Lasse…

Ce coeur de crevasses en blessures…

(Perdurent)

N’y voit de ces yeux embués ces cils perlés de larmes diaphanes…

Cette âme délaissée si lasse le dit parlant à la lune :

– « Làs ! » 

Trop de marées solitaires…

S’adresse aux rougeoyantes  mers calcinées des levants,

En conscience.

Cette dérive à la proue de ce navire trop fier fendant les eaux…

Tourne va !

Mais revient.

Ne cesse…

D’aubes à couchants cherche terre mais loin s’exile.

Trop de plaies serties dans cette chair.

Plongera coulera l’ancre aux fonds marins.

Nulle main ne se tend sur l’immense s’étend cet étang de silence.

Confondant.

Des impossibles à partager des infinis à traverser…

Ce désert de mots tenaces de traces ténues.

S’effacent.

Paroles fugaces s’usent de ruses serviles,

De faux sonnets abusent d’absence si lasse le dit…

S’adressant à l’horizon :

– « Làs ! »

Tant  d’indifférences.

Tant de trahisons pauvre balladin…

Ces instants passagers d’émotions suppliciées.

Virevoltent.

Dansent ces vocables embaumés.

Rangés secrets en ces écrins devenus froids et glacés. 

Habillés de velours.

Sombrent ces frissons chagrins,

Épelant les voyelles d’alphabets cristallins.

Trois p’tits tours sous les nuages.

Ciel vois ce miroir lézardé ces images déchiquetées.

Qu’il serait pourtant sage de le fermer,

Ce grimoire empoisonné…

R_B

Droits d’Auteur indeed.

Illustrations : Tribute to Rainer Maria Rilke

Photographe : Weichuan Liu

Sont légendes…

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Seul le poète possède ce droit,

Droit au coeur de l’âme contera,

Paroles versifiées partagera,

Tant trop lourdes pour lui seul déjà,

A garder isolées en face à face…

Avec elles …

*

… Sont légendes …

*

De ce jour de naguère de toujours…

D’instants passants ses infimes vocables,

Allant venant s’entrelaçant de syllabes,

Sous sa plume divaguant…

Pèle-mêle…

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…Sont légendes…

*

Les nuitées habitées de lui seul faisant silence,

Son histoire tant de fois tue que nul n’en croira,

Née d’imaginaires tel qu’aucun n’en percevra,

La réalité, cher lecteur peu au fait des voyages,

L’avancée du bras de mer plongé dans la page,

Où la prose du poète s’enflamme et raconte,

Taisons nous, le voulez-vous ?

Car les bruits…

*

…Sont légendes…

*

En ces contes sibyllins qu’il nous narrera,

Orée d’un monde indicible dont le nom il taira,

D’une jetée dans les flots âcres aux contours,

Frayés de vautours et non d’aigles autour,

Au seuil d’un phare isolé sur le brise-lames,

Hélant de faisceaux plongés dans le drame,

Pensées se lisant en chyrographes concerts,

Vivaces symphonies d’écumes et d’embruns,

Strophes songeuses emmêlant ses pensées,

Au vent des couplets aux mélodieux sonnets,

Si étrangers à la vie…

Qu’elle est-elle ?

Si ce ne…

*

…Sont légendes…

*

Le voir progresser d’un pas prudent, mesuré,

S’exilant volontaire de l’éphémère banalisé,

Tendant les doigts au loin dardant le regard,

Sur les vagues d’un geste exaspéré bravant,

Les dangers, les pièges d’un ciel soudain noir.

Nul ne voit le poète l’âme lacérée d’estafilades,

Réticent de confidences nul ne veut ni ne croit,

Persistant au corps à corps dans les rafales,

Visage songeur arc-bouté en denses cavales,

Où va-t-il qui se voit seul au monde et se sait,

Nul ne reconnait l’être dépouillé et solitaire,

Retenu par routine aux incertains demains,

Aubes en chape de plomb vêtissent l’épaule,

Courbée sous le fardeau des jours…

A venir…

*

…Sont légendes…

*

Cadence chaloupée de vagues sans frémir,

Pas à pas glisse sur les rochers, triomphant,

Hanté de sons familiers lancinant sa mémoire,

Se fondant, complice, consentant au ressac,

Les yeux fixant les eaux de lune reflétées,

A la fin du jour où la fortune, au fond,

De ne pouvoir l’aider, ainsi, se désespère,

Confondue aux infinis fragmentaires,

Pensant qu’il serait bon d’y rester…

Ou de n’en revenir…

Jamais…

*

…Sont légendes …

*

Les épuisements méconnus du poète espérant,

Un moment reprendre souffle sur le temps,

Décidé de jeter au loin ses longues fatigues,

Des âges où la vie semblait suivre son cours,

Perdu au coucher fatal d’un soleil naufragé,

Et d’une rare étoile suivant l’inexorable destin,

Scintillante, lumineuse, unique aux confins.

Retentissant de…

*

…Sons…

…Légendes…

*

Voguant tête haute, résolu, corps droit,

Flancs dressés, résistant à bout de bras,

Sans mots ni gestes. Sans cris ni éclats.

Silhouette esquissée de muettes brisures.

Nul son. Nul chant. Ni défense ni armure.

Ainsi en est-il, dit-on, du poète maudit,

Ce poète otage de mélopées en mots dits…

…Indicibles.

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…Sont légendes…

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MandraGaure

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Droits d’Auteur ?

Assurément !…

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Flambeaux…

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Flambeaux...

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N’approche pas davantage que les pas déjà faits

La rivière déborde tu pourrais te noyer

Dans les méandres obscurs des eaux sombres

Sous lesquelles déjà entraînés les décombres

Charrient le poids des amères réflexions

Affolant les coeurs et déroutant les âmes

De regards myopes ou strabiques

D’un coup d’oeil la panique

Des grandes anxiétés s’enfonce

Tel un dard empoisonné

Se muant en de trop vives pensées

Désormais inutiles dès lors

Que vient sourdre la rage

Aux flous contours des icônes

Placardées taches bariolées

Etalées tant bien qu’à leur tour

Mes vocables viennent à se dire  

Glacials de désenchantement en latence

Se mirant aux flambeaux

De l’irréversible décadence …

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MandraGaur’En Individu’Elle

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Droits d’Auteur : A respecter …

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« Fichu Fichu Fichu »

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Plein l’dos de m’escrimer …

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Sur l’embarcadère du temps, un fichu sale noué sous le menton, fichu sale de souvenirs, de fichus sales souvenirs et de désirs d’évasion …

J’attends …

Ni bateaux ni barques il n’y a là ni voiles ni mâts …

Ni rien …

Il y a moi, et moi, et moi …

Et de profonds soupirs de désirs de partir …

Tout cela …

Et j’attends …

Sans impatiences ?

Sans visible impatience …

L’heure que me renvoit un trop pale soleil est mate et floue …

Je la mesure entre deux déchirures que font les nuages au ciel.

Je la reconnais aux battements de mes tempes pareils à des horloges d’antan dont les balanciers prisonniers de leurs boîtiers auraient voulu briser les flancs …

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Plein l’dos …

De me battre contre des moulins …

Et pas même un Sancho pour me tenir la main …

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Plein l’dos … De tout … Et de moi surtout …

Et j’entends …

Cela peut venir de la mer, de l’horizon, de l’inconnu ou de la fin de l’embarcadère ou encore de derrière …

Un bruit de pas pressés, hâtés …

Un autre quelqu’un ?

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Plein l’dos …

D’espèrer sans attendre et d’attendre sans espoirs …

Et seule dans tout ce noir …

Et si seule à le savoir …

Et seule à voyager dans tous ces wagons …

Et des perles aux cochons …

Et des vers aux voyageurs bidons …

Pas de deuxième passager pour ce départ jamais annoncé …

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Plein l’dos …

Du désir d’en finir sans avoir le courage d’y mettre fin …

Et de savoir que chaque nuit sans dormir est suivie d’un autre lendemain, et chaque matin ne regarder dans la glace que droit dans mes seuls yeux et gare à la casse, ne plus vouloir dormir par dégoût de m’éveiller …

Plein l’dos de n’avoir pour seule tendresse que les plumes et les duvets de mes couettes et de mes deux oreillers …

Mais c’était interne aussi, ce son de traversée …

L’espoir de partage est vain …

Ou désuet, ou déplacé, ou démodé dans ce monde blasé ???

Plein l’dos de voyager seule à fond d’cale …

Comment encore m’y mirer aux frontières du futur et du passé ?

Au point d’à nouveau en avoir si mal …

Passager passagère !!!

Ne l’aurais je donc pas encore compris, ce mur de silences là derrière ce tout rempli de vide dans lequel je vis ?…

*

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Plein l’dos de ne répondre qu’à moi, de ne pouvoir m’aimer seule mais de n’avoir que moi à aimer …

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Plein l’dos d’être embarquée pour une lointaine Cythère sans jamais y accoster …

Et d’entendre les sirènes me raconter des chimères et moi de les croire comme si cela encore pouvait se passer …

Espérer …

Quelle pitié !…

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Plein l’dos de cette solitude solitante dans laquelle solitaire sans personne, sans rien, sans joies ni rires, pire, sans même moi car vire de bord les délires pas même encore avec moi je ne peux converser …

Et tant de silences alentours pour répondre à ma seule voix …

*

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Plein l’dos de ce mur …

Ce mur mental couvert des graffiti que sont les voix, les musiques, les appels, que sont les soupirs,  les accords, les voyelles …

Et pas de rires non, pas de rires pour traduire la vie …

*

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Plein l’dos de ce mur accoustique et poreux …

Eternelle confrontation…

Confusion …

Néant rempli de la masse du Soi …

Palpitations …

Interrogations …

Cogitations et diversions …

J’ai du me blesser la veine du cou je crois en serrant trop fort le noeud de ce fichu de Soi …

Ce fichu de Moi …

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Plein l’dos de ces fichus émois …

Ce fichu moi qui me livre sa journalière guerre, mondes à l’envers mais qu’ai je à en faire, ne valait-il pas mieux naître sans complications et paraître, ainsi, pour de simple et de bon ?

Stériles interrogations …

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Plein l’dos de ce vent qui soulève une lame d’eaux pas trop claires …

Elle asperge mes souliers.

Si j’avais pu rester pieds nus et poings liés dans les limbes je n’aurais pas connu cette visqueuse sensation d’orteils mouillés, sans liberté …

Ou alors je me serais amusée à les voir converser dans la flaque l’un disant à l’autre disant à l’un le désir de se noyer …

Ce que je sais …

*

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Plein l’dos de le dire et de ne trouver personne à qui en parler …

Pas même un reflet dans l’eau pour me sourire …

Je n’ai plus de visage, plus de mirages, plus de courage, tout est carnage et tempêtes dans un bocal …

C’est infernal …

*

*

Plein l’dos ?…

Ca m’est égal …

Dans mes méninges tout tourne de travers, cloaque d’obscurités, de viscosités, et d’humidités …

L’eau ne peut devenir qu’un élément aux avant-goûts de moisissures …

Le tragique étant que ça dure …

Plein l’dos de ces souliers mouillés …

A moins que de les ôter ?

Pour m’avancer ?

J’ôte …

J’ôte ce carcan des premiers pas amputés …

Bottines coquines, bébé a neuf mois …

Molières austères, l’enfant osera …

Mocassin sans indien, la petite humaine avance pas à pas …

Au pas de deux à trois j’ai balancé ma seconde godasse dans l’eau …

Il flotte je le vois il flotte comme un minuscule bateau sur l’eau mon godillot …

Enfin l’horizon s’éclaire …

Ca passe le temps de regarder dériver l’éphémère …

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Plein l’dos …

Et j’attends …

Plus même de vent …

Ma chaussure gauche est livrée à elle-même sur les flots …

La droite a bu la tasse trop vite, elle n’a pas résisté aux courants qui l’entrainaient vers le fond …

Son existence balladeuse n’aura eut qu’une sombre fin …

Mon pied gauche pied du coeur salue de ses orteils mouillés mon soulier qui s’en va ailleurs voguer …

*

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Plein l’dos de tenter me dire et redire et convaincre que non je ne la suivrais pas …

A rester là orteils en éventail sur les pavés du quai et pieds enfin ou décidément mouillés mais libérés, je risque de prendre froid …

Mais qui pour s’en faire de quoi de moi ?

Tout le monde s’en foutra …

Et qu’importe encore l’attente ?

Je peux enfin avancer d’un pas non encore entravé …

Mais point encore décidée à sauter plus bas que le quai …

Vers le fond …

Nom de nom mais que fais-tu là ce fichu sale et souillé et mouillé serré sur ton crâne à attendre quoi ?

Qu’importe encore l’attente ?

Même le vocable ne peut dire que pas …

Et je marche …

Il est long l’embarcadère tant qu’à faire voyons où se cache la ligne du temps …

Même si tu n’en as plus rien à faire maintenant …

Sur l’horizon de l’espoir, un fichu sale noué sous le menton, fichu sale d’anciens rêves brisés et de chimères qu’on t’avait racontées dans lesquelles on te disait unique, et magique, mais où le mode d’emploi t’avait été volé et remplacé par des chagrins que tu ne pouvais pas même décoder …

Et seule à voyager dans toutes les cabines …

La croisière se termine, il va falloir te décider …

Je marche …

Ni mouettes ni goélands ni albatros tu penses qu’il y a longtemps que les « hommes d’équipage » les ont marqué de leurs brûlots …

Il n’y a là ni nuages, ni soleil ni rayons …

Il y a moi et moi et moi et elle avec moi qui est encore moi et de furieux rêves de partage, et de lourdes attentes, et des éclatements dans ma tête, et plus même une question …

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Plein l’dos …

De tout cela …

Je n’attends plus je le disais je vais bon train à fond d’cale …

Je suis en route maintenant, intensément …

L’embarcadère est désormais loin en arrière, il n’est plus qu’un point de repère mais encore je ne suis pas arrivée au bord de l’eau …

Où était le bateau où est-il passé ?

L’aurai-je rêvé juste pour arriver dans l’eau salée …

Et froide …

Si roide bientôt qu’elle me brise les orteils …

Nus …

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Plein l’dos d’être la voile, plein l’dos de jouer le vent …

Après tout rien que moi seule ça ne vaut plus l’coup vraiment.

Je fais la malle, j’ai des ailes aux talons … Ou des avirons ?…

Je me promène vers l’horizon …

Rêves en carton mais les pieds nus c’est tellement bon …

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Plein l’dos de ce fichu qui me reste serré sous le menton …

Mais à part le fichu, que reste-t-il de moi ?…

Je suis nue depuis longtemps déjà.

Nue de moi, pauvre poète …

Existence de l’être nu…

Conscience de l’être nu …

Persistance de l’être nu …

Résistance de l’être nu …

Reste ce fichu fichu fichu …

Son noeud est coulant …

Plutôt amusant …

A force de tirer dessus il finira par m’étrangler.

Comment le détacher, le défaire, comment l’ôter ?

Serait-ce fichu ?

Fichu passé … Cou!eurs délavées … Ternies …

Ainsi affublée, puis-je nager ? Il me faudra m’en débarrasser …

Plein l’dos des traces qui subsisteront sous mon menton comme au cou du pendu …

Triste tribut de la douleur du temps perdu …

Plein l’dos de ceux qui crucifient les enfants …

Marques que n’atténuera aucune érosion …

Le noeud est récalcitrant …

Du pouce et de l’index, des deux pouces, des deux index je tente, je progresse …

Serré ! Pas de relâche … Pas d’ouverture !

Pas d’ouverture ? Pas d’ouverture !…

Sauf à reculons …

Un noeud coulant … Un noeud collet … Un noeud coquet …

Un noeud pourtant …

Je le dénoue doucement mais non …

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Plein l’dos …

Il me résiste, patience je sens qu’il persiste à vouloir me stranguler d’un millimètre, et d’encore tant …

Difficile de se défaire des blessures infligées par les temps d’avant ..

Je n’y crois plus …

Plein l’dos des noeuds fichus …

Faudra-t-il revenir en arrière ?

Avoir fait tout ce chemin pour le refaire à l’envers ?

Renoncer alors que presqu’arrivée ?

J’insiste …

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Plein l’dos des ongles de mes doigts qui me blessent et de ce fichu fichu qui ne renonce ni se rend ni ne se presse …

Des larmes incandescentes de rage et non de regrets …

De la lave qui enfin le brûlera ce fichu noeud qui se consumera …

C’en est fait !…

C’est gagné !…

La colère est force décuplée !…

Il a cédé, le noeud, il est fichu, il se défait trop naturellement …

C’en est presqu’amusant !…

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Plein l’dos pourtant …

Je le jette derrière moi, ce fichu sale et mouillé je m’en débarrasse mais un coup de vent me le ramène, me le plaque au visage et m’aveugle la face et donc je n’y vois plus rien …

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Plein l’dos de l’audace du destin !…

Ah mais non !!! Je n’en veux plus !…

Je n’en veux plus de toi t’es fichu, sale et plein de crasses, va t’en vaquer à tes galères et je t’en prie, laisse moi aller que je passe ou trépasse et gare à la casse mais laisse moi je te le demande laisse moi aller en liberté !!!

Plein l’dos de tes manigances !!!

Je grince des dents tu ne me prendras plus dans ton noeud coulant, noeud collant, noeud coulé, noeud de serpents …

Fichu tissu de tristes vécus …

Bon Vent !!!!

Au large de l’embarcadère je vis mon aventure solitaire plus que jamais à l’envers …

Voilà mon soulier, il vient d’émerger, il continue sa traversée …

Mon fichu l’a rattrapé !…

A chacun sa voile …

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Plein l’dos des naguères …

Ma voile sera faite de ma chevelure déployée, fière, altière crinière dressée comme un mât …

Ça m’aidera …

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Plein l’dos de ce fichu voyage quotidien que je persiste encore à vouloir explorer …

Pas de deux, pas de trois, pas de cent, et de mille, et de tout à la fois …

Déjà …

Pas de bateau, ni l’ombre d’une coque sur l’eau …

Ni non plus de regrets, non …

Pas de regrets …

J’avance, légère, nu pieds et échevelée …

L’eau n’est pas que salée ….

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Plein l’dos d’ce fichu métier inhumain de marin …

Ah donc !…
Que vogue la galère …
Et à Dieu va !…
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MandraGaur’En Individu’Elle

In …

 » Rémanence * » …
(* Persistance d’un phénomène quand la cause de ce phénomène a disparu)

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Droits d’Auteur : Page d’Accueil
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Tendresse …

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Mov'Ments - Collage Noir/Blanc - Mandragaure

Mov'Ments - Collage Noir/Blanc - Mandragaure

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Il manquait à sa présence la vraie, la constante tendresse de ceux ayant dépassé le seul attrait, la seule impétuosité des désirs charnels.

De ceux qui ont pu y jouxter l’orgasme intellectuel et spirituel tel qu’il est en puissance de jaillir entre deux êtres en amour retenu à la séduction du plaisir des rencontres qui y sont liées et font de ces deux êtres deux aimants s’aimant …

Seule cette forme de tendresse aurait pu me sauver là-bas …

Et vous m’y avez fait croire comme l’on peut croire à un mythe.

J’y ai sombré.

Failli m’y tuer.

Serait-il possible de vous le pardonner ?…

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Extrait de « Tendresse » in « Contes pour Personne »

– 2001 – Déposé à l’Albertine sous 2/2001

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MandraG’aur’En Individu’Elle

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Bleue …

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… la boîte aux lettres.

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La boîte aux lettres


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L’on ne se décide pas à m’écrire …  Je reste seule et comme naufragée me retenant d’une main au bord de la boîte aux lettres bleue dans laquelle rien pour moi ne vient …  … Comme de dire que le facteur n’existe pas ici …  Pas de facteur car pas de correspondance donc pas d’écrit …  Je suis seule à m’écrire c’est étrange …  J’ai parfois l’idée de m’illusionner et d’imaginer que peut-être au fond de quelque tiroir changé en oubliette une lettre à moi adressée se serait égarée parmi des milliers d’autres oubliées …  C’est une idée …  Est-ce cela ce sentiment d’oubli de moi, ou de peur de n’exister pas ?…  Ou je ne sais trop quoi d’autre qui m’habille le coeur en ces heures d’une fugace frayeur quand j’arrive près de la boîte aux lettres bleue et n’y trouve en guise de nouvelles …  Rien …  Pas même l’un ou l’autre prospectus pour dire tiens …

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Il y a de la vie pas loin …

Le silence …

Une sorte de remontrance du temps …

*

Une attente sans consistance dans laquelle les questions, invariablement, oscillent entre le comment, le pourquoi et le quand …  Tout dépend de la manière dont on parvient à discipliner les espoirs, d’un matin sans missive à un soir de regret où l’on se murmure, hâtivement et pour ne pas trop tromper la sous-jacente superstition, un demain qui dure le temps de la nuit, le temps d’une éclaboussure de vie.  Et d’un vendredi soir à un lundi matin l’on marche prudemment sur le samedi et le dimanche, se disant qu’en revanche de cette semaine passée la semaine à venir se prépare sur les deux journées où les postes travaillent à acheminer ce trop si lent courrier qui tarde à n’arriver jamais.  Insensiblement il se met à me faire obsession.  Mais les lundi aux fins de semaines succèdent et de même les semaines se suivent même si elles ne se ressemblent pas et finalement les mois et la lettre attendue s’obstine à ne venir pas…  Ma boîte aux lettres bleue, muette et déserte sous le soleil de midi, quand de mes yeux inquiets je la déshabille, se moque un rien de moi …

*

Alors tenter de considérer sans plus de façons ce réceptacle à nouvelles laissé à l’abandon?  Forcer les désirs à s’évanouir au fond d’un miasme de feintes indifférences, aller jusqu’à oublier l’envie d’une enveloppe marquée à mon nom portant dans l’angle la mention « Par Avion » ?…  Faire semblant de n’attendre pas, de n’attendre plus, remuer au fond de moi l’idée que « pas de nouvelles sont bonnes nouvelles » comme le dit ce bon vieux dicton ?…  Faire quoi ?  Arriver vers la boîte aux lettres bleue comme l’ignorant, tourner autour sans l’ouvrir, ne la regarder que d’angle, remettre à plusieurs heures le moment de découvrir qu’elle ne recèle rien d’autre que sa face interne, et me maudire une nouvelle fois d’avoir monté dans ma tête  ce trop puéril cinéma ?

*

J’ai parfaitement le sentiment que le fil est rompu entre le monde et moi.  Je le sais et le sens.  Et je ne peux dire ni à qui ni vers quoi diriger la complainte de cette perte que je vis au fond de moi comme un mal sourd, lancinant et lourd qui se passe de mots, qui grandit en parasite, qui a comme ankylosé ma pensée et paralysé mon coeur d’une anesthésie lente à s’estomper.  Elle se dissipera, ça aussi je le sais mais elle ne s’éveillera que face à l’absence, face au moment déterminant, au vécu de l’instant, face  à une parcelle de temps volée à la conscience d’une solitude que je consomme en attendant comme par procuration.  Comme les aiguilles immobilisées sur le cadran, l’espace d’entre deux minutes qui font d’un moment une éternité.

*

J’essaye d’être vigilante de mes yeux de myope, je tente de déceler, quand vient le soir, d’éventuelles salamandres ou lézards qui auraient décidé d’élire domicile dans ma boîte aux lettres bleue si vacante de courrier.  Leur vue me fait dresser le poil sur l’échine et je repousse mes phantasmes qui les rendent monstrueux comme des dragons.  Je les vois habitant la boîte bleue, et vide.  Dans mon imaginaire ils deviennent pareils à des monstres préhistoriques…  Le Sud est riche de reptiles trop rapides à mon goût pour pouvoir les poursuivre.  Peureuse je leur imagine des suivants autrement plus menaçants, des vipères pas bénignes et des araignées malignes que ma tête toujours en proie aux pires frayeurs évite de trop projeter sur l’écran de mes anciennes mémoires …  Je vis seule dans mon grand silence et j’y vis bien hormis certains moments durant les nuits plus pénibles où le souvenir d’un monde habité revient me hanter.  Surtout lorsque, comme hier au coucher du jour faisant bouillir mon lait de chèvre sur le petit réchaud de fortune avant d’aller au lit  je voyais se faufiler à mes pieds, entre mes orteils, sur le carrelage bariolé et foncé, une espèce d’animal à la limite du vertébré qu’il m’a fallu pourchasser de ma  sandale, tuer, exterminer oui par peur plus que par nécessité et de ce fait retrouver en moi des échos qui dormaient dans ma mémoire depuis l’aube … Car c’est le soir ici que j’ai le plus de mal à m’aguerrir.  J’ai peine à me faire à cette faune diverse qui, me semble-t-il, progresse de mon jardin où ils vivent et résident et d’où je ne puis les chasser jusqu’à mon lieu de vie, ma cuisine, mon palier, l’escalier, et ma couche où l’idée de les trouver me fait trembler …  Je me force de ce fait à des balayages, nettoyages et époussetages comme jamais pour au moins dormir sans trop de cauchemars …

*

La boite aux lettres bleue, une fois de plus, restera vide pour ce soir …

Peut-être demain ?

Et c’est reparti pour le même refrain …

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MandraGaur’En Individu’Elle

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