.

Les parapluies s’ouvrent.

Enfin il pleut.

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MandraGaur’En Individu’Elle

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(Gazouillis ?…)

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Note : Je rappelle pour tout ceux que ça intéresse que ce que j’écris est protégé non seulement par la Licence Créative Commons mais aussi par la législation belge et internationale propre aux droits d’auteurs de même que par le dépôt des publications de ce blog (ou de tout autre de mes textes par ailleurs) dans les fichiers de la bibliothèque Royale Albertine à titre d’auteur belge repris dans les archives et déjà publié. Merci d’en tenir compte. Si des textes vous intéressaient vous pouvez me joindre par mail. La page d’accueil vous informe amplement à ce sujet de même que des normes, clauses et droits d’utilisation de mon oeuvre. -L’Auteur-

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Reine-Fleur…

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Elle déambulait les bras tombés le long de son corps et de sa robe de bal constellée de taches de boue …

Cette robe qu’elle n’avait pas encore quitté depuis ces derniers quatre jours …

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Depuis que la fête s’était clôturée de manière bouleversante.

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Après avoir vu s’étioler en une spirale de douleurs un hymne dédié au bonheur et en blessures dues à la traître surprise d’un acte prémédité, et après cette forme d’étonnement s’emparant d’elle dans les jours suivants l’évènement, après tout cela et des heures de recoupements et d’analyses, après avoir vu son visage bleuir et jaunir des traces de coups et sur son corps, après avoir vécu la révolte mêlée à la peur et la colère amalgamée à la terreur elle se souvenait devant cinq roses graciles dont le grenat lui parlait d’amitié,  qu’il lui faudrait se redresser, reprendre pied dans sa réalité, et lutter …

Elle ne s’en voyait plus le courage …

Elle posait l’oreille contre les pétales des fleurs rescapées comme pour les écouter lui rappeler la sincérité de l’offrande peu avant le drame …  A quelques jours à peine de là …

Elle s’acheminait lentement vers le bureau où comme ailleurs tout avait été dévasté.  Les tiroirs béants, ou au sol et vidés de leur contenu éparpillé sur toute la surface de la pièce; le canapé lacéré, éventré même par endroits; les lampadaires renversés, certains brisés; les livres tombés en tas par dizaines devant les bibliothèques; les tentures et rideaux arrachés de leurs supports, déchiquetés et laissés là, lamentables; et sur le bureau …  Plus rien …  La surface en était totalement vide …  Disparus les deux cadres des filles …  Disparus aussi le grand encrier double en cuivre aux fioles de porcelaine…  L’ensemble se trouvait au sol dans une position tordue qui laissait deviner que plus aucun usage ne pourrait en être fait.  Disparu le beau lampadaire de Constance …  Il gisait dans le coin opposé de la pièce, totalement désarticulé …  Quelle force brutale, semblable à une tornade, avait pu secouer Alexandre pour parvenir à un tel état de destruction ? Rien n’avait résisté !  Rien !…  La désolation règnait dans toutes les pièces de la maison, et dans les couloirs, sur les paliers …

Il avait tout dévasté .

Plus rien ne tenait debout .

Plus même elle.

S’approchant du bureau elle se baissait pour trouver au sol une de ses plumes, son écritoire peut-être …  Un encrier neuf …  Elle trouvait …  Restait à dénicher du papier à lettres …  Elle finit par en découvrir aussi …  Alors elle tirait à elle la chaise de Père et s’assit …  Elle débouchât le flacon d’encre, y trempât sa plume et se mit à écrire en tentant de maitriser le tremblement de sa main :

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 » …  Il m’est bon de pouvoir m’adresser à vous dans ma langue et de me savoir lue et comprise.

 » Il m’est meilleur encore de pouvoir vous dire des mots dépassant de loin par leur force les trop faciles « Merci » …

 » J’aime à pouvoir ici exprimer ma gratitude d’avoir la fierté et la sincère joie de vous compter de mes amis … « 

*

Elle refermât l’encrier, essuyât la plume.  Elle pliât la lettre en quatre, la disposât dans une enveloppe gris souris qu’elle trouvait au pied de la méridienne elle aussi totalement saccagée.  Humectant la colle de sa salive à l’aide d’un de ses doigts elle fermât l’enveloppe et sans rien y écrire la disposât bien au centre du bureau vide, à plat.

Alors elle pivotât sur elle-même comme pour juger de l’état des lieux puis se dirigeât vers la porte qu’elle ouvrît.  Dans le grand couloir elle prenait la direction de la porte d’entrée principale, emportât au passage dans la salle de séjour le bouquet de roses dont le rouge flamboyant faisait comme une grande tache de sang sur sa jupe…  Elle sortit sur le perron, refermât derrière elle le lourd battant en le tenant par le heurtoir qui claquât et résonnât longtemps encore dans le couloir après son départ  …

Plus personne jamais ne la revît.

Sauf sur la Lande m’a-t-on dit …

Celle des « Reine-Fleurs. »

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MandraGaur’En Individu’Elle

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In « Journal » – 1982 – Grèce/Kalamata

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Note : Je rappelle pour tout ceux que ça intéresse que ce que j’écris est protégé non seulement par la Licence Créative Commons mais aussi par la législation belge et internationale propre aux droits d’auteurs de même que par le dépôt des publications de ce blog (ou de tout autre de mes textes par ailleurs) dans les fichiers de la bibliothèque Royale Albertine à titre d’auteur belge repris dans les archives et déjà publié.  Merci d’en tenir compte.  Si des textes vous intéressaient vous pouvez me joindre par mail.  La page d’accueil vous informe amplement à ce sujet de même que des normes, clauses et droits d’utilisation de mon oeuvre.  -L’Auteur-*

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Vivre! Et tu vis…

Les bombes et les chaînes

"Les bombes et les chaînes"


Vivre, je t’ai dit, vivre !…

Et tu ouvris les yeux …

Et tu vis …

Tu vis oui …

Le monde et sa haine …

Les humains et leurs chaînes,

La planète et ses peines,

Les murs des prisons,

Les révoltes souterraines,

Les gorges fermées,

Les cris amputés, les baîllons,

Tu vis …

Les intérêts, les spéculations, les misères,

Les bombes et les guerres,

Les enfants affamés,

Les droits que l’on fait taire,

Et les cheminées nucléaires,

Les asiles cadenassés, loin retirés.

Tu vis …

Les mensonges, les trahisons,

Les espoirs, les abandons, les déceptions,

Les amours violentées, les cupidités,

Les traîtrises et les spoliations,

Et les ouvriers chagrins,

A l’aube aux portes du turbin,

Les routes d’asphalte et de béton

Traversant les paysages,

Les voitures rapides

Aux conducteurs sans visages.

Tu vis …

Les arbres décimés,

Les forêts brûlées,

Les montagnes ravagées,

Les plaines saccagées,

Les villes érigées

En tours aux mille fenêtres,

Les villages oubliés,

Les écoles fermées,

Les gares champêtres reniées,

Les chemins de fer aux passages d’enfer.

Tu vis …

Les poubelles de l’aurore hantées

Par des humains en loques et la galère  …

De quelque mendiant matinal,

Inconnu numéro hors société,

Partageant son butin frugal

Avec un chien maladif ou un chat efflanqué.

Tu vis, oui …

Ouvrant grands tes yeux étonnés,

Dans le matin brumeux et glacé,

Tu vis la fille de joie toute en tristesses

Seule sur le pavé,

Blasée, défigurée de routine,

Retournant vers son quartier.

Tu vis …

L’argent, la bourse,

Le change, l’exchange,

Les paris, les loteries,

Les courses, les malversations,

Les chiffres gonflés et surfaits,

Les portefeuilles à action,

Les magouilles monétaires, les banques,

Ces artisans des nos manques,

Le trafic des armes,

La consommation des morts,

Les pourcentages multipliés

Les génocides, les massacres organisés.

Tu vis …

La politique et ses combines,

Ses rictus peints, ses sourires feints,

Ses campagnes, ses trombines,

Ses cyniques discours et débats,

Ses promesses à trois sous,

Ses courbettes à paillettes,

Ses manipulations à la télévision.

Tu vis …

Les écrans et les murs de ta ville,

Saturés de publicité, d’images mobiles,

Vantant des bimbeloteries à consommer,

La pagaille superflue des objets inutiles,

Les marchands de vent et de dérision,

Le commerce du rien, les simulations,

Les falsifications, les futiles mitrailles,

Et les douze coups de minuit,

Et l’an Noël, et l’an neuf, pas une faille …

Tu vis …

Ceux qui n’ont pas même le pain

A donner à leur gamins, à leur marmaille,

Tu compris …

Que le monde s’emballe et dérape,

Qu’il tourne vers sa perte par la déraison.

De labyrinthes en béton

Aux dédales en carton,

D’immeubles mal bâtis

Aux bidonvilles, aux cités.

De salon de vacances,

A boustifailles en abondance,

Du peintre surévalué,

A l’artiste oublié, conspué, hué,

Du livre d’amours dégoisées,

Aux lignes dissidentes hurlant la vérité,

Tu vis …

..

Les magouilles, les scandales, les fictions,

Des scénario pour jambes en l’air

Aux film “spécieux” pour amateurs de chair,

De l’enfant bafoué, asservi, perverti, sali,

Du bureau enfumé où se gravissent les échelons

A l’atelier clandestin, surpeuplé, obscur

Aux mains laborieuses sans noms,

La sueur des braves bues par les requins rusés,

Tu vis …


L’humain, ton ‘prochain’ pris en tenaille,

Tes frères et soeurs asservis, misérables,

L’humanité forcée à la marche à reculons.

Tu vis …

Et tu fermas les yeux

Devant cette vision insoutenable,

Et tu lui tournas le dos

Nayant plus rien à rêver de valable,

Et tu t’en allas loin,

Et désolé,

Perdant toute illusion.

MandraGaur’En Individu’Elle

C’est à Bagdad …

C’EST A BAGDAD


L’envolée …

"Borgne" Laurent Askienazy




La valse des nuages, ballet insensé.
La valse des enfants sages, chaussures délacées…
Cela se passe dans une rue de Bagdad,
Je ne te l’avais pas dit c’est ça?

La populace m’accueille dans un bourdonnement rauque mêlé de sang.
Le rire est absent.
Il n’y a plus de rire devant les morts vivants là.
Là bas, c’est à Bagdad, je ne te l’avais pas dit déjà?

La joie est absente.
Seule règne la divagation, les sens s’aiguisent, il faut trouver un vivant …

Des vivants dans les morts, tu le savais ça?
L’écho c’est le cri, il n’y a plus de paroles, il n’y a plus de mots, il n’y a plus de voix.
C’est à Bagdad, un matin rose, et jaune, et sang.

Ici le chagrin est absent, il n’y a ni larmes, ni regrets, ni deuil.
Réponds à ma demande, tu te souviens, je te disais, un beau matin, c’était à Bagdad…

Divine Bagdad.
Ma tête explose en spirales dans la frénésie des outrages

Comme s’est explosée en spirales la tête de l’homme au coin de la rue.

Il était le premier à l’avoir aperçue, la voiture.

Elle était piégée.
Arrête de me questionner.
Il reste un peu de cervelle, quelques fragments de boite crânienne,

Un oeil crevé est resté posé juste au seuil de la mosquée.
Ma tête, ma tête, je vais hurler.
Je le sens bien à l’approche d’une mélopée de femmes allant voilées

Et noires

Et groupées

Et les mains levées

Et criant,

Et hurlant…
Il n’y a ici pas de larmes, ni de pleurs, ni de deuils.
Ce sont les cris, ils répondent aux cris, et aux cris, et aux cris.
C’est à Bagdad, je te l’ai dit!

La vie me happe dans une ronde jamais ressentie.

J’ai honte d’être ici devant le drame, le drame d’aujourd’hui, le même que celui d’hier,

Le même que celui de la semaine dernière, le même que demain.

Je flotte dans l’irréel des choses.

C’est à Bagdad, la foule m’entoure avec éclat et bravoure.

Au loin une cadence qu’entonne un tambour, les sirènes hurlantes et ma mémoire remplie de démences.

C’est à Bagdad, tu m’entends, c’est à Bagdad!
Des êtres désarticulés commencent une danse folle et désordonnée.

La folie s’empare des cerveaux.
Gens. Enfants. Incroyants, mécréants, croyants…

Gens, gens, gens de la terre, gens de ce monde, dites moi.

Ici il n’y a plus de pureté.

Le chaos m’accueille dans un tumulte complet.

Il n’y a plus ni beauté, ni bonté.

La vie frôle des jours indisciplinés.

Je ricane.

Tant il n’y a plus rien de réel en ce monde meurtri.

Le voilage sombres des femmes atténue leurs regards,

Elles ne peuvent dire, ils ne peuvent dire,

Je ne suis pas ici pour dire,

Je n’ai plus rien à dire,

Pour mieux apprécier les trésors de la vie, il faut fuir, fuir, fuir, fuir devant l’humain.

Il se détruit.

Tu le vois bien …


Ici il n’y a pas de bienfaisance.

Il y a le silence, le silence, tous les silences, chaque fois, après…

Le livre de guerre continue subit et futur.
Ciel bleu dans un faste de sang, de violence, de haine, de mépris de l’autre,

Où l’imaginaire puise sa source dans une rancune vieille comme le monde,

Alimentée par ceux qui en tireront profit.
C’est à Bagdad, c’est à Bagdad, je te l’ai dit…

La nuit transfuse tous les chagrins.

D’antan.
C’est à Bagdad, à Bagdad, c’est là-bas,

Où il y tant de femmes, tant de vieillards, tant d’enfants.

C’est à Bagdad, pour aujourd’hui.

Demain, ce sera où ?  Ce sera qui?

Me voilà devant le ciel toujours aussi orange, et rose, et devenu bleu.

Les minarets dressés sur la ville, et le muezzin qui s’époumone,

Sa voix emplit les rues et les venelles d’un charme exquis.
Une volte-face du morbide.

C’est la fête d’une chair froissée par les événements derniers.
De chaleur, de douleur, de chagrin, de colère et de rage,

Ma peau ruisselle de sueur rance, les battements de mon cœur,

Les palpitations, les cris non proférés …

Tu m’entends dis?…

Les jours se suivent.
Les matins roses aussi.

Un nouveau chapitre s’ouvre d’un article sensationnel et remarqué dans le monde entier.

Voltige aliénante, voltige de la vie…
En gros caractère, en première page, sur tous les mails du globe, ils l’ont dit:
« C’est à Bagdad! C’est à Bagdad! C’est à Bagdad!
Toutes les télévisions en boucle l’ont repris!

Transition d’une mémoire où la ville me salue de son ciel bienfaiteur.
Là-bas, je te le dis, l’impuissance est d’agir.
Là-haut, je te le dis, l’hypocrisie mensongère.
Les états, les pouvoirs, les alliés, les désespoirs.
A Bagdad, à Bagdad vient le soir…
Les étoiles s’allument, je marche dans le noir.
Près de la mosquée, sous mon pied, un éclat d’os écrasé.
Et je hurle dans l’oreille de ma mémoire.
Il se fait tard.

Je marche…
A Bagdad ce soir, je marche.
Dans ma mémoire les cris,

Dans mes regards la stupeur,

Sous mes pieds le chemin.
Enfin …

Le bonheur d’un chemin !

MandraGaur’En Individu’Elle


Serpent ?

Trois heures pleines de lutrin tiens que je viens de m’offrir …  Plus d’une heure de violon et le reste saxo !!!  Du beurre !…  Mais tout de même pas moyen, malgré l’heure, d’aller la mettre dormir celle là !  Elle rôde dans ses mètres carrés, se refait de nouveau pour la sempiternelle fois un café, tudieu c’qu’elle en boit des cafés, elle ne vit que de ça une vraie pitié !  Et ses clopes !!!  Pour la longévité, ben c’est pas gagné !  Mais elle s’en fout en fait, vu qu’elle continue à bluezzer à donf y’a pas moyen de lui trouver une issue à cette âme qui ne cesse de réclamer mais quoi ?  Qu’est ce donc qu’elle réclame cette âme qui lui fait peine et dont elle n’arrive pas à faire taire la rengaine, pauvre d’elle mais qu’y faire c’est comme ça et ça s’appelle la galère …

Mais bon on fait avec de ces temps arides où le désert semble de plus en plus avide de l’absorber en ses sables éternels …  Alors voilà, c’est ici qu’elle vient tasser un peu de cette vilaine froidure qui lui bouffe les méninges et qu’ça dure et qu’ça dure depuis un bon temps que ça dure et pas moyen d’y trouver remède elle se dit que tant pis, on va écrire, ce sera toujours ça de débarrassé hors de l’enceinte fatale où s’engloutit la pensée infernale qui lui taraude les tempes merde alors !

Oui merde alors j’aime à le répéter …

"Fenêtre"

"Fenêtre" - MandraGaur'En Individu'Elle

Tiens …  Puisque j’ai l’air de ne pas vouloir aller dormir …  Pour le fun …  Je vais vous raconter que ce matin, très très tôt, je crois que je venais de me coucher d’une paire d’heures seulement, retentit stridente la sonnerie sur mon palier …

Quid ?…

Mais oui vraiment qui, à ces heures indues, d’autant que jamais personne ne se préoccupe de venir me voir, qui ose me dis-je en émergeant de mes songes, (pas drôles) …  Et donc je me lève vu le caractère intempestif et insistant de la sonnette qui résonne pareille à une urgence dans mes tympans …

Vite fait je me ramasse dedans ma litière, j’attrape ce que je trouve pour m’en faire une protection contre le froid sinistre qui règne aux étages, je traverse le palier, gla gla gla, et je m’en vais voir par la fenêtre du bureau …  Il fait tellement tôt que même il fait encore tard et noir faut pas d’mander …  J’ouvre la dite fenêtre qui en fait n’est jamais vraiment fermée tellement le châssis aurait bien besoin d’être changé et je me penche fort en avant pour parvenir à observer, sans être vue, le devant de ma porte à rue et voir quel est donc cet intrus …

Les pompiers !…

Oui ma chère me dis-je à moi même, ce sont bien des pompiers devant ta porte, grand camion stationné juste en face, et gyrophare allumé !!!

Kèssssakokessakivamarivé ???

Je me racle la gorge avant de parler, histoire de voir si j’ai encore de quoi m’exprimer, tellement il est vrai que je passe tant d’heures dernières à ne plus du tout parler puisqu’enfin bon il n’y a plus personne pour tailler la moindre bavette des jours entiers et je dis, classiquement et comme il se doit :

 » Oui ?  Euh …  C’est pourquoi ? »

Dans ma tête je me mets à penser que peut-être il y aurait le feu je ne sais pas moi, en bas dans la taverne, ou dans la grange, mais non tout de même, l’alarme est censée m’avertir avant les pompiers si tel était le cas …

Enfin on n’sait jamais, l’ustensile est peut-être en panne quoique non il vient d’être tchèké (c’est comme ça qu’on dit maintenant non ?) et normalement le service de vigilance, que je paye à l’année et qui coûte la peau des fesses, aurait déjà dû, si c’était le ca, me téléphoner …

Donc ?  Question :

« Je vous écoute ?  Il y a un souci ? »

Ils sont deux sur les trois à lever la tête vers moi et ensemble de me demander :

« Excusez nous madame, mais …  Voilà …  Est ce qu’il y a des serpents dans la maison ? »

Attends !…  Minute là …  J’ai bien ouï ?…

Je me frotte les quinquets et le conduit des oreilles, non c’est pas possible, je fais des tas de rêves bizarres et tristes et sournois de ces nuits mais tout de même là !?…  C’est un peu fort de café …  Des serpents à c’t’heure !!!…  On aura tout vu dans cette ville !..  Et à quelle heure encore bien !…  Je ne la sais même point !  Et moi de dire, pour enchaîner :

« Pardon Monsieur, des serpents ? »

« Oui Madame » … Est-ce que quelqu’un ici dans la maison aurait des serpents ? »

Hu ?…  J’hallucine, ça y est !…  Je suis cuite !!!

Apparemment non pourtant je ne rêve pas, d’ailleurs je commence même à avoir très très froid avec cette fenêtre ouverte sur ma petite personne à peine mal éveillée, je me dis :  « C’est la réalité vraiment on me demande au sortir de la nuit si dans ma maison il y aurait des serpents ! »

Surréaliste non ça ?…  Et je me sens mousser …

Et de répondre :

 » Bon !  Pour commencer, ici, il n’y a que moi avec moi, et à part moi … »  Dont on dirait bien, va savoir avec toutes ces mauvaises langues ici dans le coin, je leur disais :

 » A part moi il n’y a ici aucun serpent !!!…  Non Monsieur, pas de serpent non ! »

A ce moment là j’avise la mère de la pharmacienne, une espèce de méchante prétentieuse qui se croit sortie de la cuisse d’Aphrodite parce qu’elle a du pognon et qu’ils ont acheté cash (ça se dit aussi comme ça maintenant) l’officine d’à côté pour sa fille, celle là même qui un jour m’a dit, désobligeante comme une teigne que :

« Tout le monde sait bien dans la rue que vous êtes folle ! »  Et que je n’ai jamais pu digérer ça, ce qui me parait d’ailleurs normal …

Je la vois donc bien oui, elle, cette vilaine tourterelle, s’approcher des pompiers et lever, elle aussi, la tête vers moi me posant la même question saugrenue :

« Vous n’avez pas de serpents chez vous ?! »

Serpent toi même j’aurais pu lui dire mais bon, je ne suis pas comme ça et je reste toujours plutôt gentille moi et même calme je trouvais après coup malgré la situation on ne peut plus qu’étrange …  Et je nie donc pour la seconde fois de ma nuit, et même de ma vie, la présence de ce genre d’animaux dans mon logis :

« Non madame non, je n’ai pas, il n’y a pas et je ne veux pas de serpents chez moi !  Leur place … »

Ca j’ai pas quand même pas pu m’empêcher de l’ajouter …

« Leur place, selon moi, est dans leur milieu naturel « 

« Ah bon !  Merci Madame …  Excusez nous de vous avoir dérangé ! »

Et les quatre, trois pompiers et la mère de la pharmacienne, s’apprêtent à quitter mon trottoir pour s’acheminer plus loin, à savoir juste à côté de ma porte, devant celle de la pharmacie !  Me plantant là, encadrée dans ma fenêtre !!!  Ah mais non je me dis ça c’est trop fort !  Ils pourraient au moins, ce me semble, m’expliquer !!!  Comment donc, ça fait que vous venez sonner à toutes les heures, me réveiller, me demander si j’ai chez moi des reptiles et devant ma négation vous me plantez là ???

Mais vraiment c’est quoi ça ?…

Rugissante ou presque je referme, enfin façon de parler, la fenêtre de mon bureau et je me précipite dans l’escalier …

Merde !  L’alarme !  Je l’avais oubliée celle-là …

La voilà tonitruante qui se met elle à réveiller tout le quartier …  Je remonte vite comme l’éclair, tout ça je vous dis comme dans un film, je n’voyais même pas très clair, je désamorce l’alarme pour arrêter le tintamarre, je prends le téléphone sans fil parce que là c’est sûr le centre de vigilance va me sonner et je redévale les escaliers pour aller leur dire ma façon de penser moi à cette mère de pharmacienne et à ces pompiers …  Arrivée en bas dans la taverne je me rends compte que j’ai oublié les clés !…

Ah ouais !!!  Pour ouvrir la porte vaut mieux non ?… Donc, quatre à quatre je remonte pour aller les chercher, et merde !!!

Le téléphone lui se met à sonner !…

Je redescends …  Je  l’avais déposé sur la première table dans la salle en bas !…  C’est le centre de vigilance, comme prévu,  qui me demande mon code, et puis mon mot de passe et puis si tout va bien et puis s’il ne faut pas m’envoyer la police pour vérifier …

« Non Monsieur, oh que non merci, je suis déjà largement servie, ça ira, j’ai les pompiers ! »

« Les pompiers ?  Vous avez le feu chez vous ?! »

« Euh, non non non, pas du tout …  Tranquille Monsieur, rien à signaler, si ce n’est, peut-être, un serpent ! »

« Pardon Madame ?  Un serpent ?… »

« Oui bon, écoutez Monsieur, c’est un peu long à vous expliquer …  Et je voudrais bien les rattraper et pour ça je dois remonter chercher mes clés et voilà … (‘Tain le cafouillage là !…) Mais ne vous en faites donc pas, c’est moi qui avait oublié de défaire l’alarme dans ma précipitation à cause des pompiers et c’est pourquoi elle a sonné, et non il n’y a pas le feu mais il faut absolument que je rattrape les pompiers à cause des serpents et n’cherchez pas à comprendre surtout, je n’y arrive pas moi même et là je n’ai pas le temps parce qu’ils vont partir qui sait ???  Merci de m’avoir sonné !  Bonne journée !!! »

« Mais …  Attendez madame !…  Minute !…  Attendez …  Vous êtes sûre que tout va bien ?  Vous n’avez besoin de rien !!! »

Tout de même …  Allez comprendre ça vous …  Il est vrai que le bonhomme doit se poser des questions vu la manière dont je lui ai expliqué en cascade les évènements, après tout il fait son boulot, mais alors que tant de fois j’aimerais qu’on s’occupe un peu de moi, qu’on me demande si je n’ai besoin de rien et que ça n’arrive jamais de chez jamais voilà que pour une fois je voudrais juste qu’on ne s’occupe plus de moi et le mec d’insister …  Et moi de même …

Je reste calme, exemplaire :

‘ » Non monsieur, tout va bien, je vous répète, je n’ai besoin de rien, les pompiers sont devant ma porte mais ce n’est pas pour moi c’est pour des serpents et je m’en vais leur demander exactement de quoi il retourne si vous me le permettez … »

« Bon …  D’accord ! Sûr ?!  Vous ne voulez pas que je vous envoie la police pour vérifier ???  Si il y avait quoi que ce soit vous pouvez retéléphone madame !…  D’ailleurs je vous ressonerais moi même dans un quart d’heure pour me rassurer ! »

Mince alors celui là !…  Il fait du zèle pour le coup …  Si seulement de temps en temps on pouvait comme ça se soucier de moi quel bien qu’ça me f’rait mais là, vraiment je suis à la bourre, je veux savoir le fin mot de l’histoire des serpents et donc je coupe court:

« D’accord oui c’est ça vous me retéléphonerez tout à l’heure au revoir monsieur, je vous remercie encore … »

Et sans plus de formalités j’interromps la conversation !  Les clés maintenant …

Ah oui !!!

Je remonte donc, je prends le trousseau, je jette un œil par la fenêtre de ma chambre, (toujours façon de parler si vous saviez !) et je constate que quand même camion, pompiers et gyrophare sont toujours  là, bien présents, mais cette fois les gars sont sur le trottoir d’en face en train de parlementer …  Je redescends, je déverrouille, j’ouvre et je me retrouve dans la rue …  Je vois par la même occasion que le ciel est à la tendance ‘lever du jour’ et je me dis que pour ma nuit, ben c’est râpé …  Je plonge littéralement de l’autre côté de la rue et j’attrape le premier pompier venu, celui qui est à la plus courte distance de ma main que je lui pose sur l’avant bras coupant court à leurs conciliabules et je demande :

« Alors, c’est quoi cette histoire de serpents là ? »

Lui se retourne, me regarde comme si je sortais d’une boite à malices et me dis, tout de go :

« L’alarme, c’était chez vous ? »

Putain l’alarme !

Font ch …  eux !

« Oui Monsieur, c’était chez moi mais c’est arrangé !  Euh …  Je l’avais oubliée vous comprenez ?… »

« Ah !  C’était ça …  Parce que comme on n’savait pas d’trop on a appelé la police ! »

Et ben là c’est l’bouquet !!!  Des pompiers, des serpents, des alarmes, des centres de vigilance, des gardiens hyper diligents et la police à présent.!!!..  Qui d’ailleurs, en même temps que je l’évoque dévale littéralement du dessus de la rue, gyrophare eux aussi allumé, mais bleu celui là …  Les pompiers, le leur , il est rouge !

Là, je fulmine mais bon, je ne vais pas le leur montrer, ils seraient encore capables de m’embarquer en camisole de force dans un fourgon pour m’amener à l’asile ces malins !  Donc, je laisse venir l’avalanche, et je sens que je vais devoir m’expliquer et que ce sera corsé …  Alors que moi, vous en conviendrez, je n’avais rien mais rien demandé !  Y’a vraiment qu’dans ma ville sinistrée que çà se passe des machins pareils je me dis …  Et y’a qu’à moi que ça arrive ce style de scénario !!!

Le combi de ce temps se gare, plutôt mal, pas loin du camion et trois malabars en sortent …  Non, pas de Kalach mais tout comme …

Et se précipitent vers les pompiers :

« C’est quoi l’problème ? »

Et voilà que le pompier, celui que moi j’avais interpellé, commence une phrase qui me met définitivement les nerfs à bout et hors de moi …  Il dit, j’entends bien oui qu’il dit :  « C’est madame qui ….. »

Alors là ben … J’explose tiens !

« Comment ça, c’est madame qui !!?…  Ca fait que vous venez sonner chez moi en pleine nuit pour me demander si j’ai des serpents, je parviens à oublier mon alarme à cause de vous et tout se met à sonner, la centrale me sonne je refuse la police mais entretemps vous vous l’avez appelée, et pour finir c’est moi qui serait quoi ?  Cause de tout ça ?…  Non mais vraiment !?…  C’est pour rire là ? »

Les trois flics eux se regardent un peu estomaqués …  Et n’ont pas l’air de rire du tout par contre …  D’ailleurs l’un d’eux me le dit même :

« Mais nous on n’rigole pas hein madame, vous nous dérangez faudra vous expliquer !???  On r’vient d’ailleurs nous, on était sur un accident (sic), on est arrivé ici en urgence alors expliquez vous ça va ? »

Ben franchement !…  Je sens que je vais finir en cabane moi !…  Ils ont l’air de ne rien comprendre, ce qui me semble un peu normal, mais ils ont l’air de tout prendre trèèèèès au sérieux …  Et l’un d’eux me demande:

 » Mais qu’est ce que vous faites là vous alors ? »

« Comment ça qu’est ce que je fais là moi ?  Mais j’étais dans mon lit moi Monsieur !  Dans mon lit !!!..  Ce sont eux qui ont sonné chez moi, ils m’ont demandé si j’avais des serpents, je ne sais toujours pas pourquoi d’ailleurs et du coup, ben mon alarme s’est mise en route, qu’est ce que vous voulez ?  Ca m’avait échappé que je ne l’avais pas désarmée !  Voilà tout monsieur, il n’y a rien de plus …  Sauf que je voudrais bien comprendre, et c’est pourquoi je suis là, précisément, devant vous et dans la rue, j’aimerais bien comprendre moi aussi ce qui se passe et pourquoi on m’a demandé si j’avais des serpents !…  C’est ça mais c’est tout …  Ou c’est tout mais c’est ça …  Vous m’suivez ?  »

J’avais déjà peur qu’ils ne me répondent :

« C’est vous qui allez nous suivre si vous continuez à vous énerver … »

Mais non quand même on n’en était pas encore là …

« Et qui nous a appelé alors ?  Ce n’est pas vous ? »

Grrrrrrr ….

 » Non Monsieur, ce n’est pas moi qui vous ai appelé, ni non plus mon service de télésurveillance, non Môsieur , ce sont eux , les pompiers, qui vous ont appelé , parce qu’ils n’avaient pas compris que c’était mon alarme tiens voilà tout, c’est ça mais c’est tout !!!

Et je me tourne vers les pompiers :

« Alors, ces serpents, s’il vous plait, c’est quoi cette histoire ? »

Mais le policier lui il n’en a pas terminé avec moi apparemment !  Encore un zélé !  Décidément …  C’est mon jour !…  Le voilà celui là de me dire :

 » Il va falloir que vous fassiez une déposition pour la main courante comme quoi nous sommes bien venu et que c’était une fausse alarme ! »

Punaise !!!!  La main courante !  On aura tout vu !!!

« Mais non Monsieur, ce n’était pas une fausse alarme mille dieu !!!  Je ne vous ai PAS appelé moi !!!  Ce sont eux !!!!  S’ils n’étaient pas venu sonner chez moi, de un je dormirais maintenant, de deux l’alarme n’aurait pas sonné et de trois vous ne seriez pas là !!!  Est ce que vous m’comprenez ?.. »  Malheur de malheur je sens que je perds patience pour de bon .

« Bon …  Ben vous allez nous expliquer tout cela …  Nous allons prendre votre déposition …  On peut rentrer ? »

Ben voilà !!!

Ca …

C’est la totale !!!

Je n’ai plus âme qui vive qui fréquente ma taverne mais là !!! Trois flics de la plus belle espèce franchissent mon seuil au sortir de la nuit, s’installent à une table, enfin deux, il y en a un qui reste debout on n’sait jamais …  Et on te sort le calepin, et on te demande ta carte d’identité (pour laquelle il me faut une troisième fois remonter la chercher, du coup j’oublie mes clés que j’avais en main, mais bon, sur le moment je ne m’en rends pas compte ce qui fait que plus tard je les ai cherchée durant près d’une demie heure mais j’extrapole là…) et je ne sais toujours pas pourquoi les pompiers m’ont réveillée …  Je « dépose » donc comme ils appellent ça, je raconte, pour la troisième fois, mon histoire avec laquelle tout compte fait je n’ai rien à voir, je me demande moi même ce que je fais là dans la taverne, en bas, avec trois flics dont un qui gratte sa feuille, dont le second chipote à son talkie walkie ou genre et dont le troisième inspecte mon établissement en jetant ses yeux partout !!!

Et voilà que le téléphone sonne ! Ca, c’est l’autre zélé de la centrale sûr !

Je prends ! « Oui, j’écoute ! »

« C’est la centrale d’alarme madame, tout va bien maintenant ?… »

Comme si tout à l’heure tout allait mal vraiment !

Et de répondre :

« Très bien monsieur, la police est là ! »

Eberlué le gaillard !

« Ah bon, la police est venue quand même ?  Vous avez un problème ! »

Mais non d’un chien qu’est ce qu’ils ont tous à me demander si j’ai un problème !!!  Non que je n’ai pas de problème, on me fait des problèmes une fois de plus !!!  Je me surprends, toute étonnée, de parler d’une voix on ne peut plus pondérée pour expliquer à ce brave garçon la situation :

« Non monsieur, je n’ai pas de problèmes non , ils sont là parce que l’alarme a sonné à cause des pompiers qui sont venu pour un serpent et ce sont eux qui ont appelé la police vous comprenez ? »

Non …  Apparemment il ne comprend pas …

Excédée alors je lui passe le flic qui baille au corneille tout en détaillant ma taverne lui disant :

« Si vous voulez  bien leur expliquer s’il vous plait Monsieur, c’est la centrale d’alarme qui s’inquiète de moi !…  Ils s’inquiètent voyez vous, eux aussi !  Vous n’aurez qu’à leur envoyer une copie de la déposition comme ça ils comprendront ! »

Enfin, finalement ils ont l’air de s’arranger ensemble, le mec raccroche de son côté, le flic aussi, je signe ma déclaration …  Ils me saluent, faut être honnête, très corrects les gars, j’ai même failli leur proposer un café mais comme je savais qu’ils allaient dire non je me suis abstenue et je les ai suivi dans la rue !!!

Pour voir quoi ????

Devinez ???

Ben …  Que le camion des pompiers il n’était plus là !!!  Plus là !!!  Parti lui !!!!  Pfouiiiiiit !!!!  Evaporés les pompiers, le gyrophare et le camion …

Et moi ????  Je suis là !…  Les flics se barrent, la pharmacie est bouclée à croire que la mégère n’en est jamais sortie …  Comme si j’avais rêvé éveillée …

Cette fois !!!!  Je râle pour de bon vous m’comprendrez non ???  Et c’est là que je constate que je n’ai plus mon trousseau de clés et pas moyen de me souvenir de ce que j’en ai fait …  Panique !…  Et de fouiller …  Sans même penser que pour aller chercher ma carte d’identité j’étais montée et que, en effet je les découvre après une demie heure de recherches et l’intervention de Saint Antoine que j’avais invoqué, (il est habitué lui de me dépanner, c’est d’ailleurs la seule personne au monde que je connaisse qui fait quelque chose pour moi …) Il m’a mis la puce à l’oreille et je suis remontée droit comme téléguidée pour les retrouver à côté de mon sac encore ouvert, sur le palier, d’où j’avais extirpé à la hâte, peu avant, ma pièce d’identité !!

Qu’est ce que vous en dites de ça hein ???  Pas banal non !  Et les serpents vous me demand’rez ?  Ben voilà !!!  On y arrive …

Voici l’épilogue !…

Le fin mot de l’histoire je l’ai connu vers 10 heures du matin …  Je n’ai quand même pas pu m’empêcher de téléphoner à la caserne des pompiers pour demander quel était ce genre d’intervention pour laquelle je fus tant dérangée …  Normal non ?  Ainsi donc …

« Quelqu’un », un quidam anonyme, avait téléphoné de nuit à la caserne des pompiers, pour les avertir qu’un de ses serpents s’était échappé mais tout en donnant le nom de la rue il n’avait pas donné le numéro de sa maison …  Juste  avait-il indiqué aux pompiers la hauteur à laquelle il se trouvait à peu près, dans ma rue …  Le type avait précisé :

 » Juste à côté de la pharmacie !!! « 

Et donc les pompiers ont sonné chez moi puisqu’en face personne n’habite, c’est un logement quadruple mais vide (un de plus) et en face de la pharmacie c’est pareil, un logement double, mais vide  …  Et pourquoi la mère de la pharmacienne était-elle sur le trottoir ?  Ben parce que le type avait aussi sonné à la pharmacie, qui était de garde cette nuit là …  Pour prévenir qu’il y avait une  espèce de serpent venimeux qui se promenait peut-être dans la rue, hein, et qu’il allait, peut-être, falloir prévoir des antidotes …

Kèèèèèdisssssssssss de ça ???

Et la mère de la pharmacienne elle était là pourquoi ???  Parce que sa fille, la pharmacienne, affolée (faut dire qu’un rien l’affole celle là) avait appelé d’urgence sa mère pour venir près d’elle parce que son sicilien de mari était à l’étranger et qu’avec les bébés (elle en a deux) et son officine de garde elle ne se sentait pas vraiment à l’aise de voir débarquer un serpent …  Ou même une victime de serpent !

Et le serpent vous me demand’rez ?

On l’a retrouvé !!!

Dans la cage d’escalier du propriétaire !!!!

Qui lui, du temps où tout cela se passait chez moi, avait fait le chemin vers le bas de la rue, et pendant que les flics m’interrogeaient, à force de signes cabalistiques et d’appels aux pompiers pour les appeler à venir le rejoindre bien plus bas dans la rue,  ils avaient démarré donc parce que ce n’était pas à côté de « la mienne » de pharmacie non, mais à côté de la pharmacie du fond de la rue !!!!

Et le serpent il était tranquillement dans la maison du gars, sous les escaliers !!!

Oufffffffffffffffffffftiiiiiiiii …..

Comme je n’avais pas décidé d’aller dormir, je trouvais que ça valait le coup de vous raconter ça moi !…

Non !!?  Pas triste hein !…

Là-d’ssus …

Je monte me coucher cette fois, j’espère y arriver !

C’étaient mes Pâques !!!

Et avec ça, aujourd’hui et demain, on va se farcir la cavalcade !!!!  J’en ai déjà mal aux dents de voir déambuler les Gilles, leurs plumes, leur clochette tintinabulantes et tout leur saint toin toin ! …  M’demande si je n’vais pas tout bonnement fuir la ville pour la journée moi là …  Et aussi demain !  A une autre fois ?

MandraGaur’En Individu’Elle

J’écris à quelqu’un …

Parce qu’il n’y a personne …

Je suis crevée en fait et je ne sais pas même pourquoi …

Je n’ai vu que quatre personnes dans ma taverne depuis ce matin …

Et mon réviseur d’entreprise, ce soir …

C’est tout !!!

Ma journée fut misérable, c’est comme ça, elles se succèdent et finissent toutes par se ressembler …

« Les choses vont mal partout » me dit mon réviseur d’entreprise, et du coup il faudrait que je trouve ça normal …

Je suis sur le pont du Titanic, c’est sans doute déjà mieux que d’être à fond de cale …

Je pense tout haut …

« C’est tout à fait ça, me dit le réviseur, nous sommes sur le Titanic !  Plus rien ne va … »

Vous voulez des exemples ?

J’en ai …

Non seulement le fait que plus personne ne passe la porte de ma si jolie taverne où on mange si bien, non seulement le fait que dans ma boîte à lettres je trouve de plus en plus souvent du courrier qui n’est pas le mien et que je refais moi-même la redistribution dans la rue et même plus loin, non seulement le fait que quand il faut téléphoner dans une administration on prend la déroulante déferlante voix mécanique qui te dis « poussez sur le 4, tournez à gauche, faites le carré, faites le trois, prenez à droite, revenez en arrière, tapez les cinq premiers chiffres de votre numéro de client, prenez droit d’vant, tapez le deux, puis le trois à moins que le sept si tu veux parler en lingala », non seulement le fait qu’on te vend du périmé et si t’as rien vu tu r’pass’ras non pas seulement tout ça mais tout le reste …

Oui tout le reste …

Tu dois 123,36 euros à l’ONSS qui t’en doit 1573,87 euros ? Tu payeras d’abord et tu seras remboursé dans deux ans parce que l’ONSS ne rembourses jamais avant deux ans …  Mais toi tu payes au plus vite sinon tu s’ras assigné ! La TVA te doit de l’argent ? Ils viennent te faire un contrôle avant de te rembourser résultat après le contrôle c’est toi qui leur en dois !  Non seulement tu restes mal parce que ta bagnole sort du garage avec une note de 1537.83 euros (Pneus, boîte de vitesse, alternateur, freins, contrôle technique) et tâche de les trouver sinon tu iras à pied !  Non seulement parce que si tu as besoin d’un dépanneur pour ta machine à café le gars n’est pas encore arrivé dans le comptoir que déjà tu lui dois 50 euros pour être juste venu jusque là pour voir ce qu’il faut réparer … Non seulement parce que tu cherches un avocat valable pour te défendre contre un employé indélicat et qu’il n’ouvrira le dossier que quand tu lui auras déposé une provision de 1200 euros et trouve les sinon ben tu perdras ton procès …

Non seulement  …

Mais tout le  reste …

« Oh mais vous n’êtes pas la seule » me dit le réviseur d’entreprise et le voilà parti dans l’énumération de tous ses clients qui sont en faillite ou presque et qui ne s’en sortent plus, et qui bouffent des médocs à crever pour tenir encore le coup et dont, tout comme moi, les charges dépassent de loin les recettes ce qui au total, quand on sait compter, signifie tout bonnement le déficit, dont le synonyme s’appelle inévitablement la faillite.

Et je frémis …

Tu t’accroches à ce qui ne tient plus …

Tu essaies d’y croire encore alors que tu vois bien que rien ne va plus mais bon …

T’es pas toute seule hé il y en a plein qui vont mal et qui ne suivent plus …

« Nous coulons » lui dis-je au réviseur, « Nous coulons et qu’allons nous devenir » …

Et lui de me répondre

« Bien sûr oui, nous coulons …  Nous allons droit dans le mur et il n’y a plus personne aux commandes qui soit en mesure d’arrêter ça … »  Réjouissant non ?

Je me dis qu’un de ces quatre matins je vais aller m’installer le long du canal, j’ai là une très vieille petite caravane, et advienne que pourra …  J’irais à la pêche aux carpes, au moins si elles ne causent pas c’est parce qu’elles sont muettes …  Et voilà …  Je ne deviendrais pas salariée, j’ai essayé ça ne me va pas de m’incliner devant potentat et de toute manière il n’y a plus de métier …

Plus de salaires plus d’emploi …

« Le monde court à sa perte, et tous nous le savons, nous le voyons bien nous réviseurs, c’est tous les jours que  nous sommes confrontés aux drames des faillites et des fermetures et des dépôts de bilan » …  S’il le dit, depuis le temps que je le connais et qu’il s’occupe de mes affaires je peux lui faire confiance …  « Hier nous avons du vendre un bâtiment d’un client, expertisé à 235.000 euros il est parti en vente publique pour 48.000 euros même pas de quoi rembourser sa faillite …  L’homme est à genoux »

Ben voyons …

Et qui tiendrait debout ???

Je vais devenir quoi me demandé je à part moi ?…

Ecrire des livres sur du papier chiotte et les vendre en brocante ???

Mais c’est pour rire …

Je suis venue parler à quelqu’un parce qu’il n’y a personne …

Je sens rôder autour de moi des histoires pas drôles et j’ai peur …  La petite épicerie d’à côté s’est transformée en vidéoclub pour pouvoir ouvrir plus tard le soir …  Le magasin de journaux va fermer parce qu’il n’a plus d’affluence depuis qu’on a barré la route pour faire des travaux, ça va faire un an que ça dure et puis déjà qu’ils n’avaient plus de clients et puis ça merde et c’est comme ça …  Alors la petite épicerie devenue vidéoclub vendra aussi les canards …  Le soir …  Il n’y a plus de gens, plus personne dans les rues, à partir de 8 heures le soir et même avant on se croirait en couvre-feu dans un pays de l’est c’est misère et tout le reste …  Je jette quant à moi plus de nourriture que ce que je parviens à  en vendre, du coup je ne cuisine plus …  Je faisais tous les mercredis du pain, une dizaine de bons pains et quelques fougasses que je parvenais à vendre aux clients, aux habitués …  Il n’y a plus de clients …  Il n’y a plus d’habitués …  Il n’y a plus rien …  Et pour moi toute seule allumer le grand four pour deux pains ?…  Au prix où on nous facture le courant c’est foutu je ne peux plus …  Alors je ne pétris plus qu’une fois par mois, et je congèle et ça ne ressemble plus à rien …  Qu’est ce que je vais faire ?…  Qu’allons nous faire, qu’allons nous devenir ?…  Je me dis que je vais transformer la taverne en quartier général, que je vais faire la révolution mais bon …  Qui va me suivre ?…  Soupe populaire ?  J’y pense aussi …  Repas à pas cher ?…   J’y pense aussi oui …

Je suis fatiguée et j’ai peur …

Ma taverne c’est un peu comme mon atelier, j’y œuvre et j’y crée des œuvres …

Un pain est une œuvre, un plat du jour est une œuvre, une exposition est une œuvre, un film suivi d’un débat est une œuvre, une conférence est une œuvre, un concert est une oeuvre mais s’il n’y a plus personne pour venir en profiter de ces oeuvres je vais faire quoi ?…  Les gens, les petites gens auxquelles s’adressent mon œuvre n’ont plus de quoi sortir même quelques deniers pour en profiter …

Alors …  Les donner ?…

« Ah non tout de même ! » rétorque le réviseur d’entreprise « Ca suffit comme ça les déficits … »

Ah oui, les déficits …  J’oubliais …  Un tiers de charges en plus de la recette pour l’exercice passé et voilà c’est foutu faudra abandonner ???

Je déguste …  C’est le mot …

Les concerts c’est même plus la peine non plus, il n’y a plus que des spectateurs sans le sou et comme je suis d’avis qu’on ne peut obliger personne à consommer ben voilà, les soirées concert me coûtent plus qu’elles ne me rapportent …  C’est ainsi …  Les soirées ne sont plus que des esquisses. Il n’y a plus d’œuvre aboutie, il n’y a plus que des œuvres inachevées faute de pouvoir les continuer …  Même si je suis convaincue que tout est en perpétuel devenir faut pas s’leurrer …  Ici nous entrons de plein pied dans l’impossible à finir …

Idéaliste à crever comme je peux l’être je veux encore y croire et je m’accroche comme une punaise à des demains chantants mais bon …  Ce qui me paraît extraordinaire c’est que de plus en plus les gens me semblent endormis, abrutis (dans le sens sonné ou assommé ou trépanné) et que personne ne réagit …

Maintenant si vous trouvez que je suis défaitiste ou désenchantée, tournez la page et ne lisez plus ou allez lire ailleurs …  Pour rire de ces temps il n’est plus l’heure …  Je ne pourrais que difficilement vous conter fleurette alors qu’il fait sinistre et obscur …  L’’argent n’a jamais été mon moteur ni ma motivation mais les réflexions obligent à la raison et comment tenir si le peu que l’on parvient encore à réaliser ne suffit plus pour payer le beaucoup qu’il faut assumer …

Pas d’chance ?  C’est un échec ???

Non …

Je l’avais sentie venir moi la marée montante, depuis le mois de mars 2008 déjà je la sentais et la prévoyais …  Et mon livre de caisse, d’ailleurs, je pourrais l’utiliser en graphique ou en diagramme il représenterait exactement la réalité économique globale …  Ca descend beaucoup et tout le temps, ça remonte de temps en temps mais très peu et puis ça redégringole à nouveau …  On perd vachement du terrain et 2009 n’a fait que de nous engloutir le peu de réserve qui nous restait …

Rien de neuf à l’horizon ?  Non …

« Nous en avons au moins pour trois années encore et personne ni rien ne permet de dire que nous allons nous en sortir » dixit le réviseur qui essaye de me remonter le moral, enfin il le croit, en me racontant tout ça …

Je parle à quelqu’un parce qu’il n’y a personne …

Nous sommes dans la logique du gagnant qui gagne …

Celui qui a des tunes, c’est bien connu, en période de débâcle il peut s’arranger pour en avoir de plus en plus …

« C’est bien connu oui … » me répond le réviseur comme un perroquet …  Non …  Je ne suis pas sympa là, il n’y peut rien … « Je n’ai jamais autant mis costume et cravate que ces dernier mois tellement je me trouve sans cesse devant des tribunaux du commerce, des commissions de rogations, des commissions de dispense et des avocats »

Ainsi me dit-il mon réviseur d’entreprise …

Et moi je ne parle à personne …

Je ne vois plus personne …

Parce qu’il n’y a plus personne …

Je continue de nourrir ma vie de ci de là des quelques conversations par ci par là que je peux tenir encore avec les quelque ceux qui d’aventure viennent s’arrêter un moment en mes lieux et cela me reste  précieux. Mais à force d’aller sans plus rien pouvoir réaliser je rentre tête baissée dans le mur et sous peu je risque de me retrouver dans le vide, suspendue, et plus rien à mettre dans mon assiette …

Déjà que je mange en général plutôt par cœur …

Il est vrai que l’œuvre culturelle a rarement gagné de quoi vivre sa vie dignement mais jusqu’à présent, enfin jusqu’à hier ça fonctionnait comme ça pouvait, modestement …  Très modestement …  Chétivement …  Mais ça fonctionnait …

Aujourd’hui ce n’est plus la galère …  C’est le naufrage …

A moins de me recycler …  De vendre mon âme à Belzébuth …  De me transformer en taulière, de me peindre la face ou de me mettre à montrer mes nichons ou mon derrière …  Ou de tricher …  Ou de compter double … Ou d’accepter que l’on vienne se bourrer la gueule sans que je n’en éprouve ni remords ni regrets …

Inutile même d’y penser …

Si l’on veut gagner du pognon, comme ils disent, il faut accepter de produire et de faire ce qui est demandé …  Sans se mettre à réfléchir ni à penser …  Sans états d’âme précisément …  Faire ce qui arrange et non ce qui dérange …  Devenir rentable pour le sauve-qui-peut …  Et surtout faire semblant de prendre le tout avec philosophie …   Je ne le puis …  Je n’ai pas le talent du marketing d’ailleurs je trouve qu’il a aussi peu de rapport avec la création qu’un moustique avec un mouton …  Créer pour moi n’a jamais signifié vendre …  Faire recette se devrait d’aller de soi et non par la force des choses …  Ce n’est plus du tout le cas …

Alors ?…  Coule navire ???

J’ai échappé au mimétisme parce que je suis tout bonnement née sans …  Je n’avais pas de bon modèle dirons nous pour faire court …  Je ne me calque ni ne me copie …  Et sur mes principes et idéaux je suis sans concession …

« Oui mais tout de même » …  Tente le réviseur …  « Il faudrait savoir ce que vous allez faire … Et choisir … Commerce ou culture » …

Nous en sommes là donc ???  Alors c’est que l’heure est grave et même gravissime …

Pas mal de créateurs ont cette faculté de se mouler …  Moi non …

Beaucoup d’entre eux ne se posent plus trop de questions …  Ca se vend ???  C’est qu’c’est bon !…  Ils visent juste, comme au vogelpik, par opportunisme ou par chance ou par flair ils tombent pile et c’est dans la poche …  Bien d’autres visent à côté et se soumettent, produisent, fabriquent et se rendent rentables …  Moi, non …  Je n’y arrive tout juste pas …

Alors ?…

Je pense que les créateurs qui veulent rester au plus près de leur âme dérangent et sont poussés aux extrêmes limites de leur endurance …

Là il n’est même plus question de créer …  Il est question de « manager » …  Faudra-t-il trouver un revenu de survie par des moyens annexes ?  Hélas, je le crois, oui …  Pour pouvoir continuer à donner de mon œuvre ici, pour conserver la pureté de sa nature, il me faudra, au regret, trouver un revenu de survie …  Et encore …  Où et comment ?  J’ai le sentiment d’être prise dans une tenaille …   Abandonner mon œuvre c’est comme de m’abandonner moi-même alors autant m’emmurer vive dedans …

Je sais maçonner !…

« Mais il ne faut pas vous mettre dans de pareils états voyons tout de même » …  Toujours le réviseur …  Evidemment que non voyons …  Il ne faut pas se mettre dans des états pareils …  Alors que la situation ne fait que d’empirer …  Et qu’il ne vienne pas me sortir le chapelet de ses exemples de cas particuliers …  Je hais !…  Ce que je comprends de mieux en mieux c’est que si j’avais la capacité, ou le talent, de fabriquer de la merde payante et de la fourguer l’air de rien à de crédules clients je m’en sortirais …  Je vois que ça marche pour certains …  Je vais quoi faire alors ?  Transformer ma taverne en vidéoclub ?…  Ah non …  C’est l’épicerie d’à côté qui en a eu l’idée …  Ma taverne elle est culturelle et elle le restera !…

Ou alors elle mourra …  Avec moi …

« Je sortirais d’ici les pieds devant » que je lui dis au réviseur « ou je n’en sortirais pas, c’est tout vu !!! »

Il ne répond pas …  Eberlué …

Pourquoi devrai-je donc me laisser descendre dans les égouts pour rester debout ? Je refuse !…  Net !  La question ne se pose même pas …  Pour moi …  Et pour tant d’autres comme moi …  Une seule fois déroger à mes principes de vie et je suis foutue, je deviens traître !

Demain, le monde sera fait de quelques riches rentiers, de beaucoup de loups du marketing et d’une flopée de malheureux …  Parmi lesquels les créateurs honnêtes, intègres et généreux …  Qui ne parviennent pas à calculer …  Voilà ce que je crois …

Ma taverne a toujours marché sur une patte …  La voici devenue cul de jatte …

« Mais il ne faut pas le prendre comme ça »  me dit le réviseur …

Il essaye quoi ?  De me consoler ?  Le réviseur ?

Si je vis pour créer il me semble naturel de pouvoir aussi ‘en vivre’ et pour moi en vivre ce n’est pas d’accumuler les deniers mais tout juste d’en gagner assez pour pouvoir continuer à créer …  Créer pour vivre en conservant la particularité d’un renouveau constant, de l’originalité, de la terra incognita …  Voilà mon option, mon idéal …  En dehors de cela, je suis apatride …  Vendre pour vendre n’est pas mon talent, vendre pour m’enrichir n’est pas mon rêve et vendre pour survivre n’est pas mon choix …

« Alors il faudra arrêter … »  Encore le réviseur …

« Jamais ! »

Je crie oui je crie …

« Jamais vous m’entendez !… »

« Pourtant il faudra bien …  Si vous n’arrivez plus à nouer les deux bouts … »

Nouer les deux bouts !…

Encore une de ces expressions que je hais …  Comme celle de devoir tirer le diable par la queue !…  Pourquoi ?  Parce que je veux créer, apporter de l’oxygène, un bol d’air frais aux méninges, de l’originalité ?  Pas vendable en ces temps de disette, déjà en période de vaches grasses c’est risqué ?…  Oui je le sais …  Pourtant …  Je reste persuadée qu’il faut persister …  Qu’il faut combattre l’économie d’abondance et de consommation en lui opposant la curiosité culturelle …  Le désir de découvrir du neuf, toujours.  Je n’ai jamais cru à la culture payante ni surtout à la publicité pour la booster …  Je crois que la création est culture et que la culture appartient à tous …

Mon adage, que dis-je, ma devise a toujours été et sera

« Le capital au service de la culture.  La culture au profit des gens »

Je m’obstinerais toujours à fuir le consumérisme qui détruit toute forme de renouveau …  Qui ne fait que de couler toute création dans les moules de la grande distribution …  Je refuse le principe de la consommation culturelle tout autant …  Je crois et toujours le croirais que la création, l’œuvre sont chose unique et propre à chaque créateur et que c’est dans la découverte de cette unicité que peuvent s’ouvrir les esprits et que le monde pourrait, je ne dis même plus pourra remarquez bien, que le monde pourrait (si encore c’est possible dirons nous) que le monde pourrait avancer …   Les œuvres des créateurs servent et doivent servir à cela …  A alimenter dans les esprits le désir d’aller plus loin, toujours plus loin et au-delà  dans la découverte et dans la curiosité …  Si ma taverne était une taverne comme les autres, si je faisais de ma scène une scène de karaoké, si mon grand écran servait pour les retransmissions du « moundial » comme déjà d’audace crasse il me fut proposé, si j’acceptais d’exposer sur mes murs des croûtes, des copies ou des posters à bon marché, elle ne serait plus culturelle !!!…  Elle deviendrait commerciale et ce n’est pas à cela que je l’avais destinée !…  Ce n’est pas pour ce genre de merdier que je l’ai créée …  Si je devais « vendre » ma scène à des artistes ‘full de fan’ et pauvre de musicalité je serais complètement à côté de ce que j’ai voulu créer …

Et je mentirais à tout qui la fréquenterait …

« Mais vous n’avez plus de clients pour ainsi dire enfin …  Avec des moyens pareils, au moins vous en auriez ! » …

Non, je le sais …  Il n’y a plus de clients pour ainsi dire non …  Parce que mon public est un public qui n’a pas de deniers …  Et que pour pouvoir m’en sortir tout juste il faut du monde oui, parce que c’est l’union qui fait la force et que « le monde », chacun avec son minimum de contribution, ça fait la caisse …  Mais il n’empêche …  Je ne vais pas me transformer …  Inutile de plaider …  Des « moyens pareils » jamais je ne les utiliserais …  Dussé je en crever la bouche ouverte ouais !!!  Créer c’est ma richesse et c’est la richesse de tout créateur …  Et tant pis ma foi si je deviens une espèce de paria qui crèvera de faim  …

Je fulmine …

Je trouve scandaleux que des banquiers véreux, des ministres incapables, des chefs d’entreprises obèses et opportunistes gagnent dix fois, cent fois plus qu’un peintre, un musicien, un écrivain, un sculpteur, un acteur …  Je trouve honteux que des « stars » gagnent des dizaines de milliers d’euros pour quelques jours de tournage sans avoir nul talent …  Je trouve scandaleux que des marketeux stupides et crétins parviennent à se faire du profit en farcissant la tête du peuple d’images, de cochonneries et de slogans trompeurs et mensongers et s’engraissent, s’enrichissent alors que des créateurs intègres, dans le sens propre de la création, ne parviennent pas à manger à leur faim et même pas, nous ne demandons même pas de manger à notre faim, nous demandons juste de pouvoir continuer nos œuvre !…

C’est trop demander ?

« Vous êtes une idéaliste !…  Vous ne referais pas le monde !… »  Conclut le réviseur …

La phrase qu’il ne faut jamais me dire !

Parce que bon dieu d’bon dieu je l’sais bien va que je ne r’ferais pas l’monde je l’ai compris enfin depuis bon temps …  Mais je peux le créer mon monde !…  Un monde où à plusieurs nous nous sentirions bien !…  Je veux juste continuer à œuvrer, ici, dans ma taverne …

C’est trop demander ?

Ceux qui détruisent le monde, ceux qui détruisent la planète, les vrais responsables de la catastrophe dans laquelle nous sommes en train de nous enliser sont pour plupart riches à en squetter …  Ils ne pensent pas à l’avenir de tous, ils ne pensent qu’à eux …

Nous sommes loin …

« Oui, nous sommes dans une grave impasse …  C’est un fait !  Pour le moment nous prenons un mauvais chemin, un dangereux chemin …  Et nous allons droit dans le précipice c’est le vrai …  »

Au moins ça il peut l’admettre, le réviseur …  Alors pourquoi ne pas permettre à ceux qui peuvent peut-être, justement par la création et le renouveau, ouvrir l’impasse par le culturel, par le partage, par l’esprit non mercantile ?

« Vous rêvez … »

C’est le mot de la fin …  Je n’ai pas cru bon de le relever …

Ce matin même j’ai appris qu’un entrepreneur de bâtiment qui vit et officie quatre rues plus loin, brave type de 37 ans, quatre enfants, une épouse sympa l’aidant à bien gérer son affaire …

C’est pendu …

Je le connaissais pas mal bien …  Il venait de temps en temps prendre un verre avec l’un ou l’autre de ses ouvriers, écouter un morceau de musique, raconter des histoires de chantier …  Quelquefois ils venaient tous les deux, elle et lui en amoureux, je leur faisais la table, ils étaient ravis et c’était bien …

Il s’est pendu !  Dans son garage …

Un brave gars …  Vraiment un brave gars …

Le carnet de commande ne se remplissait plus, les clients payaient de moins en moins bien, les ouvriers il avait de plus en plus de mal à les rémunérer, les dettes et les créances commencaient à s’accumuler …   Et voilà …

Je suis fatiguée, éreintée …

Je parle à quelqu’un parce qu’il n’y a personne …

J’en ai assez d’entendre et de voir autour de moi que tout va de travers …

Il s’est pendu …  Il n’est plus …

J’en suis restée pétrifiée …  Ca ne passe pas, c’est dans la gorge et pas moyen j’ai beau déglutir je me dis c’est comme ça …  Faudra s’faire à c’t’idée là aussi …  Je tournais il y a quelques jours la dernière page du « Magasin des suicides » …  Je viens d’apprendre que je vais devoir probablement déclarer faillite …  Et patatras, voilà que j’ai un suicide sur les bras…  Un bon gars, créateur dans son genre, dans son style …

Loyal …  Courageux …  Pas vénal …  Juste travailleur et généreux …  Ca fait peur ?

Bien sûr que oui tiens qu’ça fait peur …

Et ça m’écœure …

Mandragaur’En Individu’Elle