LE MAQUIS


Il me semble maintenant que le temps qui me fut si long va devenir très court … Il sera, peut-être, celui des expériences qui feront le contenu des à venir … Mais je doute … Tellement toujours … Au point d’en rester amorphe … Pourtant il me faut écrire … Sachant, sachant oui, que si je n’accomplis pas ce destin qui me paraît être mien, ce sera comme de dire que j’ai faillis … Et que je serais, alors, condamnée à ne pas mourir en paix … Le maquis, ce n’est pas dans les bois ni dans les montagnes … Pas nécessairement … Le vrai maquis est dans la tête … J’ai bien réfléchi de ces jours ci … Le maquis, c’est l’indépendance de la pensée et de l’esprit … Une conquête … Il arrive que j’ose comprendre pourquoi il m’a fallu traverser l’enfer et le désert … Parce qu’il me fallait bien les connaître pour en témoigner … C’est la capacité, non pas du renoncement à tout système, mais bien celle du mépris du “Système” … L’autonomie du Soi malgré lui … Par devers lui … En dépit de lui … La nuit est pareille à une retraite du tout … Quand plus rien ne bouge la concentration est intensifiée grâce à ce sentiment de statique … L’ennui c’est que je pratique les deux trop souvent … Je blanchis mes nuits et colore mes jours … Le pire, c’est que ça marche … Ha ha !… La nuit me donne le sentiment d’être isolée dans une bulle opaque où ma pensée serait confrontée à elle-même et se répercuterait en moi … C’est un sentiment … Je disais bien cela … Et puis vient le jour … C’est la nuit qui lui donne naissance … Pas l’inverse à mon avis … La lumière jaillit de l’obscurité … Toujours … Selon moi … Et quand arrive l’heure ultime où, tout de même, il me faudrait aller me coucher, je renonce … Et vient poindre le jour sur mes contrées … J’aime l’aube … Il m’est fréquent de voir se dessiner l’aurore et de m’en sentir soulagée … C’est une délivrance … Et surgissent alors, soudains, des rêves comme des traineaux dans les neiges de Sibérie … Ou des traversées du désert à dos de Méhari … Suis je folle donc !…
© – « Le Maquis »
In : «Traits en Jets… Recueil en Devenirs»
Vande Voorde ML. Dominique – Compilé ce 5 novembre 2016
[Sous licence (CC/BE) – Creative Commons Belgium]
Publicités

…Le Temps…

Telles ces ombres,

Dont nous n’oserions jurer

Qu’elles n’ont d’existence propre

Tant elles portent de nos empreintes,

Le temps nous confond…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

MandraGaure

(Photographie : http://www.riage-galerie.fr/index.php/fr/photo-argentique/film-et-revelateur )

Soi En Soi

*

*

*

*

*

Edouard Aman Jean
Amour de Soi
Huile sur Toile

*

*

*

*

*

*

L’effort à fournir pour rester fidèle à Soi et à « Soi M’aime » est constant.

Il demande vigilance et endurance.

C’est tellement plus facile de se laisser mener par les tentacules tentatrices venues de l’extérieur jouant le jeu des fausses identités que de livrer un combat contre celles ci pour préserver son intégrité et son authenticité.

*

La paresse et la corruption de l’Etre par la facilité sont tout autant responsables que les colonisations extérieures agissant sur le Soi. Un des drames du consumérisme est d’avoir perverti l’image de « l’EnSoi » avec l’image « De Soi » comme apparence extérieure « A Soi ».

*

Rien ne vaut ce que  nous sommes en nos unicités pour autant que nous veuillions bien tendre vers l’intégrité de notre « Etre En Soi ».

L’âme ne s’habille pas de « Soie » …

Elle s’habille « En Soi »

Vêtue « de Soi »

Et « Pour Soi ».

Du moins est-ce là mon option de vie.

*

Parce que l’image référence venue de l’extérieur met l’accent sur l’apparence de l’Etre et non sur l’Etre « En Soi » et en lui même.

Je nous crois perfectibles une vie entière …

L’on peut sans cesse vouloir s’améliorer,  et d’ailleurs l’on se doit de vouloir améliorer son « Soi » mais ce sera toujours « Soi » en « Soi » par la volonté du « Soi » désirant aller vers le dépassement de « Soi ».

*

Et non par une volonté induite d’apparence de « Soi » venue d’une imposition extérieure.

*

Dès lors que l’on pense pouvoir être « Mieux » ou « Différent » que le Soi que nous sommes en réponse à des sollicitations venues d’injonctions extérieures il y a un refus du « Soi » comme étant bien « Soi-Même » telle qu’en lui même.

*

Car le « mieux » serait alors qui ?

C’est une question qui me paraît proche de la dérive mentale …

Voire d’une forme d’aliénation sociale.

*

Enfin comment imaginer autrement que le déni du « Soi » dans l’idée de se vouloir autre que « Soi » pour devenir tel que projeté dans l’autorité d’une image importée « En Soi »  ?

*

*

*

*

*

*

RED_BAKKARA

*

*

*

*

*

*

*

Droits d’Auteur en page d’accueil

*

*

*

*

Image de Soi ?

*

*

*

*

*

" All The Things You Are " Juan-Carlos Hernández

*

*

*

*

*

*

((( Lorsqu’une #orthophoniste …

… rencontre un #photographe )))

*

Mandée par Sandrine

@s99drine

Me voici entre vos pages Juan-Carlos …

*

Il y a un petit temps que j’y venais déjà …

*

Comment exprimer tout ce qui me vient à l’esprit non seulement vous lisant, Juan-Carlos et Sandrine, le photographe et l’orthophoniste, mais aussi lisant les commentaires …

*

Je commencerais par vous, Juan Carlos, auteur de ce blog, auteur de la photographie …  D’abord disant que cette photographie que de vous encore je ne connais pas (et tant et plus il y en a de celles-là) ne fait que confirmer en moi ‘l’humanité de votre regard » ce dont déjà prenant connaissance, et plaisir, d’autres de vos photographies, je me suis exprimée …

*

En effet, il y a dans vos images une telle puissance dans l’harmonie entre l’expression émotionnelle et l’esthétique que le bouleversement oui sans nul doute peut se produire …  Surtout en des âmes où des douleurs gravées ne trouvent voie d’expression …

*

Et lisant Sandrine je me dis :

*

« Comment voudrais-tu que non ?…

Que ces mains, presque suppliantes, faisant écran devant ces yeux presqu’implorants, n’aillent fouailler les ombres et les éclairer chez un homme diminué dans sa capacité cognitive et comportementale ?…  Que cette bouche ne l’invite à s’en exprimer ?… « 

*

L’art est là j’ai l’envie de dire d’abord …

Il est là, salvateur, dans l’association entre l’image et la parole …

Et dans la capacité de l’exprimer …

Par la seule force de l’évocation …

*

Je suis contente par exemple de lire et de voir et d’entendre ceci …

*

Car n’est ce pas qu’il y va ici d’un rayon de lumière rendu à un humain par l’intermédiaire de la sensibilité d’un photographe dont l’âme elle aussi effleure l’image séduisant le regard d’une orthophoniste dont l’âme elle aussi esquissait l’image en possible verbalisation des émotions …   Et le patient, ému aux larmes devenu brusquement (im)patient de déposer en paroles (écrites même donc attestées) les émotions remontant à sa mémoire comme se lèverait de son coeur une chape de plomb …

*

Ce qui importe, m’importe et m’interpelle surtout, ici, c’est la confiance, l’estime et l’attention  réciproques de deux artistes, cette  ouverture d’esprit, cette sensible connivence de la préscience ayant permis à cet homme de se rapprocher à nouveau de lui-même …

*

Car n’est ce pas la coexistence soudaine d’un regard (celui du photographe) reformulé en pensées par la vision résultant de ce regard (la photographie) en l’idée d’associer la parole dans l’expression de l’émotion (par l’orthophoniste) que l’image serait susceptible de provoquer dans un être souffrant. (le patient)

*

*

Emouvant et puissant …

*

Merci à tous deux…

*

Artistes de l’image parlant « De Soi » …

*

*

*

MandraGaur’En Individu’Elle – (Alias Caffe_Rouge)

*

Episode 1/?:

http://bit.ly/9WtbkS

#artherapy #photography

*

*

*

*

*

L’Enfant Victoire

Séparateur

"L'Enfante Infante" - MandraGaur'En Individu'Elle

Séparateur

Le texte ci-après est une suite d’idées …

Au départ il me fallait rédiger un travail reprenant des observations et réflexions condensées produites au terme d’un stage que je prestais durant ma dernière année de licence psycho.  Je me suis spécialisée en psychogérontologie et m’intéressait tout particulièrement à la problématique du langage et du non-langage chez le grand vieillard …

Pour pouvoir comprendre cette particularité du « Silence » chez des êtres ayant « opté » pour ce que je nomme la « Non Parole » j’ai travaillé quelques mois auprès d’enfants (dits) autistes, dont un enfant en particulier duquel je me suis plus précisément approchée, ou qui s’est plus particulièrement intéressé à moi ce qui est plus juste à dire en vérité d’ailleurs puisqu’il m’a accordé le droit et la bienveillance de me permettre d’entrer en communication avec lui …

Cet enfant  que j’ai ici nommé « l’Enfant Victoire » …

Si j’ai choisi de m’approcher des enfants (dits) autistes, c’est parce que je prenais pour option et hypothèse que la « Non Parole » pourrait résulter d’une espèce de « choix inconscient mais volontaire » ou « volontairement inconscient » à ne pas communiquer …

Cette option de « Non Parole » se trouve présente de façon disons « originelle » chez les enfants autistes.  Mais elle se retrouve également présente à la fin du parcours de vie chez les grands âgés, et plus précisément chez ceux que  l’on dit « séniles » …

C’est pourquoi il m’intéressait de tenter tirer un parallèlle entre la « Non Parole » originelle et le « Silence » de fin de vie en faisant le développement de mon hypothèse partant de l’enfant « Non Parlant » et me posant la question « Où est le Sujet ?  Y a-t-il Sujet chez l’être Non Parlant ?  » pour arriver au vieillard « Non Parlant » me posant la question : « Où est parti le Sujet ?  Y a-t-il encore Sujet chez le Vieillard Non Parlant ? »

Ce texte n’avait rien d’officiel, ni non plus de professionnel …

Il n’est en fait que l’ensemble de notes que je consignais dans mon « Journal de bord » durant la période où j’étais présente dans l’hôpital de jour et où je passais beaucoup de temps avec l’Enfant Victoire.

Finalement il a donné lieu à une conférence débat avec des professeurs et des élèves de dernière licence psycho.  Je vous le livre en l’état d’alors …

Séparateur

Séparateur

L’enfant Victoire m’occupe la tête depuis bon temps.  On le dit autiste et c’est bien ainsi qu’il se présenté à son monde proche et au monde l’environnant.  Je me questionne sur lui et sur le message tonitruant qu’il nous envoie de l’intérieur de son lointain silence …


Criera-t-il « Présent ! » un jour ?…


Je veux le croire et le lui souhaite ardemment de même qu’à ceux qui lui ouvrent, par leur humilité à l’écouter, (avec son concours car sans lui pas de recours) et par leur foi en lui à vouloir Exister …

Les chemins d’une parole muette ne sont pas si aisés à débusquer.  Je l’ai cotoyé des jours durant, l’enfant Victoire, je l’ai accompagné dans son silence et dans sa patience à bien vouloir me le décoder …  Il me reste constamment en mémoire depuis que je l’ai vu et approché …  Car il est vrai qu’il me l’a permis …  Et en moi retentit depuis, inlassable, cette interrogation maintes fois reprises et répétées dans mon âme, à chaque fois, après l’avoir quitté : « Où est le sujet ? « 

Me venais d’emblée l’idée d’un sujet itinérant, disons le nomade, sans lieu fixe.

Un sujet qui se déplacerait, qui serait mutant dans les divers espaces qu’occupe la parole ou la non-parole de l’enfant Victoire qui est ou devient sujet de ses actions lorqu’il déplace son Etre dans les petits  personnages animés qu’il aime à regarder et à faire bouger …

Les marionnettes qu’il agite et fait agir car agissant par elles …

Ou n’agissant plus quand il les immobilise, ou les faisant agir tout autrement que ce qu’il était prévu par moi qui le regardait faire ou l’encourageait à faire oeuvre de ses mains au creux des ventres des pantins …  Il produisait de manière sublime la vie hors de ces êtres inanimés qu’il animait comme il en serait d’un film muet qui se déroulerait et qui ne  lui serait que prétexte, outil, laboratoire, champ de d’investigation et de travail à l’intérieur duquel des pans entiers de son être, tels que sélectionnés par lui, viennent à la surface et à la face du spectateur que je suis et deviennent des séquences autonomes créées de toutes pièces par la volonté même de l’enfant Victoire se faisant ainsi petit sujet en devenir qui fait agir des sujets miroirs dans lesquels il tente de se faire (re)-connaître au moyen de cette toute particulière stratégie qui lui est propre par le truchement des marionnettes devenue matière vivante de communication élaborée par lui et pour lui vers autrui.  Pour ne pas se risquer à communiquer dans le verbal il fait causer les marionnettes et celles-ci deviennent partie de lui en de multiples facettes où le risque de l’engagement à l’autre reste périphérique et ne contient plus  ni menace ni peur …

Séparateur

Car les marionnettes sont dépourvues de sentiments, d’émotions et d’humeurs …

Ainsi me dis-je d’emblée, le Sujet de l’enfant Victoire est dès le départ existant pour l’Autre le regardant et le suivant en ses gestes précis …

Comment en douter d’ailleurs ?…

La question perd son sens puisqu’elle est déjà réponse dans la place que l’enfant Victoire me fait occuper et dans l’endroit de spectateur où il vient me débusquer, me dénicher, me forcer à me dévoiler, me contraindre à me révéler à lui.  Le sujet est là quelque part dans et alentour et autour de l’enfant Victoire et dans le même temps moi qui le voits et le perçoit dans son message je deviens enfin à mon tour son sujet lui renvoyant par ce ricochet conscience et confirmation de son existence. L’effort qu’il fait, et qu’il m’octroie, à me révéler à moi-même en se révélant à lui-même par le détour subtil des marionnettes qu’il anime, agile, m’oblige à lui rendre de ce fait existence par l’évidence même du message et de la communication ainsi établie  …

Et si Etre signifie présence, vivance, place occupée, alors déjà l’enfant Victoire est Sujet dans notre relation par la question du « Je » qui reçoit réponse en lui dans par sa formulation en moi-même transposée dans chaque marionnette qui vient le représenter.

« Où est le sujet et Est-il ? »

Naïve question …

Il est là devant moi et il se montre à moi dans sa multiplicité …

Il « Est », à n’en pas douter me dis-je dans la foulée de mes pensées et de mes questions …  Car en douter serait le nier dans la volonté même qu’il déploie à me le prouver …  C’est lui le Sujet, c’est lui, l’enfant Victoire, qui m’oblige à me positionner à mon tour comme sujet présent dans la dynamique qui l’anime pour tenter me faire entendre que le doute de l’Etre m’occupe bien plus que lui.

Lui il ne doute pas, il sait qu’il Est.

Lui il me renvoie mon doute et me force à comprendre que ma question n’a de sens autre que de confirmer en moi la peur de l’absence de Sujet en lui …  Ou le doute, pire encore, de la présence de Sujet en lui …  Ces questions c’est lui qui les fait jaillir en moi pour me donner à entendre en tous cas qu’il Est oui et qu’il naît oui,  à chaque geste posés et transmis dans la marionnette …

Et donc qu’il n’est plus Autre que Sujet en Soi…

Et j’entends dans son silence l’évidence qui me fait violence …  L’obligation de reconnaissance …  Car l’enfant Victoire ne peut plus être retiré de sa potentialité à être reconnu comme Etant, donc existant, donc Sujet de lui-même dès lors qu’il me signifie dans chaque mouvement de marionnette que c’est bien lui qui fait oeuvre de révélateur du Sujet qui s’occupe de le faire exister par lui pour lui de l’intérieur et me somme de l’en comprendre en ses multiples facettes de son Etre Sujet révélé à moi par l’attirance de mon regard vers les marionnettes qui me font de multiples signes clairs du Sujet Victoire qui les manipule …

Suis je bête à ne pas voir clair !…

Face à la magie de son adresse et de son talent à me le faire comprendre je le vois et le sens devenir à chaque instant Etre et donc Sujet Naissant …  Etre sujet naissant.  Sujet Naissant, ou  » Né sans Sujet » au point de le répéter sans cesse comme Naissant.  Ou « Né sans » …  La présomption d’absence de sujet étant non pas de sa volonté mais de l’ordre d’une règle néonatale qu’il se serait imposée …  Et prise par les autruis comme allant de soi et n’ayant pas de chemin réversible …  Ce en quoi est l’erreur même qui pourrai tle condamner à rester enfermé dans un silence non pas consenti mais bien imposé par lui Né sans la volonté d’être Sujet …  Déjà et d’avance « savant » de l’impossibilité gisant dans l’Autrui à reconnaître le Sujet hors de lui pour différent ou parce que différent de lui  …

Séparateur

Voilà me dis-je la leçon qu’il t’apporte …

Cette sublîme naissance du sujet par la volonté même de l’Etre dans le Sujet en Soi.

Alors où est le Sujet !?…

Il est constamment naissant, à savoir en route vers son devenir volontaire dans ce qu’il se présente et se propulse là devant mes yeux, sous la forme et les commentaires mutiques de ces petits personnages que l’enfant  anime de son projet et de son intention évidente à être reconnu Sujet en eux par eux pour lui.  Il est naissant le sujet Victoire certes, marionnettes à la main il est naissant à distance de lui se retrouvant prudemment et tout doucement Sujet de lui puisqu’il serait nai(né)ssant(s) sujet voulu ni reconnu par devers lui.

Stupéfaite autant qu’admirative je me disais, et mes propres convictions intimes venaient m’aider en cela, que la chance de cet enfant c’étaient les marionnettes et l’écran fictif de représentation devant et dedans lequel il savait à la fois pouvoir et vouloir se montrer Sujet, pouvoir et vouloir se cacher et se naître Sujet, mais « se n’être » que là jusqu’alors et jusqu’où il le désire et le décide, étant à la fois l’oeil, le cil et le battement de coeur rivés sur Soi au travers des marionnettes et ainsi se regardant exister au dedans d’elles en attendant de trouver l’audace, ou le goût, ou le désir, ou la motivation d’exister au dehors dans l’espoir, (ou le risque pris délibérément), d’y naître lui et d’y n’Etre que lui …

Enfin …

Peut-être …

S’il s’y ajoute la chance que quelqu’un veuille bien un jour capter le message on ne peut plus clair d’un petit d’homme montreur de marionnettes risquant de se faire caser, s’il n’était pas compris en sa tentative, chez les ceux définitivement considérés comme non existants en soi car non-parlants et de ce fait perçus comme non conformes, hors normes donc prétendument fous.

Tout en le regardant faire se mouvoir les membres et les têtes de ses poupées je me disais encore que sa chance et son potentiel à devenir Sujet s’activait  et se multipliait par sa propre volonté et par sa force subtile et patiente, par son endurance, par sa motivation propre et délibérée, par sa volonté absolue de faire entendre ce qu’il ne pouvait « dire pas » mais qu’en lui il « savait être là » …

C’est à dire ce cri qu’il rendait physiquement muet de son mutisme pour les autruis qui l’entourent mais assourdissant grâce aux marionnettes qu’il manipule avec grandiloquence en chaque épisode presque séquencé qu’il assène littéralement dans le cerveau de son entourage, et ce  journellement, afin que celui-ci veuille bien finir par comprendre son existence dont sa propension et sa décision à être dans son environnement.

Il  faut être sourd comme un pot pour ne pas l’entendre cet enfant me dis-je !…

Et bien sûr que finalement il en sera entendu.

Quel chemin parcouru, petit bout de sujet déjà devenu.

Car il fut naissant dès le moment, me dis-je, dès le moment où il fut à même de pouvoir associer et faire se coexister dans un message hurlant d’évidence les marionnettes qu’il trouvait à portée de sa petite main de cinq ans.

Soufflant qu’il était l’enfant …

Soufflant de génie, soufflant de vérité, soufflant de pertinence …

Il me subjuguait …

Il me faisait pleurer, non sur lui mais sur l’ignorance et la carence dans laquelle je me trouvais, faisant partie de ces êtres incapables d’entendre que le Sujet ne naît pas en Soi mais bien par la reconnaissance de sa volonté d’Etre Hors Soi et reconnu comme tel en l’Autre …

Marionnettes, petit manège, jambes, bras, pieds, têtes …

Et toutes les manipulations requises pour y arriver, jusqu’aux embûches à contourner, à surmonter,  à escalader même lorsque les poupées étaient mises en hauteur, volonté à les attraper, à trouver une chaise ou une escabelle pour y arriver, résolu à décoder l’énigme non pas en lui mais dans les autruis qui s’obstinaient à ne pas voir un Sujet en lui … Même quand la boîte contenant les marionnettes étaient planquée sous une table, même quand la boîte était cachée sous un drap, placée contre un mur, à l’abri des regards (dans la volonté absurde du rangement que peuvent déployer les êtres obtus et drillés par l’ordre et la méthode) encore l’enfant parvenait à les retrouver, à les sortir pêle mêle de la boîte, à les faire bouger, à les faire parler.

Sa chance à l’enfant Victoire, me dis-je aussi de ces jours là, est dans son intelligence à user avec brio de l’inattendu au point que l’on en fasse mention.  Sa chance à l’enfant Victoire vient de ce qu’il soit parvenu à obliger son entourage à comprendre ce que celui-ci ne pouvait ou ne voulait comprendre à savoir justement que l’enfant était dans son Sujet et qu’il communiquait, contre toute attente, contre toute stupide prédiction établie qui dit que l’enfant autiste ne communique pas avec autrui mais avec lui-même face à autrui …

Sa chance, son génie à l’enfant Victoire c’est d’être parvenu à faire comprendre à son entourage que les vrais autistes sont en dehors de lui, que ce sont ceux qui se croient Sujet et ne peuvent imaginer qu’un enfant muet puisse Etre et puisse l’être, muet, par compréhension intuitive de ne pouvoir être entendu en son Etre Sujet hors de l’Autre et différent de lui …

Séparateur

C’était insupportable …

Heureusement …

C’est l’insupportable de son obstination qui l’a sauvé du renoncement par l’entourage à le considérer comme être autonome et sujet existant …

A présent, ou enfin, le voilà sujet nomade qui voyage de l’enfant Victoire à la main de l’enfant Victoire et de la main de l’enfant Victoire à la marionnette et de la marionnette à la mimique et au geste et de la mimique et du geste à l’interprétation de ceux-ci et de l’interprétation au décodage par son entourage et de celui-ci, par ricochet, à la reconnaissance de son Sujet par l’Autre …

L’enfant Victoire ainsi se fait Victoire …

Il devient enfin (car il est) son Sujet puis revient à travers les marionnettes par le même chemin mais à l’envers jusque dans son être « Enfant-Victoire » maniant et mariant aux passages des messages et des images qui obligeront son entourage à décoder dans leur compréhension de ceux-ci sa volonté d’exister (d’être au dehors) autonome et unique donc de devenir Sujet pour eux, par devers eux et pour lui-même.

Et le voilà victorieuxl’enfant Victoire, voyageant dans ses marionnettes, sujet ambulant, sujet facultatif mais Sujet, quoi qu’il en soit des règles et des normes faussées par les compréhensions partielles …  Il nous fait leçon d’humilité et de modestie, l’enfant Victoire, il nous fait entendre que nous ne savons rien de l’autre si l’autre ne veut rien nous en dire …  Il nous oblige à tourner notre regard vers lui au travers de ses marionnettes et dans sa volonté farouche et infatigable à poursuivre sa gestuelle plus forte que des clameurs pour qui voudra (enfin) bien les capter.

Depuis ma rencontre avec l’enfant Victoire j’ai eu des moments d’intense réflexion, de profonde humilité, de fortes émotions et surtout d’un grand sentiment de gratitude pour lui et je ne cesse, depuis, à m’interroger sur la faille de nos prétendues connaissances de l’autre dans ce que sont censées nous apporter nos enseignements livresques.

L’enfant Victoire nous somme de ne pas le prendre pour un naïf me dis-je sans cesse et tendrement dans mon coeur je le remercie pour cette immense leçon …  Il m’a permis de comprendre la vacuité et la stérilité des questionnements théoriques et sans fondements sur l’autrui et nos rapports à lui dès lors qu’il n’est pas l’acteur principal nous renvoyant à nous-mêmes d’abord et à nos propres limites et capacités à être Sujet au point de pouvoir donner à l’autre sa place de Sujet reconnu différent par nous parce que reconnu d’abord par lui-même en lui-même pour lui-même …

La question face à l’enfant Victoire: « Y a-t-il sujet et où est-il ? » me semblait devenue une injure …

Car il est me dis-je en le regardant, et en l’écoutant dans son mutisme faire parler en de multiples gestes ses marionnettes qui venaient me faire entendre que l’enfant Victoire était bien celui qui les manipulait …  Poser la question où est le sujet c’était nier qu’il puisse etre …

Et je comprenais que la bonne question était l’inverse de celle-là …

La bonne manière d’entendre l’enfant Victoire était de me poser la question de savoir où était mon Sujet pour que l’enfant puisse s’adresser à lui …  Car si je doutais de l’existence de Victor comme Sujet je l’obligeait par là même à douter de mon existence d’abord dans le fait de la non reconnaissance ou du doute de la puissance à exister que je lui renvoyais par la question qui m’animait …  Et dans cette non-reconnaissance « sous-entendue » il ne pouvait trouver aucun espoir d’etre entendu, donc reconnu comme étant Sujet en Soi …

Séparateur

Quelle leçon, enfant Victoire …

Que tu m’a donnée …

Dont tu sors plus fort et grandit, et sûr qu’enfin tu pourras être toi …

Quelle patience, Enfant Victoire, tu as eu avec moi qui ne parvenait pas à imaginer que le Sujet ne peut se révéler si l’autre en doute en se posant la question de savoir s’il existe et où …

Quelle patience dont je te remercie …

Car c’est en elle et grâce à toi que j’ai grandis …

Me poser la question de l’existence de mon propre Sujet c’était enfin t’accorder la place de Sujet qui te revenait et que tu réclamais.  Car naissant (ou Né Sans)  il te faudra à présent être reconnu dans tes tentatives à devenir sujet parlant.  Il te faudra donc en cela recevoir une place où te faire entendre en toute confiance.  Une place qu’il me faudra pouvoir t’accorder sur les trois plans que tu occupes dans tes jeux de marionnettes …  Celle de régisseur de leurs agissements, celle de révélateur de leurs messages et celle de Sujet les faisant communiquer hors de toi mais par toi vers autrui …

Triple charge que tu prends sur toi voulant faire entendre les résultats de ton spectacle de marionnettes comme étant un message verbal propre à toi …

Résolu comme tu l’es à faire taire dans le spectateur le doute d’une place qui te reviendrait par la stérilité de sa question : « Où est le sujet ?  Et est-il ? »

L’intérêt du questionnement qui m’occupait de ces temps face à l’enfant Victoire me semble-t-il,  se situe au niveau du risque à me dévoiler à lui, de la peur à me positionner comme Sujet face à lui et du droit qu’il réclame à exister face à moi.

Car n’est ce pas lui qui prend le plus gros risque, celui d’être pris pour naïf ?  N’est-ce pas lui qui prend le risque de laisser passer sa chance de l=enfantsi je ne parviens pas à l’entendre dans ce qu’il me dit au travers de ses marionnettes …  Ce risque ultime qu’il a pris en investissant son énergie en moi pour tenter cette chance qui lui est arrivée là d’avoir pu rencontrer un spectateur s’attardant non pas en contemplateur mais bien en acteur actif avec lui dans le spectacle des marionnettes …

Ne prend-il pas le risque de la subjectivité?

Ou alors serait-ce qu’il aurait opté pour le droit à la subjectivité ?

Entendons le droit à être reconnu comme Sujet dès lors qu’il est l’animateur et le régisseur du spectacle qu’il fait jouer à ses marionnettes ?  Subjectivité étant ici à comprendre dans ce quéelle englobe de chances qu’elle donnera à l’enfant Victoiret d’être entendu en tant que Sujet précisément se positionnant par rapport à un Alangage qu’il développe à travers les marionnettes, leurs gestes et leurs pitrerires, à travers la mutique relation verbale qu’il établi grâce à elle avec moi, à travers  tous ces  tremplins qu’il utilise et affectionne pour se faire sujet dans et d’en dedans de son silence.  La subjectivité sans laquelle il serait resté seul, l’oeil définitivement rivé sur ses marionnettes, seul en conversation mutique, donc autistique, avec elles …

Voilà le risque et la chance à la fois sur lesquelles il a misé, l’enfant Victoire. De pouvoir enfin motiver quelqu’un à son écoute, dans un quitte ou double hors langage verbal mais chargé de gestuelles dans un langage propre, mutique …  C’est là sa force et son pari, d’enfin avoir osé prendre ce risque et d’avoir eu la témérité de faire entendre au travers des marionnettes : « Entendez là ma voix ! Taisez enfin vos doutes et écoutez, rangez votre savoir et vos preuves qui ne sont rien en regard de ce que j’ai à vous faire comprendre et entendre de moi, l’enfant Victoire, manipulant et faisant se mouvoir les marionnettes qui viennent vous faire entendre mon existence et mon autonomie de Sujet …

Séparateur

Est ce vraiment subjectivité que cela me demandé-je ?

Ou alors est-ce amour, tendresse, foi et courage que l’enfant Victoire m’apportait en tout cela ?  Et finalement reconnaissance de mon Etre propre face à lui, de mon Sujet apte à le reconnaître comme Sujet lui aussi ?

Ou alors était-ce folie que tout cela?

Fallait-il vraiment être folle pour l’entendre ou l’interprêter ainsi?

Maintes fois, durant cette période de communication avec l’enfant Victoire cela me fut dit …

Que j’étais sujette à interprétations propres, à des espoirs chargés d’émotivités qui rendaient subjectives mes observations et impressions …  Il m’a été dit à maintes reprises qu’il fallait être folle pour donner un sens à ce qui semblait être vu, considéré et regardé comme un non-sens ou comme « tenant du hasard » par les parents même, par les éducateurs, par le psychologue qui s’occupait de l’enfant Victoirà l’hôpital de jour.

Quel dommage déplorable c’eût été si j’avais suivi ces avis, si je les avais pris pour vrai, pour justes, pour probants et définissants, pour professionnels, pour sensés !  Je restais plutôt perplexe devant cette forme de compréhension (ou d’incompréhension) de la question du sens donné ou non.  Et fermement décidé à camper sur mes perceptions propres de ce qui se passait là entre l’enfant Victoire et moi.  Ce don qu’il me faisait de vouloir bien se livrer à moi en me livrant à moi-même et à ma propre écoute sensée de ce que tous prétendaient insensé …

Je partais avec lui, confiante, en ce voyage du sensé contre le prétendument insensé …

Car me dis-je des jours et des jours d’affilée, est-ce folie que d’entendre ce qu’il est impossible à ne pas entendre?  Est-ce folie que de percevoir ce qui est dit comme « n’ayant pas de sens déjà reconnu », comme n’ayant pas de « sens préalablement déjà donné » ?  Est-ce folie me demandé-je que de donner un sens à ce qui pour moi et pour l’enfant Victoire en a un manifestement ?  Ne pas l’entendre n’était ce pas le rejeter, le repousser définitivement dans la carence des autres à l’entendre telle qu’en lui même Existant et donc Etant Sujet !?…

Je pensais sans cesse au risque que prenait l’enfant Victoire et à l’investissement et l’énergie qu’il développait dans l’effort colossal et dans l’incommensurable espoir à se faire entendre, à se faire comprendre de moi.  Et des autres …  Car dans le fait même qu’il s’adressait à moi il faisait de moi l’émissaire de sa parole non entendue car non reconnue comme sensée …  Refuser de donner un sens au spectacle des ses marionnettes c’était refuser par là même de donner un sens à son langage et donc le refouler sans plus aucun espoir dans les méandres de son silence …

Plus que folie, (D’emblée j’étais résolue, car par nature je suis résolue en ce, à la refuser en vrac l’idée de folie présente dans l’enfant Victoire) n’était ce pas à la fois risque et (Folle) témérité que de conduire cet effort qui donnerait sens enfin à ses dires muets …  Et ceci afin de permettre à l’enfant Victoire de se construire Sujet Naissant face à autrui puisque le réclamant ?  Et ceci envers et contre ceux qui en diraient le contraire?

C’est devenu folie pour moi oui que de ne vouloir pas le voir, ni l’entendre, ni le comprendre le sens de la parole mutique de l’enfant Victoire.

Car pour moi il était génial ce gosse là!

Et je ne cessais de le défendre pour génial lors des oppositions et des argumentations qui me venaient de tous côtés, ces diatribes parfois même agressives qui tentaient de me « faire entendre raison » …

Bien sûr, ne cessai-je de m’exclamer, bien qûr qu’il  l’est , génial, ce gosse, et il en faut une fameuse dose de génie et d’ingéniosité pour s’égosiller alors que déjà aphone, à tâcher se faire entendre alors que considéré comme non-parlant, dans des oreilles résolument sourdes à tout entendement non conforme de sens, enfin, à tout ce qui est dit de non-sens.  A moins que risque, effort et témérité ne soient folie ?  Peut-être …  Alors, répondais-je dans la foulée de mon plaidoyer, alors je suis prête à être tenue folle avec lui car cette forme de folie relève du génie …

Car combien riche d’une splendide portée de vie cette force de  la folie à vouloir donner sens à ce qui est habituellement entendu comme insensé, ou comme  non-sens …

Chaque jour passant l’enfant Victoire me donnait de nouvelles énergies pour le défendre et pour me défendre pour lui et avec lui.  L’énergie des bons espoirs.

Je me disais sans cesse que le drame de l’autisme, ce violent renoncement à la parole parlée et dite sensée, enfermant le Sujet dans un manque total, ou dans une absence totale de communication verbale avait non pas pour définition la folie mais bien « Le Silence ».

La formelle résolution du silence oui …

Séparateur

Je me demandais si l’autisme n’était pas alors une décision propre au Sujet précisément et prise quelque part, dans le stade néonatal pourquoi pas, au départ d’une constatation intuitive d’impossible ou d’inutile communication?

L’enfant Victoire, tous ces Enfants- Victoires seraient-ils décideurs résolus de leur silence?

Avant de commencer à parler, et au vu de ce qu’ils auraient pu augurer dans ce qui aurait été déjà non-compris par l’autrui avant même que cela ne fut dit, peut-on imaginer qu’ils aient pu décider que non, tous comptes faits, non, plutôt pas la parole, plutôt le silence, au risque de s’y perdre tout entier?

Je n’osais m’aventurer plus avant dans le tâtonnement de mon approche mais tout de même, je pensais que l’absence de paroles équivalait au silence, et que le silence est dans sa non-parole un grave refus de parler.  Et par grave j’entends la gravité d’une décision réfléchie en soi, projetée au fond d’un soi acquiesçant de ce silence, fût-ce au plus intime d’un inconscient collaborant en cela de « Vive voix ».  N’est-ce pas en effet évidence même que celui qui opte pour le silence, à moins qu’il y soit obligé par une raison de fonctionnement strictement technique ou moteur, n’est-ce pas évidence que c’est en se taisant, ou en décidant de se taire que le Sujet potentiellement apte à la parole devient Sujet non-parlant donc résolument muet?

Toutes ces question je me les posais aussi en regard du travail qui m’occupait en gérontologie …

A savoir à l’autre bout de la chaîne des vivants parlants, ceux d’un grand âge devenus et qui un jour, pour certains d’entre eux, graduellement ou brusquement, abandonnent la parole pour un grand silence ou quelques borborygmes encore et dont d’aucuns disent qu’ils ne « savent ni ne comprennent plus ce qu’ils disent » ni se qui se passe autour d’eux et sont de ce fait alors rangés dans la catégorie des séniles ou des démences séniles à savoir ceux dont la parole ou l’absence de parole est considéré comme non-sens …

Ils furent, ils eurent, ils vécurent cependant, avant, un sujet en eux.  Un Sujet Actif.  Communicant.  Parlant.

Et puis pffffft, plus rien, plus un mot correct à en tirer.

L’ont-ils volontairement, pour des milliers de raisons explicables qui tient dans le parcours de leur vie et dans la lassitude des expériences et des souffrances et des deuils vécus, l’ont ils volontairement abandonnée la parole, l’ont-ils vidée de sa substance et de son sens au point de ne plus vouloir en faire usage, l’ont-ils vidée de sens face aux Sujets des autruis qui ne font plus l’effort de les entendre, de les écouter, de s’intéresser à eux ?…  Auraient-ils abandonné leur place de Sujet dans la vie, dans le monde et dans l’entourage des autres qu’ils occupèrent jusqu’alors comme le serpent laisse sa peau de l’été dernier pour s’en aller muer dans une autre ?  Auraient-ils déserté leur sujet pour s’en aller muer dans le silence d’un Non-Sujet dont l’interprétation du sens ou du non-sens reviendrait désormais aux seuls parlants …

Et tout comme l’enfant Victoire, auraient ils pris cette option au risque de s’y perdre entiers, corps et âme, et d’en mourir dans l’impossible d’encore devenir ?

Est-ce ainsi peut-être aussi pour ces vieillards, à l’instar de ces Enfants Victoires, auraient-ils délibérément quitté leur sujet parlant après l’avoir occupé avant tout comme l’enfant Victoire aurait renoncé à leur sujet parlant avant même de l’avoir occupé, habité?

Regardent-ils tout se vivre et se dire de l’intérieur d’eux-mêmes tout en « n’en pensant pas moins » ?  De leur compréhension des choses extérieures sont-ils sentinelles de leur sujet au dedans de leur silence, gardiens de leur mutisme, spectateurs collaborants de leur non-être Sujet au dehors ?

Sujet?  Non merci !?

Ou alors dans un implacable silence, dans des mouvements de bras insensés comme le font les enfants Victoire, tout comme le font les vieillards (dits) séniles, qui dans la virulence des moulinets font penser à tant qui ne se dit mais qui est ?…  Comme certains vieillards se mettant à tourner en rond sur eux-mêmes et de plus en plus vite jusqu’à en rendre malade à vomir celui qui le regarde.

Mais dans tout cela, et dans les possibles interprétations qui en découlent, ne sont-ils pas Sujets?  Sujets de leur retrait, Sujets de leur refus, Sujets de leur indicible parole?  Et avec quelle patiente, avec quelle puissance dans le renoncement de la communication à autrui !

Séparateur

J!oserai dire que l’enfant Victoire tout aussi bien que le vieillard mutique existent tout deux comme sujet à partir du moment où ils ne parlent pas, à partir du moment où ils développent une communication non-parlante qui en fait pour eux- mêmes et pour l’autre un Sujet de non-mots.  Ainsi posent-ils, dans le désarroi que provoque leur silence et qui ne peut laisser personne indifférent, ainsi posent-ils « problème » à autrui, ainsi lui font-ils se poser des questions, ainsi les obligent ils à se questionner sur leurs propre langage, sur le sens de celui-ci et sur la propre existence de Sujet dans les monde des autres …  Ainsi obligent-ils les autruis qui les entourent et ne peuvent supporter ce silence qui leur est adressé en réponse à leur effort à communiquer de trouver un chemin dans la non-parole pour communiquer et leur donner à nouveau un sens.

Car c’est l’autre, interpellé par ce silence, qui se trouve confronté à sa seule parole dans laquelle il lui reste alors à trouver un sens.  Ou à trouver le sens de la raison du silence qui lui est opposé. Et imposé.

Je pense à l’enfant Victoire qui quitte le lieu du silence qu’il s’est construit pour reprendre une tentative de parole par le truchement d’un nouveau Sujet le représentant, fabriqué à l’aide des outils dont il dispose, en l’occurence les marionnettes.  je me faisais la réflexion que ces outils étant acéphales précisément et qu’ils pouvaient aisément lui permettre de s’y glisser presque de son propre cerveau, de son « sens propre », de s’y identifier oserai-je dire, de s’y positionner comme Sujet hors de lui, à l’abri d’une mécanique dont il tire les ficelles afin qu’elle lui rende les services communicationnels qu’il en attend pour réveiller  au sens de son langage son environnement.

Les messages de l’enfant Victoire transmis dans les gestes des marionnettes tels qu’il les a construit lui-même en langage deviennent dès lors bel et bien décodables et perceptibles et intentionnellement adressés aux autruis de son entourage.  Et je crois que ce n’est pas folie que de vouloir l’entendre ou le comprendre ainsi, c’est devoir de le faire sous peine de renvoyer ce Sujet ainsi naissant de sa volonté à être, reprenant le risque pour une seconde et peut-être pour une ultime fois de sortir du « no-mans land » de la non-existence et de la non-reconnaissance vers le lieu de rencontre du Sujet face à d’autres Sujets le reconnaissant dans son langage comme sujet parlant.

Y a-t-il volonté de non-parole?

Et si il y a effectivement volonté de non-parole n’y a-t-il pas alors Sujet?

A nouveau je pense à ces grands âgés qui fixent devant eux leur silence au milieu des autres parlants?  La voix du non-parlé qui interpelle.  Non-langage, état de détresse absolue ou choix de cette détresse mutique plutôt que de n’être pas compris de toute façon?  Ces grands âgés dont il est dit qu’ils sont déments, séniles et dégénérescents, et dont les regards sont presqu’incandescents de silences lourds de mots contenus par la force des choses telles que dorénavant établies.  Enfermés dans un mutisme dont peut-être ils sont les auteurs aux termes de choix dont seul restait possible encore d’une chance de survie le refus de communiquer.

Ne plus parler par lassitude?

Et dans ce cas ne pourrait on imaginer une lassitude originelle chez l’enfant Victoire qui opérerait avant l’apparition du langage et prendrait le pas sur le désir de communiquer par la parole?  En regardant les séquences de spectacle de marionnette que créait et choisissait de présenter l’enfant Victoire il était limpide pour moi qu’il n’avait pas passé ses cinq premières années de vie à vivre comme une plante « en battant de l’aile mais qu’il avait bien observé attentivement les autruis qui l’entouraient.  Il savait absolument et très bien ce que tout voulait dire …  Gestes, intonations, lettres, mots et phrases lui étaient familiers.  Et il en avait un langage propre qui nous rendait notre langage décodé en un langage mutique mais criant de vérité …  Etrange folie donc que celle-là qui sait, et qui sait tout, et qui sait se servir de tout ce qu’il sait, pour communiquer.  Folie magistralement orchestrée et raisonnée.

Et si l’enfant autiste d’emblée, comme le vieillard finalement, avaient décidé de ne pas ou plus utiliser le chemin de la parole, ou si ce chemin d’une manière ou d’une autre était obstrué ou leur avait été rendu impraticable, comme c’est souvent le cas pour les grands âgés  devenus difficiles à comprendre parce qu’ayant du mal à articuler ou à formuler, les obligeait alors finalement ou originellement d’opter pour le silence, se laissant glisser insidieusement sans plus se retenir ni tenter de le faire  dans une formulation de plus en plus inaudible, incohérente, insensée d’onomatopées, de borborygmes, de battements des bras et de  messages contradictoires ou paraissant tels ?  Si alors advenait une désertion du tout vers un faux-rien, vers un semblant de silence, vers le leurre du non-étant, Sujet devenant inexistant car non communiquant dont il sera dit, pour suivre, qu’il est de folie, de sénilité, de démence, de non-sens ?  Et si cela était ?  Faut-il alors prendre cette prétendue folie pour vraie et s’arguant du non-sens les laisser s’y enliser ?

Séparateur

Car enfin n’est ce pas vrai, vu sous cet angle, que la non-parole est une parole qui n’existe pas mais qui n’en reste pas moins une parole fut-ce par son manque à être dite.  Car elle est « manquée d’être dite ».

Je vois ces vieillards dont on croit dans le regard ou dans le geste, brusquement, qu’ils vont dire, quand même, mais non, ils ont « manqué de dire », se ravisant comme d’une inutilité convenue à produire, comme il serait d’une entente intime de ne plus en voir le sens … Et finalement ils  n’ont « pas dit » ou « on dit autre chose », incompréhensiblement, dramatiquement autre chose.

Cette non-parole, qui dans son « manque à être dite » atteint le but poursuivi, n’est elle pas le fait d’un sujet décidé à se faire entendre dans ce qu’il n’est pas ou plus entendu ?  En schématisant très fortement, je dirai, le but est alors atteint.  Mais la souffrance de l’impossible communication n’en est pas éteinte, et loin s’en faut hélàs …  Car l’auteur du silence ne s’est-il pas positionné comme sujet dans l’interpellation qu’il provoque de par son manque à parler ?  J’en reviens aux âgés et je dis qu’il est un peu facile, un peu réducteur d’imaginer que toutes ces gens qui un jour se sont mises à » parler de travers » puis à « ne plus parler du tout » sont tout simplement des gens souffrant d’une sorte de lésion cérébrale ou d’usure au cerveau localisée dans le champ cognitif ou verbal, sorte parmi toutes les sortes que l’inventaire médical peut nous citer et nous présenter comme une des variantes multiples de la sénilité.

Je ne le croirais pas.

Parce que si nous n’acceptons pas que la non-parole est un état de volonté, parole enfouie loin au-dedans sans doute et peut-être à tout jamais devenue inaccessible, si l’on n’accepte pas que la non-parole découle d’une volonté, inconsciente certes, mais tout de même d’une volonté d’un sujet enfoui au-dedans, alors nous concluons à la folie et au non-sens décemment admis et la porte est ouverte à l’exclusion du monde des « Sujets Sensés Parlants »  Tout non-parlant étant considéré comme fou … pourtant  ils sont légions.  Nous aurions donc dans le monde des légions de fous ?  Surtout chez les vieillards …

Avec en plus le risque d’un ostracisme définitif et irrévocable …

Car tout de même, le petit d’homme « non-parlant » et dit autiste, du fait de son enfance et de son innocence joufflue et rosée, peut encore rencontrer l’espoir d’être entendu, comme le fut l’enfant Victoire, or que le vieux, lui, ridé, plissé, pissant et bavant,  a fait son temps et que si devenu même plus parlant, donc non plus  bavard, donc vu comme insensé et perçu comme « fou devenu », insensé ousénile, il ne lui restera plus que la mort autistique comme espoir pour se délivrer de ce silence dans lequel il s’est enfermé.

Séparateur

J’en resterais là.

Pour conclure je veux saluer tous ces enfants qui tentent de confier leur sujet en naissance et en devenir à l’un ou l’autre professionnel de la santé mentale dans l’espoir d’en être entendu.  Qu’ils puissent être entendu, compris, et reconnu en cela comme Sujet Naissant …  Car n’est-ce pas qu’il est sujet celui (ou celle) qui a pris la décision (ou qui a fait le choix) de ne pas se laisser in-exister dans un silence qu’il n’a pas demandé vraiment de subir mais qu’il a (peut-être) du choisir pour pouvoir ainsi en sortir?

Je crois qu’à la question « Mais où est le sujet ? » désormais, j’oserai répondre:

Il est Naissant dès qu’il est entendu comme coopérant à son devenir.  Encore faut-il lui donner le moyen d’éclore car naissant le voilà soumis à la portée d’un possible non-recevoir de son dire et de son désir à être sujet reconnu par le non-sens donné au sens même de sa tentative de communiquer …


Séparateur

MandraGaur’En Individu’Elle

Séparateur